(… ou pas)
Le son et le Metal
A partager, savourer et débattre
Réflexion par WvG
Salut à vous mes petits cale-son du conduit auriculaire. Pas de soucis, contrepétez en chœur avec moi si bon vous chante, on va s’occuper surtout présentement des « vieux cons » et du son sous ses différents aspects, et donc le prisme du « c’était mieux avant », générationnel des X encore survivants aux Béta qui nous survivront du moment que Trump n’aura pas annexé le Canada, le Groenland, le Canal de Panama, le… – z’avez vu le film Civil War d’Alex Garland ou Dead Zone de David Cronenberg ? Ils sont pas mal, hein ?
Bref, petit retour chronologique tant sur la Musique que les supports d’enregistrement, particulièrement sur ce dernier point puisque si vous êtes ici, c’est pas pour me lire déblatérer mes idées franchouillardes (donc de « gaulois réfractaire », alors que je suis moins gaulois que d’ascendance neustre voire norroise) anarcho-[ajoutez ce que vous voulez jusqu’à « islamo-gauchiste », j’en ai les testiboules qui font du tac-tac], mais faire des liens ténus avec ce genre musical qu’est le Metal et aussi comprendre comment et pourquoi on est « un vieux con », surtout quand on parle de son.
Pour faire simple, et introduire mon propos, plus vous êtes nombreux et bruyants, plus vous avez de pouvoir. Je pourrais vous faire cette constatation à l’échelle universelle, au sens vraiment littéral du terme, de l’atome au cosmos, mais on va microscoper et zoomer sur notre nombril personnel, celui de fourmi humaine.
La musique, c’est de la politique, qu’on soit dans l’opium du peuple ou le cri de révolte. Je vous laisse de bon gré insérer tel ou tel genre, sous-genre, style musical dans l’une ou l’autre des catégories, du rap français au Metal plus ou moins extrême, en ajoutant un « c’est de la merde » condescendant en suffixe selon votre bon vouloir à l’un ou l’autre des groupes auxquels vous pensez.
Reprenons les bases. *prend une voix de Père Fourras, ou Castor, chacun ses kinks* Dans les teeeeeemps ancieeeens… Ouais, c’est chiant en fait : parlons simple.
La fanfare… Que ce soit celle de la 20th Century Fox ou le thème des Avengers… Les Cuivres et les Percussions, c’est la Puissance, avec un gros P aussi lourd de sens que celui que vous pouvez lâcher dans un ascenseur empli d’autres êtres que vous-mêmes pour imposer votre présence et votre ascendant sonore et olfactif. Ce symbole remonte à aussi loin que l’invention du tissu, c’est-à-dire loin. De l’entrée des gladiateurs dans l’arène à l’armée féodale qui avance en rang serré, ou même l’entrée d’une sommité dans une salle prête à l’accueillir dans le plus grand faste – dommage, les bonnes habitudes se perdent, particulièrement quand la double porte vitrée automatisée du Carrouf s’ouvre et me laisse pénétrer dans son fief –, c’est un symbole bruyant de puissance. Soyons honnêtes, de l’hymne national à la présentation d’un super-héros, c’est nettement plus classe et représentatif avec une entrée « en fanfare » que sur un consort de flûtes à bec.
La puissance ou son image extérieure affichée par le nombre et le bruit – et la fureur, pour retourner sur l’aspect « gens qui parlent fort pour imposer leur point de vue » –, ça marche en tout point et tout instant [pas forcément les meilleurs pour les meilleures idées, mais je voudrais éviter de poser un point Godwin trop tôt dans mon laïus], de la harangue populaire et publique au Haka des plus tribaux, initialement tentative tribale néo zélandaise d’intimidation plus que folklore de l’Ovalie. Il va de soi que qui que ce soit dépositaire de cette puissance sonore évoque sa propre puissance. Si je reprends l’idée de l’intimidation, c’est aussi une intimation à l’adversaire plus ou moins belliqueux de ne pas tenter de venir chier sur la plate-bande [passante] du voisin au risque de se prendre une petite correction pas forcément des plus sympathiques ou agréables, sauf si vous êtes de la trempe des candidats au suicide. Ainsi, il semblait évident à tout un chacun en des temps reculés qu’avoir à sa botte un nombre impressionnant de musiciens sous son giron marquait un pouvoir politique proéminent, un « c’est moi qui ai la plus grosse » que Rocco Siffredi ne renierait pas, puisque c’est justement en Italie que je vais piocher mon exemple : bien avant le Rissorgimento de 1861, chaque petit royaume italien se tirait la bourre pour avoir LE musicien ou l’orchestre le plus imposant. C’est éminemment symbolique (et productif pour la musique puisque c’est par ce truchement politique-communiquant que naîtra l’Opéra), évidemment, puisqu’il faut réfléchir à une échelle budgétaire : le parent pauvre des finances, c’est l’Art. Clairement, économiquement, ça ne rapporte rien, pire, ça coûte du pognon. Ça peut fédérer et envoûter les masses mais du point de vue optimisation fiscale, c’est pas franchement un compte sur des îles offshore… Bref, ça coûte du pognon. Cependant, et justement, quel symbole de puissance ! Imaginez, votre adversaire sait pertinemment que sa puissance est avant tout militaire, donc s’il peut se permettre de mettre ses deniers (ou les vôtres, plutôt) dans l’investissement infructueux qu’est l’Art, ça veut dire qu’il a déjà bien plus de moyens que vous… donc une armée conséquente… donc qu’il ne vaut mieux pas trop tenter de lui chatouiller le rectum, sauf avec la langue et son aval. Et « sans maitrise, la puissance n’est rien », que ce soit pour votre pire ennemi ou vos Pirelli.
