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  • Vive le son, vive le son, vive le son d’hier

    Vive le son, vive le son, vive le son d’hier

    (… ou pas)

    Le son et le Metal
    Réflexion par WvG

    A partager, savourer et débattre

    Salut à vous mes petits cale-son du conduit auriculaire. Pas de soucis, contrepétez en chœur avec moi si bon vous chante, on va s’occuper surtout présentement des « vieux cons » et du son sous ses différents aspects, et donc le prisme du « c’était mieux avant », générationnel des X encore survivants aux Béta qui nous survivront du moment que Trump n’aura pas annexé le Canada, le Groenland, le Canal de Panama, le… – z’avez vu le film Civil War d’Alex Garland ou Dead Zone de David Cronenberg ? Ils sont pas mal, hein ?

    Bref, petit retour chronologique tant sur la Musique que les supports d’enregistrement, particulièrement sur ce dernier point puisque si vous êtes ici, c’est pas pour me lire déblatérer mes idées franchouillardes (donc de « gaulois réfractaire », alors que je suis moins gaulois que d’ascendance neustre voire norroise) anarcho-[ajoutez ce que vous voulez jusqu’à « islamo-gauchiste », j’en ai les testiboules qui font du tac-tac], mais faire des liens ténus avec ce genre musical qu’est le Metal et aussi comprendre comment et pourquoi on est « un vieux con », surtout quand on parle de son.

    Pour faire simple, et introduire mon propos, plus vous êtes nombreux et bruyants, plus vous avez de pouvoir. Je pourrais vous faire cette constatation à l’échelle universelle, au sens vraiment littéral du terme, de l’atome au cosmos, mais on va microscoper et zoomer sur notre nombril personnel, celui de fourmi humaine.

    La musique, c’est de la politique, qu’on soit dans l’opium du peuple ou le cri de révolte. Je vous laisse de bon gré insérer tel ou tel genre, sous-genre, style musical dans l’une ou l’autre des catégories, du rap français au Metal plus ou moins extrême, en ajoutant un « c’est de la merde » condescendant en suffixe selon votre bon vouloir à l’un ou l’autre des groupes auxquels vous pensez.

    Reprenons les bases. *prend une voix de Père Fourras, ou Castor, chacun ses kinks* Dans les teeeeeemps ancieeeens… Ouais, c’est chiant en fait : parlons simple.

    La fanfare… Que ce soit celle de la 20th Century Fox ou le thème des Avengers… Les Cuivres et les Percussions, c’est la Puissance, avec un gros P aussi lourd de sens que celui que vous pouvez lâcher dans un ascenseur empli d’autres êtres que vous-mêmes pour imposer votre présence et votre ascendant sonore et olfactif. Ce symbole remonte à aussi loin que l’invention du tissu, c’est-à-dire loin. De l’entrée des gladiateurs dans l’arène à l’armée féodale qui avance en rang serré, ou même l’entrée d’une sommité dans une salle prête à l’accueillir dans le plus grand faste – dommage, les bonnes habitudes se perdent, particulièrement quand la double porte vitrée automatisée du Carrouf s’ouvre et me laisse pénétrer dans son fief –, c’est un symbole bruyant de puissance. Soyons honnêtes, de l’hymne national à la présentation d’un super-héros, c’est nettement plus classe et représentatif avec une entrée « en fanfare » que sur un consort de flûtes à bec.

    La puissance ou son image extérieure affichée par le nombre et le bruit – et la fureur, pour retourner sur l’aspect « gens qui parlent fort pour imposer leur point de vue » –, ça marche en tout point et tout instant [pas forcément les meilleurs pour les meilleures idées, mais je voudrais éviter de poser un point Godwin trop tôt dans mon laïus], de la harangue populaire et publique au Haka des plus tribaux, initialement tentative tribale néo zélandaise d’intimidation plus que folklore de l’Ovalie. Il va de soi que qui que ce soit dépositaire de cette puissance sonore évoque sa propre puissance. Si je reprends l’idée de l’intimidation, c’est aussi une intimation à l’adversaire plus ou moins belliqueux de ne pas tenter de venir chier sur la plate-bande [passante] du voisin au risque de se prendre une petite correction pas forcément des plus sympathiques ou agréables, sauf si vous êtes de la trempe des candidats au suicide. Ainsi, il semblait évident à tout un chacun en des temps reculés qu’avoir à sa botte un nombre impressionnant de musiciens sous son giron marquait un pouvoir politique proéminent, un « c’est moi qui ai la plus grosse » que Rocco Siffredi ne renierait pas, puisque c’est justement en Italie que je vais piocher mon exemple : bien avant le Rissorgimento de 1861, chaque petit royaume italien se tirait la bourre pour avoir LE musicien ou l’orchestre le plus imposant. C’est éminemment symbolique (et productif pour la musique puisque c’est par ce truchement politique-communiquant que naîtra l’Opéra), évidemment, puisqu’il faut réfléchir à une échelle budgétaire : le parent pauvre des finances, c’est l’Art. Clairement, économiquement, ça ne rapporte rien, pire, ça coûte du pognon. Ça peut fédérer et envoûter les masses mais du point de vue optimisation fiscale, c’est pas franchement un compte sur des îles offshore… Bref, ça coûte du pognon. Cependant, et justement, quel symbole de puissance ! Imaginez, votre adversaire sait pertinemment que sa puissance est avant tout militaire, donc s’il peut se permettre de mettre ses deniers (ou les vôtres, plutôt) dans l’investissement infructueux qu’est l’Art, ça veut dire qu’il a déjà bien plus de moyens que vous… donc une armée conséquente… donc qu’il ne vaut mieux pas trop tenter de lui chatouiller le rectum, sauf avec la langue et son aval. Et « sans maitrise, la puissance n’est rien », que ce soit pour votre pire ennemi ou vos Pirelli.

    Certains dignitaires assez malins et avisés de cette vision ont tenté l’esbroufe, avec plus ou moins de réussite évidemment, mais le symbole reste fort et ancré dans la mémoire collective, au point que tous les exemples et contre-exemples que je vous ai proposés ci-dessus vous ont paru d’une logique tellement obvious que même le bon sens commun s’est pris sa petite fessée du « bah… t’es con ou quoi ? » face à l’évidence palpable que Captain America sans les Cuivres et les Percussions, c’est Barbie, et Mélenchon [ou Hitler, ça y est, je l’ai placé mon point Godwin] sans parler très fort voire crier/hurler… bah… c’est moins éloquent (et fédérateur) d’un coup.

    *

    Pour revenir sur un aspect plus politiquement-correct, observons donc l’évolution de l’Humanité sous l’aspect nombre ET puissance sonore en partant de l’orchestre à nos jours (et « notre » Metal).

    Quand les puissants ont commencé à rassembler des orchestres, c’était avant tout à fins politiques, certes, mais cette démarche a perduré au fil du temps. Même si j’essaye de vous la faire courte (il y aurait tant et tant à dire), du solo du troubadour qui s’accompagne à la sonate en duo-trio qui s’étendra à la symphonie, pour orchestre donc, le volume va crescendo de manière significative et cohérente, avec cette idée sous-jacente de gain de puissance avec le gain de volume et de masse – putain, c’est bô, on croirait du TiboinShape… Mais cette notion va continuer même après que les compositeurs soient inféodés à un pouvoir politique étatique, mais à celui de ceux qui les leur offrent (par voix démocratique, semble-t-il ou paraît-il) : le peuple.

    Si on aborde le sujet sur le pan de la nouveauté et de l’effet waoh, rappelez-vous pourquoi vous aimez le Metal et ce qui vous a fait l’aimer : c’est « extrême » (du moins selon votre biais cognitif et ses limites de connaissances) donc puissant et nouveau si on s’en réfère aux normes d’acceptation populaire (l’opium dont je parlais plus haut). Maintenant reportez ça à une échelle d’évolution de la Musique et de l’orchestre, voire à la fameuse saillie de Ted Nugent « si c’est trop fort, vous êtes trop vieux » : passée la Révolution française (et son impact sur les libertés diverses, sur un plan européen et occidental au sens large et de cette époque, octroyées au peuple, et donc aux artistes devenus « indépendants » du pouvoir mais davantage dépendants du nombre d’entrées), les compositeurs vont jouer du kikimeter pour créer l’œuvre toujours plus puissante, pas forcément émotionnellement mais en corrélation avec la puissance sonore. Les orchestres vont passer assez rapidement du simple au double en effectif, puis au triple, puis au quadruple, puis… exponentiellement… Regardons ce phénomène d’un point de vue acoustique et logistique : le syllogisme fait que un compositeur écrit une œuvre qui déboite son arrière-arrière-grand-maman > ça plait au public > il faut agrandir les salles pour accueillir plus de public > il faut plus de puissance sonore pour occuper cet espace sonore > c’est encore plus puissant, donc émotionnel > ça plait encore plus au public > on agrandit les salles pour en faire venir davantage > il faut combler l’espace acoustique > ad lib… On en arrive à des monstruosités de nombre de musicos pour interpréter des œuvres comme la Symphonie n°8 de Gustav Mahler, dite « symphonie des Mille » rien que pour le nombre d’instrumentistes-choristes sur scène (1029 en l’occurrence), sa création étant en date de 1910, donc plus d’un siècle de ça !

    La symphonie des "Mille", 8e symphonie de Gustav Mahler, par les Münchner  Philharmoniker et Valery Gergiev | France Musique

    La logistique devient une problématique liée à la puissance… mais aussi les capacités humaines : vas-y, gars, tout soliste lyrique que tu sois, va jouer la guéguerre de puissance face à un orchestre de cent-soixante-dix gugusses qui ont un fortississimo indiqué sur leur partition… bonne chance ! MAIS… la technologie intervient et prend le relais : le micro et la diffusion sonore. Putain, cool, plus besoin de s’égosiller pour se faire entendre – du moins théoriquement et pour les « fragiles » ! Et en plus, plus besoin de sortir le PIB du Botswana pour les tour-bus… Avantage non négligeable : gain de place dans les salles de spectacle, avec la même puissance sonore… donc plus d’entrées d’argent… Mais il faut toujours créer l’effet waoh… donc toujours plus de puissance, donc évolution des amplificateurs, jusqu’à arriver, comme pour la voix à nu évoquée ci-dessus, à la saturation, saturation qui devient une trademark du Rock, puis Hard Rock, puis Heavy Metal, puis [ajouter tous les dérivés de Metal des plus extrêmes que vous connaissez ici] tant sur l’instrumentarium que l’aspect vocal, faisant passer le son par de nouveaux spectres : ceux du bruit. Et on en parle un peu plus bas.

    La puissance, le pouvoir, le pouvoir de la puissance, c’est aussi et avant tout du pognon… Ahhh, le fric, la monnaie sonnante et trébuchante, le bizness… On parlait plus haut de l’impact à la fois sonore mais aussi financier d’avoir à sa botte des musiciens en nombre : tout ceci a un coût. Si ça s’achète et se vend, c’est qu’il y a un marché, donc moyen de se faire de la maille ! Comment rentabiliser l’Art, et donc la Musique ? En en faisant un produit, et tant qu’à faire en rentabilisant ledit produit sur des économies d’échelle et en créant l’offre et la demande simultanément.

    Autant être très clair, la partition, y a mieux comme support sonore… Par contre, le rouleau et le microsillon, c’est un début et nettement plus accessible au tout venant – merci la technologie ! Revient sur la table le problème logistique ; la diffusion, c’est bien ; l’accumulation et la consommation, c’est mieux ! On remonte la capsule temporelle en 1877 avec Thomas Edison qui grave le premier rouleau de cire, le cylindre phonographique. Cool ! On peut enregistrer des sons sur un support ! Ceci amènera à de grandes réflexions scientifiques – théorisées par Woodbrigde en 1969, suivie (puis abandonnées) par le Prix Nobel Charpak puis récupérée par Hamp – sur le fait que si cette technique est applicable à un support volontaire, elle a pu l’être sur des supports involontaires et bien plus anciens comme les poteries antiques qui, décryptées, pourraient sur ce même principe de gravure contenir des sons d’époque (ou théorie logique de l‘archéo-acoustique), mais ce n’est pas le sujet du jour. Même si le concept est révolutionnaire, il n’est pas pratique : incapacité à dupliquer un exemplaire, problèmes de stockage, taille du matériel pour la diffusion, qualité sonore qui bouffe la moitié du spectre, etc.

    On va donc faire évoluer ce support, et sa standardisation, vers un autre : le vinyle 78 tours. À comprendre que la diffusion de ce support doit effectuer soixante-dix-huit rotations par minutes pour être à vitesse réelle et ne pas altérer ni le tempo ni la hauteur sonore de l’enregistrement. Mieux… plus pratique… mais encore encombrant et pas super rentable : la qualité sonore reste encore médiocre, la capacité d’enregistrement oscille entre trois et cinq minutes, et un objet qui mesure entre vingt-cinq et trente centimètres de diamètre. On va garder le même format mais amener au 33 tours. Même principe de fonctionnement que le précédent mais capacité augmentée en durée parce que MICROsillon (donc économie de place pour un format similaire au précédent en taille) ; on passe donc à une vingtaine de minutes par face (le « long play » ou LP) en parallèle d’une qualité sonore nettement plus évidente, simultanée aux progrès technologiques dans la qualité d’enregistrement, celle des micros particulièrement : la fameuse « chaleur » du disque vinyle, expliquée plus bas.

    Bien… mais ça reste encombrant et pas forcément super maniable… particulièrement quand tu es DJ sur une radio, que tu dois jongler avec des skeuds à diffuser. Si c’est pas pratique et de surcroît contraignant, ça demande des efforts, donc pas forcément l’envie de faire. En plus, c’est sympa d’avoir un album mais si pour une raison X ou Y on ne peut diffuser qu’un seul de tes morceaux, loin d’être simple à retrouver : va trouver UN poil précisément au milieu d’un sillon fessier, sans repère, à l’aveugle, bonne chance ! OK ! Rétrécissons les dimensions de l’objet : direction le 45 tours ! Ahhh, nettement plus maniable… par contre, la taille, ça compte, particulièrement dans ce cas puisque ça réduit la durée… |si vous présumez une allusion sexuelle, c’est vous que ça regarde, coquinous !] Et aussi ça formate des standards : le « radio edit ». Pourquoi cette durée de morceau ? Simplement à cause du support qui oblige que ton morceau ne dépasse pas les quatre minutes sinon, couic, a plus de musique, et si Queen ne pouvait pas diffuser son « Bohemian Rhapsody » en stations, c’est surtout parce que sa durée dépasse le standard du format 45 tours et donc de passer par le LP, tout Queen ou autre monstre du Rock qu’on soit. Au-delà de ce problème matériel, cette durée est devenue aussi une norme qui calque aux études scientifiques sur la durée de concentration moyenne à l’écoute d’un morceau de musique.

    Size DOES matter ! De nouveau, la problématique de la taille entre en ligne de compte, il faut donc changer de support. [Et je vais essayer de faire succinct pour la fin du siècle précédent.] Viva la bande magnétique ! Plutôt pratique au niveau format, mais encore encombrant, on va réduire la taille pour le format cassette audio… Oui mais… les bandes s’usent… donc la qualité et la conservation… Changeons de support, d’autant que la technologie et l’informatique avancent côte-côte… Le laser et la gravure laser… le CD/compact disc apparaît. La musique est alors numérisée informatiquement… Oui maiis… le format est assez peu transportable, surtout son lecteur : on veut de la musique tout le temps et partout depuis l’invention du Walkman de Sony. Donc passons au MINIdisc. Oui maiiiis… puisque l’enregistrement est numérisé informatiquement, pourquoi se faire chier avec un support matériel ? Dématérialisons, ne gardons que les données et plus le support… Arrivée du format *.wav. Oui maiiiiiiiis… ça prend de la place sur un disque dur, donc il faut réduire encore la taille de son format : naissance du *.mp3.

    Pourquoi réduire ces formats à peau de chagrin ? VENDRE PLUS !!! La Musique est un produit de consommation désormais, c’est même étiqueté comme tel : votre « consommation » (et plus « écoute ») de musique. Moins c’est contraignant, en termes d’accessibilité, de coût de production et de stockage, plus on peut en vendre…

    Oui maiiiiiiiiiiiiiiiis…

    *

    Ce dernier « oui mais » va nous amener sur le paramètre de la qualité sonore. Parce qu’il faut le dire franchement maintenant : la Musique EST « commerciale », par essence. Du moins, ce qui pouvait être de l’Art pour l’Art n’a pas eu trop le choix que de se plier aux exigences diverses : composer au nom de Dieu, en hommage à telle sommité, selon les normes ou le bon vouloir de tel pouvoir politique, selon les goûts des auditeurs, selon les nécessités de faire recette, selon la facilité à être diffusé, selon la volonté de (te faire) vendre plus, plus, plus d’exemplaires, etc. Sacré cahier des charges, tout de même ! Si initialement on avançait sur le qualitatif, l’effet woah que certains cherchent encore comme un syndrome de Stendhal, leur « chef-d’œuvre » (voir un article précédemment rédigé de mes petites mains potelées), la qualité compositionnelle et sonore est tombée de mal en pis au profit… du profit.

    Voilà, on y est ! Le cœur du sujet : les « vieux cons » du « c’était mieux avant ». Il va de soi que je vais essayer de faire abstraction de toute mauvaise foi tout en ayant un avis très affirmé sur mon « oui, c’était mieux avant » [quant à définir le « avant, là…] sur des tas d’aspects : la technologie et son évolution sont totalement pratiques, j’en conviens et ne cracherai pas dans la soupe. Démonstration en est faite : vous me lisez parce que celle-ci me permet de dire masse de conneries assez librement et facilement, que vous pouvez y accéder sans effort autre que cliquer sur un lien (et le partager, tant qu’à faire, en mentionnant le zine qui me permet ces déambulations erratiques et divagatoires, donc Memento Mori Webzine, sans oublier de vous abonner et demander à plein de vos contacts de faire de même, liker, commenter, etc.) ; remettez-vous dans le contexte d’il y a quelques années, décennies voire siècles, nos relations épistolaires auraient été particulièrement plus fines, même pas sûr que j’aurais pu être un Philippe Manœuvre dans un Rock and Folk ou Métal Hurlant tellement j’enquille les absurdités telles que celles que vous compulsez présentement, si vous n’avez pas déjà ragequit sur un « mais quel connard, ce WvG… ».

    Ce qui me dérange davantage, c’est qu’on m’impose des standards, avec des arguments plus ou moins acceptables. Premier exemple qui me vient à l’esprit, écologique : « les supports et leur production, c’est de la pollution ». Oui, c’est vrai… mais ton écoute prolongée de streams aux data stockées sur des serveurs bien polluants également, on en parle ? Le fait que les artistes, toujours plus nombreux car le façonnage d’un morceau et toute l’accessibilité du home studio, fassent de même avec leur propre produit jusqu’à saturer le « marché », nécessitant des espaces de stockage toujours plus denses, c’est pas polluant non plus peut-être ? Ta démo aux prétentions démesurées sur un marché ultra-concurrentiel parce que tu as des velléités de fortune et gloire et que tu mérites plus que les autres parce que « moi », comme le font multitude d’autres « moi », ça ne pollue pas, peut-être, en degré de méthane pour la bouse que tu as pondue autant qu’en CO2 pour la fosse septique que tu appelles ton « cloud » ? Que dalle, cet argument foireux pseudo-écologique pour se dédouaner de l’économique, je ne veux même pas l’entendre… Mon œil, oui !

    *respire entre deux crescendo de douleurs typées « mal à ma musique » *

    Néanmoins… passé ce coup de gueule (que j’ai déjà énoncé dans un précédent article incitant à ce que ces intimations et leurs instigateurs aillent tous se faire énucléer – oui, c’est une anagramme), revenons aussi au centre du sujet : les vieux cons et les vieux sons.

