Genre : “Doom/Death mélodique” aussi appelé Dark Metal Label : Inverse Records Sortie : 10 Octobre 2025
Note : 85/100 (WvG)
Cher.e lecteur.ice,
Ayant reçu une proposition indécente de chronique, je m’en vais de ce pas t’évoquer la sortie de l’album de Serpent God. Un serpent, un gode, deux bonnes raisons d’écouter Denial, le « dernier » opus du groupe combinant ces deux termes.
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Eve s’en lèverait, lentement mais sûrement telle une noire princesse de contes de fées, dans le déni de sa condition de future princesse Disney. Dans cet album, on pose de la lenteur, de la lourdeur, de l’atmosphère sombre, des plages ambiantes, dans un style qui n’est pas sans évoquer tantôt Paradise Lost, tantôt Moonspell (groupes qui eux aussi sortent un album récemment, au passage…) mais avec une voix plus caverneuse et dans la période 90’s-2K’s des deux groupes cités comme comparatifs. En gros ce qu’on ne savait pas trop comment classer dans cette période, qu’on trouvait dans le bac Doom/Death des FNAC, Virgin et concurrents et qu’on a fini par appeler « Dark Metal ».
Si la patte inspirationnelle semble assez évidente pour qui a déjà connaissance de ces groupes, Serpent God propose donc un premier album plutôt réussi pour qui aime se poser et bronzer au soleil de la Finlande sur un pic rocheux en méditant sur sa proximité géographique avec le voisin russe et la proche nécessité de devoir en apprendre la langue. Oui, quand on se met dans l’état d’esprit lié à l’ambiance lors de l’écoute de Denial, difficile de se mettre en situation d’optimisme ou de déni.
En effet, j’ai bien dit « premier album » ; là, on se dit « nan mais il se moque, le WvG : le travail du son est trop propre, c’est trop réfléchi et pas assez amateur pour un debute » … Vous auriez raison fondamentalement… sauf si le groupe était bâti sur les cendres d’un autre, précédent et/ou simultané, on n’arrive pas trop à comprendre puisque fondé en 2009 et ayant sorti un album en 2022. Des rushes de ce groupe, Se, josta ei puhuta, est né Serpent God, avec le rebut de ce qui n’était pas exploitable pour le premier.
Bon, ça va, niveau rebut, on a vu pire et plus bordélique : le résultat est pesant, mélodieux (en mode mineur, hein, faut pas déconner non plus), construit et mesuré pour mettre l’auditeur dans l’apaisement puis la tension, niveau nuances sonores, bien sûr ; ne vous attendez pas à un subit blast beat > SPOILER : y en a pas ! Bon, j’abuse, ça s’énerve un peu sur la partie centrale de l’album (« Sermon » et donc « Oblivion » sur lequel apparaît un mini passage en blast, OK…) mais pas d’inquiétude, vous resterez dans la vôtre, de quiétude, comme sur « Keyhole » avec quelques chœurs et un piano parcimonieux, pour s’achever sur l’orgue Hammond qui mène par la nappe sonore le final « Void » concluant l’album sur un célesta synthétique et sa ritournelle.
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Aussi, auditeur.ice, te voici face à un faux premier album qui sent la maîtrise des ténèbres et leur accueil chaleureux à passer dans les bras d’un Morphée morfal avide de doux cauchemars de froidure et de pluie.
Genre : Black Metal introspectif Label : Season of Mist Sortie : 12/09/2025
Note : 95/100 (El Jeanjean)
Il existe des groupes qui nous proposerons une musique frontale… d’autres qui aimeront proposer des trucs plus alambiqués, demandant des efforts pour rentrer dans leurs univers… Certains favoriseront l’énergie pour que l’auditeur ait juste envie de tout casser et d’autres encore vont préférer les ambiances. Et puis y’a des groupes comme DER WEG EINER FREIHEIT.
Le groupe, formé depuis 2009, nous propose cette année son 6ème album et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils savent prendre leur temps pour composer des chansons qui prennent aux tripes.
Noktvrn était sorti en 2021, ils avaient, avant, un rythme d’un album tous les 2 ans en moyenne (chipotez pas lààààà !), et le fait que pour Innern, un délai de 4 ans ait été pris nous montre à quel point ils ont tenu à offrir un album irréprochable.
Innern s’ouvre donc sur son 1er titre “Marter” et d’emblée, on sent qu’on va avoir beaucoup de sentiments… et de ressentiments !
“Mais, encore une fois, une fois de trop…La chanson silencieuse du supplice se noie en moi. Ce qui tombe dans l’oreille d’un sourd reste toujours muet et jamais dit.
Écoute-moi, écoute-moi ! Ma gorge brûle tout, tout, tout ! Vos dos marqués par chaque mot, chaque mot se réduit en cendres”
Voila… Dès la 1ere chanson, on sait que cet album va être quelque chose qui va nous pousser dans nos retranchements et il est évident que d’un point de vue paroles et thèmes, on est très très loin des odes à Satan et autres festivités habituelles dans le style Black Metal. Et très très vite, on découvre que le sentiment qu’on ressent en 1er lieu, c’est de la colère, sourde…intérieure… qui ne demande qu’à sortir et à être exprimée, entendue…
“De mille corps germe ce qui était resté si longtemps caché, et qui est à nouveau libre. Descends de ton trône, la Terre viendra te chercher, elle te donnera ta récompense”
Ce lyrisme est tiré de la chanson “Eos”, qui est sorti en single peu de temps avant la sortie officielle de l’album, et clairement, cette chanson m’a frappée de plein fouet… Tout ce que j’aime dans une chanson se trouve dans ces 7mn30 de folie, de colère, de beauté, d’urgence… Très sincèrement, je ne comprendrais pas comment on ne pourrait pas tomber amoureux de cette chanson et que la volonté de vouloir repasser en boucle son dernier tiers véloce et musical ne vous titille pas. Ne vous méprenez pas ! Chaque titre nous agrippe, ne nous lâche pas et au final, une fois les 6 titres écoutés, on relance son écoute, voulant continuer à découvrir tout ce qui se cache en son intérieur.
Dans le rayon des nouveautés, il s’agit là du 1er album suite à l’arrivée du bassiste Alan Noruspur et surtout du 1er album enregistré par le chanteur-guitariste Nikita Kamprad, qui a aussi géré le mix et le mastering (les batteries ayant été enregistrées dans un autre studio. J’en profite d’ailleurs pour souligner l’intelligence du jeu de Tobias Schuler qui est tout bonnement impérial sur cet album), ce qui nous donne un album qui sonne naturel mais moderne en même temps. Tous les éléments ont leur place dans le mix et cela rend l’écoute vraiment agréable.
Là où Noktvrn nous emmenait dans un voyage personnel plus introspectif et confidentiel, Innern va plutôt vous embarquer dans une quête plus cathartique et libératrice ! Là où Noktvrn nous donnait un sentiment de pudeur et de calme à son écoute, Innern nous donne un sentiment de colère et de tempête intérieure contradictoire ! Nul doute que les gens qui avaient été un peu moins emballés par le précédent album retrouveront le DER WEG EINER FREIHEIT du début, la maturité en plus.
Genre : Speed Thrash Metal Label : High Roller Records Sortie : 26 Septembre 2025
Note : 95/100 (WvG)
Une bonne grosse tarte dans la tronche distribuée par une grosse main calleuse qui vous caresse la joue comme un Mach 3 de Gillette mais ne garde du nom de ce rasoir que la vitesse pour vous l’envoyer s’encastrer dans un mur, ça vous tente ? Bien… Parlons donc de Mysterium de Paradox.