Certains dignitaires assez malins et avisés de cette vision ont tenté l’esbroufe, avec plus ou moins de réussite évidemment, mais le symbole reste fort et ancré dans la mémoire collective, au point que tous les exemples et contre-exemples que je vous ai proposés ci-dessus vous ont paru d’une logique tellement obvious que même le bon sens commun s’est pris sa petite fessée du « bah… t’es con ou quoi ? » face à l’évidence palpable que Captain America sans les Cuivres et les Percussions, c’est Barbie, et Mélenchon [ou Hitler, ça y est, je l’ai placé mon point Godwin] sans parler très fort voire crier/hurler… bah… c’est moins éloquent (et fédérateur) d’un coup.
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Pour revenir sur un aspect plus politiquement-correct, observons donc l’évolution de l’Humanité sous l’aspect nombre ET puissance sonore en partant de l’orchestre à nos jours (et « notre » Metal).
Quand les puissants ont commencé à rassembler des orchestres, c’était avant tout à fins politiques, certes, mais cette démarche a perduré au fil du temps. Même si j’essaye de vous la faire courte (il y aurait tant et tant à dire), du solo du troubadour qui s’accompagne à la sonate en duo-trio qui s’étendra à la symphonie, pour orchestre donc, le volume va crescendo de manière significative et cohérente, avec cette idée sous-jacente de gain de puissance avec le gain de volume et de masse – putain, c’est bô, on croirait du TiboinShape… Mais cette notion va continuer même après que les compositeurs soient inféodés à un pouvoir politique étatique, mais à celui de ceux qui les leur offrent (par voix démocratique, semble-t-il ou paraît-il) : le peuple.
Si on aborde le sujet sur le pan de la nouveauté et de l’effet waoh, rappelez-vous pourquoi vous aimez le Metal et ce qui vous a fait l’aimer : c’est « extrême » (du moins selon votre biais cognitif et ses limites de connaissances) donc puissant et nouveau si on s’en réfère aux normes d’acceptation populaire (l’opium dont je parlais plus haut). Maintenant reportez ça à une échelle d’évolution de la Musique et de l’orchestre, voire à la fameuse saillie de Ted Nugent « si c’est trop fort, vous êtes trop vieux » : passée la Révolution française (et son impact sur les libertés diverses, sur un plan européen et occidental au sens large et de cette époque, octroyées au peuple, et donc aux artistes devenus « indépendants » du pouvoir mais davantage dépendants du nombre d’entrées), les compositeurs vont jouer du kikimeter pour créer l’œuvre toujours plus puissante, pas forcément émotionnellement mais en corrélation avec la puissance sonore. Les orchestres vont passer assez rapidement du simple au double en effectif, puis au triple, puis au quadruple, puis… exponentiellement… Regardons ce phénomène d’un point de vue acoustique et logistique : le syllogisme fait que un compositeur écrit une œuvre qui déboite son arrière-arrière-grand-maman > ça plait au public > il faut agrandir les salles pour accueillir plus de public > il faut plus de puissance sonore pour occuper cet espace sonore > c’est encore plus puissant, donc émotionnel > ça plait encore plus au public > on agrandit les salles pour en faire venir davantage > il faut combler l’espace acoustique > ad lib… On en arrive à des monstruosités de nombre de musicos pour interpréter des œuvres comme la Symphonie n°8 de Gustav Mahler, dite « symphonie des Mille » rien que pour le nombre d’instrumentistes-choristes sur scène (1029 en l’occurrence), sa création étant en date de 1910, donc plus d’un siècle de ça !