    *

    Déjà, définissons un « son ». Non, pas à la manière les djeuns en manque de vocabulaire qui appellent un morceau de musique mais scientifiquement : un son, c’est un mélange de multiples fréquences sonores, des ondulations qui se perpétuent dans des matériaux sous leur état solide, liquide ou gazeux jusqu’à arriver à nos capteurs, qu’ils soient tympans, marteau, enclume ou oreille interne et agissent sur nos neurotransmetteurs pour nous faire analyser ces fréquences, exprimées en Hertz, soit le nombre d’oscillations par seconde que notre cerveau interprètera comme des « sons ». Si ces vibrations sont proportionnelles en multiples entiers, c’est un son, si pas entiers, un bruit. Voilà, merci Jamy pour cette simplification extrême ! Mais pourquoi un son est-il riche ? Pourquoi le hautbois est l’instrument qui sert de base à l’accordage d’un orchestre avant le concert par exemple ? Eh bien parce que son spectre harmonique est le plus large des instruments de ce-dit orchestre (un peu plus d’une vingtaine d’harmoniques), entendre par là sa fondamentale (le La 440 – environ, seront le cours de l’Histoire – Hertz qui sert de hauteur de référence, le même que vous entendiez sur la tonalité au décrochage de votre téléphone fixe d’antan, la note de référence pour le système des accords dans l’écriture anglo-saxonne) et ses fréquences harmoniques (110hz, 220hz, 880hz, 1660hz, etc.) Et notre cerveau aime cette diversité de fréquence, ça le met à l’aise, ou le dérange en son absence. Une seule fréquence vous manque et le monde sonore est dépeuplé… C’est d’ailleurs ce qui fait la rondeur, la puissance et la complétude du spectre sur un disque vinyle.

    Le CD, quant à lui, a numérisé ces fréquences, transformées sous forme de chiffres et de traductions d’un ordinateur, ce qui lui permet de gagner en taille de support en réduisant ce spectre sonore. Et c’est là que les emmerdes commencent avec cette idée de réduire la taille du format. Toutes numériques soient-elles, ces données prennent de la place : faites le test, comparez la taille d’un fichier *.wav et un *.mp3, ça peut se multiplier par dix. Pourquoi ? Parce que le mp3 compresse les fichiers ; compresser dans notre cas veut dire supprimer des fréquences sonores jugées « pas utiles », les fameuses bandes passantes, en général les aigus et les graves. Ça paraîtrait légitime puisque notre oreille fait un effort pour entendre sous 100 Hz ou 10 KHz et, vu qu’on est flemmards par nature, elle fait le focus sur les médiums, donc entre 200 Hz et 5 KHz. Pour vous donner un exemple simple à remarquer, quand arrive la pub en plein milieu de votre film à la télé, on a toujours l’impression que le volume est plus fort… et en fait, pas du tout : c’est un ressenti lié au fait que le mixage met en avant ces fréquences (pour mieux vous ancrer le message publicitaire dans la tête et vous faire consommer). Donc, logique de gain de place et de mercantilisme, puisque les fréquences chiantes prennent de la place qui pourrait être exploitée pour vous faire consommer davantage, elles sont inutiles, donc on peut les supprimer…

    Hé, hé, hé… SAUF QUE… Notre cerveau, lui, analyse en auditeur et se rend compte qu’il manque quelque chose à son spectre confortable et complet… donc il se dit que « si j’entends mal, c’est que le volume n’est pas assez fort » … donc on monte le volume… Et voilà comment une génération d’auditeurs réguliers de mp3 sur lecteur mp3 et écouteurs intra-auriculaires s’est retrouvée avec une perte d’audition d’environ 30%… La blague, hein ? Forts de cette expérience, on a (enfin) réfléchi alors à mettre des limiteurs de volume sur les lecteurs (constatez par vous-même la petite barre qui s’affiche en rouge sur votre smartphone, autrefois un message d’alerte vous le signifiait) et qu’on a changé le format d’encodage, principalement vers le *.flac, au spectre plus complet.

    Les gratteux qui liraient cet article, faites le point avec votre instrument et constatez comme il y a une différence incroyable entre jouer sur un ampli à lampe, à résistance ou à synthèse : dans le premier cas, le son est rond et chaud, car spectre complet ; dans le deuxième, on perd cette rondeur car perte de fréquence, même si ça reste correct ; dans le troisième, le son est froid et terne. Alors certes, c’est nettement plus pratique de trimballer un pédalier simulateur d’ampli à brancher sur une sono que se taper le combo « tête et cab » mais, une fois encore, on en revient au fond du sujet (outre celui de savoir si vous êtes ou non un « vieux con ») : la qualité sonore.

    *

    Ajoutez à ceci le bruit (cf. définition ci-dessus, mais sans l’odeur). La saturation ou distorsion amplifie ce phénomène, voire littéralement tape sur le système (nerveux ou politique) d’une personne non accoutumée à ce type de courbe d’oscillation sonore. Ça marche pour le Metal, mais dans un autre sens : vous qui chiez sur l’autotune – à juste titre en général, mais c’est très subjectif et sert surtout de cache-misère dans la majorité des cas, ou de cynisme mercantile dans d’autres –, sachez que c’est aussi parce que votre oreille n’est pas habituée à ce type de bruit ; demandez à mamie ce qu’elle pense du Metal et de PNL, elle trouvera que ça vaut pas Edith Piaf (et que « c’est de la merde ! » si elle est un peu rock n’ roll dans son âme de grand enfant moribond à plus ou moins long terme) ; demandez à un jeunot habitué à vénérer JuL (comme les copains et sans l’esprit critique de l’effet de groupe et d’appartenance tribale, Bourdieu RPZ), il vous dira la même chose sur votre groupe sorti du TRVE du cul des Enfers avec un nom à la calligraphie aussi imbitable qu’un enchevêtrement de branches mortes avant le feu de la Saint-Jean. Une autre problématique à soulever serait celle de la pauvreté musicale croissante des morceaux de musique, tant sur la structure que la diversité des harmonies ou des sons, et vous obtiendrez le résultat navrant de l’abêtissement généralisé poussant à analyser de moins en moins ce qu’on nous offre à « consommer » et le gober comme si c’était une denrée vitale. Je me faisais cette constatation récemment en écoutant et comparant de la variété française – donc du accessible à tous, pas pour public de niche – en défilant le Grand Rouleau des années 60 à 70 puis 80, 90, 2000 jusqu’à nos jours : définitivement, l’appauvrissement sur ces aspects est aussi flagrant que deux et deux font cinq selon le classement PISA de la France… Imaginez qu’on disait en son temps de Goldman et ses compositions ce que je viens de dire sur des musiciens de nos contemporains ; c’est dire si le monde va mal, ma pauvre Germaine…

    *

    Voilà, ça y est, je suis « un vieux con » … Nonobstant, tout comme le petit village d’Astérix, il reste des irréductibles qui se battent encore pour éviter de « sonner comme » tel ou tel « artiste » (j’ai déjà également donné mon avis sur la notion d’« artiste »… j’ai vraiment l’impression d’avoir déjà tout dit, c’est usant de se sentir ET vieux con ET redondant). [NdlR : Normal… les vieux, ça radote…]

    Voilà aussi pourquoi il est nécessaire de faire de l’écoute du Metal sur format des plus confortables. Alors, oui, je suis d’accord avec vous, même si une platine vinyle dans sa bagnole pour écouter son album préféré, ça serait classe, ce n’est franchement pas pratique… Mais la voiture est-elle vraiment le meilleur endroit avec la meilleure acoustique pour vous mettre du « son » ou faire des « greuh greuh » en cover de vos morceaux préférés ? Idéalement non, puisque l’acoustique dépend aussi de votre perception et de la diffusion des sons dans votre environnement : un « greuh greuh » acoustique dans vos toilettes ou la Salle polyvalente Pépin Gourguechon de Saint Roustan, ça sonne nettement moins bien que dans Notre-Dame (qui a été rebâtie en seulement, cinq ans ! Rendez-vous compte !). Même votre gratte ou batterie ou autre instrument digne de pratique (et de respect) ne sonnera pas pareillement à ce que vous en tirez chez vous, après avoir passé des heures/jours/mois/années à peaufiner votre son… D’autant quand le Metal, selon le sous-genre, mise sur des fréquences différentes mises plus ou moins en avant ; même si les guitares Hard Rock-Heavy Metal s’appuyaient sur des médiums tirant vers les aigus, le BM et le Death sur les hautes fréquences, le Metal moderne et le « gros son » visent à faire entendre des GROSSES basses.

    MAIS, tout cet échantillonnage n’est possible et appréhendable qu’avec une réelle qualité sonore… donc un support adapté… donc un support matériel et pas dématérialisé… CD, cassette (éventuellement) ou vinyle.

    Au-delà de cet aspect sonore vient aussi celui de tout ce qui tourne autour du support. Un album, ce n’est pas qu’une succession de titres, consommables et jetables, voire interchangeables.

    Si le recul sur sa propre production est nécessaire voire vital pour soit évoluer soit éviter de ressasser, c’est aussi un bon moyen de se diversifier et/ou trouver son identité propre… avec plus ou moins de succès surtout quand on cherche à « ressembler à » pour des motifs plus ou moins discutables. Mais par-delà cette vision, c’est aussi de nombreux corps de métiers qui entrent en ligne de compte : un album, ce n’est pas que du son.

    *

    L’artwork pour commencer, en complément de la charte graphique. Nombre de groupes fondent leur identité également sur du visuel. Tiens, petit blind test :

    Il en va de même pour les mascottes… Allez, même jeu :

    Si vous les avez tous reconnus, c’est que vous avez été marqués, non pas simplement par la police Arial/Calibri random sur vos fichiers internet (voire la Comic sans MS pour les plus rigolards) mais parce qu’un groupe, c’est une identité visuelle, tant sur ses membres et l’esthétique visuelle du groupe que son logo, que son avatar. Ces petites mains sont essentielles, du graphiste au designer au dessinateur ou autre profession qui se fait spolier de son travail et le sens de celui-ci avec la dématérialisation, mais s’entretient avec le support matériel. Prenons exemple sur des grands noms de la profession, deux fois, que vous ne connaissez probablement pas mais qui ont marqué de leur patte la pop (et Metal) culture. Les pochettes de Iron Maiden sont signées Derek Riggs depuis leur première jaquette ; il est le créateur du personnage emblématique Eddie, trademark du groupe au point que le tout-venant connaît davantage cette illustration que la musique du groupe en elle-même – à quand le rachat par des H&M ou Primark pour orner les T-shirts ? – et a aussi travaillé sur des comics et artworks pour le magazine Heavy Metal des années 70. Autre exemple significatif : Ed Repka. Le monsieur est auteur de la très grande majorité des jaquettes d’albums de Megadeth en illustrant à la gouache le personnage de Vic Rattlehead, blason du groupe, mais aussi de celles de Gamma Ray, ou même le charadesign des personnages de Hellraiser (la série de films, jusqu’avant le remake assez insipide récent).

    *

    Vous aimez les chansons que vous entendez, chantez, growlez éventuellement ? Oui ? Et leurs paroles ? Trouvent-elles un sens à votre oreille et subséquemment à votre cortex ? Et si le « greuh greuh » que vous n’avez pas compris en disait long sur le sens de la chanson ? Et si les paroles allant d’un simple « I’m wanted dead or alive » à un « Let freedom ring with a shotgun blast ! » ou « Blood is freedom’s stain » avaient réellement de l’importance ? Et si ce qui sonne comme une liste de courses chez LIDL était en fait bien plus empreint de signification que ça ? [OK, des fois, je reste dubitatif sur le fait que les growleurs aient des actions chez Madrange et nous prennent pour des jambons].

    Bah, ça, c’est aussi l’intérêt du livret, grande taille en vinyle, recroquevillé sur cassette, et carré sur CD. Et des fois, les pépites se cachent en sous-texte dans l’organisation de ce livret, des messages subtils qui passeraient à la trappe sans sa présence, des private, des explications, des sous-textes que ne permettent pas la nomenclature mercantile mais plus facile du dématérialisé. Une fois encore (de trop), le principe même consumériste fait perdre du sens à une œuvre.

    Accessoirement, et j’utilise volontairement cet adverbe, ce type de support, c’est aussi un objet. Si la possession est encore un attrait très présent comme signe extérieur de richesse, au-delà de la collectionnite aiguë, l’objet est aussi quelque chose de tangible, de palpable, de tâtable, de retournable [sur la tâtable éventuellement, mais je vous prierai de garder vos obscénités pour vous]. Mais c’est aussi davantage : le petit truc en plus… le goodie, celui de l’édition limitée ultra-collector rarissime blablabla… Oui, on est d’accord, c’est futile… mais l’inutile n’est-il pas essentiel ? Si on passe par-dessus l’aspect mercantile, c’est aussi la démonstration que le groupe que vous suivez a réfléchi sa démarche artistique globale sans omettre les à-côtés, hors la musique elle-même : un bel objet plutôt qu’un produit random. En effet, ça rentre moins bien dans votre étagère… mais c’est swaggy, non ? Et éventuellement, pour les plus hardcore, les die-hard fans, ça entretient le sentiment d’appartenance à la tribu, bien davantage qu’un skin virtuel : imaginez la veste à patches avec des QR codes et ce non-sens…

    *

    Toutefois, oui, tout ça a un coût… pour celui qui crée (et qui généralement palpe le moins de pognon à la fin, voire se fait désosser le larefeuille, quand il ne se fait pas chier dedans par les partisans du « la musique, c’est gratuit »), qui mixe/masterise, qui édite en format matériel… je vais ironiquement passer sur l’aspect com’ et distribution, ces derniers ayant sciemment plombé le marché du support matériel pour toujours plus d’économies d’échelle… Mais tout a un coût, mes bros ! Si tu veux une bonne raclette, tu prends pas du fromage de chez ED (tu tapes dans le brésain, évidemment ! Mais, c’est nettement plus cher) … N’entretenant pas un fanatisme exacerbé, d’autant face à la diversité des groupes, et n’étant pas Crésus ou Kim Kardashian (surtout au niveau du boule), forcément, je fais des choix dans ce que j’achète. Mais ça ne me dérangera pas de mettre de la thune pour un groupe qui veut également faire plaisir à son public en mettant en avant sa démarche artistique sous tous ses pans plutôt qu’un qui veut faire (= être) comme tel groupe qui a réussi sa carrière (en termes de chiffres ou de notoriété, j’entends… pour ce qui est de la vie personnelle, c’est très souvent un sacerdoce dont le péquin lambda n’a pas forcément conscience… les paillettes dans les yeux avant tout, Kévin.

    Alors, oui, je n’en disconviendrai pas, Internet, la technologie informatique, le numérique, c’est bien pratique : rien que pour vous pondre cet article, que ce soit en termes d’images, de découpe (foireuse) d’image, de (retour aux) sources dont je n’étais plus certain… Cependant, dans le domaine du sonore, réfléchir un morceau ou un album, ce n’est pas simplement le composer mais englober tous les paramètres et se les appropriant, et réfléchissant à TOUT ce qui gravite autour (les formats diversifiés d’enregistrement par exemple, en fonction du support) tout en se rappelant que la quantité ne fait pas la qualité (n’en déplaise à certains « hyperactifs » du stade anal ou dirigeants de plateformes genre… Spotify…), je serais bien tenté… de parler… noooon… de cynisme mercantile quand je vois qu’on a passé des siècles à réduire les formats des supports pour reculer ce qui tombe à point puisque « si tu avances quand je recule », ce retour à la « grande taille » (comme quoi, je vous le disais plus haut, ça compte) a été fait pour la lecture des vidéos, porno en particulier [merci la marque à la (Grosse) Pomme, hypocrisie US, quand tu nous tiens]… bon, la qualité et le fait que chacun soit en capacité matérielle de diffuser et montrer au monde entier sa médiocrité ne changera rien à la forme mais dans le fond, ça tape juste, quelque part : écrans de smartphones plus grands, écrans TV plus grands, SUV plus grands, casques audios plus grands, cerveaux plus… petits (c’est pas moi qui le dis mais une vraie et sérieuse étude scientifique, pas taper, me jetez pas des bananes ou des ananas, je ne suis pas une savoureuse pizza).

    Heureusement – dirais-je bien – et quelle que soit la philosophie de consommation à visée écologique/ste, les marchés du support matériel reprennent. Le sachiez-vous : la vente de vinyles a augmenté de 13% entre 2016 et 2022, soit à date 45% du marché du support physique. Plus de 10% d’augmentation pour le format CD… Et on nous priverait de lecteurs adaptés ? Avec un système son adapté ? Alors qu’il y a bien un réel marché ? Hérésie économique… Le tout en sachant que les ventes de ces produits sont en hausse parce que le JEUNE public s’y intéresse et achète ces objets…

    Finalement, est-ce que les jeunes cons ne seraient pas déjà des vieux cons ? Et est-ce que les cons qui traitent de vieux cons ces jeunes cons ne seraient pas eux-mêmes des vieux cons ? « Le temps ne fait rien à l’affaire : quand on est con, on est con » chantait Brassens ; et si lui, finalement, avait oublié de l’être ?

    [Et vous, quels sont vos goûts musicaux? 😉 ]

  • Les futurs possibles…

    Les futurs possibles…

    Metal et Science-Fiction
    A partager, savourer et débattre

    Réflexion par WvG

    Imaginez un monde dans lequel la population serait abrutie par des programmes télévisés devenus fédérateurs voire fanatisants, dans lequel le langage serait soit simplifié au niveau du babil lexical en opposition avec une langue technocratique qui appellerait un chat un « félidé quadrupède communiquant par le truchement de miaulements », dans lequel vous seriez fliqués par la robotique, la domotique, l’électronique et l’intelligence artificielle (puisque la votre serait devenue inexistante), dans lequel il serait inconvenant de penser différemment de la pensée unique au point où toute forme d’expression « artistique » serait un anathème dissident qu’il faudrait soit faire disparaitre soit détruire (par le feu, par exemple) dont il faudrait éradiquer leurs créateurs soit par la force, soit par la loi, soit par la vindicte publique de nations dans lesquelles on aurait inculqué à vivre dans la perpétuelle peur, du lendemain, de l’autre, de la maladie, de la guerre, du climat que l’on peut essayer de manipuler par la technologie, au point de préférer se réfugier dans une utopie virtuelle pour oublier ce « monde de merde »… Le meilleur des mondes, en somme… Là, vous vous dites : « Maiiiiis tu t’es pas fait chier ! T’as repompé Aldous Huxley, Georges Orwell, Phillip K Dick, Ray Bradbury, Ernest Cline, Jacques Lob/Jean-Marc Rochette, Enki Bilal et tant d’autres… ! » Et pourtant… Ce monde dystopique ne ressemble-t-il pas à celui, magique, de Dans ton cul, version Groland ? Du tout, mais le sujet du jour n’est pas de parler (monologuer) politique avec vous – je vous laisse à votre propre réflexion et convictions – mais de voir comment la Science-Fiction, dont on pourrait dire « anticipation » pour certains auteurs et certaines œuvres avec le recul, a pu influencer le Metal tant dans son évolution que ses thématiques.