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Situons rapidement – puisque je découvre un groupe qui agit pourtant depuis une quarantaine d’années… Comme quoi, il n’est jamais trop tard pour découvrir des trucs… –, Paradox, c’est le grand bébé de Charly Steinhauer, mastermind et faiseur de tout sauf l’artwork, la batterie ([bien] programmée) et le mastering pour cet album. Pour décrire assez simplement, parce que rien n’est vraiment simple avec cet album, on se trouve dans un style Speed Thrash Melodic Metal, comme si Kreator et Blind Guardian s’étaient acoquinés pour engendrer cet album ; je choisis évidemment ces groupes en lien avec leur nationalité commune, allemande donc, puisque c’est de la Germanie que provient ce projet, mais aussi pour l’agressivité du premier et l’harmonisation des guitares et backing vocals, occasionnellement, ainsi que le relief narratif du second.
Par conséquent, c’est rageux, dynamique, rapide, rentre-dedans, efficace, brutal mais l’aspect mélodique fait mieux passer la mandale, comme la senteur éphémère d’une petite crème au jojoba au moment de l’impact, quand la mandibule se déboite. Avantage non négligeable, contrairement au Gillette plus haut, ce n’est pas rasoir, pas rébarbatif en somme : ça peut être très speed comme mid tempo comme slow tempo dans un même (long) morceau – seules « Grief » et « Tungunska » sont au format une-minute-plus et servent de transition/interlude – ou même sur l’entièreté des cinquante-sept minutes que compte l’album. Les mélodies sont tout autant variées ainsi que les modulations harmoniques, bien loin d’un Thrash standard [que je trouverais] assez binaire dans sa grille d’accords.
Le riffing est pointu et acéré, la voix tranchante comme la troisième lame – celle qui coupe enfin le poil après s’être fait frôler pour que dalle par les deux précédentes – quand celle-ci (assez proche dans certaines intonations ou accentuations de celle d’Hansi Kursch) conserve malgré tout son aspect chantant voire chantable, le grain général, mix et mastering sont pro, les arrangements sont bien pensés, la composition réfléchie et variée, les morceaux ont leur identité propre, l’artwork est classe… Difficile de trouver vraiment un défaut à cet album si ce n’est peut-être sa longueur pour le style musical, et encore…
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Camarade thrasheux arborant fièrement ta veste à patches, je te recommande chaudement l’utilisation de cet ustensile aiguisé qu’est la galette floquée Mysterium par le truchement de laquelle tu pourras aisément te débarrasser de ta barbe de trois jours. Attention cependant, tu pourrais y laisser une couche d’épiderme plus profonde que la dernière condamnée par les UV lors de ton dernier fest, voire ne conserver que ton crâne si ta mâchoire était encore en état de fonctionnement après cette grosse baffe dans ton faciès buriné. Un album au poil, quoi…
Genre : Scatomantic Death Metal Label : France Black Death Grind sortie : 23 Mai 2025
Note : 80/100 ( Mémé Migou)
Quel est le point commun entre un homme au réveil et un élastique ? Eh bien il s’étire, il s’étire, il s’étire, et il pète !
Ah ! Je vous vois sourire, là… N’essayez pas de le cacher. C’est tellement bon de pouvoir se connecter à ses émotions et les étaler au vu et à la barbe de tout un chacun, comme on étale du Nut* sur une bonne tranche de rigolade. D’ailleurs, la musique, n’est-elle pas une succession d’émotions ? Les notes sont le reflet de sensations. Et ce sont tous nos sens qui viennent répondre. Preuve en est des poils (j’ai dit poils !) parfois dressés.
Alors, connectons-nous à la musique, explorons nos émotions… Et comme point d’appui, le Brutal Death scatomantique de Upper Decker…
Et si on commençait par : L’écœurement ?
Attendez… j’ai une blagounette, d’abord :
Que dit une fesse droite écœurée à une fesse gauche ? – Tu trouves pas que ça pue dans le couloir ?
Upper Decker fait partie de cette nouvelle pratique qui fait recette sur les réseaux tiktokiens, le prank. Un (?) Upper Decker, c’est de fait un canular qui amène une personne à déféquer dans le réservoir d’une chasse d’eau. Vous imaginez quand le suivant, qui déjà doit sentir quelque chose de nauséabond se dégager d’il ne sait où, tire la chasse après ses propres émanations… Vous avez l’image ? Vous avez le bruit ? Vous avez l’odeur ? Bah voilà…
Et donc, Upper Decker, c’est aussi le nom d’un groupe occitan né un peu après l’épisode du confinement, soit 2022. Comme si cette constipation de l’être dans son environnement naturel fait de 4 murs entrait en résonance avec celle d’un étron coincé dans nos intestins jusqu’à former un fécalome. Et ce bouchon, à l’instar d’une bouteille de champagne bien secouée, va sauter pour libérer bulles et bol fécal pour fêter la sortie.
Holala… Un brin d’anxiété vient me titiller, là… Il me faut mettre un warning pour que mes propos ne soient pas mal compris :
Hey… j’ai encore une blagounette à faire, à ce propos :
Que dit une fesse droite anxieuse à une fesse gauche ? – Tu trouves pas que ça sent le gaz ?
Attention, donc ! Je ne dis pas que Upper Decker est de la merde ! On verra plus loin ce que j’en pense intrinsèquement… Simplement, je m’insinue, comme une canule, pour extraire au plus près la notion de scatomantic Metal afin de l’anal-yser et mieux la comprendre.
Ahhhh… La scatomancie, l’art de la divination par la lecture des fèces (et pas des fesses, petits coquinous). C’est fou, d’ailleurs, ce que l’on peut trouver comme références, en faisant des recherches, comme ce petit guide du caca édité par la Désencyclopédie Wiki… Et pour votre gouverne et ne pas vous endormir plus bête qu’il y a quelques minutes avant la lecture de cet article, voici une liste de synonymes pour égayer vos repas de famille : copromancie, spatalomancie, spatilomancie, spatalamancie et stercomancie.
Car qui dit repas de famille, dit aussi Family Dinner, le premier EP de Upper Decker, dont chacun des 6 titres va nous parler de l’un des membres de ladite famille, avec un joli poke (ou private joke de notre part) à notre Gévaudan en citant le 4ᵉ titre « Simon the Toilet Beast »- EP sorti en 2023, alors que finalement, ce qui nous intéresse ici, c’est bien le 1er long effort (poussez, madame, poussez ! ), en date du 23 mai 2025 chez feu le label FBDG.
C’est le bon moment pour sortir la Colère ?
Heyyy… La colère ? Attends, j’ai une p’tite blague pour illustrer. Je peux ? Je peux ?
Que dit une fesse droite en colère à une fesse gauche ? – Ça va chier entre nous !!
Ben ouais, ça va chier ! Et vous savez pourquoi ? Parce que j’ai été tiraillée dès la première écoute de The Scatonomicon. Au point de solliciter un second avis auprès des copains du webzine. Et il s’avère (vous avez vu, ça rime avec glaires. C’est cool, non ?), que nous étions raccords. Ce qui va me rassurer quelque peu.