La logistique devient une problématique liée à la puissance… mais aussi les capacités humaines : vas-y, gars, tout soliste lyrique que tu sois, va jouer la guéguerre de puissance face à un orchestre de cent-soixante-dix gugusses qui ont un fortississimo indiqué sur leur partition… bonne chance ! MAIS… la technologie intervient et prend le relais : le micro et la diffusion sonore. Putain, cool, plus besoin de s’égosiller pour se faire entendre – du moins théoriquement et pour les « fragiles » ! Et en plus, plus besoin de sortir le PIB du Botswana pour les tour-bus… Avantage non négligeable : gain de place dans les salles de spectacle, avec la même puissance sonore… donc plus d’entrées d’argent… Mais il faut toujours créer l’effet waoh… donc toujours plus de puissance, donc évolution des amplificateurs, jusqu’à arriver, comme pour la voix à nu évoquée ci-dessus, à la saturation, saturation qui devient une trademark du Rock, puis Hard Rock, puis Heavy Metal, puis [ajouter tous les dérivés de Metal des plus extrêmes que vous connaissez ici] tant sur l’instrumentarium que l’aspect vocal, faisant passer le son par de nouveaux spectres : ceux du bruit. Et on en parle un peu plus bas.
La puissance, le pouvoir, le pouvoir de la puissance, c’est aussi et avant tout du pognon… Ahhh, le fric, la monnaie sonnante et trébuchante, le bizness… On parlait plus haut de l’impact à la fois sonore mais aussi financier d’avoir à sa botte des musiciens en nombre : tout ceci a un coût. Si ça s’achète et se vend, c’est qu’il y a un marché, donc moyen de se faire de la maille ! Comment rentabiliser l’Art, et donc la Musique ? En en faisant un produit, et tant qu’à faire en rentabilisant ledit produit sur des économies d’échelle et en créant l’offre et la demande simultanément.
Autant être très clair, la partition, y a mieux comme support sonore… Par contre, le rouleau et le microsillon, c’est un début et nettement plus accessible au tout venant – merci la technologie ! Revient sur la table le problème logistique ; la diffusion, c’est bien ; l’accumulation et la consommation, c’est mieux ! On remonte la capsule temporelle en 1877 avec Thomas Edison qui grave le premier rouleau de cire, le cylindre phonographique. Cool ! On peut enregistrer des sons sur un support ! Ceci amènera à de grandes réflexions scientifiques – théorisées par Woodbrigde en 1969, suivie (puis abandonnées) par le Prix Nobel Charpak puis récupérée par Hamp – sur le fait que si cette technique est applicable à un support volontaire, elle a pu l’être sur des supports involontaires et bien plus anciens comme les poteries antiques qui, décryptées, pourraient sur ce même principe de gravure contenir des sons d’époque (ou théorie logique de l‘archéo-acoustique), mais ce n’est pas le sujet du jour. Même si le concept est révolutionnaire, il n’est pas pratique : incapacité à dupliquer un exemplaire, problèmes de stockage, taille du matériel pour la diffusion, qualité sonore qui bouffe la moitié du spectre, etc.
On va donc faire évoluer ce support, et sa standardisation, vers un autre : le vinyle 78 tours. À comprendre que la diffusion de ce support doit effectuer soixante-dix-huit rotations par minutes pour être à vitesse réelle et ne pas altérer ni le tempo ni la hauteur sonore de l’enregistrement. Mieux… plus pratique… mais encore encombrant et pas super rentable : la qualité sonore reste encore médiocre, la capacité d’enregistrement oscille entre trois et cinq minutes, et un objet qui mesure entre vingt-cinq et trente centimètres de diamètre. On va garder le même format mais amener au 33 tours. Même principe de fonctionnement que le précédent mais capacité augmentée en durée parce que MICROsillon (donc économie de place pour un format similaire au précédent en taille) ; on passe donc à une vingtaine de minutes par face (le « long play » ou LP) en parallèle d’une qualité sonore nettement plus évidente, simultanée aux progrès technologiques dans la qualité d’enregistrement, celle des micros particulièrement : la fameuse « chaleur » du disque vinyle, expliquée plus bas.