    *

    Parce que, oui, n’en déplaise, il n’y a pas que Lovecraft, l’épouvante, l’horreur, le gore qui sont des clés de voute dans le genre metallistique et en font son image voire ses stéréotypes. La SF a ajouté pas mal d’extra balls dans le flipper qu’est ce style musical et qui vont s’entrechoquer avant de faire tilter la machine. Le sujet du jour ne sera pas de déterminer qui de la poule ou de l’œuf est le premier ; je pourrais aborder le lien entre cinéma de SF et Metal – et là, vous m’auriez dit : « Maiiiiis tu t’es pas fait chier ! T’as repompé sur Matrix, Equilibrium, Contagion, Cube, EXistenZ, Idiocracy, Future Crimes, Strange Days et tant d’autres… ! » – avec le film Heavy Metal et ça serait faire un gros raccourci frôlant le hors sujet puisque c’est l’adaptation animée de nouvelles en bande dessinée tirées de la version US du magazine Métal Hurlant (traduction donc non littérale) sur laquelle il a semblé de bon ton de mettre des morceaux de groupes de Hard Rock et… Heavy Metal… Néanmoins, c’est un sujet sur lequel je reviendrai dans quelques temps.

    Mais quitte à faire une jonction avec cet excellent trimestriel – qui est de nouveau édité depuis deux ans, avec des vieux de la vieille mais aussi des nouveaux auteurs et dessinateurs et que je vous invite vivement à vous procurer régulièrement –, j’ai lu dans le hors-série sur Lovecraft un article affirmant que la cosmologie de l’auteur de Providence avait éventuellement influencé les théories d’Einstein, qui vont influencer celles d’Oppenheimer, puis celles de l’ordinateur quantique, puis celles de l’intelligence artificielle… On en revient à qui de la poule ou de l’œuf, en mettant à plat le sujet, en miroir de la société – et sans être à la coke. Et si ce n’était pas l’évolution technologique qui nous avait menée à ce monde actuel mais les idées « délirantes » des artistes/créatifs qui avaient inspiré les chercheurs en technologie ? Verne paraissait si délirant en son temps avec son idée d’envoyer un engin sur la lune ? Wells paraissait si déconnant en réfléchissant à la possibilité de distordre le temps pour y voyager ?

    « On est dans une merde noire mais on va tout faire pour que vous passiez une bonne journée sur Memento Mori Webzine », pour paraphraser Pierre-Emmanuel Barré. Bref, passons à ce petit tour de multivers et réalités parallèles que vous attendez, en lien avec le genre musical que vous affectionnez.

     * ouverture du vortex dans 5… 4… 3… 2… 1… *

    *

    Entrons directement et de pleine podo-prothèse mécanique pour corps augmenté dans le sujet de l’esthétique futuriste avec le groupe qui tombe comme une évidence : Fear Factory.

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    La thématique des dystopies est régulièrement abordée par le groupe à la direction artistique de Dino Cazares. Le Californien a marqué l’histoire du Metal avec une esthétique sans pareille, souvent imitée et rarement (jamais ?) égalée, annoncée dès les artworks cyborgisants. Les références omniprésentes à la SF ne se trouvent pas que dans l’esthétique visuelle : le son, froid et électronique, métronomique… machinal y est pour beaucoup, avec des inserts de samples tirés de Terminator par exemple, ou des références à la bande originale de films de science-fiction.

    Mais on trouve également des références aux œuvres littéraires (adaptées ou non au cinéma) dans les titres ou les paroles des chansons, particulièrement l’univers de Phillip K Dick, Genexus étant en lien direct avec la nouvelle Do Androids dream of electric Sheep?, adaptée au cinéma sous le nom de Blade Runner, et dans lequel le groupe va jusqu’à puiser la citation ultime, LE monologue métaphysique et existentiel du film pour conclure leur album sur une longue plage contemplative et pessimiste sur les mots prononcés par Rutger Hauer « J’ai vu des choses que vous, humains, ne pourriez croire… […] Tous ces moments se perdront dans le temps… comme… les larmes dans la pluie… Il est temps de mourir. »

    *

    Mais revenons sur les évolutions dues à la technologie et allons sur un groupe phare qui s’est appuyé sur celles-ci : Iron Maiden.

    Si le groupe adepte de la narration dans ses chansons avait déjà abordé le sujet de la SF dès The Number of the Beast avec son morceau « The Prisoner » qui fait référence à la série éponyme des 60’s dans laquelle Patrick McGoohan est Numéro 6 dans un « Village » dystopique, le groupe n’aura que survolé le sujet. Ceci sera corrigé en profondeur avec Somewhere in Time par la suite.

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    Si l’artwork de Derek Riggs annonce clairement une esthétique futuriste (et moults références à ses précédents travaux pour les jaquettes des albums du groupe… amusez-vous à les chercher autant que pour trouver toutes les références à la pop-culture dans Ready Player One) avec son Eddie cybernétique et une pléiade de références science-fictionnelles, c’est surtout une évolution dans le son du groupe avec l’intégration de synthétiseurs – par système MIDI relié aux guitares – dans leurs compositions et ce dès l’ouverture de l’album avec le morceau « Caught somewhere in Time ».

    Ce virage progressif vers… le Prog du futur concept album mystique Seventh Son of a seventh Son (inspiré lui-même d’un roman de… fantasy – déso, pas de SF cette fois – d’Orson Scott Card est déjà notable dans ce changement singulier d’instrumentarium mais aussi dans des « Stranger in a strange Land » et ses changements d’ambiance vers des plages planantes, ce qui n’est pas novateur pour Maiden et le côté Père Castor de sa construction de morceaux mais annonce sa proche évolution, avec les synthétiseurs. Quant aux thématiques de l’album, inspirées de SF également au point que les photo shootings des membres présents dans le livret prennent placent dans un décor désertique sur des véhicules futuristes qui auraient pu servir dans le film Blade Runner, on y retrouve pêle-mêle les sujets des futurs possibles, du déjà-vu, la réflexion sur la solitude (dans un monde plus ou moins dystopique si ce n’est irréel) avec des références nombreuses à Welles, Orwell, Bradbury (dont les noms apparaissent d’ailleurs cachés dans l’artwork) pour n’en citer que quelques-uns.

    Ce n’est pas la seule occasion qu’aura le groupe de se frotter au thème science-fiction puisque le sujet sera abordé également dans Virtual XI et Brave New World, pas autant en profondeur cependant.

    *

    Pour rester dans le « Iron », passons à Iron Savior. Le groupe de Piet Sielck et un autre grand narrateur dans le Metal, à savoir Kaï Hansen (dont nous parlerons plus bas), tous deux ex-Helloween. Quel intérêt, me direz-vous, de préciser leur cursus ? Mais parce que ça s’en ressent d’autant plus dans l’esthétique sonore (Speed Melodic AKA Power Metal) que dans la volonté de conter une histoire, celle du Iron Savior, vaisseau spatial doué de conscience qui serait issu de l’Atlantide… Quand on ajoute à ce duo un transfuge de Blind Guardian, groupe allemand également spécialisé dans la narration (d’abord de la mythologie de Tolkien, puis de sujets littéraires divers et variés puisés chez Stephen King ou Franck Herbert), autant dire que le but n’est pas de faire une suite de singles sans lien cohérent…

    Si le groupe s’est un peu perdu depuis sa création dans des méandres de hors sujet initial, l’album fondateur, auquel s’ensuivra un Unification de belle facture, est aussi le plus marquant du groupe :

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    Unification

    Si le graphisme franchement kitschos de l’artwork a nettement évolué vers quelque chose de plus quali désormais (car, oui, le groupe existe/vivote encore officiellement, ayant sorti un album, Skycrest, il y a quatre ans), l’idée metal voire heavy metal est nettement audible musicalement.

    Et si vous avez l’impression d’entendre du Helloween, du Blind Guardian voire de la NWOBHM, rien d’étonnant quand le cocréateur du projet en a été le producteur.

    *

    Alors… Kaï Hansen, voir plus haut, c’est une entité du Metal deutsche Qualität… le « lutin facétieux » du Metal, autodidacte, pote avec un peu tout le monde eu égard au nombre de projets auquel il a pris part, de par sa singularité vocale et son affabilité… Mais là n’est pas le sujet puisqu’on va surtout s’attarder sur la production de l’ex-Helloween (qui a quand même pondu l’album Keepers of the Seven Keys, album mythique dudit groupe, tant à la compo que dans l’interprétation post-Michael Kiske) au sein de SON groupe (en combinaison par la suite avec un autre copain de groupes, comme Iron Savior ou Helloween, Dan Zimmerman à la batterie) : Gamma Ray.

    Autant dire que là, dans sa discographie, il y a une constellation de références SF, principalement spatiale.

    Blast from The Past

    Il est difficile de faire un tri concret dans les albums, aussi je vous recommande le Best of qu’est Blast from the Past qui expose déjà la quantité de morceaux autour de cette thématique : « Beyond the black Hole », « Anywhere in the Galaxy », « Somewhere out in Space ». Même « Rebellion in Dreamland » du concept album Land of the Free ou « Heading for Tomorrow » de l’album éponyme pourraient être une traduction de libération d’un monde dystopique, mais là, je suis trop dans l’interprétation, restons dans le domaine spatial…

    Des morceaux nerveux avec la balle de double pédale balancée à la vitesse de la lumière, c’est un peu la spécialité du groupe de Kaï. Si les artworks où l’on retrouve la mascotte squelettique (à l’image de l’iconographique maidenienne) varient en fonction des albums, reste en commun l’arrière-plan mystico-futuriste ou scientifique depuis Insanity and Genius et sa représentation d’un atome yin-Yang.

    Allez, un petit dernier pour votre route vers les fins fonds de la galaxie :

    *

    La Science-fiction se base certes sur l’humain, sa place dans la société voire l’univers, mais surtout sur les Sciences : Physique, Astrophysique, et Mathématiques. Pour ces dernières, quoi de plus évident que le Prog ? Je revisionnais dernièrement un épisode de Fringe dans lequel un enfant accidenté avait vu des zones de son cerveau se libérer des (pseudo)10% utilisés par le commun des mortels pour penser une équation de physique quantique sous forme de transcription musicale de ladite équation… ce qui dans le fond n’est pas si incohérent : la Musique, ce SONT des Maths… Si Tool nous a habitués à jouer sur la rythmique et ses liens aux Maths, entre autres la suite de Fibonacci (« Lateralus », la chanson et l’album tout court) ou le nombre d’or, c’est cependant sur un autre groupe de Prog, plus accessible certes mais plus narratif, qu’on va s’attarder : Dream Theater avec l’album The Astonishing.

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    On connait Dream Theater pour son Prog qualitatif, considéré comme trop mainstream par certains particulièrement après Octavarium qui emprunte pas mal sur Muse donc trop pop-rock pour les TRVE. Avec cet album, le groupe, capable de pondre des morceaux aux métriques mouvantes – et des fois imbitables – sur des plages de vingt minutes, démontre qu’il ne cherche pas qu’à faire de la performance technique mais réussit à rendre cohérent un album de l’alpha à l’oméga avec ce space opéra, conçu comme tel avec une trame, une histoire, des intervenants extérieurs, des leitmotivs, etc.

    On entre dans une dystopie située aux States en 2285, sous un régime dictatorial dans lequel la musique est créée et régulée par des « nomacs », machines qui produisent une musique électronique ayant pour but d’annihiler tout affetti. Mais dans cette société neurasthénique, le personnage principal possède le don de chanter et émouvoir avec sa musique, et qui risque de devenir le grain de sable dans la machine politique qui a la mainmise sur sa population en la privant de toute sensation. Oui, c’est aussi philosophique, nietzschéen et bergsonien… L’album affirme cet aspect dès sa courte introduction, accroche totalement synthétique et morne, close par un dernier signal aussi dérangeant qu’une corne de brume d’un tripode dans la Guerre des Mondes, et enchaîne sur la vraie ouverture, celle qui expose les thèmes de l’album, avec des choix singuliers d’instrumentation (piano plus présent que sur les précédentes œuvres du groupe, chœurs synthétiques en opposition avec de vrais aux teintes gospel, orchestre symphonique, synthétique également mais assez proches du timbre d’un vrai aux moments opportuns, etc.)

    C’est ce pari réussi – qu’il faut tenir aussi en temps qu’auditeur, parce que même si les morceaux sont nettement plus courts que d’usage, c’est quand même un double album – en fait à la fis une particularité dans leur discographie mais un OVNI dans le monde prog.

    *

    S’il y en a un qui pourrait être défini comme le savant fou, un modèle type d’abordage de la Science-fiction mais sous apparence la plus grotesque, tout en ne sachant pas s’il faut le prendre au premier ou au ixième degré, c’est Devin Townsend.

    Alors oui, on pourrait commencer à parler directement de Ziltoid the Omniscient, le Mars attacks! musical complètement kitsch du monsieur un peu fêlé du casque qui propose un concept album certes sur un extraterrestre… mais qui veut défoncer la Terre pour acquérir son or noir : le café ! Dark Matters, la suite, un brin plus sérieuse, s’insère néanmoins dans cette logique de SF, aussi dans la dérision que puisse la placer le génial mais barré compositeur multi-instrumentiste. Mais c’est plutôt sur ses multiples side projects issus des multiples facettes de ce schizophrène TDAH que mon choix se porte, à commencer par Biomech sous l’avatar d’Ocean Machine :

    Guts Of Darkness › Devin Townsend › Ocean Machine - Biomech

    Du Prog en veux-tu, du Prog en voilà. Et de grandes réflexions sur la métaphysique et le lien homme-machine… 

    Et ce n’est pas le plus barré des albums du Canadien… Si l’on omet les récents Devin Townsend Project, accrochez-vous sur Physicist :

    Ce qui est notable particulièrement, c’est l’évolution du Metal avec le temps vers un son hyper saturé et synthétique : difficile de se dire qu’on est passé du timbre d’un instrument à cordes, acoustique, à un tel niveau de saturation, désormais traité numériquement. Ce qui m’amène au prochain groupe.

    *

    Obscura, le groupe du teuton Steffen Kummerer (et un nombre considérable d’accompagnateurs dans le quatuor, avec un sens de la longévité assez restreint), comme nombre de groupe évoluant dans le Death technique, aborde la thématique de la Science-fiction… C’est le cas dès leur deuxième album Cosmogenesis, partant davantage dans la Science que la Fiction, certes, mais rejoint ensuite par Omnivium.

    Cosmogenesis

    Peut-on considérer la philosophie comme une sorte de voyage intérieur où la Science et la Fiction se rejoindraient ? Possiblement, et nombre de scientifiques ont abordé le sujet via des biais scientifiques, ce qui n’en donne qu’une réflexion plus intéressante et aboutie. Toujours est-il que c’est par cette vie que Kummerer a abordé Omnivium, s’inspirant Du lien de la nature au monde des esprits » de Schelling pour le transvaser à l’échelle de l’univers, mêlant physique, astrophysique, mathématiques et Science-fiction.

    Omnivium: Obscura, Obscura: Amazon.fr: CD et Vinyles}

    *

    Pour finir ce petit voyage intersidéral dans la Science-fiction, quoi de mieux que de parler de « cyber Metal ». Je ne prendrais qu’un exemple parmi tant d’autres présents dans ce multivers électro Metal : The Browning.

    Le groupe de Jonny McBee étant très influencé par Fear Factory, aucun étonnement de constater qu’il suit ses pas, tout en s’en détachant cependant pour aller piocher dans plein de domaines variés de la Science-fiction. La cybernétique, évidemment, qui est son moteur – électrique – prend la part belle des thématiques du combo/projet solo du Missouri mais s’y confrontent celles de la vie extra-terrestre, le « geist » (ou âme/esprit dans le concept post-mortem, qui sert de titre à leur album de 2018) et l’interstellaire.

    The Browning - Hypernova: lyrics and songs | Deezer

    Musicalement, on est éminemment dans un son fait par la machine, sur des rythmiques inhumaines, avec des beatdowns improbables de perfection, une voix et des guitares aux effets sursaturés numériquement, des sons électroniques servant tantôt de nappes tantôt de lead, et une fusion de styles musicaux allant même piocher dans la Hardtek…

    Quoi de mieux donc, pour terminer et achever cette vision pas trop emplie de gentils E.T. que de poser l’album End of Existence, histoire de nettoyer une fois pour toutes espérances en un futur radieux…

    THE BROWNING : End of existence – Adopte Un Disque

    ***

    Le gimmick introductif de la série The Outer Limits est le suivant : « Ce n’est pas une défaillance de votre téléviseur. N’essayez donc pas de régler l’image. Nous maîtrisons, à présent, toute retransmission. Nous contrôlons les horizontales et les verticales. Nous pouvons vous noyer sous un millier de chaînes ou dilater une simple image jusqu’à lui donner la clarté du cristal, et même au-delà… Nous pouvons modeler votre vision et lui fournir tout ce que votre imagination peut concevoir. [Pendant l’heure qui vient,] nous contrôlerons tout ce que vous allez voir et entendre. Nous partagerons les angoisses et les mystères qui gisent dans les plus profonds abysses… au-delà du réel. » Tel a été mon objectif durant ce voyage vers l’infini et au-delà dans le cadre du Metal. En espérant que votre trajet a été des plus mouvementés, PNC au portes et bonne journée…

    DaH jImej…

  • Pas de fumiste sans feu…

    Pas de fumiste sans feu…

    Grande Famille, mon cul !
    Metal et Fumisterie

    Un billet d’humeur/une réflexion de WvG

    S’il est de bon ton selon certains de fustiger constamment les fumeurs, de vous à moi(s de novembre sans tabac), on va mettre le doigt cette fois-ci non sur la sucette à cancer, bien moins sur la fumée que la fumisterie aujourd’hui et mettre le paquet, avec des belles images dégueulasses dessus.

    À l’instar de Mylène Farmer, je suis désenchanté (même si je ne sais toujours pas qui est cet Amédée pour qui elle cherche une « Hameki »), en bon misanthrope – Hé ! Misanthrope… Désenchantée… t’as la réf’ ? –  Je ne vais pas cracher dans la soupe mais démouler un cake, un bon gros gâteau au caca avec plein de couches de caca, et mettre le nez de la « grande famille du Metal » dedans en la faisant passer à table… Ça tombe bien, c’est bientôt les Fêtes, [NdlR : Ok… on est un peu en retard… mais il reste la galette des rois du… ] on va lui faire la sienne : autant prévoir la bonne ambiance familiale et décrasser une vision biaisée par le sirupeux et l’aveuglement optimiste pour mettre les pieds dans le plat et envoyer la sauce…

    Je baserai mon propos tant sur des expériences vécues à titre personnel que des témoignages divers reçus tant dans mes relations avec la population Metal, acteurs ou spectateurs ou lointaines connaissances ou inconnus qui devraient le rester, que de faits déjà présents et présentés dans les informations accessibles à tous et toutes – et oui, l’écriture inclusive m’emmerde et je ne vois pas de souci à rédiger « toutes et tous » qui est tout autant inclusif et pas davantage discriminant.

    Alors, oui, on ne va pas jeter l’eau du bain avec le bébé ou le remettre dans le congélo (déjà parce qu’un plat décongelé puis recongelé, c’est pas une bonne idée), au risque de jeter un froid car, contrairement au froid, tout n’est pas à jeter dans les interactions du groupe social qui se revendique « grande famille ». La solidarité y existe et prend place, particulièrement du côté des spectateurs.