Donc, en colère (OK c’est too much comme terme) parce que… Laissez-moi faire une anal-ogie : quand on lit une 4ᵉ de couverture qui vous laisse imaginer une histoire d’amour alors qu’en réalité on tombe dans un récit mythologique, ce n’est pas qu’on n’aime pas la mythologie, c’est juste qu’on s’attendait à du love. C’est la même ici.
Je m’explique : des textes du presskit aux artworks en passant par les titres des morceaux et la définition elle-même du genre pratiqué, on se dit qu’on va avoir une ventilation de titres courts, rapides, et régressifs. Et l’humour, on l’imagine certes pipi-caca like, mais très second degré.
Et dans les faits, de l’humour, ils n’en manquent pas, jusque dans les références. Regardez l’artwork, regardez ce titre « And Justice for Heaulme »… Y a besoin d’explication de texte ? Moi, sur papier, ça me fait hurler de rire. Bah oui !
Hep hep hep, j’ai une blague pour faire descendre la pression :
Que dit une fesse droite blasée à une fesse gauche ? – Tu trouves pas qu’entre nous c’est la merde ?
A vrai dire, dès que j’ai appuyé sur la touche play, les oreilles prêtes à recevoir les 8 pièces, chapitres d’un livre ouvrant sur un « portail multidimensionnel » et un monde fait d’odeurs nauséabondes et de chaos intestin – reflet de l’artwork – eh bien j’attends le grind, j’attends les touches de thrash, de black, qui étaient promises, j’attends la filouterie et la folie furieuse. Mais voilà, je n’ai rien de cela. Ce que j’ai, c’est du Death, du Brutal Death, un esprit Grind, certes, mais du Death avec des touches de Tech Death ou de technicité (pour les puristes des mots et des genres). Le tempo n’est globalement pas si enlevé que ça. Bien au contraire, on a régulièrement des ralentissements comme des descentes d’organes. Certains titres sont à leur tour assez pachydermiques. Ce que reflètent la durée des morceaux, entre 3 et 4 minutes, on est loin du Grind violent et rapide. Ici, c’est plutôt un chant hyper grave, qui n’est pas sans me faire penser à tonton Mocky (Crypt of Dr Gore, Horoh). Des titres longs mais pour lesquels on ne s’ennuie pas une seconde, car à l’intérieur, on a ces petits jeux de guitare (un sweeping par-ci, des harmoniques par-là), des ralentissements, un jeu rythmique calqué sur le sample de départ (musique de cirque – ou de Looney Tunes), … Bref, c’est technique, très bien construit, léché. D’ailleurs, la basse est mixée de telle façon qu’on l’entend bien. Et le tout a été enregistré et masterisé au Soundlodge Studio (Defeated Sanity, Anvil, God Dethroned, …). C’est un mix clair, laissant la part libre pour que chaque instrument puisse trouver sa voix.
Cependant, c’est la voix qui me chafouine un peu. Certes, elle a un beau growl bien gras, et pourtant, je la trouve un peu « grise ». Qu’est-ce que j’entends par là ? Elle manque d’éclat, en ce qui me concerne. Dans un genre qui aurait tendance à friser le Brutal Death ou le Grind ou le Slam… J’attends que ça pète (et péter, ça revient à la guest star : Niklass).
Tiens… j’fais une parenthèse, parce que j’t’entends parler de péter… j’ai une blagounette :
Deux mouches discutent sur un caca de chien : – J’ai une de ces envies de péter moi – Grosse dégueulasse, on est à table !
Pas d’explosion, une voix qui reste souvent sur la même ligne de conduite. Pour l’accompagner, nous avons d’autres qui viennent apporter cette touche d’anime déjanté. Ainsi que pas mal de samples à vocation humoristique.
Hep ! Je ne veux pas péter plus haut que mon cul (heyyyy… j’ai un truc pour toi sur le sujet : tu sais que quand on pète plus haut que son cul, on se fait un trou dans le dos ?) et dire que telle chose est mauvaise. Ce n’est foncièrement pas le cas. Le growl, encore une fois, est bien grave et gras, comme je les aime. Alors qu’est-ce qui me chafouine ?
C’est que toute la partie musicale est sérieusement faite. Le chant (hormis les voix déjantées qui parsèment le tout) est sérieux. La composition. Le mix. On ôte les samples (et peut-être les paroles que je n’ai pas), et nous avons un super album de Death, hyper bien pourvu. Comme dit le copain de zine, “c’est ma came, ça”. Même si à première écoute, on pourrait trouver que les titres se ressemblent, dès la seconde et une oreille plus attentive, on entend bien bien toutes les subtilités et les trouvailles techniques qui viennent joncher le parcours musical de l’album. On a des éléments de Death old School remis au goût du jour, avec des soli bien envoyés. C’est pas rien, bien au contraire !
De fait, c’est comme cette chronique… Les blagounettes qui ponctuent le propos tombent à plat. On a juste envie de dire « Mémé, tu nous fais quoi, là ?! ». C’est la même pour The Scatonomicon, de Upper Decker. Certes, ils annoncent la couleur fétide d’un album qui sent le caca, mais le tout est propre, bien moulé et sent bon le Death Brutal, un peu nawak sans tomber dans le too much. Imaginez Immolation avec des intros « pouet pouet » faites de pets… Ça a du mal à se mélanger, ça reste dichotomique, quasi manichéen. Personnellement, je me passerais bien de ces ajouts qui sont censés être amusants et déjantés, étalés comme autant d’articles d’un catalogue, mais manquant de folie. Et c’est en cela que j’ai un petit problème avec cet album. Un exemple ? Sur la 6ème piste, “Pompecrotte”, ça part avec un groove à la Illdisposed et paf ! Vers 3:15, un “pompecrotte” dit (pas chanté, pas crié, juste dit) en voix suraiguë vient nous rappeler qu’on doit rester dans la farce.
Pour le plaisir, une p’tite dernière ( j’y ai pris goût) :
Quelle est la différence entre un pitt-bull et un caniche ? – Lorsque le pitt-bull te pisse dessus, tu le laisses finir !
Pour finir cette chronique aux relents de vulgarité ( que je dédie à tous les amateurs de douche dorée et de scatophilie), j’aime retourner plonger mon nez et mes oreilles dans The Scatonomicon. C’est bon… Mais ce n’est pas aussi puant qu’Upper Decker le souhaiterait. Loin de là ! J’vous envoie du love, les gars !
Heyyy… On va pas se quitter comme ça :
Que dit un rouleau de PQ à Luke Skywalker ? – J’essuie ton père.
Tracklist :
Egg
Big Bizeps
Fatberg
Fecalized at Birth
And Justice for Heaulme
Pompecrotte
The Lukewarm Book
The Forest os Suspended Foreskins
Line-up :
Gaara – Chants Tral – Guitare et backing vocal Le C – Batterie Uwe – Megabasse
Genre : Death Metal Mélodique Label : Indépendant Sortie : 23 Mai 2025
Note : 70/100 (WvG)
Il faut savoir donner sa chance au produit… C’est en partant de cet axiome que j’ai décidé de vous parler de Visions of Escape, deuxième album du groupe turc Metal Charm.
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Aïe… un faux départ dès la première entrée de la voix de Senem Semiz… Quelques frappes pas forcément assurées de Volkan Günakin à la batterie… ça commence mal, d’autant quand le son général sonne comme random du Death, assez peu mélodique contrairement à la classification que s’attribue le groupe quand la majorité de l’album sonne davantage Thrash/Death voire Heavy Metal par passages.