Bien… mais ça reste encombrant et pas forcément super maniable… particulièrement quand tu es DJ sur une radio, que tu dois jongler avec des skeuds à diffuser. Si c’est pas pratique et de surcroît contraignant, ça demande des efforts, donc pas forcément l’envie de faire. En plus, c’est sympa d’avoir un album mais si pour une raison X ou Y on ne peut diffuser qu’un seul de tes morceaux, loin d’être simple à retrouver : va trouver UN poil précisément au milieu d’un sillon fessier, sans repère, à l’aveugle, bonne chance ! OK ! Rétrécissons les dimensions de l’objet : direction le 45 tours ! Ahhh, nettement plus maniable… par contre, la taille, ça compte, particulièrement dans ce cas puisque ça réduit la durée… |si vous présumez une allusion sexuelle, c’est vous que ça regarde, coquinous !] Et aussi ça formate des standards : le « radio edit ». Pourquoi cette durée de morceau ? Simplement à cause du support qui oblige que ton morceau ne dépasse pas les quatre minutes sinon, couic, a plus de musique, et si Queen ne pouvait pas diffuser son « Bohemian Rhapsody » en stations, c’est surtout parce que sa durée dépasse le standard du format 45 tours et donc de passer par le LP, tout Queen ou autre monstre du Rock qu’on soit. Au-delà de ce problème matériel, cette durée est devenue aussi une norme qui calque aux études scientifiques sur la durée de concentration moyenne à l’écoute d’un morceau de musique.
Size DOES matter ! De nouveau, la problématique de la taille entre en ligne de compte, il faut donc changer de support. [Et je vais essayer de faire succinct pour la fin du siècle précédent.] Viva la bande magnétique ! Plutôt pratique au niveau format, mais encore encombrant, on va réduire la taille pour le format cassette audio… Oui mais… les bandes s’usent… donc la qualité et la conservation… Changeons de support, d’autant que la technologie et l’informatique avancent côte-côte… Le laser et la gravure laser… le CD/compact disc apparaît. La musique est alors numérisée informatiquement… Oui maiis… le format est assez peu transportable, surtout son lecteur : on veut de la musique tout le temps et partout depuis l’invention du Walkman de Sony. Donc passons au MINIdisc. Oui maiiiis… puisque l’enregistrement est numérisé informatiquement, pourquoi se faire chier avec un support matériel ? Dématérialisons, ne gardons que les données et plus le support… Arrivée du format *.wav. Oui maiiiiiiiis… ça prend de la place sur un disque dur, donc il faut réduire encore la taille de son format : naissance du *.mp3.
Pourquoi réduire ces formats à peau de chagrin ? VENDRE PLUS !!! La Musique est un produit de consommation désormais, c’est même étiqueté comme tel : votre « consommation » (et plus « écoute ») de musique. Moins c’est contraignant, en termes d’accessibilité, de coût de production et de stockage, plus on peut en vendre…
Oui maiiiiiiiiiiiiiiiis…
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Ce dernier « oui mais » va nous amener sur le paramètre de la qualité sonore. Parce qu’il faut le dire franchement maintenant : la Musique EST « commerciale », par essence. Du moins, ce qui pouvait être de l’Art pour l’Art n’a pas eu trop le choix que de se plier aux exigences diverses : composer au nom de Dieu, en hommage à telle sommité, selon les normes ou le bon vouloir de tel pouvoir politique, selon les goûts des auditeurs, selon les nécessités de faire recette, selon la facilité à être diffusé, selon la volonté de (te faire) vendre plus, plus, plus d’exemplaires, etc. Sacré cahier des charges, tout de même ! Si initialement on avançait sur le qualitatif, l’effet woah que certains cherchent encore comme un syndrome de Stendhal, leur « chef-d’œuvre » (voir un article précédemment rédigé de mes petites mains potelées), la qualité compositionnelle et sonore est tombée de mal en pis au profit… du profit.
Voilà, on y est ! Le cœur du sujet : les « vieux cons » du « c’était mieux avant ». Il va de soi que je vais essayer de faire abstraction de toute mauvaise foi tout en ayant un avis très affirmé sur mon « oui, c’était mieux avant » [quant à définir le « avant, là…] sur des tas d’aspects : la technologie et son évolution sont totalement pratiques, j’en conviens et ne cracherai pas dans la soupe. Démonstration en est faite : vous me lisez parce que celle-ci me permet de dire masse de conneries assez librement et facilement, que vous pouvez y accéder sans effort autre que cliquer sur un lien (et le partager, tant qu’à faire, en mentionnant le zine qui me permet ces déambulations erratiques et divagatoires, donc Memento Mori Webzine, sans oublier de vous abonner et demander à plein de vos contacts de faire de même, liker, commenter, etc.) ; remettez-vous dans le contexte d’il y a quelques années, décennies voire siècles, nos relations épistolaires auraient été particulièrement plus fines, même pas sûr que j’aurais pu être un Philippe Manœuvre dans un Rock and Folk ou Métal Hurlant tellement j’enquille les absurdités telles que celles que vous compulsez présentement, si vous n’avez pas déjà ragequit sur un « mais quel connard, ce WvG… ».