    Mais revenons d’abord sur cette grande famille, unie et soudée contre toute adversité… ou presque… et regardons la photo. Oui, celle que maman a tenu absolument à prendre après que tu lui aies envoyé un sarcasme sur sa dissonance cognitive ponctuée d’un « rhoooo » comme simple réponse, dans toute sa bienveillance à œillères et parce que ça lui fournit une image d’Epinal rassurante qui lui permet de ne pas se départir de ces dites œillères… La photo n’est pas bonne mais l’on peut y voir le bonheur en personne (du tout) et la douceur d’un soir de réveillon… Tout le monde sur son trente-et-un, dans son plus bel apparat et ses oripeaux de fête, tout sourire, mais analysons qui s’y trouve : papy facho – tiens, toujours pas mort celui-là ? – qui te sort ses histoires de guerre d’Algérie et des bienfaits de la France, du « temps béni des colonies » (pas de vacances) et auquel on ne répond même plus parce qu’il « est sénile », aux côtés de mamie rapace, pour qui un sou est un sou et qui tient les cordons de la bourse voire des bourses de la famille plus ou moins encline à lorgner sur l’héritage, qui sait que d’un simple regard elle peut faire taire la moindre velléité de mot plus haut que l’autre à chaque prétendant au magot. Au coin, papa fait semblant de garder un sourire de circonstance qui l’épuise d’hypocrisie. Pas loin, le tonton qui sort des blagues de cul avec un regard lubrique, lourd à souhait mais attachant quand même ; à ses côtés, les frangins qui sont venus pour la bonne bouffe et sortir des blagues vaseuses, qui cherchent à ne pas se prendre la tête. En face, l’autre frangine, sérieuse, trop peut-être, qui tire la tronche parce que ça l’emmerde à un point inimaginable de perdre trois heures (minimum) à table alors qu’elle pourrait faire des choses bien plus intéressantes, comme ranger ses chaussettes par exemple. Il y a aussi la cousine, parano à souhait parce que « vous avez vu » / « j’ai lu sur internet que », et qui reste assez éloignée du tonton relou parce que « c’est dans la famille que les agressions sexuelles blablabla… » et qui va déverser ses phobies et son anxiété perpétuelle vers les autres avec force agressivité, hauteur et haro face à celui qui la contredirait parce qu’elle SAIT que c’est vrai et qu’elle vit dans le risque constant (mais nettement moins dangereux que de ranger ses chaussettes quand même). Dans sa proximité presque directe, on a le petit cousin qui opine du chef au moindre de ses mots, qui boit son discours comme du petit lait comme il tèterait bien le sien à son sein, amoureux silencieux qui sait pertinemment qu’il n’a aucune chance mais prend sa défense sans même prendre de recul, jugeant sa cause noble et donc « über alles » (après tout… ça reste dans la famille). Enfin, il y a le petit dernier qui sait qu’on lui pardonnera toute connerie possible parce que… parce que lassitude, usure, masse de problème déjà posés par le reste de la famille ; lui c’est l’allumette dans la poudrière… Et il y a moi, celui qui observe depuis très longtemps la situation sans trop rien dire à part des petites piques cyniques qui ne dissimulent plus vraiment une vérité qui reste sourde à toute oreille, s’en énerve, s’en use au point de se demander si ça a encore une utilité d’intervenir et expliquer des choses posément mais qui dans quelques secondes va chopper la nappe, tirer dessus sous le regard éberlué de tous les convives ébaubis (Hé ! Bobby !), foutre en l’air tout le décorum bien sage et hypocrite et dire un gros « merde » à chacun, avec une saillie lapidaire du pourquoi à l’adresse de chacun dans la nécessité qu’il ou elle entende le propos.

    On est bon jusque-là ? Bien… Je vais expliciter de suite cette longue allégorie…

    *

    « Bon papa, ne t’en fais pas : nous en viendrons à bout de tous ces empêcheurs d’enterrer en rond ». Papy est convaincu de son bien fondé, à insérer dans son fondement et, forcément, par respect ou par opinion corrélée, il aura nécessairement un auditoire. L’image associée à ce membre de la famille n’est pas trop compliquée à comprendre : NSBM and co. 

    Par décence (et par volonté d’en parler le moins possible pour leur faire de la pub), je ne mettrai aucun exemple ni de nom, de titre ou d’origine géographique, ni de son et encore moins de morceau complet avec analyse nauséabonde, que l’énergumène suscité soit pratiquant, croyant, ou prosélyte. Néanmoins, vous n’êtes pas suffisamment obtus pour ne pas être au courant que, oui, ça existe des groupes de cette idéologie, que ça a, voire trouve, son public, que ça débat assez fréquemment sur l’innocuité de leur présence dans un running order parce que « le Metal, c’est aussi l’ouverture d’esprit », que ça crée du buzz, terme en vogue pour être synonyme de « vent », un de ceux qui sortirait de l’ouverture non de mon esprit mais de mes sphincters : même bruit, même odeur, on supporte le sien mais pas celui des autres, ça fait rigoler sur le coup mais quand on se rend compte qu’on est seul à le faire, on se sent honteux… Ou du moins on devrait, au quelque part mais si on ajoute sur le gâteau au caca évoqué en entrée une bonne petite couche au-dessus appelée « mauvaise foi absolue », on peut s’en sortir en étant né avant la honte. Tout ça pour dire qu’accepter que ce genre d’ineptie existe, c’est être démocrate (comme Hugues, quand Georges est un fasciste de merde), certes, mais en faire le jeu et le mettre en avant en rebondissant sur les propos de personnes en mal d’existence et de visibilité, c’est manquer de bonne intelligence et ouvrir des portes non pas à son esprit mais à ceux qui en manquent, les invitant à adhérer au parti(es) comme des morpions pas encore matures, voire les inviter à table, les inviter « à boire, à manger, à se distraire ; assis à table, ils parleront des cris qu’on fait taire, ils parleront de la mort et de son pouvoir. » (« Les brutes », Trust) 

    Suis-je vraiment obligé de vous remettre en mémoire le nombre de fois ou des festivals, vivants ou morts depuis, avec plus ou moins de sincérité dans leur propos, on a mis à l’honneur et pas à l’affiche des groupes « tendancieux » dans leur propos ou attitude ? C’est vrai que le Metal regorge de mise en scène, d’ambiguïtés et de « choquant » mais quand il y a doute très raisonnable et fondé, c’est qu’il n’y a plus doute, ou alors que des explications claires se doivent d’être portées à la connaissance des hôtes tout comme des spectateurs. Sinon… bah, tu assumes ton image, ton public, tes choix artistiques, le fait qu’en tant qu’organisateur tu les invites en pleine connaissance de cause, etc.

    *

    « Laissez les mamies faire, les mémés, les mamas » … Mamie écrase les prouts comme Mammouth écrase les prix ; autant dire qu’on va faire du lourd et du sale dans cette longue partie. Et si l’adage veut qu’on ne doive pas pousser mémé dans les orties… Bah, dans notre cas, il faudrait… vraiment… pour qu’elle se pique le derche et revienne à la réalité que son état d’esprit pingre de gros rat manipulateur qu’elle pense utiliser comme une forme de pouvoir n’en est un que si les vautours qui tournent autour lui accordent une once de crédibilité. On va donc parler de l’envers, non pas l’excellent album de Wormfood mais celui du décor car, en effet, il y a pas mal à envoyer. Si papy et mamie s’entendent plutôt bien, c’est par intérêt mutuel. Mais surtout mamie sait que si elle a une cour qui gravite autour d’elle, elle peut en faire ce qu’elle veut, l’influencer, l’inciter à agir contre tout bon sens, etc. Comme vous le savez sûrement déjà, je considère qu’on ne devrait jamais donner le pouvoir à ceux/celles qui le recherchent : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. » (L’esprit des Lois, Montesquieu). Dans cette partie, on va donc parler de coups bas – mais pas de Cuba – et de bras longs – dommage d’ailleurs : cul bas et bras longs, on aurait pu s’étendre sur le singe-araignée et faire une pause zoologique plus que sociologique.

    Il va de soi que si j’évoque et vais évoquer de nombreux points sur le sujet, c’est que je me suis trouvé un peu de tous côtés de la Scène : au-devant, comme beaucoup d’entre vous, auditeurs et spectateurs qui avez lâché vos deniers pour assister à un concert, acheter un skeud ou un DVD live, vous parer du T-shirt de votre/vos groupe/s préféré/s, mais aussi pas mal derrière, dans divers spots, surfant avec les individualités plus ou moins égocentriques et égoïstes. Après tout, qu’est-ce qu’un égoïste et égocentrique à part quelqu’un qui ne pense pas à moi ?… De manière à être le plus transparent, tout ce que j’écris depuis quelques temps et qui est publié sur ce webzine est gracieux, sur du temps libre, et c’est très bien ainsi : je propose, on dispose, ou pas, selon que ça apporte une plus-value. Dans le cas contraire… bah, rien à carrer, de toute façon, c’est fait, et c’est ma façon de fonctionner. On me laisse une carte blanche, si ce n’est pas pertinent ou opportun, ça reste fait quoiqu’il en soit et prend qui veut : je ne travaille pas « pour » mais « avec » des personnes et si ce contrat tacite venait à changer, je partirais, tout comme je ne recherche pas fortune et gloire, pour citer Indiana Jones et le Temple maudit. Vous vous doutez également que je ne suis pas nouveau dans le game mais que c’est une philosophie que j’applique depuis bien longtemps et qui est (théoriquement) entendue à défaut d’être contractualisée. Ça n’a pas toujours été le cas, sensiblement, ce qui fait que je suis sorti de pas mal de postes « dans l’ombre », dans les coulisses, parce qu’on n’était plus d’accord sur cet accord justement : intervieweur, co-organisateur, interprète, chroniqueur et j’en passe. Ce qui fait que j’ai vu, vécu et recueilli de nombreuses choses et témoignages qui, certes, ne sont pas une généralité mais se mentir en se cachant que ces problématiques existent et sont réelles, c’est juste s’aveugler.

    Pour commencer – « enfin ! » diront certains, et je vous comprends, des fois je m’auto-saoule dans mes laïus, c’est même con que je ne touche pas de droits SACEM parce que je viens de rajouter du baratin pas utile qui me permettrait d’accumuler encore sur mon petit pécule – parlons des « gros », ceux qui savent qu’ils ont un poids et donc ont des exigences, qu’il faudrait peut-être faire redescendre de leur piédestal. Il y a bien évidemment (et heureusement) des managers, boss ou acteurs de grosses structures qui ont conscience de peser, mais aussi que leur poids n’est dû qu’à leurs « petites mains », très/trop souvent bénévoles, et qui rétribuent d’une manière ou d’une autre cette implication : une gratuité à un festival sur un certain temps pour assister au passage d’un groupe favori pour un bénévole (je ne connais pas forcément bien les contrats de ce type dans des gros fests mais si vous avez des éléments à apporter, je suis preneur), des distributeurs qui publient des chroniques d’albums de leurs poulains sur leur propre page web ou RS, des éditeurs qui envoient encore des CDs et pas un bundle de mp3 au son compressé et dégueulasse, des managers qui te laissent un temps suffisamment conséquent pour pouvoir faire une interview de fond et non de forme (promotionnelle). Mais ceux-ci ne sont qu’une minorité…

    Saviez-vous par exemple – et c’est là toute l’ironie – que seuls les petits labels, voire les indépendants, sont les derniers à envoyer encore du format matériel et non du dématérialisé ? Et quand ces « indés » te présentent leurs excuses parce que c’est un coût pour eux de le faire et/ou ne peuvent que t’envoyer un bundle (excuses tout à fait légitimes), ils font l’effort de t’envoyer des formats *.flac, de bien meilleure qualité sonore… Des gros labels, dont le plus puissant en Europe, ne le font plus depuis belle lurette pour atténuer leur coût de fonctionnement, quand toi, chroniqueur, on te demande d’être déjà bien content de recevoir le « son » (j’utilise sciemment le terme, en m’appuyant sur une récente étude de l’évolution du spectre sonore et de la perte de dynamique depuis les années 90 afin de coller aux formats les plus rentables) gratuitement… et bosser gratuitement à faire la promotion d’un album… sans retour ni positif ni négatif – l’équivalent d’un « on vous paye en vues » que nombre de petits groupes pour lesquels le proprio du bar ou de la salle te refuse un cachet minimal voire un défraiement connaissent bien. Ah, au fait, il faut évidemment que vous en parliez positivement parce que si vous ne le faites pas, ouuuuuuh la la… vous vous attirez les foudres d’au-dessus, allant du simple blacklistage à la réprimande type « je veux parler à votre responsable », responsable qui sait qu’il risque aussi de perdre une source de visibilité en likes, vu que ledit distributeur au-dessus ne partage toujours pas ton travail gratuit… Ah non, pas gratuit, c’est vrai : il t’a envoyé du « son » gratuitement, lui… des fois sous la forme d’un… lien vers Youtube… mais si tu veux l’album en CD, achète-le, il est disponible pour la modique somme de…

    *

    Passons aux interviews. En général, une interview, c’est formaté. Je suis bien conscient que ça repose sur un planning, promotionnel, que le temps t’est compté légitimement, que le groupe est ou peut être fatigué de sa campagne de com’ (va enchainer des interviews à longueur de temps avec les mêmes questions plus ou moins chiantes, redondantes, brossant dans le sens du poil, sans réel fond, « j’aime beaucoup ce que vous faites… bah, ça tombe bien, moi aussi… est-ce vraiment une information ou une question ? » !) Et tu as des managers qui font pas mal de zèle : des fois, tu en souris, avec éventuellement la complicité (bienvenue) du groupe qui vient se faire cuisiner, et des fois, tu as juste envie que le minimum de respect qu’on te doit comme questionneur gracieux et pas malveillant te soit accordé de manière naturelle, et tu te sens tenté, après ce type d’agression tacite, de transposer ledit énergumène en poster de ton groupe préféré – ou invité à répondre à tes questions – c’est-à-dire placardé et punaisé au mur… J’imagine ne pas être le seul intervieweur a avoir vécu ce genre d’expérience, allant jusqu’à l’annulation in extremis d’une interview (que tu as briquée pendant un long moment pour la rendre intéressante et pertinente) par ledit manager qui ne te fournit aucune explication, mais, si on omet les managers menaçants, par exemple « si je vois une goutte de picole, c’est annulé » allant jusqu’à inclure les petites mains (régisseurs, équipe technique, ouvreuse) dans leur équation anti-alcool, on a ceux bien intrusifs – et j’en ai eu quelques-uns, de groupes renommés – qui assistent de bout en bout à l’interview, interviennent comme un avocat, sont au qui-vive concernant une question qui sortirait du cadre ou pourrait avoir un effet potentiellement néfaste… Waaaaah… Infernal ! Frère, je connais mon boulot, j’ai aucun contrat signé avec toi, alors ferme bien ta gueule et retourne prendre une camomille au bar, ça te détendra le rectum… pète un coup, mon gars ! Heureusement, ce ne sont que quelques anecdotes et non une généralité mais ce qui m’a fait arrêter les rencontres avec les groupes dans ce type de cadre, c’est clairement l’évolution et la progression de ce type de mentalités (quand je n’ai que très, très peu de souvenirs négatifs – et probablement réciproquement – de groupes, y compris ceux que je ne connaissais que peu ou connaissais sans pour autant apprécier plus que ça leur musique – déçus ou mécontents ; en général, on regrettait mutuellement de ne pas avoir plus de temps à s’accorder pour papoter en longueur).

    *

    Hep, toi ! Tu aimes assister à des concerts ? Tu as un smartphone plus ou moins dernier cri – ou plutôt « râle », si on s’en réfère au prix à casquer – et tu prends des photos ? Tu es donc photographe, non ?! Allez, j’ai besoin de toi pour un live report… Par contre, je vais décider quelles photos… et puis ce serait bien que tu investisses dans un vrai appareil photo… et je choisirai lesquelles je veux… 

    Si éventuellement, vous vous reconnaissez dans ce cas de figure… vous êtes une buse ! Une bonne grosse buse… D’une part parce qu’être photographe, ce n’est pas prendre des photos et, quand bien même, ce n’est pas un « talent » mais du « travail » (comme tout talent, d’ailleurs, cessons avec ce mythe). Donc ton travail mérite de la reconnaissance, à défaut de rétribution pécuniaire… Parlons un peu d’esbroufe, de poudre aux yeux, voire de perlimpinpin, expression désuète remise au goût du jour. « Oui, c’est sur internet/un RS, donc c’est gratuit, donc on peut l’utiliser comme on veut » … Ah ben non, en fait… Et cette mentalité de la gratuité du travail bénévole, qui plus est à fins commerciales, se fait grandissante, malheureusement : si un ou une photographe ne fait pas payer le fruit de son travail, il ou elle n’en démérite pas moins pour ce résultat partagé, pour lequel il ou elle aura passé du temps à le perfectionner et le rendre a minima potable, voire viser le plus intéressant et expressif… Donc qui que tu sois et quoi que tu fasses, tu lui dois respect et estime, pas utilisation frauduleuse ou abus de faiblesse/naïveté. Et le nombre de cas va croissant, de photographes soit professionnels soit amateurs mais qui bossent dur, qui se font spolier leur travail par des magazines, payants, sans véritable scrupule, qui soit « oublient » de te mentionner comme auteur de ladite photo, soit rognent carrément ta signature. J’ai entendu dernièrement ces mots : « tu m’étonnes que des photographes mettent désormais leur filigrane de signature partout sur la photo » … Oui… ça la salit et la rend bien moins intéressante du point de vue photogénique mais on en est là… Et celui qui argue que « c’est un milieu concurrentiel », oui, j’en suis conscient, et c’est bien pour ça qu’il reste très peu de magazines Metal au format papier, pour ne pas dire une poignée, parce qu’ils sont payants (contrairement aux fanzines, webzines, podcasts, vlogs ou autres) mais ceci n’interdit ni n’empêche d’avoir une éthique et une honnêteté, à défaut d’être journalistique, et ne pas jouer sur le tableau « pot de terre contre pot de fer », ni en « on vous revaudra ça », du flan pas si éloigné en bouche du gâteau au caca – on y revient toujours.

    *

    Après les « gros », parlons maintenant des « petits »… comme ça on ne pourra pas me taxer de grossophobie métallique. Ce n’est pas un terme péjoratif mais un classement hiérarchique simple et factuel : il y a les petits qui en ont conscience, et ceux qui voudraient être des grands et agissent en conséquence, avec des dents plus ou moins longues à défaut de bras (et donc de chocolat). Qui/quel groupe ne rêverait pas d’être à l’affiche d’un Hellfest, de suivre un mood « et partout dans la rue, j’veux qu’on parle de moi, que les filles soient nues, qu’elles se jettent sur moi », que son album soit en top liste des charts, du billboard, en voie de disque de platine, de visibilité, de starification, de… de… de… ? Fortune et gloire, en somme… Sonnante et trébuchante… Vous avez alors deux possibilités assez simples, dans un milieu forcément très concurrentiel : qu’on reconnaisse – enfin – votre talent ou que vous ayez fric et contacts. La troisième, c’est l’option sale : les plus ou moins pires crasses pour arriver au sommet, AKA « coups de pute ». Je passerai les deux premiers cas, tombant le plus sous le sens pour, comme Ariel, soulever la crasse sans la re-déposer : on avait dit en début de partie « du lourd, du sale ».

    C’est donc par un mythe que je vais ouvrir ce point de suture, « é qué s’appelorio » date-retour. Allez… je vous vois déjà esquisser un sourire, ceux des membres de petits groupes qui ont organisé un concert dans leur rade local (payés en vues sur Facebook, hein, bien sûr), essayant de monter un plateau cohérent en invitant des groupes plus ou moins de même niveau (si c’est plus, c’est mieux pour la visibilité de la date et des noms sur l’affiche), distribuant flyers et bossant sur la com (affiche and co.) avec l’once d’espoir que tout ceci sera bénéfique à leur propre groupe, tant pour le concert organisé de leur petites mains que… le match retour chez ceux qui ont été conviés… Alors cassons directement ces mythes qui abusent : la grande famille ne s’entend bien que si elle trouve un intérêt bilatéral à le faire. La famosa date-retour n’aura lieu que si vous êtes dignes, donc en odeur de sainteté ou de notoriété, bref que vous apportez une plus-value… sinon, zobi ! J’ai également côtoyé au fil des années, et dans un cadre soit de co-organisateur soit de groupe qui invite, des « on vous rappellera » qui sonnent occupés quand tu le leur rappelles, justement… Ahhhh cette naïveté… de parfois même faire revenir lesdits groupes dans un espoir toujours plus vain que leur notoriété va aller croissant en une « date-retour » … Je me demande bien pourquoi on contractualise tout désormais, y compris le cachet/frais de défraiement… Je déconne, hein : je sais.