Dans sa globalité, si on excepte sa provenance d’Izmir, pas de grande originalité : musicalement, le groupe serait très bien en première partie d’un groupe d’échelle moyenne dans une SMAC ou en TA dans votre rade local. La trentaine de minutes qui s’enchaîne au fil des sept morceaux se fait sans vraiment sourciller au point que je peux imaginer le public, bras croisés devant la scène, ponctuant la fin de chacun d’un applaudissement poli.
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Par contre, ce sont surtout les démarches que je voudrais saluer. Déjà, et c’est toujours plus appréciable provenant d’un groupe qui est indépendant, le groupe s’est fait chier à faire un bel emballage, tant dans l’artwork qui, même si imparfait, sent le DIY bien roots des amateurs qui veulent proposer leur opus sous les meilleurs angles, que dans le pressbook finement ciselé, bien loin de la banale feuille quasi blanche format *.doc que fournissent – et pas tout le temps voire de plus en plus rarement – les labels qui, eux, pourraient vendre davantage leurs poulains.
Autre point non négligeable : le choix des conditions d’enregistrement en prise directe (donc la maîtrise des morceaux préalablement), un choix de direction artistique risqué et ambitieux mais qui préserve la spontanéité, le risque principal tenant en la possibilité d’échec de la prise (et donc devoir tout refaire) et sa pression attenante. Le résultat est donc imparfait (cf. mes premiers reproches) mais sonne comme une entité sonore et pas une superposition de pistes trifouillées et corrigées au point d’être dénuées de substance car lissées et policées. Le risque secondaire est celui de l’urgence : certes, on gagne du temps (donc de l’argent, et souvent quand on passe en studio, c’est imbriqué) mais on n’a pas le temps de prendre le recul et peaufiner…
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Peut-être suis-je ingénu mais j’ai envie de laisser sa chance à Metal Charm, si tant est que son ambition ne dépasse pas celle du rendu de cet album, celle d’un groupe qualitatif à échelle locale et pas au niveau d’une scène internationale ; parce que sinon, il reste beaucoup de travail à fournir pour atteindre les hauteurs nécessaires, la première étant de se démarquer et être bien plus créatifs ne serait-ce que dans le riffing ou même le manque de vie dans le jeu de guitare. Mais la démarche et l’effort de ce quintette sont à saluer et c’est le vrai point positif à retenir. Ma naïveté toute relative me perdra-t-elle ?
Genre : Avant-garde Black Metal/Post Black Metal Label : L’Ordalie Noire Sortie : 6 Juin 2025
Note : 85/100 (Mémé Migou)
Quel est le point commun entre le Black Metal et le Haïku ? Owls !
Quel est le point commun entre le Haïku et le Tarot ? Owls !
Quel est le point commun entre le Tarot et le Dark façon gothique ? Owls !
Quel est le point commun entre le Dark et la nuit ? Owls !
Et mon tout est… Un EP de 25 minutes qui vous happe dans ses serres de rapace, un soir de lune à peine pleine, où les étoiles se font toiles qui brûlent dans un noir si profond qu’il avale toutes les couleurs comme un ogre qui se gave sans se soucier de sa panse qui pourrait exploser.
Bien qu’éclos en 2024 sous la poésie de Romain Nobileau, Owls est un projet, certes de Tours (car quoi de mieux, pour airer qu’une tour bien ancrée dans un passé revisité par les vents de nouveaux territoires), mais avec du beau monde venu tout droit de la scène nantaise, jusqu’au label, L’Ordalie Noire, que l’on ne présente plus. Et c’est le 6 juin 2025, que le sextuor scelle son premier envol du nid, avec Une toile de plus à brûler.
Du Haïku, Owls va piocher non seulement son aura de Nature offrant un terrain de jeu pour les oiseaux de proie, mais également son pas de côté. En cela, on peut aussi le rapprocher de la carte XII, celle du pendu dans le Tarot. Quand on est face à un blocage, quoi de mieux que de faire un pas de côté pour voir le problème sous un nouvel angle. La solution vient la plupart du temps s’imposer d’elle-même. Et si on voit très bien le lien avec la Nature, quid du pas de côté ? La vision métaphorique de tranches de vie par les yeux perçants des rapaces nocturnes. Il suffit de lire les paroles pour comprendre la portée Dark, voire romantique d’un Caspar David Friedrich dans son tableau « Le voyageur contemplant une mer de nuages ».
Si dans l’ombre je te suis, quand je me perds dans les méandres des cieux,
Je perds la notion du temps, quand mon regard croise tes yeux.- (« Nos chairs ternies »)
Et tes rémiges ont caressé mon côté sombre.
Oui, ce sont bien elles qui m’ont d’abord séduit.- (« Effraie »)
On pourrait y lire moult interprétations. Autant que nos préoccupations du moment nous les susurrent. Mais on ne pourra faire l’impasse sur ce jeu de l’amour et du hasard qui fait office de plume rouge tout au long des 4 titres.
D’eux-mêmes, il s’étiquettent Avant-garde Black Metal. Bien sûr que c’est Black Metal ! Dans l’ambiance, dans le chant de Romain – un peu à la Anorexia Nervosa-, blast beats, mais pas que… ! (selon la formule consacrée). Il y a un côté Black atmosphérique avec des claviers typés sidéral. D’ailleurs, on peut aussi rapprocher certains passages de claviers à ceux que l’on trouve dans Korova (exemple sur la fin du second titre, « Rejection »). Et surtout, ils tentent des choses. C’est en cela qu’ils se réclament de la scène avant-gardiste. Du presskit, on peut lire Dodheimsgard (entre autres) en influences. Là, je suis bien moins convaincue. Dodheimsgard, je le vois plus sur le dernier album de Sun After Dark, qui peut perdre l’auditeur par ses plans qui partent dans tous les sens. Bien moins ici. Je ne vois pas ce côté chien fou, cette lueur de folie. Par contre, une lueur d’espoir et de désespoir acoquinée à des mises en place rythmiques assez osées. La basse a un son droit qui perce bien le mix, ce qui n’est pas pour me déplaire. Quant aux guitares, avec les claviers, ils offrent des mélodies qui se gravent dans nos esprit, tatouage de notes.
« Nos chairs ternies » place l’ambiance nocturne. On navigue entre l’état contemplatif de ceux qui ouvrent leurs sens à la nuit et… à la peur que celle-ci peut engendrer. Le tempo est enlevé, course effrénée d’une proie après avoir entendu les hululements létaux.
Dans nos chairs ternies, le temps ne fait que passer,
Et cet air du temps, comme une ritournelle, sans se retourner,
Lorsque je t’aperçois à contre-jour sans t’avoir espéré.
Paroles de Anne Jambrek sur ce titre uniquement, on y lit l’amour, la vie, la vieillesse, le coup de foudre, les rides, les chairs ternies qui ne sont pas sans rappeler certains vers sombres de Baudelaire parlant de vers sur une carcasse.
« Rejection » met de côté la poétique amoureuse pour se pencher sur la « gnose narcissique à l’odeur cadavérique »… Tout se fait angoissant, ici, autant les claviers que la batterie (vers 3:40 par exemple), quand le propos nous place face à notre société faite de hordes d’ultracrépidariens qui vont régurgiter leurs avis à la volette sur le terreau de l’ennui et de la bêtise humaine :
Tu régurgites tes connaissances
Sur l’humus frais de l’indifférence.