Ce qui me dérange davantage, c’est qu’on m’impose des standards, avec des arguments plus ou moins acceptables. Premier exemple qui me vient à l’esprit, écologique : « les supports et leur production, c’est de la pollution ». Oui, c’est vrai… mais ton écoute prolongée de streams aux data stockées sur des serveurs bien polluants également, on en parle ? Le fait que les artistes, toujours plus nombreux car le façonnage d’un morceau et toute l’accessibilité du home studio, fassent de même avec leur propre produit jusqu’à saturer le « marché », nécessitant des espaces de stockage toujours plus denses, c’est pas polluant non plus peut-être ? Ta démo aux prétentions démesurées sur un marché ultra-concurrentiel parce que tu as des velléités de fortune et gloire et que tu mérites plus que les autres parce que « moi », comme le font multitude d’autres « moi », ça ne pollue pas, peut-être, en degré de méthane pour la bouse que tu as pondue autant qu’en CO2 pour la fosse septique que tu appelles ton « cloud » ? Que dalle, cet argument foireux pseudo-écologique pour se dédouaner de l’économique, je ne veux même pas l’entendre… Mon œil, oui !
… *respire entre deux crescendo de douleurs typées « mal à ma musique » *
Néanmoins… passé ce coup de gueule (que j’ai déjà énoncé dans un précédent article incitant à ce que ces intimations et leurs instigateurs aillent tous se faire énucléer – oui, c’est une anagramme), revenons aussi au centre du sujet : les vieux cons et les vieux sons.
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Déjà, définissons un « son ». Non, pas à la manière les djeuns en manque de vocabulaire qui appellent un morceau de musique mais scientifiquement : un son, c’est un mélange de multiples fréquences sonores, des ondulations qui se perpétuent dans des matériaux sous leur état solide, liquide ou gazeux jusqu’à arriver à nos capteurs, qu’ils soient tympans, marteau, enclume ou oreille interne et agissent sur nos neurotransmetteurs pour nous faire analyser ces fréquences, exprimées en Hertz, soit le nombre d’oscillations par seconde que notre cerveau interprètera comme des « sons ». Si ces vibrations sont proportionnelles en multiples entiers, c’est un son, si pas entiers, un bruit. Voilà, merci Jamy pour cette simplification extrême ! Mais pourquoi un son est-il riche ? Pourquoi le hautbois est l’instrument qui sert de base à l’accordage d’un orchestre avant le concert par exemple ? Eh bien parce que son spectre harmonique est le plus large des instruments de ce-dit orchestre (un peu plus d’une vingtaine d’harmoniques), entendre par là sa fondamentale (le La 440 – environ, seront le cours de l’Histoire – Hertz qui sert de hauteur de référence, le même que vous entendiez sur la tonalité au décrochage de votre téléphone fixe d’antan, la note de référence pour le système des accords dans l’écriture anglo-saxonne) et ses fréquences harmoniques (110hz, 220hz, 880hz, 1660hz, etc.) Et notre cerveau aime cette diversité de fréquence, ça le met à l’aise, ou le dérange en son absence. Une seule fréquence vous manque et le monde sonore est dépeuplé… C’est d’ailleurs ce qui fait la rondeur, la puissance et la complétude du spectre sur un disque vinyle.
Le CD, quant à lui, a numérisé ces fréquences, transformées sous forme de chiffres et de traductions d’un ordinateur, ce qui lui permet de gagner en taille de support en réduisant ce spectre sonore. Et c’est là que les emmerdes commencent avec cette idée de réduire la taille du format. Toutes numériques soient-elles, ces données prennent de la place : faites le test, comparez la taille d’un fichier *.wav et un *.mp3, ça peut se multiplier par dix. Pourquoi ? Parce que le mp3 compresse les fichiers ; compresser dans notre cas veut dire supprimer des fréquences sonores jugées « pas utiles », les fameuses bandes passantes, en général les aigus et les graves. Ça paraîtrait légitime puisque notre oreille fait un effort pour entendre sous 100 Hz ou 10 KHz et, vu qu’on est flemmards par nature, elle fait le focus sur les médiums, donc entre 200 Hz et 5 KHz. Pour vous donner un exemple simple à remarquer, quand arrive la pub en plein milieu de votre film à la télé, on a toujours l’impression que le volume est plus fort… et en fait, pas du tout : c’est un ressenti lié au fait que le mixage met en avant ces fréquences (pour mieux vous ancrer le message publicitaire dans la tête et vous faire consommer). Donc, logique de gain de place et de mercantilisme, puisque les fréquences chiantes prennent de la place qui pourrait être exploitée pour vous faire consommer davantage, elles sont inutiles, donc on peut les supprimer…
Hé, hé, hé… SAUF QUE… Notre cerveau, lui, analyse en auditeur et se rend compte qu’il manque quelque chose à son spectre confortable et complet… donc il se dit que « si j’entends mal, c’est que le volume n’est pas assez fort » … donc on monte le volume… Et voilà comment une génération d’auditeurs réguliers de mp3 sur lecteur mp3 et écouteurs intra-auriculaires s’est retrouvée avec une perte d’audition d’environ 30%… La blague, hein ? Forts de cette expérience, on a (enfin) réfléchi alors à mettre des limiteurs de volume sur les lecteurs (constatez par vous-même la petite barre qui s’affiche en rouge sur votre smartphone, autrefois un message d’alerte vous le signifiait) et qu’on a changé le format d’encodage, principalement vers le *.flac, au spectre plus complet.