    *

    Tiens, on évoquait ci-dessus des organisateurs… Parlons-en, mais pas en bien ; même si « y eeeeen a des bieeeens ». Je ne saurais vous remettre en (douloureuse, pour certains et certaines) mémoire le #rendslesrunes qui a servi de blason au Ragnar Rock Festival, qui s’est barré avec la caisse pour la rouvrir en Espagne… une belle ouverture non d’esprit mais d’anus, comme celui qui avale une noix de coco fait confiance au sien. Attardons-nous plutôt sur ceux qui, comme la Clio première génération, veulent « avoir tout d’une grande » avec des niveaux de filsdeputerie parfois indécents et savoureux par la même occasion. Bon, je ne fais pas trop l’étalage sur les « petites » dates sur des « petits » plateaux qui te demandent de jouer gratos (on a déjà soulevé la crasse de la « visibilité sur internet/page Facebook » plus haut, pas la peine de pérorer), mais d’autres qui, par diverses magouilles stratégiques MAIS légales, finissent par évincer le crew fondateur pour s’approprier la création. « On n’est pas bien, là, à la fraîche, décontractés du gland ? » Et on niquera quand on aura envie de niquer… Parce que, oui, le cynisme peut aller jusque-là, même pour ceux qui s’en battent les valseuses : une orga consciencieuse est un cadre légal, généralement asso de type loi 1901 (but non lucratif), avec un CA soumis au vote, etc. Et comme dans tout vote, on aide à faire voter les membres, qu’on intègre petit à petit… et bam, ça fait des Chocapic, au caca(o) ! Si ce n’était pas si pathétique, ça en deviendrait presque magnifique, poétique comme un coucher de soleil sur un mitard… Vous doutez, je le vois… Si, si, ça existe un tel niveau d’enculerie… Allez, on soutient les petits groupes et la scène locale, siouplé ?!

    « Où t’es, papa, où t’es ? » Avec tonton en train de picoler pour oublier… donc dans le public, à siroter des bières plus ou moins quali selon l’endroit où prend place le concert auquel vous assistez, et donc la qualité va decrescendo inversement à la taille… J’ai un vague souvenir de pisse appelé « mousse », même pas « roteuse » tellement elle était coupée à la flotte, dans un très grand festival, le Sonisphere en l’occurrence… Heureusement que les blagues pipi-caca bien beauf servent d’opium du peuple metalleux pour oublier ou ne pas faire penser qu’on fait partie d’une masse non pensante parfois, parce que l’ambiance est bonne et que « le Metal, c’est pas sérieux ». Certes, mais ce n’est pas pour autant débilitant que d’être bon enfant. Tiens, parlons des enfants en amenant à la table, et la conversation, les frangins qui viennent pour la bonne bouffe et l’amusement : à défaut d’amusement, quelques pains et/ou coups de latte dans la gueule, c’est le rituel Metal, quand il n’y a pas un cul à montrer à Yann Barthès, qui rend le metalleux imbécile et diffuse son image de crétin utile pour égayer le diner de con médiatique et confirme cette représentation véhiculée, telle celle d’un Gérard de Suresnes qui fait marrer le tout-venant avec un sentiment de supériorité, réjouit par l’humiliation sous couvert de bienveillance et d’inclusivité. « Et dire qu’il suffirait qu’on n’en achète pas pour que ça ne se vende plus… » Le problème attenant à cette démocratisation, le fameux paradoxe metalleux déjà évoqué du « on veut être visibles et reconnus mais pas mainstream et commerciaux », c’est la diversification du public. Sur certains aspects, ça me satisfait : qui a déjà regardé son voisin de salle ou fest en se disant « merde, il me ressemble carrément, c’est cool » en transposant sa réflexion en « merde, il ne me ressemble pas du tout… mais c’est cool qu’il soit là, je pourrai moi aussi faire de même et découvrir sa culture » ? Sauf que, qui dit intégration d’une culture ou dans une culture, dit acculturation et connaissance des codes (merci Bourdieu). Et c’est là que le bât (du front) peut blesser, surtout s’il chausse du 45 fillette… Si le bon sens et le respect immanent à la scène Metal veut qu’on pratique moshpits, circle pits, walls of death et autres joyeusetés confrontant la chaleur humaine à l’œdème, il est de coutume d’éviter d’éclater la tronche de son prochain qui ne pourra plus tendre l’autre joue, voire de le ou la ramasser s’il ou elle choit en plein centre d’une harde rugissante… ce qui n’est pas acquis par tous (là, je n’userai que du masculin), qui se diraient avec la simplicité de l’irrespect : « hé, les concerts de Metal, c’est cool, on peut montrer son cul à la télé et, comme Jésus, multiplier les pains ! » Anecdote : j’ai vu un mec faire du pogo et un mosh sur… du Maiden ! Pauvre de lui, heureux les simples d’esprits car le royaume des cieux (aussi appelé « tu sors de la salle, pépère ») leur appartient…

    Heureusement que la frangine qui s’emmerde est à la table pour faire étinceler de sérieux par sa présence : elle va donc critiquer tout ce qui passe et ne trouver rien à son goût. Et donc se faire soit ignorer soit détester cordialement, et ce dans le respect des majeurs levés à l’encontre de sa personne humaine. Elle, c’est le snob de la famille… Parce que son goût est sûr, qualitatif, unique, et que, le reste, « c’est de la merde », ce qui va l’amener à dénigrer plus ou moins ouvertement, avec un mépris plus ou moins prononcé, tout ce qui n’est pas digne de ses attentes, de sa culture, la seule… Ça vous rappelle quelque chose ? Des affiches dans lesquelles seuls un ou deux sous-genres très apparentés sont présents, au détriment total de nombreux autres mais « on est ouverts à toute possibilité », le même propos seriné chaque année, la même promesse unilatérale de diversification… Pourquoi de moins en moins de plateau avec du Heavy, du Power, au profit de toujours plus extrême au point d’en devenir aberrant et incompréhensible (autant dire imbitable et proche du foutage de gueule) ? Ah, oui : parce que « c’est de la merde » … La famille…. Ou le clan dans toute son expression sectaire, finalement ?

    « Bonjour ma cousi-i-neuh… Bonjour mon cousin germain… On m’a dit que vous m’aimiez : est-ce bien la vérité ? » Faisons de ce couple (probable) une section à part entière, la crème fouetteuse de ce propos. Car ils méritent leur place…

    La cousine, c’est celle qui va voir un agresseur à chaque pilier de la tente, qui va scruter la foule en se disant que tout mâle présent est un potentiel agresseur, qui va donc passer un moment tellement enrichissant qu’elle te donne envie de revenir en sachant que si tu entres malgré toi dans son périmètre de sécurité, tu deviendras un frotteur/harceleur et plus si affinités. Je vais tempérer mon propos par du factuel : oui, ça existe et oui, il faut lutter contre (et ensemble, en « famille ») ce fléau ; n’importe quel lieu de spectacle, indoor ou open air, massif ou à jauge restreinte, devrait être naturellement un safe space pour quiconque y assiste, quels que soient les sexe, genre, attirance sexuelle, couleur de peau, religion, forme physique et autre. Ce n’est malheureusement pas le cas et il est intéressant et intelligent d’en faire état, comme dans n’importe quel autre type de rassemblement d’occasion, genre ou situation différente. Mais de là à en faire une généralité anxiogène pour toute personne qui pourrait potentiellement se sentir stigmatisée pour telle ou telle revendication d’appartenance sur un regard interprété sous un biais inapproprié, c’est non seulement contre-productif et ouvre la porte à toute forme de censure qui défierait la notion même de liberté d’expression qui sert de frontispice à la chapelle Metal, parce que « on sait jamais ». Par ce paragraphe, et même si je soutiens Médiapart dans leurs articles de fond, celui sur les agressions dans le milieu Metal est biaisé et survole totalement la question pour faire de quelques cas (indéniables) une généralisation et jeter l’opprobre sur toute une population culturelle parce que quelques-uns, plus véhéments et criant au loup, veulent appliquer leur diktat.

    J’ajoute donc le cousin germain à l’équation, le SJW (Social Justice Warrior) qui se sent plus victime que la vraie victime. Est-ce que sa cause est noble ? Oui. Est-ce que la méthode l’est ? Non. Est-ce que la damoiselle en détresse a besoin d’un chevalier servant ? Non. Est-ce que faire de la pédagogie et non de l’agression sera plus constructif ?… Assurément… J’ai été associé malgré moi récemment à ce genre de situation, et je vous explique : ce type de conglomérat radical utilise très (trop) souvent des appellations franglaises en suffixe « ing », dans un langage abscons limite technocratique pour les initiés, et je ne sais même plus quel terme était employé sur le mur d’une connaissance de la Scène. N’étant pas dans le cénacle, je demande en commentaire la signification (simple) de ce terme. Je reçois la réponse, passive agressive d’un autre commentateur avec force de texte juridique, ce à quoi je réponds que la signification m’intéresse, pas la leçon de morale (je suis assez grand pour ne pas être teubé au point d’ignorer que tout type d’agression sexuelle est à la fois immoral et répréhensible… et n’est même pas envisageable de ma part mais bon, l’interlocuteur peut aussi ignorer ce fait, admettons). Damned, l’erreur que je n’avais pas commise : s’en est suivi un flot de commentaires malsains à base d’accusations de complicité et autre sous-entendu dégueulasse pour avoir simplement posé la question… Autant vous dire que je ne suis plus en contact avec cette personne… Mais autant je peux comprendre la raison qui peut pousser ce genre d’individus à être offusqué par ces problèmes qui, selon mon optimisme légendaire, ne trouveront jamais de fin malgré toute la bonne volonté et les actions mises en branle pour y parvenir, autant je peux refuser de me trouver moi-même agressé et calomnié. Vous vous ferez votre avis, je n’ai ni la Parole ni la science infuse (CQFD avec cette anecdote) mais peut-être qu’un peu de réflexion généralisée serait bien plus profitable que la meute aux abois prête à fondre sur la première proie facile, non ?

    Et si finalement, le petit frère n’était pas dans le coup, à faire ses conneries et s’échapper en douce ? Après tout, foutre le bordel, c’est son truc… Le détonateur, celui qui ne prendra pas de pincettes mais ira à la pelle, ne servira certes pas de joint d’étanchéité pour joint de climatiseur de morgue – les VRAIS ont la réf’ – mais laissera fuiter les odeurs de putréfaction par amusement face au chaos, tel un Ulysse face à Polyphème qui lui dirait qu’il n’est « Personne » et donc peut se permettre de disparaître sans être vu, indicible, après avoir décimé tout le troupeau de brebis.

    « Si, maman, si… Maman si tu voyais ma vie : je pleure comme je ris mais mon avenir reste gris… » Autant vous dire qu’arrivé au bout de ce bukkake familial, il est grand temps de parler à maman de sa famille dysfonctionnelle, qui fait bonne figure mais est incapable de se dire ses quatre vérités en face, préférant supporter des poids d’âne mort dans un silence assourdissant plutôt que de s’en libérer en posant sur cette même table maintenant débarrassée de ses accessoires futiles et décoratifs d’ambiance les cadavres, les squelettes dans le placard, finalement la vraie discussion, celle qui se doit d’avoir lieu pour se retrouver peut-être de nouveau dans un esprit plus sain et moins vicié par les arrières pensées. Oui, ça ne fait pas plaisir, oui, ça peut faire pleurer comme rire, mais ça permet de remettre la pendule familiale à l’heure. Nul n’est parfait, nul n’est irréprochable, c’est un fait : même les béatifiés ne sont pas épargnés. Mais si on faisait un vrai bon gâteau ensemble, enfin, et pas un truc peu ragoûtant avec une odeur et un arrière-goût de merde parce qu’on n’a pas su s’entendre sur la recette la plus cohérente pour faire de ce dessert une réussite ? Allez : à taaaaaable !

    Ce long post est sponsorisé et vous a été proposé par l’Association des Protecteurs de la Cène de Léonard de Vinci. Et comme je suis sympa – ne vous déplaise – et que je fais plein de références au Metal dans sa globalité sans mettre ni son ni image, en voici quelques-uns et unes pour vous, ceux qui avez tenu jusqu’au bout sans couper jusqu’ici, offusqués par tant de gêne face au miroir. Que reste-t-il de nos amours, ces amours mortes qui n’en finissent pas de mourir ? La musique, fort heureusement…

    « Si vous connaissez cette photo, c’est que vous lisez encore la presse papier…  » – WvG

  • Mon beau tapin…

    Mon beau tapin…

    Un playlist de Noël ?
    Oui ! Mais foncièrement Extrême…

    Réflexion par WvG

    « Voici le temps d’être heureu-eux… Fa la la la laaa » chantonnait Mme Sheila Futterman, ajustant sa décoration de Noël, avant de se faire écrabouiller par un Caterpillar dans son salon, conduit par un Gremlin. Ahhhh… cette douce magie de Noël, nos santons de Provence décrépis dans la crèche, le vieux pervers qui fait sautiller les enfants sur ses genoux dans les supermarchés, un Saint Nicolas obèse et rouge cocaifié, et bien sûr, les cantiques de Noël ! Tino Rossi RPZ ! Enfin… pas vraiment, c’est davantage une tradition anglo-saxonne que bien franchouillarde. Faut dire que pour rester dans les clichés, c’est nettement plus bandant de voir un chœur de lutins entonner des mélodies joyeuses devant des porches de gentilles familles américaines bien sous tous rapports et vivant dans la sérénité apaisante d’un doux foyer chauffé à la cheminée et son feu de bois crépitant que de se balader aux Halles et entendre le vieux René et son accordéon, grelottant devant son bidon en flammes sur lequel crépitent deux-trois marrons, ressemblant davantage à un clodo sur le point de ne pas passer l’hiver (mais tant qu’il y a la baguette et le béret, aux yeux du monde occidental, c’est validé…)

    La thématique du jour, mes gâtés de la Nativité, va être – vous vous en doutez – les chansons de Noël dans le Metal. Parce que, forcément, il fallait que les chevelus en soient, soit par atavisme, soit par dérision, soit parce qu’ils ont en leur sein cette culture et tradition qui leur tient à cœur par croyance ou appartenance à un milieu social dont c’est la coutume.

    Commençons par les créatifs. Ceux qui prennent la tradition pour écrire leur propre chanson. Ceux qui y croient suffisamment, à cet « esprit de Noël » pour mettre leur créativité à son service… On a les groupes qui veulent aller dans le sens de la tradition, la respectant au premier degré, pour créer un cantique plein de bonnes intentions et de candy canes emballées dans du cuir et du fil barbelé… voire trempées dans de l’acide et du fiel. On va se secouer les boules de Noël et introduire la bûche dans le… sujet avec l’ironie et le cynisme (pseudo)punk d’un Blink 182 qui met déjà l’ambiance.

    Phoebe Cates, qui interprète le rôle de Kate, la serveuse du bar de Kingston Falls (voir référence attachée en introduction), elle non plus n’aime pas Noël… Le groupe Fear pas davantage mais l’explique de façon bien plus courte et efficace.

    *

    En effet, il y a d’abord ceux qui chient allègrement sur le concept et le détournent pour revenir à ce qui fait le Metal : Satan Claus. King Diamond, dans son imagerie, sait le faire… Bon, on a évidemment du mal à prendre son concept au sérieux, tout talentueux soit-il, mais quand tu fais ce type de choix esthétiques « trop daaaark », on a un peu du mal à t’imaginer à côté de Rodolphe vivant plutôt qu’en train de tourner sur une broche. Dans ce même level de streetcred, j’aurais aussi pu vous parler de « Christmas with the Devil » mais si je vous dis que c’est de Spinal Tap, vous allez me rétorquer que… « Ah ! »

    *

    « Père Noël, t’es le seul ami des enfants, qu’ait toujours au moins trois grammes dans le sang… » Il y a aussi ceux qui tournent en dérision la tradition, en singeant les « classiques ». Cocorico, on en a chez nous ! Une référence quand il s’agit de parodier puisqu’il s’agi(ssai)t de leur fonds de commerce, Ultra Vomit, qui a justement vomi un court cantique, assez facile à mémoriser pour mieux proposer de l’entonner en famille devant un sapin recouvert de m… de guirlandes.

    Et quand il s’agit de détourner des petits êtres de la joie en leur proposant de sucer un objet oblong, un tube de Noël en gros, je ne parle pas de pédophilie mais de l’anti-Papa Noël, le père fouettard en VF ou Krampus dans les autres cultures, sujet auquel s’est attaché Lacuna Coil dans « Naughty Christmas »

    *

    Il y a aussi ceux qui restent dans leur état d’esprit inhérent au groupe, pour qui Noël est un jour de merde, comme tous les autres. Type O Negative, c’est pas franchement la représentation de la joie et l’image du sourire donc assez cohérent qu’ils pondent un cantique lugubre, « Red Water (Christmas Mourning) »

    Type O Negative Memes

    *

    Il y a également les enfants pas sages, qui détournent la pureté et l’innocence du moment pour y mettre des allusions salaces. Evidemment, AC/DC ayant déjà montré par le passé que la Rock’ n Roll attitude n’était pas l’apanage des glameux, il fallait bien qu’à un moment ou un autre ils secouent leurs grelots devant le nez du monde en proposant de culbuter la Mère Noël.

    *

    Il y a enfin les chansons de Yule, qu’on chante en bande organisée. Oui, parce que Noël, c’est une fête commerciale et les TRVE ne fêtent pas Noël mais Yule. On ne va évidemment pas entrer dans un loooooong débat sur la récupération par le christianisme des fêtes païennes, usurpation elle-même officialisée dans le Christmas Carol classique « Deck the Hall » par le truchement de ces paroles « troll the ancient Yuletide Carol » … Ça, vous le ferez en famille pour troller (AKA « animer ») le putainement long repas de famille. Toujours est-il que les paganistes se devaient de rétablir la vérité et qui de mieux que les Vikings – donc Amon Amarth – pour replacer le cairn au centre du village et foutre le feu au sapin.

    « V’la l’temps des fêtes, V’la l’temps des fêtes » entonnait François Pérusse pour les Deux minutes du Peuple. Il y a des traditions (et des baffes) qui se perdent parfois mais celle-ci à la peau dure… le cuir tanné, en somme. Vivent les vents divers, il a été dans l’air du temps de faire des albums de reprises de Christmas Carols, du Metal engagé en profondeur, quoi. Et si on peut attendre mieux de la part de darons du genre, on est quand même content de les entendre parfois dans d’autres registres, même si ça peut paraître hors sujet…

    *

    Débutons cette seconde partie par ceux qui, dans un esprit de « grande famille », se rassemblent autour du sapin, respectant la coutume. On va donc retrouver une grosse dream team autour d’un chef de projet, les X-Men du X-Mas. Le sapin, c’est Bob Kulick, producteur qui a rameuté la « crème de la crème », comme on dit en anglais, de la scène Metal pour un album inégal mais plein de tubes et de noms très connus, intitulé We wish you a Metal X-Mas and a headbanging new Year.

    We Wish You a Metal Xmas and a Headbanging New Year: Various Artists:  Amazon.fr: CD et Vinyles}

    *

    Et si certains se rassemblent pour diffuser la « magie de Noël », il y a aussi ceux qui la jouent solo comme Rob Halford et Tarja Turunen. Partis respectivement dans une carrière solo (sans pour autant faire oublier leur place dans des groupes mythiques, d’autant en rejouant en live les titres qui ont fait leur renommée), ils profitent de l’occasion des fêtes de fin d’année pour faire trembler leur glotte à vibrato sur des hits sortis des fins fonds des chaussettes sur la cheminée. 