Et pourtant, et pourtant,
Tu craches ce que tu sais
Sans même les avoir digérées.
Ça nous parle, hein… Pourtant, ces boules que rejettent les hiboux pourraient s’avérer de belles œuvres d’art, comme César et ses compressions… Partir de la simplicité de ce qui nous entoure pour le rejeter en œuvre d’art… Mais on gardera le côté vorace recrachant ce qu’il ne peut appréhender.
« Effraie » revient sur le jeu de cache-cache… De l’autre, il n’y a que le murmure… :
Et quand finalement, tu réapparais.
Je comprends que je ne peux plus me cacher.
Voulant te serrer dans mes bras esseulés,
Sans un bruit, à nouveau, tu disparais.
Est-ce moi qui t’effraie ?
Ces doubles sens, ces mots que l’on tord dans tous les sens, la polysémie, tout cela est savoureux. Au même titre que l’on déguste les jeux de mots d’un Souchon ou d’un Louise Attaque. Le texte soutient la musique et vice versa. La voix est bien plus grave et les guitares offrent du tremolo picking chère au Black Metal. Le tempo est pachydermique, lourd et lent. Plus lourd que lent, car les claviers apportent un léger souffle d’air. Écoutez la rythmique, tendez l’oreille à la basse, c’est pur bonbon. Le texte est clairement compréhensible (oui, ce sont deux termes redondants pour souligner la chose) et qu’est-ce que c’est agréable !
On finit sur un titre doux-amer « Un masque de hasard », désabusé, même si le début reprend un tempo élevé et les blast, on a un côté rock gothique (c’est un peu exagéré), notamment quand après 1:15 la voix claire vient caresser nos sens. Une voix claire tutoyant le spoken words. On alterne breaks calmes, éthérés ( ce solo de guitare vers 5:00 et celui du clavier vers 7:00) et reprises tendues.
Des mots tordus, des vers torturés,
Comme pour masquer le vide que l’on veut ignorer.
Elle sait que les mots, bien qu’enlacés,
Ne sont qu’une toile de plus à brûler.
Les mots, bien que enlacés, ne sont qu’une toile de plus à brûler… On termine comme on commence, sur des cris d’effraie ou de hibou… N’oublions pas qu’il est symbole de sagesse.
Alors oui, ce premier EP est une belle réussite. Ce n’est pas un Black Metal Avant-gardiste comme on a pu l’avoir avec un Solefald en son temps, mais ils osent dépasser le genre avec des mises en place et des rythmiques terribles – j’emploierais plutôt le terme de Post Black Metal. On finit l’album avec un goût de trop peu. On veut encore de ces mélodies qui marquent au fer rouge, de ces textes qui viennent titiller nos côtés sombres et désenchantés. On veut encore planer avec les Hiboux, pour voir le monde, l’amour, d’un œil perçant, avec assez de hauteur pour fondre non pas en larmes, mais sur nos chairs ternies, point précis de nos désirs, cible de nos chasses nocturnes. Alors vous savez quoi ? Une fois fini, on recommence sans vergogne.
La nuit s’éteint, l’oiseau s’envole
Poètes taisons nous, le silence est notre rôle.- (« Un Masque de hasard »)
Genre : Death /Brutal Death Progressif Label : Season of Mist Sortie le : 11 juin 2025
Note : 90/100 ou Ooooooh la belle bleue !!! ( Rodrigo Lopez el Guapissimo Hombre (Si si si !) )
« Les beaux objets sont petits » – Edmund Burke
La flamboyance !
Lorsque certains cherchent à enseigner la ferveur, moi Nathanaël je t’enseignerai la flamboyance.
Tu flambes et tu crames,
C’est ça que j’ai compris du monde.
C’est peu. Déjà trop.
L’autre chose que j’ai comprise est que nous ne flamboyons pas pareil si tu es riche, pauvre, seul, en groupe…
La flamboyance, je l’ai gardée dans mes entrailles. Fuligineux viscères… Ceux qui décident de se brûler dans des passions pour atteindre le sublime et le jeter sur cette terre, sont flamboyants. On les nomme “artistes”.
Oh, ne te méprends pas… Beaucoup de personnes au statut d’artiste n’ont pas des flammes dans le pouls. Je ne te parlerai pas des faux-semblants, pas des statuts officiels qui ne connaissent pas le secret des êtres.
La flamboyance artistique, c’est de la chaleur, ou un froid, c’est une émotion mais aussi une aridité apparente. Un secret, une humilité… Qui braille et emmerde.
Companero !
Regarde !
Regarde donc sur quoi je tombe à force palabrer !
Regarde donc cette pochette ! Certes, elle ne représente pas quelque chose qui m’émeut et me transperce mais tout de même !
Un beau ciel bleu, des pétales… De la vie et de la mort, mais pas dans l’esthétique habituelle du genre.
Companero, écoute ce que cela m’inspire ! Pour être flamboyant, il te faut être en rupture. Bien sûr, ce n’est pas une règle immuable. Le sublime : sommet de la flamboyance ne s’atteint pas par des règles mais il faut les utiliser pour l’atteindre, paradoxalement. Retiens bien : les utiliser, pas s’y soumettre. Les reconnaître, pas s’y soumettre…
Puis, tu vois, j’ai écouté et je dois dire que la vie, c’est important ; peut-être rencontreras-tu d’autres personnes, qui te diront qu’il faut que l’homme s’approche, dans sa chair, le plus possible du mécanique, du numérique pour espérer toucher au sublime. Moi, je ne fais pas partie de cette école : les doigts qui glissent sur les frettes, une erreur, des regards, des sourires, des froncements de sourcils. De la sueur. La vie captée… Là-dessus cet album à la pochette azul, on peut le dire, ne donne pas entière satisfaction : la production est belle car équilibrée (quoiqu’un peu tassée), organique pourrait-on dire mais il manque ce frétillement, cette vie qui se défend, ce côté chaotique de la chair qui s’insinue subtilement dans la mécanicité de la technique.
Raaaah, amigo, je fais partie des gens qui aiment les erreurs… qui voient le polystyrène et le latex sur les créatures du cinéma mais qui ne sortent pas pour autant du film. C’est la même pour la musique, la peau sur les cordes… Je ne l’entends pas. Peut être parce que l’ambition de cette musique ne laisse pas de place à cela ?
Donc, oui, le son est beau, réussi, et rend agréable l’écoute.
Quoi, ces compositions ? Que veux-tu que je braille sur ça !!??
Ah, mon cher !
Un délice tout bonnement, un délice !
La vie est là, ça serpente, ça frappe, ça pleure, ça interjette, ça prend tes mains, ça les lâche…
Les arrangements subtils permettent de faire de chaque composition un moment d’évolution musicale : un moment d’histoire, avec ses rebondissements, sa progression. C’est pour moi, mi companero, le meilleur et le plus délicieux dans cet album ! ça virevolte, ça danse, ça frappe, ça… Hem, je pense que tu as compris. Il existe d’excellentes œuvres que je qualifierai de figées. Celle-ci ne l’est pas : pas de règles, on a une histoire et, à travers elle, des émotions à transmettre… Chaque riff, chaque arrangement, chaque break, continuité, a un but clair dans leur fugace existence : poursuivre l’histoire.