Les gratteux qui liraient cet article, faites le point avec votre instrument et constatez comme il y a une différence incroyable entre jouer sur un ampli à lampe, à résistance ou à synthèse : dans le premier cas, le son est rond et chaud, car spectre complet ; dans le deuxième, on perd cette rondeur car perte de fréquence, même si ça reste correct ; dans le troisième, le son est froid et terne. Alors certes, c’est nettement plus pratique de trimballer un pédalier simulateur d’ampli à brancher sur une sono que se taper le combo « tête et cab » mais, une fois encore, on en revient au fond du sujet (outre celui de savoir si vous êtes ou non un « vieux con ») : la qualité sonore.
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Ajoutez à ceci le bruit (cf. définition ci-dessus, mais sans l’odeur). La saturation ou distorsion amplifie ce phénomène, voire littéralement tape sur le système (nerveux ou politique) d’une personne non accoutumée à ce type de courbe d’oscillation sonore. Ça marche pour le Metal, mais dans un autre sens : vous qui chiez sur l’autotune – à juste titre en général, mais c’est très subjectif et sert surtout de cache-misère dans la majorité des cas, ou de cynisme mercantile dans d’autres –, sachez que c’est aussi parce que votre oreille n’est pas habituée à ce type de bruit ; demandez à mamie ce qu’elle pense du Metal et de PNL, elle trouvera que ça vaut pas Edith Piaf (et que « c’est de la merde ! » si elle est un peu rock n’ roll dans son âme de grand enfant moribond à plus ou moins long terme) ; demandez à un jeunot habitué à vénérer JuL (comme les copains et sans l’esprit critique de l’effet de groupe et d’appartenance tribale, Bourdieu RPZ), il vous dira la même chose sur votre groupe sorti du TRVE du cul des Enfers avec un nom à la calligraphie aussi imbitable qu’un enchevêtrement de branches mortes avant le feu de la Saint-Jean. Une autre problématique à soulever serait celle de la pauvreté musicale croissante des morceaux de musique, tant sur la structure que la diversité des harmonies ou des sons, et vous obtiendrez le résultat navrant de l’abêtissement généralisé poussant à analyser de moins en moins ce qu’on nous offre à « consommer » et le gober comme si c’était une denrée vitale. Je me faisais cette constatation récemment en écoutant et comparant de la variété française – donc du accessible à tous, pas pour public de niche – en défilant le Grand Rouleau des années 60 à 70 puis 80, 90, 2000 jusqu’à nos jours : définitivement, l’appauvrissement sur ces aspects est aussi flagrant que deux et deux font cinq selon le classement PISA de la France… Imaginez qu’on disait en son temps de Goldman et ses compositions ce que je viens de dire sur des musiciens de nos contemporains ; c’est dire si le monde va mal, ma pauvre Germaine…
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Voilà, ça y est, je suis « un vieux con » … Nonobstant, tout comme le petit village d’Astérix, il reste des irréductibles qui se battent encore pour éviter de « sonner comme » tel ou tel « artiste » (j’ai déjà également donné mon avis sur la notion d’« artiste »… j’ai vraiment l’impression d’avoir déjà tout dit, c’est usant de se sentir ET vieux con ET redondant). [NdlR : Normal… les vieux, ça radote…]
Voilà aussi pourquoi il est nécessaire de faire de l’écoute du Metal sur format des plus confortables. Alors, oui, je suis d’accord avec vous, même si une platine vinyle dans sa bagnole pour écouter son album préféré, ça serait classe, ce n’est franchement pas pratique… Mais la voiture est-elle vraiment le meilleur endroit avec la meilleure acoustique pour vous mettre du « son » ou faire des « greuh greuh » en cover de vos morceaux préférés ? Idéalement non, puisque l’acoustique dépend aussi de votre perception et de la diffusion des sons dans votre environnement : un « greuh greuh » acoustique dans vos toilettes ou la Salle polyvalente Pépin Gourguechon de Saint Roustan, ça sonne nettement moins bien que dans Notre-Dame (qui a été rebâtie en seulement, cinq ans ! Rendez-vous compte !). Même votre gratte ou batterie ou autre instrument digne de pratique (et de respect) ne sonnera pas pareillement à ce que vous en tirez chez vous, après avoir passé des heures/jours/mois/années à peaufiner votre son… D’autant quand le Metal, selon le sous-genre, mise sur des fréquences différentes mises plus ou moins en avant ; même si les guitares Hard Rock-Heavy Metal s’appuyaient sur des médiums tirant vers les aigus, le BM et le Death sur les hautes fréquences, le Metal moderne et le « gros son » visent à faire entendre des GROSSES basses.