    Halford ne cachant pas sa confession, légitime qu’il métalise des « O come, Emmanuel » ou « Come ye all faithfull » sur Winter Songs.

    Tarja quant à elle met l’accent sur l’ambiance nivale finlandaise sur From Spirits and Ghosts.

    *

    Si Jésus est descendu parmi nous – mais qui est donc ce foutu chat et, surtout, comment le nourrissent ils ? – certains nous ont rejoints tardivement. Christopher Lee, LE Christopher Lee, celui qui a eu mille vies (contrairement à Bernard Tapie selon la vision de Jack Lang), a réalisé un rêve très lointain ; bien que chanteur lyrique de formation (une vie parmi d’autres), il n’a fini par atterrir dans le Metal que vers la fin de sa vie en prenant part aux opus de Rhapsody (of Fire ou pas) tout en état Sauron après avoir été Dracula (beaucoup de vies là aussi) pour proposer son album solo. 

    De la musique heavy métal pour les chansons de Noël - Printf

    C’est loin d’être génial mais touchant quoiqu’il en soit, eu égard à sa nonantaine d’années, dans son album solo mais aussi pour son interprétation métallique de classiques de saison dans son A Heavy Metal Christmas, EP dont il renouvellera l’expérience sur un volume 2 (avec « Jingle Hell ») et des Darkest Carols.

    *

    Parmi les « pas sages », à vide, les glameux (dont on parlait plus haut) peuvent se montrer politiquement corrects, au point de te faire une faciale de chansons gentilles. Pour changer d’un « Petite pipe à Noël » que vous attendriez de leur part, Twisted Sisters, le look de pétasse peinturlurée au Ripolin fluo de Dee Snider, vous les imagineriez brailler des chansons de Noël sur tout un album ? Bah… maintenant, si, avec A Twisted Christmas, titre qui garde cependant un sous-entendu sale (comme quoi on ne se refait pas, contrairement au petit Jésus qui, version adulte, peut le faire en trois jours)

    *

    Quand t’es chrétien, croyant et pratiquant et revendiqué – donc pas Metal dans l’imagerie stéréotypée –, il est logique qu’à un moment de ta carrière, par imitation des autres ou par prosélytisme, tu proposes un album de chants de Noël. C’est le cas avec August Burns Red qui growle son amour pour le ch’ti n’enfant entouré d’ânes et de bœufs dans Sleddin’ Hill.

    *

    Pour finir, et parmi ceux qui reprennent des singles de Noël, je sens déjà poindre votre déception de ne pas voir figurer un « Last Christmas » de Wham version Metal dans cette liste… mais sachez que vous venez de le fredonner dans votre tête et avez déjà échoué à votre Whammageddon. Par contre, on va lancer un VRAI débat maintenant ! L’étrange Noël de Monsieur Jack… c’est un film d’Halloween ou de Noël ? Bonne chance à vous ! Toujours est-il que KoRn s’en fout mais propose une reprise d’un des thèmes de ce film avec « Kidnap the Sandy Claws ». Laaaa lala lalalaaaa…

    « Viens m’voir à Los Angeles, on passera Noël en famille, on fera la fête ! » On a parlé précédemment d’imagerie et iconographie du Metal, fumisterie et hypocrisie dernièrement (ou bientôt selon la date de parution du prochain blabla) ; si là on est dans le plus pur des exemples du paraître et des paradoxes du Metal, je ne vois pas trop ce que c’est d’autre. Cependant, en prenant du recul, à défaut de kiffer le moment sous la neige dans un marché avec des couples américains qui se roulent des pelles (à neige, également) en décapitant un petit bonhomme pain d’épice, ça vous fera toujours une playlist sympa à vous mettre au coin de l’oreille, en n’oubliant pas que « tout ce que je veux pour Noël, c’est vous ! » MOUHAHAHAHAHA !!!

    PS (au bas de ta lettre au Pornoël) : Ho ! Ho ! Hooo ! Un petit cadeau quand même pour occuper vos Airpods tout beaux tout neufs (et avec un fil maintenant pour ne plus les perdre… Airpods sans fils mais filaires, en somme).

  • Du premier degré…

    Du premier degré…

    Réflexion par WvG

    A partager, savourer et débattre

    … au 666ème degré

    Dernièrement, j’ai eu une discussion rationnelle, raisonnable et raisonnée avec une nana à qui j’expliquais à quel point elle était stupide et que seule ma vision était la bonne, en bon mansplainer qui se respecte un tant soit peu… Aussi en suis-je venu à la réflexion suivante : faut-il ou doit-on prendre le Metal au premier degré ? La réponse est indiscutablement oui, et je vais vous le démontrer en quelques points suivants, si ce n’était pas encore une évidence pour vous.

    *

     In life I have no religion besides the Heavy Metal gods” (“The Book of Heavy Metal”, Dream Evil). Le Metal est une religion et c’est naturellement qu’il prêche la bonne parole, comme toute religion et ses prophètes amènent de manière sensée à réaliser à quel point leur mode de vie est dénué de sens sans une pensée unique à suivre. Aussi, si un groupe vous invite à aller cramer des églises, c’est d’une évidence atterrante qu’il faut le faire, si un groupe vous intime de vénérer Satan et sacrifier une vierge sur un autel, il ne peut qu’avoir raison (puisqu’il porte la bonne parole) … Ils avaient bien tort, les détracteurs du genre, avec leurs autodafés de vinyles de AC/DC ou Iron Maiden ; ce manque d’ouverture culturelle est symptomatique de gens obtus et intolérants, ignares dirais-je même… Et puis bon, des églises, c’est pas ce qui manque, une de plus ou de moins… Quant aux vierges… bon, là, c’est un mauvais exemple… C’est d’autant plus ennuyeux quand d’autres essaient de convertir avec leurs paroles insipides, allant jusqu’à parodier un TRVE genre qu’est le Black Metal en le salissant de leur appellation de White Metal, Stryper pour ne pas les citer en fer de lance de cette croisade absconse… Que nenni, boutons ces hérétiques : “Lay down your souls to the gods rock ‘n roll!

    *

    Mais puisque les dieux du Metal parlent, il faut suivre leur voix et leur voies : si vous entendez qu’il faut aller buter des gens tel un Ramirez et son « Night Prowler », c’est tout naturellement qu’il faut savoir entendre cette relation avec votre Seigneur. D’autant quand c’est un morceau plutôt cool, au rythme chaloupé et au mid tempo langoureux…

    Si vous entendez un murmure dans « Better by you, better than me » de Judas Priest vous disant de vous mettre une balle, c’est que c’est le bon moment pour vous mettre du plomb dans la cervelle et vous vider la tête à la fois… S’aérer les idées, c’est vital.

    D’ailleurs, quitte à parler suicide ou TS, si Ozzy Osbourne écrit un morceau intitulé « Suicide Solution », Ozzy étant un dieu, on se doit de l’écouter sans le contredire…

    D’ailleurs Pantera également vous y convie, à juste titre…

    Et quoi de mieux qu’afficher sa piété en se tatouant ou se scarifiant pour afficher fièrement cette ferveur sans ambages ?

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    *

    Tout ça pour dire que, oui, le Metal, c’est pas pour la bien pensance : c’est LA pensée ! Comme je le spécifiais en préambule, je m’évertuais à faire comprendre ma pensée à un être de sexe féminin. Mais cette créature est-elle douée de la capacité de compréhension nécessaire ? Non, bien sûr !

    Homme, la femme est ton inférieure, « le fruit d’une côte surnuméraire » pour citer Bossuet et, subséquemment, te doit respect, fidélité et soumission… Manowar dans sa grande justesse en a fait un hymne que voici :

    Quand sa place n’est pas à la couizine, elle peut aussi se montrer comme un partenaire jovial d’exhibition de ses charmes à but coïtal, copulatoire éventuellement, car c’est avant tout pour la distraction qu’elle a été créée, et Steel Panther n’a que trop bien compris qu’une pétasse a cette vocation naturelle.

    Certaines de ces sorcières méritent-elles le respect ? Possiblement mais encore faut-il qu’elles adoptent les codes acceptables de leurs mâles alpha ! Est-il dieu possible qu’il en soit autrement : honni soit qui mal y pense !

    Le Metal est la sensualité du bout des doigts, quelle que soit la partie du corps sur laquelle on les pose, et place la femme avec un grand F comme un étendard de la féminité à tout âge. Cela est juste et vous, en vérité, je vous le dis…

    Virgin killer de Scorpions, CD chez solarfire - Ref:119759850

    *

    Et quitte à partir en guerre plus ou moins sainte, il est normal de véhiculer et arborer la symbolique qui va de pair ou être fasciste-né par une idéologie qui lave plus blanc que blanc, mieux que Omo.

    Jeff Hanneman, un des grands apôtres du Metal a fait preuve de ses convictions en mettant en exergue les talents notoires dans l’aboutissement des travaux de Joseph Mengele :

    Marduk a proposé également une vision aussi mélodieuse qu’angélique des bienfaits des rapports belliqueux.

    Et que dire des plus célèbres représentants, les plus disponibles pour porter haut la bonne parole en cas de désistement de confrères, Sabaton, qui n’ont que cette obsession de véhiculer la connaissance historique par la narration, tels des Alain Decaux de cuir et de clous ?

    « La guerre, c’est fantastique ! » pour promouvoir les sages paroles du “sabotageur” Arbinger dans Hot Shots 2. Et c’est surtout du sérieux…

    Panzer Surprise

    *

    Vous l’aurez aisément compris – puisqu’on est entre gens intelligents – que le Metal est éminemment dans la vérité car, comme chacun le sait, c’est du sérieux… du lourd !

    Merci à vous qui avez lu cette chronique jusqu’au bout, en bonne intelligence et au premier degré évidemment… 

    ***

    Pour ceux qui ont tenu aussi longtemps sans éteindre leur smartphone ou PC et le balancer loin, loin, loin, voire sans le brûler simultanément à se rincer les yeux avec de la javel (qui soigne le Covid, vous le savez tous, hein…), entamons la deuxième partie de ce laïus : NON, évidemment qu’il ne faut surtout pas le [le Metal] prendre pour parole d’évangile ; non, comme beaucoup de préceptes déraisonnables et éloignés d’esprit critique pour les bas du front, il est insensé de suivre les idées plus ou moins nauséabondes (mais quand même premier degré pour certains, particulièrement dans le NSBM, que je n’ai pas traité dans ce sujet pour éviter de faire de la promo à des gros cons malsains – oui, j’ai le droit d’être subjectif un peu quand même, merde !) d’un genre qui est avant tout grand-guignolesque et outrancier, provocateur, jouant sur des codes borderlines, particulièrement pour ceux qui cherchent à voir et trouver des choses (messages subliminaux ou autres théories complotistes… il y en a qui en cherchent même dans les clips de Beyoncé ou Taylor Swift… et en trouvent), un exutoire voire une catharsis pour certains… « Les bonnes manières », quoi, pour citer de grands penseurs comme Ultra Vomit… Et au-delà même du bon sens, j’en fais appel à votre esprit critique et votre notion de tempérance – mais c’est peut-être aussi mon côté anarcho gauchiasse qui parle.

    Les exemples divers proposés plus haut avec le choix thématique lui-même basé sur le surcroît d’absurdité sont pour partie démonstratifs de la nécessité absolue de prendre le Metal au second voire six-cent-soixante-sixième degré, ce qui n’a pas été toujours le cas, et ne l’est toujours pas encore… Rappelez-vous il n’y a pas encore si longtemps la team Boutin (Chrétiens démocrates… oxymore, en somme) contre vents et marées anti Hellfest, ce même lieu saccagé il y a quelques années seulement lors de sa préparation par les mêmes croisés… Les autodafés qu’on attribue aux « heures sombres » de l’Histoire ne sont pas qu’à attribuer à ceux qui ont une tendinite au coude au point de lever le bras à (trente-neuf/) quarante-cinq degrés – tout en étant premier, ce qui est balaise d’un point de vue géométrique et chaud si c’est en Celsius – puisque les Beatles y ont eu droit dans les sixties, Iron Maiden y a eu le droit à la sortie de The Number of the Beast, le groupe ayant dû faire son coming out « non, on ne défend pas le satanisme », sachant qu’une grande partie de ceux qui véhiculeraient des messages anti-christianiques sont soit croyants soit pratiquants (Rob Halford, Tom Araya ou d’autres).

    AC/DC a eu aussi droit à sa renommée sulfureuse quand le skeud de Highway to Hell (aussi considéré comme l’œuvre de vilains satanistes prosélytes par la f(r)ange la plus subtile de l’évangélisme made in USA) a été retrouvé sur une scène d’homicide de Richard Ramirez. Judas Priest a eu droit à un procès en 1990 de parents (et leurs avocats bien intentionnés, avec des dollars dans les yeux, of course) qui cherchaient à justifier le mal-être de leurs gosses non par leur incapacité à communiquer avec eux mais en cherchant des pseudo messages subliminaux dans une respiration de Rob Halford

    Quant à la censure, n’en parlons même pas… « Suicide Solution » a eu le droit à son ‘Parental Advisory’, suite à la création du PMRC en 1985 (Parents Music Resource Center, comité de lecture/censure US créé par Tipper Gore, femme du candidat à la présidentielle Al Gore, reconverti depuis dans le documentaire vidéo politique). 

    Et c’est aussi le problème de fond avec le Metal : un genre outrancier qui joue avec les limites et la provoc’ dans son approche ou son imagerie… ce qui risque de passer de moins en moins avec l’évolution des mœurs, les radicalisations et le backlash des révolutions culturelles, au point de devoir s’adapter et se censurer au risque de devenir insipide et édulcoré, donc sortir de ce qui a fait ses « lettres de noblesse » via son aspect sulfureux – mais ceci est un autre sujet, dont on discutera peut-être une fois prochaine… La problématique se pose alors sur un genre victime de son/ses image/s, au point de risquer de se faire ressortir des sarcasmes lointains – internet n’oublie jamais et ceux qui ne l’oublient pas aiment à ressortir des archives, souvent hors contexte pour servir leur mode de pensée… Quand des groupes border à la Nokturnal Mortum se retrouvent face à une vindicte lors de leur annonce à un Ragnar Rock Fest, est-ce mérité ? Probablement pas mais les idées sous-entendues attirent également le public idoine… Quand des Destroyer 666 se font virer d’un running order, est-ce légitime ? Probablement pas mais on est dans des temps qui préfèrent éviter les risques, même quand les arguments à défense tiennent la route. Quand George “Corpsegrinder” Fisher se prend un flot de merde de la part de cette même génération aux abois de sensationnalisme, est-ce mérité ? Probablement voire certainement pas… mais à force de jouer sur les limites, l’image reste, que ce soit pour les personnes mal intentionnées en manque de visibilité (d’existence ?) ou la cour qui suit, voire le troupeau qui bêle sans regarder autour et se mue en meute qui hurle…

    Nombre de bouquins, chez Camion noir éditions ou autres plus accessibles chez Cultura ou la FNAC – c’est dire si le sujet et son explicitation ont fait couler de l’encre – ont été écrits, de documentaires ou biopicsvidéo/streamo/télévisés ont été réalisés (de nombreux épisodes de Tracks sur ARTE, leur Heavy Metal Kingdom de 2024, ainsi qu’un documentaire diffusé sur cette même chaine dans les mid nineties, dont je suis incapable de retrouver le titre, et ce n’est pas faute de l’avoir chiné sur internet ; mais aussi un Lords of Chaos romancé sur l’histoire de Mayhem), jusqu’à une exposition explicative (mais en survol grand public, ce que je trouve dommage mais cohérent pour ne pas prendre un ton élitiste et sectarisant vis-à-vis du néophyte qui s’aventurerait en ces lieux) qui a pris place à la Philharmonie de Paris…

    Exposition Metal, Diabolus in Musica - Cité de la Musique-Philharmonie -  Musée de la Musique | L'Officiel des spectacles

    *

    Oui, le Metal joue sur des codes à prendre avec distance et recul, au point d’en avoir fait des parodies assez nombreuses dans le domaine cinématographique (Airheads, Spinnal Tap, Heavy Trip… Pop Redemption… ok, pour celui-ci, c’est vraiment pour le quota d’œuvres françaises…) voire dans son propre genre (Nanowar, Ultra Vomit, Massacration), ce qui est pour moi une démonstration d’échec quand des groupes se sentent limite obligés de justifier que « non, c’est pas sérieux, les gars », en se parodiant eux-mêmes ; je pense particulièrement aux groupes de Power ou de Sympho… par peur de manquer de la crédibilité qu’on leur refuse depuis la création du genre parce que « c’est pas du Métol » ? Peut-être… mais c’en est navrant autant que pathétique, hélas…

    Car malheureusement, on a le public qu’on mérite : ceux qui ont pleine conscience du côté dérisoire de l’image mais viennent parce que c’est distrayant, le tout n’empêchant pas de pratiquer une musique tout à fait acceptable voire intelligente – musicalement parlant ; les autres… bah, c’est les autres, l’ « enfer » selon Sartre, et c’est là que se situe mon « malheureusement » d’incipit : cohabiter et tenter d’expliquer que « noooon, c’est pas bien de traiter une fille/femme comme une esclave sexuelle ou une pouffiasse… gnééééééé… hé ! Éteins cette allumette, la cathédrale à l’entrée de ce festival n’est pas une vraie, dugland ! » Que faire dans ce cas de figure, excepté mettre à l’énergumène suscité un petit coup derrière la nuque, comme on fait pour anesthésier les huîtres, ce qui n’est pas si éloigné d’un point de vue encéphalogramme ? Tentez l’approche pédagogique : peut-être que votre interlocuteur n’est pas forcément qu’un amas de chair et de bave et que les quelques neurones qui lui servent à secouer la tête d’avant en arrière feront des petits et lui permettront de rationaliser son point de vue et ouvrir à discussion voire à débat, à défaut de convaincre de manière argumentée, ça aura fait avancer la réflexion. Si celle-ci [l’approche pédagogique, pas la réflexion] s’avère vaine, anesthésie selon la méthode explicitée ci-avant (voir figure 2).

    Et effectivement, si vous avez pris toute ma première partie pseudo pamphlétaire au premier degré malgré la volonté affichée d’accumuler des aspects argumentaires absurdes avec des clichés too much, c’est que vous méritez de faire partie des personnes qui vont malencontreusement décéder accidentellement d’un léger œdème au niveau de la nuque, et vous avez du bol que monsieur Duçon ait inventé la cédille.

  • Clap de Metal – Metal et Cinéma

    Clap de Metal – Metal et Cinéma

    Metal et Cinéma

    Réflexion par WvG

    La régie, on est bons ? On peut lancer ? Et c’est parti dans 5… 4… 3…

    Prologue/accroche :

    {Décor de plateau sombre, cercle lumineux sur fond noir au sol [le même que Nikos et Tatiana Silva].}

    • Caméra une, traveling avant avec déplacement de la louma sur arc rotatif de 90° vers gauche pour arriver sur PRT.

    « Madame, mademoiselle, monsieur, bonsoir… J’avais évoqué dans une précédente émission des liens ténus et intriqués entre le Metal et le cinéma. »

    • Caméra deux, plan fixe sur profil du présentateur.

    « Et ils sont nombreux depuis la reconnaissance du genre musical pour ses atouts, l’intérêt stratégique dans un film, ou simplement pour trouver un nouveau panel de consommateurs « de niche ». »

    • Caméra une, lent volet vers droite.

    « Mais qu’en est-il du vrai rôle du Metal au sein de l’industrie cinématographique ? Quelles réelles perversions se cachent derrière l’ingénuité de ce décor musical idyllique et paradisiaque pour tout démon de basse extraction ? »

    • Caméra deux, fixe, profil en pied.