En ce sens, la longueur des compositions est parfaitement en harmonie avec cette vie qui déborde de l’album, cette vie fourmillante d’idées : des instruments traditionnels ou acoustiques, des pauses, des reprises, des moments de violence, d’autres plus épiques, d’autres encore plus lyrique. Ah, companero, j’avais commencé en prenant note de chaque passage qui était soit brutal et massif, soit lyrique et sensible, soit épique et solennelle, mais les uns se mêlaient aux autres, et quand tout cela ne débordait pas ! Toutes les compositions étaient bien trop généreuses et te jettent au visage leur allégresse, leurs débordements, leur théâtralité, leur excès !
Arf, je vois que tu ne cesses de m’interrompre en me demandant si on peut qualifier ce groupe de technique… Je ne comprendrai jamais cette obsession pour la technique. Je vais résoudre cette interrogation inepte pour toi.
Oui c’est un groupe technique, et non ce n’est pas cela qui rend l’œuvre plus mémorable que les autres.
Leur technique n’est pas démonstrative ; voyante, oui ! Je le concède car c’est une musique d’excès. Mais elle sert ces cascades narratives, ces courants de vie, de sang et de feu et de roses. Tu comprends ? Il y a de la rigueur, de la précision, de l’abnégation, mais pas un rapport malade aux instruments. Le groupe fait à son niveau (un excellent niveau, oui) et avant il faisait encore à son niveau. Une forme de sérénité dans cette émotionnelle hystérie : ils sont à l’aise alors ils font ainsi ; s’ils n’étaient pas à l’aise avec certaines vitesses, certains plans, se seraient-ils échinés à le faire pour le faire ? Non ! Ils auraient trouvé d’autres choses. Une force tranquille, tant j’ai entendu les châteaux, les batailles, les cris, avant d’entendre les musiciens. J’ai entendu le bouillonnement des histoires et des émotions mais pas le cliquetis malade des outils : ils étaient de feu et faisaient bruisser la lymphe dans mes veines.
Oh, je te vois arriver, tu m’as déjà entendu faire l’éloge de leur deuxième album comme s’il était un achèvement !
Bon je dois donc mettre à jour ce qui est né de mes réflexions à l’écoute des albums de Impureza.
Je dois dire que le second contient toujours pour moi leur meilleure composition mais ce n’est que très subjectif. Tout au plus, prends-le comme une confession.
Ce que nous pouvons dire avec un minimum d’objectivité… si, si, l’objectivité… conspué et adoré ce mot, hein ?! Je reprends mon ami : leur œuvre nouvelle est une suite parfaitement logique de La Caida de Toniatuh. Il n’y a ni rupture ni contre-pied… L’ambition du deuxième album était déjà haute et le troisième possède également cette folie des grandeurs.
Impureza veut qu’on dise d’eux : “c’est du Death Metal mais pas que”… Et cela nous sied bien, à nous, chez Memento Mori !
De plus, tous les éléments d’ajouts autour de ce Death Metal… Quoi, qu’y a-t-il ?
Les textes ? Eh bien, quoi ! Parle donc, personne ne t’a écorché la langue enfin !
Qu’en ai-je pensé… ?
Ah…
Bon… Companero, écoute bien ce que je vais te dire…
Je n’ai pas aimé les textes…
Écoute bien !
J’adore l’histoire, j’adore les mythes, j’adore les chansons, les albums qui racontent quelque chose, une histoire, un concept, qu’importe. J’aime quand c’est intelligible, simple, sans être rustaud ; j’aime quand c’est haletant, que ça suit la musique ou au contraire que ce soit un à côté supplémentaire.
Là, le groupe lie sa musique aux thématiques, aux émotions, à la grandeur et à la violence de ce qu’il narre.
Mais…Je dois me rendre à l’évidence : les paroles proférées ne sont pas toujours très poétiques et on ne ressent pas le tragique ou l’ampleur de ce qui nous est conté. Les mots manquent de flamboyance, les phrases ne sont pas solidaires les unes aux autres, le tableau est inachevé, imprécis… Il n’y a ni personnage ni point de vue… Juste des litanies guerrières mais on ne ressent pas la folie de la guerre qui happe les personnes, la souffrance et l’agonie de personnes que nous aimons du fait de la maladie. Bref, le point de vue est bien trop froid… Et pourtant, l’interprétation est là !
Mais pas de mystères, pas d’envolées, pas de chair, pas de pertes et donc pas de victoires dans les mots de l’album. Heureusement, je ne ressens pas non plus une certaine fatuité dans ces mots.
Je sais, à ta moue je le devine : tu me trouves injuste… Peut-être le suis-je… Même si je pense simplement que ce n’est pas l’aspect que le groupe a le plus travaillé… Et puis ça n’aide pas ce texte, la réussite de cette ambition musicale, d’atteindre la portée émotionnelle de la musique !
Je ne vais pas manquer d’être condescendant désormais ; je tiens mon cher ami à te faire part d’une confession : l’Andalousie, c’est beau mais ce n’est pas que ça, la culture hispanique, et je dois dire que je rêve secrètement qu’Impureza, tout en gardant son identité, nous surprenne pour leur prochain album… Thématiquement, esthétiquement, musicalement, je ne leur reprocherai certainement pas de faire ce qu’ils semblent aimer faire, car ils le font avec flamboyance depuis au moins, désormais, deux albums !
J’avoue qu’il y a une région qui m’est chère en Espagne pour des raisons tout à fait personnelles.
Ce n’est pas une région, c’est un pays… Avec une sacrée histoire et des mythes et légendes foisonnants dans ces vertes vallées… Et Impureza, je le sais au plus profond de ma chair de soleil et de pluie, est le conteur tout indiqué pour honorer cette (ces) histoire(s) de l’Euskadi.
Mais ceci est une autre histoire de flammes, de sang, de cendres, et de beauté, Companero…
Trinquons à nous, à eux, aux morts, à la beauté des épaules dénudées d’une femme, à la beauté des musiques extrêmes, ici, révélées par ce groupe, dans un tourbillon de poésie violente, assassine par trop de beauté.
Non, la Beauté, ce n’est décidément pas qu’un rêve de pierre…
Genre : Epic Atmospheric Black Metal Label : Ordre du Givre Records / Paragon Records (co-release) Sortie : 4 Avril 2025
Note : 95/100 (Mémé Migou)
under the blazing gleam of an exalted sun*
Peut-être étais-je dans le mood, avec la sortie de l’album 1248 d’Omegaeternum qui tournait en boucle depuis un bon moment déjà…
Peut-être étais-je dans le mood, avec ces incursions de froid dans un printemps qui n’en porte plus que le nom, tant la nature s’est déréglée sous nos conneries humaines…
Peut-être étais-je dans le mood, en regardant les photos de l’ami Herwull, en rando dans les sommets parfois enneigés des montagnes qui se trouvent à l’opposé de mon Brest et de sa mer d’Iroise…
Peut-être étais-je dans le mood, avec un léger ras-le-bol qui pointait le bout de son nez, sur ce besoin galopant de toujours consommer, de toujours faire plus et plus vite…
cold and torn shadows are born,*
… Au point d’en oublier parfois l’essentiel.
frozen specters in the golden light *
Peut-être tous ces préalables étaient-ils nécessaires pour entrer de plain-pied dans cette 5ème offrande d’une entité au nom qui résonne pour tout adorateur des défenseurs de la Nature que sont les elfes du Silmarillion. Peut-être… Mais avec des si et des peut-être, on mettrait Paris (ou n’importe quelle grande métropole autour du globe) en bouteille qu’on jetterait à la mer comme pour demander du secours à qui pourrait l’entendre et le vouloir. Alors restons les pieds sur terre, et sentons les racines de cet album qui nous relie à Mère nature tout en élevant notre esprit auprès des secrets chuchotés par des spectres figés dans les glaces.
whispering the secrets of forgotten souls *
Par-delà les cimes, sorti le 4 avril 2025 par Aldaaron chez Ordre du Givre Records / Paragon Records, parle d’éternité mais n’a pas mis une éternité à m’enchanter. Cela fut instantané. Mood ou pas, je peux l’écouter sans jamais m’en lasser. Juste l’envie de m’enlacer les genoux et d’y poser ma tête alanguie. Fermer les yeux et se laisser porter par la musique autant que les paroles. J’ai froid et je sens la chaleur de cette envie de vivre tout à la fois. Un besoin de respirer en ouvrant grand les poumons un air non vicié, alors que notre esprit nous rappelle que nous sommes sous des chapes de pollution.