MAIS, tout cet échantillonnage n’est possible et appréhendable qu’avec une réelle qualité sonore… donc un support adapté… donc un support matériel et pas dématérialisé… CD, cassette (éventuellement) ou vinyle.
Au-delà de cet aspect sonore vient aussi celui de tout ce qui tourne autour du support. Un album, ce n’est pas qu’une succession de titres, consommables et jetables, voire interchangeables.
Si le recul sur sa propre production est nécessaire voire vital pour soit évoluer soit éviter de ressasser, c’est aussi un bon moyen de se diversifier et/ou trouver son identité propre… avec plus ou moins de succès surtout quand on cherche à « ressembler à » pour des motifs plus ou moins discutables. Mais par-delà cette vision, c’est aussi de nombreux corps de métiers qui entrent en ligne de compte : un album, ce n’est pas que du son.
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L’artwork pour commencer, en complément de la charte graphique. Nombre de groupes fondent leur identité également sur du visuel. Tiens, petit blind test :
Il en va de même pour les mascottes… Allez, même jeu :
Si vous les avez tous reconnus, c’est que vous avez été marqués, non pas simplement par la police Arial/Calibri random sur vos fichiers internet (voire la Comic sans MS pour les plus rigolards) mais parce qu’un groupe, c’est une identité visuelle, tant sur ses membres et l’esthétique visuelle du groupe que son logo, que son avatar. Ces petites mains sont essentielles, du graphiste au designer au dessinateur ou autre profession qui se fait spolier de son travail et le sens de celui-ci avec la dématérialisation, mais s’entretient avec le support matériel. Prenons exemple sur des grands noms de la profession, deux fois, que vous ne connaissez probablement pas mais qui ont marqué de leur patte la pop (et Metal) culture. Les pochettes de Iron Maiden sont signées Derek Riggs depuis leur première jaquette ; il est le créateur du personnage emblématique Eddie, trademark du groupe au point que le tout-venant connaît davantage cette illustration que la musique du groupe en elle-même – à quand le rachat par des H&M ou Primark pour orner les T-shirts ? – et a aussi travaillé sur des comics et artworks pour le magazine Heavy Metal des années 70. Autre exemple significatif : Ed Repka. Le monsieur est auteur de la très grande majorité des jaquettes d’albums de Megadeth en illustrant à la gouache le personnage de Vic Rattlehead, blason du groupe, mais aussi de celles de Gamma Ray, ou même le charadesign des personnages de Hellraiser (la série de films, jusqu’avant le remake assez insipide récent).
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Vous aimez les chansons que vous entendez, chantez, growlez éventuellement ? Oui ? Et leurs paroles ? Trouvent-elles un sens à votre oreille et subséquemment à votre cortex ? Et si le « greuh greuh » que vous n’avez pas compris en disait long sur le sens de la chanson ? Et si les paroles allant d’un simple « I’m wanted dead or alive » à un « Let freedom ring with a shotgun blast ! » ou « Blood is freedom’s stain » avaient réellement de l’importance ? Et si ce qui sonne comme une liste de courses chez LIDL était en fait bien plus empreint de signification que ça ? [OK, des fois, je reste dubitatif sur le fait que les growleurs aient des actions chez Madrange et nous prennent pour des jambons].
Bah, ça, c’est aussi l’intérêt du livret, grande taille en vinyle, recroquevillé sur cassette, et carré sur CD. Et des fois, les pépites se cachent en sous-texte dans l’organisation de ce livret, des messages subtils qui passeraient à la trappe sans sa présence, des private, des explications, des sous-textes que ne permettent pas la nomenclature mercantile mais plus facile du dématérialisé. Une fois encore (de trop), le principe même consumériste fait perdre du sens à une œuvre.