    « Nos équipes ont enquêté pour vous… Qui se cache réellement derrière ce business lucratif et quelles en sont les premières victimes à part le 7e Art lui-même ? »

    • Caméra une face cam, PRT.

    « Putes, drogue, alcool… la face cachée du Metal au cinéma, c’est tout de suite ! Partytime Wayne !!! »

    > Caméra une, traveling arrière rapide.

    ***

    Scène 1 :

    Le Metal, c’est du son, certes, mais aussi du visuel… et quel visuel : du choquant, tant qu’à faire ! On a déjà vu les dérives et le premier degré à porter à celles-ci précédemment [si, si, consultez les pages de Memento, vous trouverez…] et les conséquences tant sur l’image que le backlash à ce « passé sulfureux », je ne vais donc pas vous faire un dessin. Par contre, je vais commencer par parler dessins, animés en l’occurrence, pour ouvrir cette petite présentation générale. Quand je dis « petite », vous vous doutez maintenant que si la liste d’exemples thématiques ne sera éminemment pas exhaustive, elle n’en sera pas pour autant moins garnie qu’un panier gagné au loto du dimanche chez mémé.

    J’enfonce des portes de la perception déjà ouvertes à la masse avec le bien nommé Heavy Metal (Métal hurlant en VF), bien nommé parce que la bande son découlait de source pour un film animé avant tout SF (et bordélique, parce que mettre bout à bout différentes séquences-historiettes tirées des magazines éponymes pour en faire un scénario improbable et foutraque, c’était pas gagné…) mais au titre du genre musical. On va dire que l’opportunité s’est présentée de mettre pêle-mêle Black Sabbath, Trust, Nazareth, Journey et d’autres groupes de cette époque, sans réel lien avec les images… Pourtant, ça en fait un film fondateur pour nerds.

    Heavy Metal (1981) - IMDb

    Puis, quand les nerds ont grandi, ils ont pris les rênes pour proposer Dethklok, groupe de Metal animé pour la série Metalocalypse, qui donnera par la suite le long métrage The Doomstar Requiem en 2013 (puis sa suite dix ans plus tard, Army of the Doomstar). Sans grande surprise, les stéréotypes bre-som y sont légion dans un film pas franchement politiquement correct, avec un casting vocal plutôt sympa cependant puisque Jack Black (dont on reparlera plus loin, vous pouvez imaginer… comme Muriel Bolle, toujours dans les mauvais coups…), Mark Hamill (Luke Skywalker était déjà rodé au doublage, puisqu’il est la VO du Joker dans les animés Batman), Malcolm McDowell (déjà habitué aux « méchants badass » un peu tarés dans sa filmographie, depuis Caligula…) ou Georges Fischer (de Cannibal Corpse, en effet). 

    Le metalleux est donc conçu comme un bourrin, dans sa musique et son mode de vie. Je place alors brièvement cette dualité dans Ronal le Barbare, film d’animation danois dans lequel, même s’il [le Metal] est popularisé à une échelle bien supérieure à la nôtre dans ce pays scandinave, conserve quand même sa petite dose de clichés manowaresques, se devant d’être musculeux et beauf dans son slip moulax en peau de bête. Et quand la direction artistique du doublage français confie le personnage principal à un Kev Adams post-pubère face à de l’humour bite-couille-poil-nichon, autant dire qu’on tient un chef-d’œuvre ! (Mais classé « pour enfants » en France pourtant… comme quoi, la géométrie variable…)

    Ronal le Barbare un film pas pour les enfants pour quel âge ? analyse dvd

    *

    Scène 2 :

    Ah… Le métalleux… Ce gentil débile pataud qui secoue la tête au moindre riff…

    De manière assez évidente, quand ce n’est pas le mal-être étalé sur une couche de drame social, c’est forcément le gentil crétin qui reste la thématique consensuelle de l’archétype metal. Et là, on a pléthore de films sur ce même axe, à commencer par Wayne’s World, 1 & 2, comme vous le voulez ; mais parlons déjà du premier volet avec Cassandra (la bassiste qui est « top bonne ») et le secouage de cheveux sur « Bohemian Rhapsody » de Queen. En effet, ça en fait un film cultissime et générationnel dans ses clichés, même si celui-ci en joue pour les descendre aussi (le laïus d’Alice Cooper sur l’origine de Milwaukee, en algonquin « la bonne terre ») bien qu’ils restent assez marqués (entre autres quand Meat Loaf, en guest, est Tiny, le videur mononeuronal). Pour anecdote, ce film et cette scène de la voiture ont boosté les ventes du single (et album) de Queen, au point que c’est un Mike Myers méconnaissable qui a été invité pour interpréter le rôle du boss de la maison de disques de laquelle Queen se barre dans leur biopic Bohemian Rhapsody (avec beaucoup d’erreurs en effet mais tout à fait correct sur d’autres points) de Brian Singer.

    Dans la continuité de cette image de benêt au grand cœur cependant, on peut tout de suite placer Airheads (Radio Rebels en… français) avec le trio Brendan Fraser/Adam Sandler/Steve Buscemi, dans lequel le premier est chanteur-guitariste metal wannabe et qui cherche toutes les astuces pour faire diffuser sa musique au point de prendre avec force quiproquos et enchainements de situations merdiques une station de radio en otage. Bien sûr la « rock and roll attitude » sera de mise durant le film, avec un metalleux un peu lover [Tiens ? J’en aurais pas parlé dans un sujet précédemment, aussi ?] soutenu par des fans chevelus qui secouent la tête au moindre riff, dans une manif à laquelle Lemmy « Dieu » Kilmister prend part.

    Airheads (1994) - IMDb

    Quand il n’est pas teubé, il est flemmard (donc chômeur) et le sujet est abordé par deux fois dans des films mettant en scène Jack Black. Le plus premier degré – avec un sens du premier degré très relatif, hein – serait School of Rock (dit Rock Academy en… français… oui, je sais…) dans lequel un loser patenté qui abuse tellement des clichés du hardos à l’égo XXL se fait jeter de son groupe, sa réputation de trouduc à l’égo démesuré (Jack Black, en gros… subjectivité passagère) ne l’aidant pas à former un nouveau groupe, il va trouver par opportunisme une place de prof dans une école guindée, ainsi que ses futurs comparses de scène. Ce film deviendra par la suite une comédie musicale typée Broadway, à succès.

    School of Rock - Wikipedia

    Le second, à prendre pour le coup avec des pincettes et un second degré très lointain, serait une sorte de film méta mockumentaire parodique sur son groupe Tenacious D, The Pick of Destiny, avec sans grande surprise la totale pour les clichés et la musique dédiée à Satan (Dave Grohl interprétant ledit Satan, mais plein d’autres guests viennent se marrer avec le duo Black/Gass comme feu-Ronnie James Dio, feu-Meat Loaf, Tim Robbins, Ben Stiller, etc.), gaguesque de son préambule à sa scène post-générique…

    *

    Scène 3 :

    La dérision va pousser les réalisateurs et scénaristes toujours plus loin, au point de créer un genre cinématographique parodique : le « mockumentaire ». Et forcément, on ne pouvait pas ne pas parler de Spinal Tap.

    This Is Spinal Tap (Special Edition) [Import USA Zone 1]: Amazon.fr:  Domingueza, Chazz, Hall, Shari, Parnell, R.J., Kaff, David, Hendra, Tony,  McKean, ...

    Pourquoi ce film est inéluctable ? Parce que c’est la parodie méta par excellence : qui pourrait prendre ce genre de film réalisé comme un vrai documentaire au sérieux ? Une série de batteurs décédés dans des conditions toujours plus absurdes… Un guitariste qui s’est fait construire un ampli avec le volume à 11… Un « John Lennon » qui se fait manipuler par sa Yoko… Un bassiste qui a besoin de dévoiler une turgescence phallique proéminente – aka « grosse bite » – au tout venant, au point de trouver des prothèses improbables… Sérieusement… qui pourrait gober un tel niveau d’outrance, même en 1984 ? Hein ?…

    Et cependant en véhiculant ce genre de stéréotypes, la team premier degré n’y a rien vu d’autre – que ce qu’elle voulait voir… oups… pardon, je digresse (et des fois, je dis « bite » aussi, cf. plus haut) – qu’une réalité palpable, tangible et tenace au fil du temps, au point qu’on ne sait plus qui est le plus cynique dans l’industrie : ceux qui y croi(v)ent et font du prosélytisme ou ceux qui le sa(ch)vent mais en jouent pour se faire du biff.

    *

    Scène 4 :

    Victime du succès de ses clichés, et tendant le bâton pour se faire battre par la dérision générale où l’outrance fait mouche pour flirter avec le pathétique, le Metal va osciller entre le « putain, c’est nawak » et le « ils sont bizarres, ces gens, ils font peur » (pour en arriver au « ils ne doivent pas bien aller, dépression ou autre… c’est sûrement le Malin qui les empêche d’aller bien… » mais on en parle aussi plus bas…)

    Associer Metal et cinéma de fiction au sujet Dark (avec des scènes d’action quand même). Je vous passerai tout de suite les adaptations d’Uwe « Murielle » Boll dans lesquelles les morceaux typés metal au générique ne sont là que pour relever le niveau des foirages en masses – ou massacres, selon – d’adaptations de licences vidéoludiques et ne sont que des sorties de secours à une heure et demie (en général et en moyenne) de daube intersidérale, quasi le seul intérêt (exemple : « I wish I had an Angel » de Nightwish pour Alone in the Dark).

    Non, je vais entrer dans l’iconographie des ténèbres dépressives avec The Crow, bien entendu ! Si la trame avec Eric Draven adaptant le comics de James O’Barr a fait couler beaucoup d’encre avec la mort – réelle – de son acteur principal Brandon Lee sous la caméra d’un jeune Alex Proyas qui ne pondait pas encore des daubes insipides comme Gods of Egypt, la musique est nettement plus intéressante puisqu’elle suit le destin d’un musicos, gratteux, compositeur… donc dans un univers gothique, autant accommoder avec les groupes de son époque et dans une même teinte désespérée, au temps de l’avènement du Grunge…

    Pourtant, ce genre est quand même bien pratique, dans ses stéréotypes, pour être associé à des bonnes grosses scènes d’action, au point de devenir un cliché d’association image/musique, ironisé dans Last Action Hero, deux heures et demie de film totalement méta de John McTiernan (le réal des Die Hard 1 et 3 et de Predator, dont la carrière sera coulée par ce film un peu trop critique sur les actionners) par le jeune protagoniste : « La décapotable, le Hard Rock, les punchlines débiles… je suis dans le film ! » 

    Last Action Hero - Film 1993 - AlloCiné

    Ironie, ce film qui déjoue/dénonce les stéréotypes va – espérer – signer la fin d’un genre cliché avec des clichés, une sorte de making of introspectif du déclin d’une industrie tout en rendant le film culte… Mais quand le vice est poussé, par-delà la kyrielle de stars du Hard Rock et Metal qui sont au générique (Alice in Chains, Megadeth, Queensryche, Aerosmith…) à faire adapter des morceaux (« Last Action Hero » de Tesla, chanté avec les paroles « Jack Slater », personnage principal du film interprété par Schwarzenegger) voire à s’en faire composer un dans le clip duquel Schwarzy intervient in persona (« Big Gun » de AC/DC), autant dire que Maurice a poussé le bouchon très loin dans la blague, plus imprévisible que « le babil débile des babouins nubiles ».

    Et McTiernan, s’il donnait l’impression de cracher dans la soupe, n’ironisait pas sans raison puisque cette association de type Team Rocket fonctionne toujours, le Metal étant utilisé comme renfort de propos illustratif d’une tournure vers le Mal ou évoquant la puissance (du Mal en général, hein… faut pas déconner, on ne parle pas de Napalm Death en BO de Peppa Pig). Aussi pour évoquer la mutation de Angel en Arkangel dans X-Men Apocalypse, quoi de mieux que d’étayer sa transition de genre vers le côté obscur en appuyant la scène avec « The four Horsemen » de Metallica ? Quoi de mieux pour illustrer la réincarnation de Jennifer Tily en poupée tueuse dans La fiancée de Chucky que de diffuser « Living dead Girl » de Rob Zombie ? Quoi de mieux que « Feuer Frei » de et joué par Rammstein live dans xXx pour un personnage qui passe son temps à jouer avec le feu ? Quoi de mieux qu’un concert de Cannibal Corpse (et re-Georges Fischer) qui interprète « Hammer smashed Face » en live dans Ace Ventura pour appuyer sur le… le… le rien en fait, puisque le film est un joyeux bordel de pur n’importe quoi, vulgos avec les curseurs poussés au max tant que c’est insolent…

    Ace Ventura: Pet Detective (1994) - IMDb

    *

    Scène 5 :

    Il arrive parfois néanmoins que le Metal ait un rôle. Je parle de personnage dans le film… Tantôt de figuration mais intégré dans la réalisation, tantôt comme personnage secondaire voire argument du film.

    Si l’on retrouve l’association d’idée « Metal + horreur » dans Bienvenue à Zombieland, au moins, c’est visuellement intéressant d’avoir une scène d’introduction/générique esthétique montrant des zombies se faire fracasser la tronche sur fond de « For whom the Bell tolls » de Metallica.

    Mais le rôle du Metal (pas du métalleux) prend davantage de place dans des films comme La main qui tue, teen movie pseudo horreur débile (avec Jessica Alba en nymphette presquàpoilesque) mais culte dans lequel le protagoniste a une main « oisive » possédée par le diable et qui se décontracte et cesse de tuer des gens en visionnant du Strapping Young Lad sur MTV.

    La Main Qui Tue

    Et pour revenir sur les clichés associatifs Metal/actionner dont je parlais ci-dessus, il en est un, imparable par sa frénésie, ses punchlines, son Metal, qui est Shoot’em up, avec un Clive Owens tireur d’élite vivant en SDF marginal de son plein gré, qui se retrouve à essayer de sauver un bébé abandonné, secondé par une Monica Belluci maman-putain, film dans lequel ledit nourrisson se calme à l’écoute de morceaux de Death Metal. Je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler mais je vous invite vivement à laisser votre neurone vagabonder dans ce film whadafuck.

    Et quoi de plus naturel que de donner le premier rôle à la musique que dans… une comédie musicale. Aussi Rock of Ages (donc en français… Rock Forever… original, hein ?) fait forcément la part belle à la bande son, avec un casting de toute beauté – et pas seulement Catherine Zeta-Jones, bien sûr – qui joue et chante une bande musicale principalement faite de medleys de chansons de Rock/Hard Rock qui scénarisent le film. Mention spéciale à Tom « actor studio » Cruise qui joue un Stacee Jaxx glameux totalement décomplexé, enfonçant le clou avec son interprétation de « Dead or alive » de Bon Jovi et poursuivi par le comité de censure des culs-béni de la Cité des Anges pour pratique de la musique de la tentation, du vice, du stupre, bref, du Diable. 

    Rock Forever - Film 2012 - AlloCiné

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    Scène 6 (ou 666, je demanderai au monteur) :

    La « musique de Satan » va forcément se retrouver associée à tout ce qui découle du satanisme, du surnaturel et/ou paranormal, bref des trucs pas bien dans une Amérique puritaine dont l’influence va se déverser, transportée outre-Atlantique vers nos contrées. Logique donc que le genre soit associé au cinéma… de genre… à échelle plus ou moins réussie tant dans la réalisation que le scénario. 

    Puisque le Metal, c’est cliché, et kitsch, autant en faire… des nanars ! Hard Rock Zombies, Rock n Roll Nightmare, Hard Rock Nightmare… chefs-d’œuvre intemporels dont vous n’aviez probablement jamais entendu parler (sauf les abonnés à Escale à Nanarland), parfait pour égayer vos soirées entre potes (che)velus ou glabres en se disant que « votre » Metal est nettement plus sérieux, n’est-il pas ? En bref, on débranche les neurones dès le visionnage au moins autant que pour un Piranha 3D d’Alexandre Aja…

    Rock N Roll Nightmare: Amazon.fr: DVD et Blu-ray

    Mais parfois, et bien que le résultat ne soit pas si éloigné que ça du nanar, parce que conçu comme un film premier degré par ses auteurs, on se retrouve avec des groupes et membres de groupes qui s’investissent dans la production des films. Le premier exemple serait celui de Dark Floors (ou Étages sombres en français… Naaaah, je déconne… mais le Québec aurait pu nous gratifier de ce genre de traduction) avec le groupe finlandais Lordi aux manettes. Pourquoi, quand les membres sont grimés en monstres perpétuellement, ne pas en faire un film d’épouvante dans lequel les membres du groupe joueraient… des monstres ? Je vous le demande…

    Cradle of Fear, qui comme son nom le laisse présupposer est l’œuvre de Cradle of Filth, groupe jouant également sur son esthétique gothico-horrifique sera mon second exemple. Mais là où la troupe finlandaise précédente va aller dans le jumpscare (raté), Danny et ses potes vont aller dans le malaisant tendance SM qui a dérapé avec un film malade, gore et plutôt régressif, il faut avouer.

    Les incursions dans le genre cinématographique de stars du genre Metal sont légion et, histoire de ne pas trop s’étendre, je ne ferai qu’un rapide coucou à la Troma et Lloyd Kaufman pour un film de James Gunn (qui a fait ses armes dans cette société de prod à petit budget newyorkaise de films gore foireux mais hilarants d’autodérision et devint par la suite tête « pensante » de DC Studios… même si on cherche encore à quoi il pense) intitulé Tromeo & Juliet dans lequel Lemmy Kilmister est le narrateur de cette version trash du classique de Shakespeare… Être ou ne pas être ? Ne pas être…

    Le teen movie, cf. La main qui tue, n’échappe pas à cette volonté de s’associer au genre Horreur avec Deathgasm qui pousse pas mal les curseurs dans ce sens. On reste sur des classiques : de jeunes métalleux jouent du BM et invoquent un démon qui butte tout le monde, avec une bonne dose de gore porte nawak comme la Nouvelle-Zélande sait nous le proposer depuis les premières amours de Peter Jackson (Bad Taste et Braindead) ou Sam Raimi (Evil Dead) auquel s’ajoute les archétypes de la bonnasse en cuir mi-déesse mi-pute mi-soumise blonde. Comme quoi, le cliché a la vie dure ([CMB].

    all

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    Scène Sept :

    Le/la teen, c’est la bonne cible à racoler pour faire adhérer au cinéma… Alors forcément, ceux et celles qui ne se retrouveront pas dans les parodies décérébrées ou autre (b)romance iront chercher dans leur niche, en bon toutous pavloviens, ce qui va les rassembler autour du grand écran – ou du petit, maintenant… Merci qui ? Merci Netflix et leurs potes. Et quand tu es/deviens/est en devenir d’être un/e métalleux/se, bah on te calibre des films qui parlent de toi et tes sentiments de doute de genre… que ça soit dans le genre cinématographique (Deathgasm) comme musical et plus si affinités avec des films comme Metal Lords dans lequel le jeune héros embrigadé par un ultra metalleux se tâte entre être humble et respecter les autres [genres musicaux] y compris la nana qu’il kiffe en secret, elle-même en plein questionnement… Le film a quand même reçu les participations de Rob Halford, Kirk Hammet, Tom Morello et Scott Ian.

    Metal Lords - Film 2022 - AlloCiné

    Mais si jamais, jeune, tu t’en fous de te poser des questions existentielles, tu peux débrancher le cerveau et regarder un film soit parce que tu t’identifies comme dans un shonen au parcours de réussite du protagoniste, ou simplement parce que « le chanteur il est trop booooo » en bingeant consécutivement Heavy Trip si tu es plus BM norvégien, puis Pop Rédemption si tu es plus français fan de Julien Doré.