* in « Frozen Shadows of the Exalted Sun »
Et c’est bien là toute la dualité de l’album, des ombres gelées d’un soleil exalté, ainsi que le second titre nous le suggère. Le froid dans la chaleur intense. De la plénitude dans la tristesse infinie. La multitude des éléments qui chuchotent dans la solitude des hauts sommets.
Dès le départ, Aldaaron est reconnaissable par ses mélodies sculptées pour pénétrer dans vos crânes et ne pas en sortir. Les riffs tournent sur de longues mesures, sur un chant âpre et haché. Mais si sur le premier album, Nous reviendrons immortels, j’avais une impression d’éléments qui se succédaient plutôt que se fondant les uns avec les autres, il n’en est plus trace désormais. On a les éléments, mais ils sont tellement bien intriqués que notre oreille passe du riff à la mélodie en trémolo picking, du blast beat à la descente de fûts sans même s’en rendre compte. Ce sont autant de fils de glace entremêlés pour une dentelle de solitude teintée de chants aux accents de tristesse. Mais… cette dentelle-là n’est pas si souple qu’on le croit, elle est durcie par des imprécations prophétiques. Ces spectres gelés emprisonnés dans la glace murmurent des sentences sur fond de menaces : « Dans ce vide absolu résonnent d’anciennes prophéties, des avertissements ignorés, des promesses de désolation » ( Antediluvian Prophecies ).
Ainsi, ce premier morceau introduit tout le propos de l’album. Il s’entame avec un arpège mélodique, quand sur les précédents albums nous avions des intros de feu crépitant (Nous reviendrons immortels) ou de tempête venteuse et guitare sèche (Suprême silence). À noter que les intros, chez Aldaaron, sont ciselées. Sur le troisième album, Arcane Mountain Cult, le prologue entame ce virage de l’épique qui flirte avec le cinématographique. Majestic Heights, Melancholic Depths , quant à lui, démarre sur les chapeaux de roues, plaçant d’emblée un riff accrocheur dans un tempo assez élevé. « Antediluvian Prophecies », premier des 4 titres de l’album, part sur ce qui peut sembler martial, mais très vite, on coule vers un rythme ternaire. Le chant hurlé laisse place à une voix mi-hurlée mi-parlée, plus grave, plus obsédante. On est embarqué dans une ambiance tournoyante avant de revenir sur les sentiers du binaire. On repart sur l’anglais, déjà utilisé sur les deux précédents albums à raison de 50/50, avec un peu de français disséminé dans le titre. Il sera plus présent sur le 3ème morceau. Alors que les deux premiers albums avaient un quota inversé.
« Frozen Shadows of the Exalted Sun » vient ensuite. Encore une rythmique syncopée, mais le chant rêche se fait moins brut. On revient sur la dualité précédemment citée d’un chant décharné plus mélodique, avec toujours ce tremolo picking qui reste en tête. Et c’est vers la 5ème minute du titre qu’arrive un chant qui se fait chœur, le son de guitare faisant comme des cloches qui tintent en accord. Une ambiance à la Batushka, mais sans le propos. Eh oui, on se surprend à chantonner l’air… Qui nous amène vers les 7:45, où une nouvelle mélodie sur un chant clair vient panser nos blessures.
Les ombres gelées et le soleil exalté…
Le chant en mode liturgique, nous le retrouvons sur la piste suivante, « Chants d’hiver et de solitude ». On ferme les yeux et on se laisse emporter dans les monastères qui jonchent les sommets enneigés. On n’ose plus parler, ni même bouger. On est là et on écoute. On vénère à notre manière la Nature qu’on a pris soin de salir. C’est tout simplement empreint de magnificence. Même la reprise par les instruments se fait dans une aura de douceur. Et le chant black suivra cette ligne de conduite, bien qu’on puisse y entendre des aspérités d’un chant encore plus écorché. On a juste envie de lever les bras au ciel, en symbiose avec l’opus.
Pour clore le chapitre Par-delà les cimes, « Under the Icy Sky, Memories Fade Away » nous offre une intro « parlante » à la guitare électrique. Ne me demandez pas pourquoi j’ai choisi cet adjectif, il s’est imposé de lui-même. On retrouve la descente de toms (qui est une marque de fabrique, puisqu’on la retrouve sur tous les albums et de nombreux titres) puis la mélodie. La basse, de Rich Gray, est plus présente à partir de 4:30 et nous conduit vers un break où la mélodie se fait arpégée et des chœurs, plus pagans que liturgiques, viennent compléter le tableau. On repart sur du blast et un chant hargneux, mais aussi quelques sons de cor. Finalement, on clôturera de manière mystique, la fin se faisant au gré d’un coup de tonnerre et d’une mélopée de violon qui élève l’album sur un plan spirituel.
Alors bien sûr, on retrouve la synergie entre les rythmiques et le propos, l’utilisation des cymbales pour donner l’impression de combats, mais aussi les descentes de fûts ou de toms, les blast beats en veux-tu en voilà, de la double… Mais pas seulement. Sur cet album, la batterie me semble bien plus présente, avec un jeu nettement plus travaillé.
L’album est plus court en comparaison aux 4 autres, qui titillent les 45 à 50 minutes avec 6 à 10 titres. Le mix, entièrement réalisé par Ioldar, est également upgradé. On glisse d’une piste à l’autre et intrinsèquement d’un riff à l’autre comme une paire de ski sur une poudreuse de compétition. L’ambiance est, comme depuis 2 albums, beaucoup plus cinégénique lui conférant une aura épique dans le contexte d’un black metal atmosphérique, pagan et déchiré. Entre le premier album et celui-ci, on voit et ressent l’évolution. Même si on a l’impression qu’avec Majestic Heights, Melancholic Depths, indéniablement, Aldaaron a clos un chapitre, ce Par-delà les cimes ne se contente pas d’en ouvrir un nouveau (l’artwork, également signé Ioldar, s’il garde la charte graphique, n’arbore plus les personnages encapuchonnés. Désormais, seule compte l’idée de ce qu’il y a par-delà les cimes). Il prend tous les curseurs précédemment employés et, non seulement les pousse un peu plus loin, les sublime ! Et c’est en cela que je n’hésite pas à lui conférer une place de choix dans mon top 5 de l’année 2025. Merci Ioldar pour ce talent de composition, merci Aldaaron pour ce voyage enraciné.