Accessoirement, et j’utilise volontairement cet adverbe, ce type de support, c’est aussi un objet. Si la possession est encore un attrait très présent comme signe extérieur de richesse, au-delà de la collectionnite aiguë, l’objet est aussi quelque chose de tangible, de palpable, de tâtable, de retournable [sur la tâtable éventuellement, mais je vous prierai de garder vos obscénités pour vous]. Mais c’est aussi davantage : le petit truc en plus… le goodie, celui de l’édition limitée ultra-collector rarissime blablabla… Oui, on est d’accord, c’est futile… mais l’inutile n’est-il pas essentiel ? Si on passe par-dessus l’aspect mercantile, c’est aussi la démonstration que le groupe que vous suivez a réfléchi sa démarche artistique globale sans omettre les à-côtés, hors la musique elle-même : un bel objet plutôt qu’un produit random. En effet, ça rentre moins bien dans votre étagère… mais c’est swaggy, non ? Et éventuellement, pour les plus hardcore, les die-hard fans, ça entretient le sentiment d’appartenance à la tribu, bien davantage qu’un skin virtuel : imaginez la veste à patches avec des QR codes et ce non-sens…
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Toutefois, oui, tout ça a un coût… pour celui qui crée (et qui généralement palpe le moins de pognon à la fin, voire se fait désosser le larefeuille, quand il ne se fait pas chier dedans par les partisans du « la musique, c’est gratuit »), qui mixe/masterise, qui édite en format matériel… je vais ironiquement passer sur l’aspect com’ et distribution, ces derniers ayant sciemment plombé le marché du support matériel pour toujours plus d’économies d’échelle… Mais tout a un coût, mes bros ! Si tu veux une bonne raclette, tu prends pas du fromage de chez ED (tu tapes dans le brésain, évidemment ! Mais, c’est nettement plus cher) … N’entretenant pas un fanatisme exacerbé, d’autant face à la diversité des groupes, et n’étant pas Crésus ou Kim Kardashian (surtout au niveau du boule), forcément, je fais des choix dans ce que j’achète. Mais ça ne me dérangera pas de mettre de la thune pour un groupe qui veut également faire plaisir à son public en mettant en avant sa démarche artistique sous tous ses pans plutôt qu’un qui veut faire (= être) comme tel groupe qui a réussi sa carrière (en termes de chiffres ou de notoriété, j’entends… pour ce qui est de la vie personnelle, c’est très souvent un sacerdoce dont le péquin lambda n’a pas forcément conscience… les paillettes dans les yeux avant tout, Kévin.
Alors, oui, je n’en disconviendrai pas, Internet, la technologie informatique, le numérique, c’est bien pratique : rien que pour vous pondre cet article, que ce soit en termes d’images, de découpe (foireuse) d’image, de (retour aux) sources dont je n’étais plus certain… Cependant, dans le domaine du sonore, réfléchir un morceau ou un album, ce n’est pas simplement le composer mais englober tous les paramètres et se les appropriant, et réfléchissant à TOUT ce qui gravite autour (les formats diversifiés d’enregistrement par exemple, en fonction du support) tout en se rappelant que la quantité ne fait pas la qualité (n’en déplaise à certains « hyperactifs » du stade anal ou dirigeants de plateformes genre… Spotify…), je serais bien tenté… de parler… noooon… de cynisme mercantile quand je vois qu’on a passé des siècles à réduire les formats des supports pour reculer ce qui tombe à point puisque « si tu avances quand je recule », ce retour à la « grande taille » (comme quoi, je vous le disais plus haut, ça compte) a été fait pour la lecture des vidéos, porno en particulier [merci la marque à la (Grosse) Pomme, hypocrisie US, quand tu nous tiens]… bon, la qualité et le fait que chacun soit en capacité matérielle de diffuser et montrer au monde entier sa médiocrité ne changera rien à la forme mais dans le fond, ça tape juste, quelque part : écrans de smartphones plus grands, écrans TV plus grands, SUV plus grands, casques audios plus grands, cerveaux plus… petits (c’est pas moi qui le dis mais une vraie et sérieuse étude scientifique, pas taper, me jetez pas des bananes ou des ananas, je ne suis pas une savoureuse pizza).
Heureusement – dirais-je bien – et quelle que soit la philosophie de consommation à visée écologique/ste, les marchés du support matériel reprennent. Le sachiez-vous : la vente de vinyles a augmenté de 13% entre 2016 et 2022, soit à date 45% du marché du support physique. Plus de 10% d’augmentation pour le format CD… Et on nous priverait de lecteurs adaptés ? Avec un système son adapté ? Alors qu’il y a bien un réel marché ? Hérésie économique… Le tout en sachant que les ventes de ces produits sont en hausse parce que le JEUNE public s’y intéresse et achète ces objets…
Finalement, est-ce que les jeunes cons ne seraient pas déjà des vieux cons ? Et est-ce que les cons qui traitent de vieux cons ces jeunes cons ne seraient pas eux-mêmes des vieux cons ? « Le temps ne fait rien à l’affaire : quand on est con, on est con » chantait Brassens ; et si lui, finalement, avait oublié de l’être ?
[Et vous, quels sont vos goûts musicaux? 😉 ]







