Genre : Doom/Death Metal
Note : 95/100 (Hostlost)
Label : Nuclear Blast Records
Sortie : 19 Septembre 2025
(Une chronique dont vous êtes le héros)
Jetez votre dé !
Vous avez fait 6. Vous êtes obligé de vous taper l’introduction/mise en contexte rébarbative mais ô combien nécessaire !
Dix-sept… Ascension, dernier album des tristes sir(e)s de Paradise Lost, est le dix-septième album des anglais du Yorkshire. Un de plus ? C’est ce que nous allons voir…
Aveuglé par le talent de Lord Gregory John Mackintosh et ce, dès « l’Immature » première réalisation en 1990 avec Lost Paradise, je leur ai toujours mangé dans la main et les ai même supporté sans trop faire le difficile durant leurs errements électroniques (1996-2001). L’éclair de lucidité m’a frappé lors de la tournée pour célébrer les vingt ans du groupe en 2008, accompagné de My Dying Bride et Anathema. Ce devait être une soirée exceptionnelle au Bataclan et pourtant le show se transforma en fiasco complet, pas aidé, il est vrai, par le batteur intérimaire Mark Heron d’Oceansize, aux fraises pour rester poli… Depuis lors, je suis plus critique, surtout que d’autres signaux m’ont donné raison comme le Live Symphony For The Lost (2015) mais aussi l’antépénultième album Medusa (2017), vendeurs de rêve sur le papier et totalement dispensables !
Très prolifique par le passé, le groupe vient de nous mettre cinq ans depuis le magnifique Obsidian, parfaite synthèse de la musique du groupe. Greg n’est pourtant pas resté inactif, se focalisant sur ses sides-projects comme Host et Strigoi, le réenregistrement d’Icon, mais aussi en prenant sous son aile Aaron Stainthorpe (ex-M.D.B) et son nouveau groupe High Parasite. Tout cela lui a permis de prendre un peu de hauteur quant aux futures compositions, voire jeter des mois de travail car pas du tout satisfait de la tournure que ça prenait ! Ascension a donc été composé entre l’été et l’hiver 2024. Pendant le réenregistrement d’Icon (pour une question de droits car ils appartenaient à leur ancienne maison de disque Sony), Gregor a replongé dans ce qu’il écoutait à l’époque (Candlemass, Trouble, Dead Can dance, Mercyful Fate, Black sabbath) et cela a grandement influencé son écriture ; on imagine aisément que ce n’est pas en direction de la lumière, de l’espoir et de l’optimisme que cette œuvre est tournée… Son seul but est d’écrire des mélodies tristes qui restent en tête et l’on peut dire qu’il a atteint son objectif « haut la corde sur la potence » ! Tout a été enregistré paisiblement dans son home studio hormis les voix et les parties de batterie. Pour la petite histoire, il a même immortalisé l’intro acoustique de « Lay a Wreath upon the world » dans sa cuisine avec un micro posé sur son plan de travail. Nick et Guido se sont envolés en Suède dans le studio de Tore Stjerna (Mayhem, Watain) situé dans une ancienne église, avec Lawrence Machrory à la prise de son. Ce choix marque ainsi la fin de la collaboration avec Jaime Gomez Arellano, aux manettes depuis The Plague Within (2015). Ce n’est pas l’enregistrement des voix qui a posé problème, le chanteur ayant déjà couché ses parties vocales version démo en amont est rodé depuis le temps. Habitués au professionnalisme sans faille et au talent illimité du démissionnaire Waltteri Väyrynen (parti rejoindre les rangs d’Opeth qui ont fait une belle affaire en le débauchant pour remplacer Martin Axenrot), là où le jeune finlandais passait tout au plus deux jours en studio pour enregistrer quinze titres, cette fois-ci l’accouchement se fit dans la douleur et l’énervement avec jets de baguettes suivis d’invectives. Trois (!!!) semaines lui ont été nécessaires (deux juste pour canaliser le bestiau ?). L‘italien fougueux a bouffé à lui seul les frais de studio : ses caprices et excès de colère lui auront valu un départ précipité avec fin de non-recevoir juste après son dernier concert avec le groupe au Maryland DeathFest à Baltimore le 24 mai dernier. La rupture est annoncée le 29 mai et deux jours plus tard, comme par hasard le jour de mon B-Day, Jeffro, batteur de 2005 à 2008 reprend place sur le tabouret pour mon plus grand plaisir, son jeu étant d’après moi le plus adapté à Paradise Lost. Son retour provoque une confusion et l’on peut lire dans pas mal de chroniques d’Ascension que c’est Jeff Singer qui joue sur le disque. Grossière erreur !