Ils songent à un avenir Dessiné à bout de bras Où le temps ne dure pas L’éternité d’un soupir Fredonnent un hymne joyeux Pour les vieillards silencieux, Qui résonne couvrant l’écho De chaque loup ou corbeau
Genre : Groove Metal Label : Inverse Records Sortie : 2 Mai 2025
Note : 65/100 (WvG)
Ça m’aura pris un temps certain et un certain temps pour aborder At the Edge du groupe finlandais Falling from Grace, une des raisons étant liées à un aspect technique dont je vais vous parler juste en dessous.
*
Déjà, il existe assez peu d’informations sur le groupe en lui-même : comme la majorité des groupes et leur promotion ciblée, la biographie est réduite à peau de chagrin que ce soit parce que pas de site internet mais des pages de RS (impersonnelles et dépersonnalisées désormais) et une fiche info (quand elle est envoyée/fournie) du label qui résume à outrance. Le groupe vient de Vantaa en Finlande (d’après les informations glanées sur le Net) et est un quintette qui propose (je cite) du Melodic Death Metal/Groove Metal, cet opus étant le successeur d’un précédent intitulé Shattered et composé de nouveau par le guitariste du groupe, Timi Tonteri.
Outre le fait que j’ai eu assez peu de temps pour en disserter plus tôt, un paramètre m’a largement ralenti, y compris dans mon envie de le faire : un problème de son sur les pistes reçues. Je me suis posé la question, j’ai posé la question à d’autres auteurs de MMW, constat similaire : un problème de compression, soit des fichiers soit du mix tout court. On pensait le problème résolu en téléchargeant un autre bundle et il est, même si légèrement résorbé et atténué, de facto récurrent et se ressent à la longue : probablement le gate qui a été réglé comme un sagouin et qui crée des effets de chute brusque du volume après chaque pêche dans les hautes fréquences (en gros, imaginez que chaque frappe de caisse claire atténue tout ce qui suit, ce qui est problématique notamment dans ce sous-genre Metal dans lequel on fait bien, bien entendre sa présence et de manière assez répétée !) Vouloir du « gros son », c’est bien ; savoir le maîtriser, c’est mieux.
[Si vous en doutez, jetez une oreille ici :]
Maintenant, concernant l’aspect musical en soi, on est tout à fait dans du Groove/Modern Metal, une jonction entre Shadows Fall et Lamb of God par passages, mais quant à l’aspect Melodeath, je le cherche encore… Vaguement les samples synthétiques ponctuels ou l’ultime morceau « The Creator » pourraient aller dans cette veine, même si on est davantage dans un Dark Metal upgradé de type Paradise Lost.
J’ajoute à ceci le fait que le growl du chanteur soit inégal dans sa qualité au fil des pistes, on tire limite sur de l’aphonie par moments et j’avais presque de la peine cumulée à l’envie de lui envoyer une boîte de Strepsils…
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NONOBSTANT…
Il y a des qualités notables dans la globalité car l’album est plutôt équilibré et fat, lourd et énergique.
J’imagine que le passage sur scène offre moults occasions de se niquer les cervicales, les morceaux semblant taillés et formatés pour ce médium.
De plus, l’aspect technique musical, surtout instrumental, sans en faire de trop (pas de branlette de manche à gogo ou de sweeping harmonique), tient parfaitement la route : le groupe semble ne pas chercher la démonstration technique mais de la carritude dans l’exécution, et ça vaut toujours mieux que de jouer les « Poseur » (le seul morceau dépassant les quatre minutes) pour citer un des titres de l’album.
*
Je vais donc tracer un bilan très mitigé : certes, ce n’est que le deuxième album… mais c’est déjà le deuxième album et donc un recul peut se poser à l’écoute ou la réécoute avant parution. N’ayant pas plus d’informations quant au passage en studio, je ne me perdrai pas en conjectures de choix d’ingé son par telle ou telle personne mais le director’s cut revient au groupe, qui n’a pas suffisamment appuyé sur ce point. Par contre, mettez le dans une Warzone ou un fest de type -core, et c’est banco assuré.
Track list:
1. At the Edge 2. Final Hour 3. Downfall 4. Egoistic 5. Poseur 6. Crawling Back to the Dark 7. The Abyss 8. Shadow 9. Revolt Unleashed 10. The Creator
Genre : Tribal Groove Metal Label : Season of Mist Sortie : 18 Juillet 2025
Note : 85/100 (WvG)
Je dois l’avouer : je n’ai pas choisi initialement de traiter de cet album pour raisons musicales ; uniquement parce qu’il y avait matière à caler des jeux de mots laids et, comme chacun le sait, la matière fait cale. J’ai déjà disserté sur pas mal de skeuds mais celui-là manquait sur mon CV. Et quelle meilleure occasion de vous dire qu’il manque Ül quelque part !
*
Le titre énigmatique – « mystérieux » comme dirait le CM d’Allociné à tour de posts – de ce troisième album du groupe Mawiza ne l’est pas tant que ça quand on jette son oreille au texte, ou du moins son œil parce qu’à part si vous parlez les dialectes sud-américains (en l’occurrence le Mapunzungun, celui de la nation ancestrale – entendre par-là « bien, bien précolombienne » – Mapuche), peu de chances que vous en compreniez la teneur.
Musicalement métissé, mais pas d’Ibiza, Mawiza propose une interaction entre la binarité d’un Rammstein sur le morceau d’ouverture, le Progressif d’un Devin Townsend, le tout se fondant sur des syncopes et un son brut, mais en plus tribal, à la Gojira, ce qui n’est pas trop étonnant au vu des relations qui les lient que ce soit scéniquement (participation à diverses premières parties introduisant le groupe français) ou avec le featuring de Joe Duplantier sur le finale « Ti Inan Paw-Pawkan ». Certains me répondront que « c’est pas le Pérou » et, effectivement c’est le Chili d’où provient ce quatuor qui s’est inspiré de la mythologie et de l’animisme des tribus et civilisations d’Amérique du Sud pour cet album.
On retrouvera donc des allusions aux arbres, ceux de la forêt d’Araucanie, sur « Mamüll Reke », ainsi qu’aux animaux totems comme le cougar sur « Nawelkünuwnge » et le colibri sur « Pinhza Ñi Pewma » mais aussi au postcolombien car le Colomb a amené les colons et ces irritables en ont bien profité et le font encore, phénomène dénoncé du morceau d’ouverture « Wingkawnoam » (décoloniser) à « Ngulutu » (tempête venue de l’Ouest), la globalité des morceaux portant un regard très prononcé sur l’aspect écologique et spirituel puisque l’album s’achève sur un chant funéraire, le « dernier appel de la harpe » avec sa guimbarde lancinante, transcendante et omniprésente, s’évanouissant sur un delay suspendu comme un dernier souffle de l’âme [concept que l’on trouve dans une multitude de civilisations qui n’ont a priori aucun lien de connaissances géographiques voire aucun contact entre elles, comme la notion de « wakani » chez les Shuars d’Amazonie].
*
Et comme tout ce qui émane du Chili, ça pète bien et fort ! Leur deuxième album, Kollong, de 2019 ayant déjà entamé son évolution textuelle vers ce langage des Mapuche, il leur a valu un Pulsar Award (soit un Grammy du Chili) et tout amateur de Gojira consentira à dire que ce Ül est en bonne voie pour obtenir une récompense similaire, grâce à un album équilibré tant dans la brutalité que les passages atmosphériques et planant. C’est bien écrit, bien réfléchi, bien produit, bien interprété et ça mérite d’être connu bien davantage.