    [Ça, c’était pour voir si vous suiviez encore…]

    *

    Scène 8 (ou 888, parlons de l’Homme et ses déboires maintenant) :

    Pour finir sur cette thématique, abordons le concret, le non scénarisé, le vrai, le TRVE en somme… Je pourrais parler ici de la foultitude de documentaires autour du sujet du Metal (Heavy Metal : Louder than Life, Metal : Apocalypse ?, Story of Metal, etc.) mais je préfère rester dans le domaine du cinéma divertissement avant tout. Le seul, vraiment encensé, parce que construit davantage comme un film biopic, qui peut être intéressant présentement est Anvil !, qui retrace l’ascension du groupe canadien. Et encore, on reste avant tout sur un documentaire un peu plus scénarisé…

    Disons que je vais finir sur un film « polémique » … Par son sujet mais aussi par ses raccourcis voire le tendancieux sous-jacent : Lords of Chaos. Le slogan est pourtant assez clair : « basé sur des vérités, des mensonges et le chaos », ce film retrace l’histoire du groupe Mayhem, avec une vision toute aussi subjective que celle de Brian Singer pour Bohemian Rhapsody qui fait hérisser le poil et grincer des dents les « purs » qui n’y voient que des partis pris et des résumés sans fond, avec un Rory Culkin plutôt perché dans le rôle d’un Euronymous future « victime » du grand méchant Varg Vikernes, et le fils d’Attila Csihar qui joue le rôle de son père. Je vous laisse à l’occasion vous faire une idée.

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    Le Metal, c’est bien évidemment le mal-être, la dépression, le suicide ou toute autre pensée soit négative soit néfaste, soit malveillante, pourquoi pas… Aussi, ne cherchez plus : le drame social à son must (du prosélytisme « pour ton bien ») ; il est islandais, c’est Metal Head ! On a tout le panel du poncif : l’attraction morbide, la misère sociale, la délinquance qui en découle, le gentil prêtre qui ramène vers la lumière pour éradiquer le mal qui coule dans tes oreilles, une « héroïne » baptisée Héra (quand son frère mort s’appelle Baldur) … Ma-gni-fique… On n’en parle pas assez de celui-ci je trouve…

    Metalhead (2013) - IMDb

    ***

    {Retour en plateau.}

    • Caméra une, traveling avant vers PRT.

    « Vous en savez désormais plus sur ce genre musical ô combien décrié mais riche via son approche dans le cinéma, »

    • Caméra deux, trois quarts profil gauche, en pied

    « un genre au ton tragicomique avec ses zombies assoiffés de sang et ses individus perdus dans leur mal-être et qui ne demandent qu’à exister par leurs excès ».

    • Caméra une, face cam, PRT

    « Dans la prochaine édition, nous évoquerons la vie des éboueurs, entre prostitution, maladies vénériennes et abus de gaz carbonique. Merci à toute l’équipe qui a réalisé ce numéro et à bientôt ».

    • Caméra une, traveling arrière. Extinction des spots.

    ***Générique de fin/Crédits***

    Clap de fin et… c’est dans la boite. Vas-y, coco, tu peux aller me retirer ce corpse paint…

  • Les metalleux, ces grands romantiques

    Les metalleux, ces grands romantiques

    Texte de WvG

    Les metalleux sont de grands romantiques… Voui, voui, voui, il y a un petit cœur d’artichaut qui bat sous cette pilosité – plus ou moins – abondante… Sinon comment expliquer que les plus grandes balades et slows soient signés par des groupes connus pour leur gros son ? Est-ce par manque d’inspiration, par volonté de toucher un public plus vaste ou… simplement pour éviter de tomber dans les clichés du zicos stéréotypé du genre bre-som, voire exprimer sa nature duelle ?

    C’est en jetant un coup d’œil au live report des collègues et tombant sur Extreme, groupe qui porte peut-être bien son nom mais est aussi auteur d’une des plus célèbres ballades du genre, « More than Words », que m’est venue l’idée de disserter sur ce sujet, en complément avec une discussion avec Mémé Migou sur ce que peut rechercher un metalleux dans le genre musical idoine. Petit tour d’horizon de cette dualité, justement, en survolant différents aspects de cette création musicale…

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    Commençons par les plus célèbres, celles pas forcément destinées « à tout le monde, à tous mes amis » mais celles où rien d’autre n’importe…

    La petite histoire veut que James Hetfield était au téléphone avec sa dame, sanglé guitare au cou et s’est mis à jouer les cordes à vide, s’empressant de s’écrier « Eurêka »… ou alors c’est Archimède, mais il m’arrive de confondre… Metallica étant quand même connu pour être le groupe instigateur du Thrash Metal, les aficionados en ont conclu que c’était le début du déclin de l’empire américain, le Black Album étant le point de non-retour du groupe vers la popisation de leur musique… et pourtant le groupe continue d’assumer ce morceau qui les a fait connaître d’un plus large public et désaimer des « true ».

    *

    Un autre groupe à renommée internationale a subi ce même jugement de valeur : « L’amour, ce n’est pas un homme… fuck, un ami, ce n’est pas… » en disait Bruce Dickinson sur le Real Live One.

    Et pourtant, présent sur l’album Fear of the Dark – album célébrissime et surestimé du groupe, dans lequel seuls quelques titres valent le détour, y compris celui éponyme, mais que j’affectionne quand même –, qui débute quand même par « Be quick or be dead », on ne s’imagine pas que va se retrouver un morceau aussi exceptionnel en termes de musicalité, même si les guitares harmonisées et le solo made in Maiden y sont toujours présents, quand le groupe nous a habitués à son riffing tagadesque trademark et reconnaissable entre tous.

    *

    Ce qui fait la puissance d’une ballade Metal, c’est justement sa brutalité inhérente au Metal : passer des arpèges en son clair vers du lourd au son saturé, ça semble tellement évident dans le Metal qu’on se demande pourquoi ça ne tombe pas sous le sens. Et même Pantera dans l’album qui les a révélés – non, je ne parle pas de leur glamouze Power Metal 😉 – n’échappe pas à cette règle de composition avec un « Cemetary Gates » qui envoie son pesant de technique mais aussi de sensibilité typée Pink Power. Mais ce n’est pas le morceau le plus intéressant… Attardons-nous sur celui-ci :

    Les chansons d’amour, c’est bien… mais quand ça évoque la frustration, le post-rupture plutôt que la drague ou la déception, c’est d’autant plus intéressant parce que la colère s’exprime légitimement plus aisément avec un riff sale et distordu…

    *

    Certains hits sont des attendus, une fois accepté le concept qu’un groupe de Hard Rock ou Metal peut se permettre de faire de la « chanson à l’eau de rose » … et quand on est un groupe en pleine ascension, c’est limite une obligation… donc quand on est un groupe « sulfureux » comme les Guns and Roses, ça semble évident… Et là, vous vous dites « et merde, il va nous poser un « Don’t cry » prévisible ou d’un « Sweet Child o’ mine »… » Que dalle ! Jetez votre oreille sur celui-ci :

    N’en déplaise à mon confrère JP, c’est le seul morceau vraiment sauvable de cette Arlésienne qu’a été Chinese Democracy… et aussi la démonstration, si elle était encore nécessaire – quoique, à cette époque, elle l’était – qu’Axl W Rose était (est ?) une grande voix de la scène et apte à vous coller les poils sur un morceau aussi bien foutu, avec une thématique bien plus sensible et honnête qu’un mièvre « pleure pas parce que je t’ai quittée » mais un « je ne trouve un sursaut de self esteem que dans le regard que tu me portes », d’autant quand tu as des facilités à te comporter comme un gros crétin égocentrique. Ce morceau est à la limite d’être entendu comme un « All Apologies » de Nirvana combiné à un « Si j’étais moi » de Zazie, dans deux autres univers musicaux.

    *

    Il y a celles qui annoncent les mauvaises nouvelles. J’en avais parlé précédemment dans un article sur le Memento mori avec Architects et ce morceau éponyme à la thématique artistique… Il fallait que j’en parle avec Queen. Et, non, perdu ! Pas avec « The Show must go on », qui est en effet une ballade, probablement la plus noire du groupe eu égard à son contexte en corrélation avec les sous-entendus de ses paroles. Noooon… je vais parler (rapidement, hein) de celle présente sur la bande originale de Highlander, « Who wants to live forever ».

    Ce morceau a de nombreuses particularités puisque derrière sa logique inhérente à sa présence sur la BO de ce film, le fait d’être condamné à l’immortalité… pour un immortel, tel que le veut le scénario, il y a aussi un sous-texte et commencer le morceau comme un requiem, avec l’omniprésence d’un orgue et d’un orchestre à cordes quand tu es un initié à la musique « classique » et l’opéra, ça n’annonce rien de bon… d’autant quand tu sais que Freddie Mercury avait déjà connaissance de sa contamination au HIV.

    *

    De manière imparable, il y a les « classiques », justement, tellement devenus des stéréotypes qu’on en oublie que leurs auteurs sont avant tout des techniciens Hard Rock et Metal. Si je vous dis « ce soir, j’ai les pieds qui puent », ça vous parle ? Si oui, vous avez reconnu « Still loving you » de Scorpions ; si non, vous ne pourrez plus jamais l’écouter sans entendre cette hallucination auditive…

    En effet, Scorpions, groupe de Hanovre (Allemagne), même s’il est auteur de nombreuses ballades comme « Holiday » ou « When the Smoke is going down » (qui traitent davantage de la distance avec leur foyer/femme que d’amour en soi), ce titre des plus célèbres de leur discographie voire la plus célèbre des ballades est sur la même thématique mais avec la notion de couple qui part en cacahuète… Hé oui, c’est dur, la vie d’artiste…  « Always somewhere »… « missed you where I’ve been » chante Klaus Meine dans cet autre morceau… Ce qui est intéressant, c’est quand un autre groupe célèbre (mais plus récent) reprend ce tube qu’est « Still Loving You » en lui ajoutant une pointe d’ironie simplement en transformant un pronom, « remake OUR (notre) love », en « your »…

    *

    Ce groupe en question, c’est Sonata Arctica, sur leur EP Successor (avec « Full Moon » entre autres), puis l’album Ecliptica. C’est assez ironique de mettre de l’ironie dans cette reprise, le groupe étant fréquemment dans la première partie de sa carrière torturée par une certaine Dana :

    Là, l’ironie fait place à la fragilité… la timidité… Ce personnage aussi récurrent que Charlotte la courtisane dans la discographie d’Iron Maiden revient sous la forme de lettres envoyées et non lues dans « Letter to Dana ». Cette idée générale va se commuer au fil des albums sous les traits d’un Caleb et une Juliet qui tels, les Capulet et Montaigu, vivent des amours mortes qui n’en finissent pas de mourir.

    *

    Quoi de mieux qu’une scène Speed Melodic (AKA par la suite « Power Metal ») pour trancher nettement sur le tempo tout en restant droit dans ses bottes de mélodistes… et c’est sans difficulté que la transition se fait avec les mentors de Sonata Arctica, à savoir Stratovarius. Les scandinaves ont beau affronter le froid, le chaud est dans leur cœur (j’aurai l’occasion d’en reparler plus bas) et ce groupe finlandais ne déroge pas à la règle. Si la distance est évoquée également dans « A million Light Years away », il y a pléthore de ballades dans leur discographie, en particulier une sur le même sujet :

    Outre les standards de la thématique amoureuse dans des « Forever » et son quatuor à cordes en accompagnement ou un « Black Diamond » – oui, Visions est empli de ce type de morceaux – ce qui change ici est la dualité sonore entre la douceur acoustique et ce crescendo émotionnel qui amène au climax d’une guitare lead qui virevolte en arrière-plan, d’abord harmonique sur les refrains puis solo puis en perpétuel fill jusqu’au climax et au fade…

    *

    Le plus risqué quand on entre dans le domaine de la ballade est de toucher des sujets moins « accessibles » que la relation amoureuse. Ici, on est sur le deuil avec « Dead Boy’s Poem » sur le Century Child de Nightwish.

    Difficile de ne pas avoir les poils dès les premières notes vocales de Tarja, a cappella, en sanglots. On sait que l’auteur de ce morceau, Tuomas Holopainen, ne respire pas la joie de vivre mais davantage la mélancolie ; il réussit avec ce titre à faire la démonstration de ses talents de compositeur en sachant que ses comparses interprètes vont en faire un morceau essentiel de l’album voire de leur discographie.

    *

    Quant à parler de deuil, si je vous dis Paradise lost, vous me dites… ? Oui, évidemment, l’album de Symphony X, inspiré du Paradis perdu de Milton, probablement le plus dark du groupe, qui pourtant avait déjà habitué son public à des ballades sombres (« Lady of the Snow » sur Twilight on Olympus, par exemple). Voici donc « The Sacrifice » :

    Ce morceau sombre, dans une ambiance elle-même pas très joyeuse pour le groupe (qui n’ira pas en s’améliorant, le bassiste Michael Lepond ayant été diagnostiqué de la maladie de Crohn, s’ensuivra leur batteur Jason Rullo et ses problèmes cardiaques…), voit surtout son évolution tantôt dans l’espoir puis le désespoir s’épanouir avec la voix très crunchy de Russel Allen, dans la brutalité jusqu’à son dernier sotto voce sur le mot « love ».

    *

    Des voix intenses, il y en a évidemment beaucoup dans le sous-genre Sympho/Mélo/Prog… Si les cadors du style sont assez rares en France (Heavenly, Dream Child), on y trouve le projet solo de Stephan Forte, Adagio, et surtout un morceau extrêmement puissant. « Kissing the Crow » est un exemple dans le genre, sur l’album Dominate… Mais celle-ci est d’autant plus évocatrice :

    Ce cri du cœur, ce « I love you » (2’43 pour les analystes qui se dispenseraient de la partie ressentie) dépasse toute puissance émotionnelle envisageable quand la partie de piano n’est pas sans évoquer le tragique d’un « Il mio refugio » de Richard Cocciante ou « Un homme heureux » de William Sheller.

    *

    Je ne sais pas si on peut considérer le « Orgasmatron » de Motörhead – superbement repris par la suite par Sepultura – comme une ballade. Toujours est-il qu’elle sera moins encline à soulever votre cœur d’airain sous la veste à patches que votre doigt de métal dans ce jean slim. Pour transiter, je pourrais parler de l’ode à la nécrophilie qu’est « Je ne t’ai jamait autans aimée » des troubadours modernes que sont Ultra Vomit, mais je vais rester dans la poésie et les grandes voix puissantes en jean slim et veste en jean patchée : Skid Row, avec non pas « 18 and Life » ou « Wasted Time » mais « Quicksand Jesus », sur le même album Slave to the Grind.

    On pourrait presque mettre en lien cette chanson sur la perte de foi avec « The Darkness within » de Machine Head, même si le ton de cette dernière est nettement plus véhément, Rob Flynn n’ayant que rarement caché son désamour pour la religion catholique.

    [On bâtit des cathédrales pour notre douleur, établit des monuments pour atteindre la libération de nos cicatrices et péchés… Pour qu’au final on se noie dans les ténèbres intérieures.]

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    Nous arrivons sur la fin, non pas de l’histoire mais de cet article et c’est donc maintenant qu’on peut aborder les ballades assez inattendues – déjà, Machine Head en soit, c’est pas forcément des plus évidents. Par exemple, chez Cradle of Filth, plutôt connu pour la voix criarde de Danny Filth, on n’imagine pas entendre ceci :

    Alors évidemment, ce n’est pas tout naturel dans le langage musical du groupe, plutôt axé BM sympho mais le choix est judicieux cependant pour clore l’album Nymphetamine : un morceau en duo avec Liv Kristine sur une ambiance gothique et fond de romance et de drogue, plus ou moins dans la thématique vampirique du Only Lovers left alive de Jim Jarmusch, lui-même une adaptation (très très personnelle, hein) du bouquin éponyme de Dave Wallis (qui est autant une bible pour les nihilistes que l’est la littérature de Bukowski pour les épicuriens ou On the Road de Kerouac pour les hippies).

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    Pour rester dans la « Beat Generation », faisons le lien avec… Judas Priest… « Hmmm ? » me ferez-vous… et à tort : le lien est Joan Baez, particulièrement « Diamonds and Rust », reprise par Priest.

    • Hé maaaaais… c’est pas une ballade !

    Alors en fait, à l’origine, oui… puis la team Halford l’a métallisée sur l’album Sin after Sin… puis en fait, ils se sont rendu compte qu’en ballade, bah, ça passait nettement mieux :

    Et c’est toujours le même refrain/this is the same old song : la thématique de la distance, celle de Joan Baez originale dans la génération beatniks, « sur la route » pour citer Kerouac, ou en tournée pour Judas Priest. Une chanson qui a donc elle-même vécu son voyage intérieur.

    *

    Qui s’attendrait à ce que Candace Kucsulain de Walls of Jericho vous fasse verser une larme autrement qu’en vous balançant un genou dans les testicouilles ? Et pourtant la dame à la voix qui ferait fermer sa grande bouche au premier mâle sigma en vue est aussi capable de vous retourner par sa tendresse et sa profondeur sur deux morceaux à thématique similaire, la dépression, l’un sur With Devils amongst us, « No saving me », l’autre sur No One can save you from youself, « Probably will ».

    Enjoy [NB : à ne pas écouter si vous êtes déjà en bad…]

    Si la première laisse encore une once d’espoir, la seconde est un signal d’alarme. La santé mentale devenant un sujet de plus en plus présent dans la société et ses artistes, rien d’étonnant à ce que la ballade Metal ait petit à petit pris cette tournure, de plus en plus éloignée – elle aussi – des premières amours thématiques.

    *

    Pour finir ce petit voyage cardiaque, cette balade des gens heureux au petit cœur tout mou de velours mais tenu dans un gant de cuir clouté, je vous propose, pour rester dans les voix féminines puissantes, un voyage dans le Nord, pas celui des chti mais des Vikings, avec un groupe… italien, White Skull et un album très Power Metal dans le style et très particulier dans le fond, Tales from the North, dans lequel la chanteuse (de l’époque) Federica De Boni pousse sa voix rocailleuse (et son accent improbable) sur des tempi plutôt enlevés… à l’exception de ce « The terrible Slaughter » narrant l’histoire d’une Grimhilde/Kriemhild/Gudrun bien vénère qui défonce tout le monde après la mort de son cheum Siegfried.

    Et la chanson est puissante et va parfaitement dans ce sens : la douceur de la jeune ingénue se mue en colère puis en rage au fil du morceau, totalement raccord avec l’interprétation de Federica…

    ***

    L’horizon étant infini par essence, il était difficile de faire court, vous vous en doutez bien, donc merci d’être resté jusqu’au bout : « la lumière revient déjà et le film est terminé » … À défaut de convaincre ceux qui seraient d’une grande mauvaise foi, les moins psychopathes d’entre vous ne sauront qu’admettre aussi leur fragilité, que vous soyez auteur, compositeur ou simplement auditeur. Pourtant, tous les groupes ne jouent pas ce jeu artistique… par peur de passer pour des baltringues ? Que sais-je… Nonobstant, j’avoue que j’aurais aimé soutenir ce propos avec une ballade de Slayer mais ça n’aura jamais lieu… Dommage…

    On aurait pu s’étendre plus loin, parler de « My Immortal » d’Evanescence (Amy Lee, grande voix aussi), « The Idol » sur le Crimson Idol de WASP (que dire de Blackie Lawless si ce n’est vanter sa puissance vocale ?) – intéressant aussi sur la thématique de la solitude/dépression – ou autre, mais à défaut de vous faire remuer la tête, je voulais vous proposer pour une fois de remuer vos tripes, quelques grammes de finesse dans un monde de brutes… Et si vous connaissiez déjà tous ces titres, c’est que vous êtes un true romantique…