Une semaine plus tard, un premier extrait est jeté en pâture aux fans affamés. « Silence like the Grave » nous donne un aperçu de ce que sera la nouvelle galette. Je reste sur la défensive et trouve que le groupe reste sur ses acquis, jouant trop la facilité. On en discute sur la page Facebook Paradise Lost France et ne suis pas le seul à avoir ce pressentiment.
Différentes Box limited avec plusieurs déclinaisons de couleurs de vinyls seront proposées en précommande et pour la première fois je résiste à l’appel mercantile. Un mois plus tard, c’est « Serpent of the Cross » avec le clip hideux l’accompagnant qui est dévoilé. Du très grand Paradise Lost !!! Pour preuve, ce titre sera celui qui ouvrira Ascension ; je me déride. Ma coquille se fendille avant de s’hermétiser à nouveau avec le troisième et dernier extrait, « Tyrants Serenade » : je ne ressens rien et surtout je trouve que le mélange des deux voix ne colle pas sur le refrain. À un mois de la sortie officielle, je suis pour la première fois craintif et réticent. Idem pour l’achat des places de la première partie de la tournée européenne qui passe à l’Aéronef de Lille (lors du Tyrant Fest), à l’Élysée-Montmarte de Paris et à la Rayonne de Villeurbanne. Je passais de l’âme d’un G.O prêt à louer un van pour m’enquiller les trois dates à me dire que ça ne valait pas la peine, trop souvent déçu en live, surtout pour se taper une fois de plus une set-list archi usée et un temps de jeu ridicule. Fin de l’introduction. Les bases sont posées.
*
Jetez votre dé !
Vous avez fait 2.
Arrêtons-nous tout d’abord sur la magnifique pochette The Court Of Death signée du peintre du XIXème siècle George Frederic Watts et conservée à la Tate Gallery de Londres, qui évoque l’égalité que nous partageons face à la mort quels que soient notre position ou notre rang social. L’œuvre représente la Mort sous les traits d’un ange trônant flanqué des figures allégoriques du silence et du mystère, gardiens du lever du soleil et de l’étoile de l’espoir. Un guerrier remet son épée et un duc sa couronne, symbolisant ainsi l’absence de protection pour les biens matériels. Je la redécouvre, puisqu’une personne l’a faite fuiter au cours de l’été, mais également le tracking-list. En panique, le management a demandé expressément de les retirer avant une diffusion massive et incontrôlable mais aussi de gâcher la surprise… Greg, tout comme Nick, adore visiter des galeries d’art et des musées ; lorsqu’il tomba sur ce tableau, il le suggéra aux autres membres et fut aussitôt choisi comme nouvel artwork tant il était évident qu’il représentait à la perfection le contenu d’ Ascension. Cette peinture était faite pour eux…
Jetez votre dé !
Vous avez fait 5. (Quelle chance. Vous n’avez pas de temps à perdre et allez directement à l’essentiel).
Voici l’instant tant attendu mais aussi redouté. La première écoute d’une nouvelle offrande des « miserable lads » est comme toujours un moment inoubliable. La production qui permet de distinguer chaque instrument est cristalline tout en étant rugueuse, pareille à la voix de Nick, façon papier à poncer 40 grains. Dès les dernières notes, mon ressenti se focalise sur la guitare de Gregor omniprésente. On entend pratiquement que lui malgré le mur de la guitare rythmique. Des déluges de notes, des leads en veux-tu en voilà. Bref ! Je frôle l’indigestion. Des refrains émergent spontanément (« Sirens », « Savage Days » et « Lay a Wreath upon the World » en tête). Tout est confus dans mon esprit et une seconde écoute voire des dizaines seront nécessaires afin de décortiquer la substantifique moelle de cette œuvre musicale.
Les trois extraits dévoilés auparavant s’imbriquent idéalement avec les autres titres. À ce propos, l’agencement des morceaux, toujours très judicieux, permet à l’auditeur d’avoir des temps de récupération dans cet océan de tristesse, de désolation et de colère. Le chant de Nick y est aussi pour beaucoup oscillant entre le growl profond (le cri qui ouvre « Serpent of the Cross » nous met immédiatement dans l’ambiance et nous plonge directement au début des 90’s), la voix rocailleuse période Shades of God (à ce jour mon album Number #1 mais certainement plus pour très longtemps) et plus accessible pour les fans de la période One Second-Host-Believe in Nothing tant décriée par les afficionados de la première heure. Quel refrain poignant sur « Sirens » et aussi sur « Savage Days » qui, d’après son créateur, est une version sombre de « One second ». On n’a aucun mal à imaginer un orchestre philharmonique l’interpréter pour le sublimer ! Sur « Lay a Wreath upon the World », qui ralentit le rythme, instaurant une solennité quasi-religieuse, c’est au tour d’Heather Thompson (Ex-Tapping The Vein et compagne de Gregor) de faire la sirène en posant son chant aérien sur l’un des moments forts de cette heure de recueillement. Il est là leur tour de force, ce subtil mélange toutes époques confondues tout en gardant leur patte reconnaissable d’entre mille et sans jamais se répéter. « Silence like the Grave » musclée manière « Pity the sadness », « Diluvium » très heavy à la « Cry out » ou « Salvation » (avec le featuring d’Alan de Primordial) aux forts accents fleurant bon le pachydermique « Beneath Broken Earth ». On retrouve une certaine continuité par rapport à l’album précédent Obsidian mais, cette fois-ci, peu de lumière passe à travers les vitraux de la cathédrale. Pas de « joyeuseté ». Je pense aux titres « Ghosts » et « Forsaken » : que du riff larmoyant, funèbre et mortuaire.
Les lyrics ne sont pas en reste : Nick, du fond de sa mine de charbon, a couché sur papier des textes noirs empreints de pessimisme et de désolation parlant une fois encore de la mortalité et de religion, de ce qui pousse les gens à y croire plus que de la croyance en elle-même ou d’obéir aux ordres au nom d’un dieu hypothétique. Du fait de cette succession de tubes, le soufflet ne retombe jamais et suis captivé tout le long de ces douze titres (dont deux bonus) où je me complais dans ce marasme ambiant. Il m’est difficile de dire quel est mon titre préféré. Celui du compositeur en chef est « Salvation »… Même le titre bonus « This Stark Town » peut se targuer d’être monumental et n’aurait pas dépareillé avec le reste de l’album. Par moment, on fait un bond dans le passé pour se retrouver dans mon époque favorite soit entre 92 et 94. La seule fois où j’avais eu ce sentiment, ce fut lors de l’écoute de « To the Darkness » qui figure sur Tragic Idol (2012). Avant de quitter le navire, Guido aura insufflé groove, puissance et énergie sur cette masterpiece. Définitivement, sa frappe de maréchal-ferrant va me manquer. Au fur et à mesure des écoutes, je n’ai plus aucun doute : après plus de trente-sept ans, les gloomy britishs ont accouché d’une de leurs meilleures réalisations et par la même a atteint, ni plus ni moins, le firmament du genre Doom/Death !
Le quatuor a depuis eu confirmation qu’Ascension est une pièce maîtresse sur leur parcours et qu’il a été accueilli à sa juste valeur par la critique et les fans du monde entier. Il est en tête des ventes un peu partout et la tournée européenne a fait, sur la plupart des dates, sold-out. De quoi rendre le sourire aux natifs d’Halifax. L’on sait déjà que le contrat avec Nuclear Blast est arrivé à son terme. Tous s’accordent à annoncer que les deux parties souhaitent reconduire leur partenariat et déjà la pression est sur les épaules de Sir Mackintosh qui se doit de se hâter à la composition du successeur. Il lui faudra activer le mode « Pain and Misery » pour notre plus grand plaisir ! Comme qui dirait Simon dans Le créateur (d’Albert Dupontel) : « Je suis heureux d’être malheureux ! »
Mon Top album de l’année était déjà acté et ce dès le 18/07. Abigail Williams et son A Void within Existence réduisait à néant toute concurrence possible pour le sommet du podium 2025… Raté ! Messieurs les ricains, va falloir partager votre trône !
[Post-scriptum : Rassurez-vous, la Box Crystal Clear Vinyl trône bien sur mon étagère avec ses petites sœurs et j’ai été les voir pour la cinquantième fois à La Rayonne de Villeurbanne…}
Tracklist :
01 – Serpent On The Cross
02 – Tyrants Serenade
03 – Salvation
04 – Silence Like The Grave
05 – Lay A Wreath Upon The World
06 – Diluvium
07 – Savage Days
08 – Sirens
09 – Deceivers
10 – The Precipice
Bonus :
11 – This Stark Town.
12 – A Life Unknown
Line-Up :
Nick Holmes – Chant
Gregor Mackintosh – Composition, Guitares (Leads)
Aaron Aedy – Guitares
Stephen Edmondson – Basse
Guido Zima Montanarini – Batterie
Liens :
https://www.instagram.com/officialparadiselost/
https://www.facebook.com/paradiselostofficial/?locale=fr_FR
https://www.youtube.com/channel/UCv2XsuBQWgkiW3CQxPCb_zA
https://paradiselostofficial.bandcamp.com/
https://paradiselost.omerch.com/?srsltid=AfmBOopuBRgPEsPwa61ElnvmjcWbglg70npbnLEHwfAK8kp_QDxWHPtq
https://www.facebook.com/people/Paradise-Lost-France/100063569541828/?locale=fr_FR



















