Genre : Dark Death Metal Label : Season of Mist Sortie : 2 Mai 2025
Note : 90/100 (WvG)
Marre de la soupe qu’on vous sert à longueur de temps ? Pas de souci, aujourd’hui on va se faire un Grec… avec Children of Eve, dernier opus de Nightfall !
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Commençons déjà par les ingrédients, des grosses légumes : un artwork signé Eliran Kantor (qui a déjà bossé sur ceux de Testament et Kreator), une prod épaulée par Thimios Krikos (guitariste de InnerWish), un mix et mastering par Jacob Hansen – est-il encore besoin de rappeler son CV ?
Et la viande est bien grasse et goûteuse : un Death Metal avec un soupçon de Dark, aux saveurs grecques prononcées, avec des références perpétuelles au modal antique (phrygien et dorien prioritairement), les pentatoniques chères au Metal ; le son fait des tâches et les arrangements sont savoureux (lignes vocales féminines, chœurs, etc.)
Alors, oui, niveau goût, vous me direz que ça fait penser un peu à leurs comparses hellènes – ils s’appellent « hellènes » mais ce sont des garçons comme les autres – de Rotting Christ et Septicflesh (particulièrement, d’autant de la période Sumerian Demons), ce qui donc met un bon pain (pita) dans la tronche.
La recette a-t-elle évolué depuis leurs débuts ? Oui, de mon souvenir : j’ai rencontré musicalement le groupe dans les fins 90’s – la formation existe depuis 1991 – et, même malgré le fait que j’ai un peu lâché ce restaurant pendant un moment, je trouve le sandwich plus cohérent sur tous les plans : toujours aussi mélodieux (ma préférence va à « The Makhaira of the Deceiver » et au finale mélodieux et pesant « Christian Svengali »), le produit est plus agressif et épicé en bouche, ça picote. Ceci est probablement dû aux maîtres kébabiers qui gèrent : si Efthimis Karadimas est toujours le patron, ses associés ne sont pas en reste, particulièrement avec l’arrivée de Fotis Benardo, ex-Septicflesh à la batterie, qui envoie la sauce. En accompagnement, les lignes de guitare de Kostas Kyriakopoulos et de basse par Vasiliki Biza ajoutent du sel et du croustillant.
Si l’idée de départ n’a pas l’air très catholique, voire anathème (c’est le fonds de commerce de cet album, lisez les titres, ne serait-ce que la référence dès l’intitulé), le plat pour dix commande(ment)s est donc du sérieux, consistant, pas forcément trop lourd mais croquant et gourmand. Surtout digeste.
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Subséquemment, les enfants, je vous recommande chaudement cette adresse à la nuit tombée si vous avez besoin de vous mettre quelque chose dans le ventre – une bonne patate – et appréciez les mets de qualité. Merci, chef, et à bientôt.
Genre : Black Metal Label : Soulseller Records Date : 21 mars 2025
Note : 92/100 (LB D)
Comme le bon vin, Nattverd s’est bonifié avec le temps : bien des choses ont changé chez eux depuis leurs débuts en 2017. Tout d’abord, leur musique a grandement évolué, le groupe est passé d’un Black Metal simpliste, brutal et sans compromis lors du premier album à un Black Metal plus sophistiqué, affinant ainsi son style pour le rendre plus accessible tout en restant fidèle à leurs racines norvégiennes. L’intégration de samples dans les albums suivants ainsi que la maîtrise des arrangements ont largement contribué à cette évolution. Bien que ces éléments demeurent présents en quantité modérée, leur efficacité demeure redoutable.
La production a également connu une progression constante, notamment grâce aux signatures successives avec différents labels en passant d’une réalisation “fait maison” à un contrat initial avec le label allemand Darker Than Black Records, puis avec le label français Osmose Productions, pour finalement signer chez les Néerlandais de Soulseller Records pour son dernier album en date, ce qui a par conséquent permis une augmentation des budgets alloués à la conception des albums successifs.
Enfin, l’effectif du groupe a lui aussi considérablement évolué au fil des années, d’un duo au début de leur carrière en 2017 à un quatuor en 2020, il est devenu un quintette dès 2021 avec l’arrivée d’abord d’un batteur de session, Anti-Christian, ancien matraqueur de fûts chez Tsjuder, puis de Renton en tant que membre permanent depuis 2023.
Tous ces petits ajustements et autres améliorations profitent indéniablement aux Norvégiens. Progressivement, Nattverd s’impose et voit sa popularité croître ; depuis deux ou trois albums, il est en passe de rejoindre le premier cercle des meilleures formations de ce qu’on appelle singulièrement le “True Norwegian Black Metal”.
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L’exercice d’un nouvel album s’avère toujours délicat pour un groupe, Le succès (au moins d’estime) peut-être à portée de main ; toutefois, il peut également détourner vos fans de longue date, sans espoir de les remplacer, selon que l’album soit accueilli favorablement ou non. La majorité des groupes s’en foutent et je pense que Nattverd en fait partie, car ils poursuivent leur chemin avec détermination et ce n’est pas ce cinquième album qui va me contredire.
C’est la formation ayant enregistré I helvetes forakt qui s’est rendue en studio pour Tidloes Naadesloes. Cependant, à la surprise générale et au moment où j’écris cette chronique, le groupe s’est quelque peu désagrégé, seuls restent à la barre les membres fondateurs, les incontournables Ormr et Atyr. Mais que s’est-il donc passé ?
Pourtant, il n’y a rien à redire à ce nouvel opus : on y retrouve dès les premiers accords le Nattverd que l’on apprécie, avec ce parfait équilibre entre froideur, puissance et mélodie.
Mais avant d’attaquer le vif du sujet, je voudrais toucher deux mots de ce surprenant artwork. Cette main qui apparaît ou qui s’enfonce (à vous de vous faire votre propre avis), comme si elle voulait demander de l’aide. Non pas que cette pochette ne soit pas belle, mais elle n’est pas très en phase avec le style musical des Norvégiens. Elle pourrait davantage convenir à un groupe de DSBM qu’à une formation telle que Nattverd. Cela dit, ceci n’est que mon humble avis.
Sur ce cinquième album, les Norvégiens s’efforcent d’apporter une plus grande diversité dans leurs compositions, et nous avons un parfait exemple avec ce titre d’ouverture “Iskalde Horn”. Ce titre oscille habilement entre des passages brutaux allant jusqu’aux riffs Thrash en milieu de morceau, pour se conclure sur une tonalité nettement plus douce – enfin façon de parler hein ! De mémoire, une telle variation n’avait jamais été aussi marquée par le passé.
On remarquera aussi la présence de nombreux titres mid-tempo, denses et froids, souvent ponctués par des accélérations fulgurantes. Le très entraînant “Doedsfugel”, avec son groove merveilleusement mélodique après un petit interlude en fond sonore. “Raatte Og Raatt” se distingue par sa densité et sa froideur, tout comme “Ens Egen Grav”, qui, en plus de ça, a la particularité de présenter de multiples changements de rythme. Ce titre clôture parfaitement cet album.
Pour le reste, c’est du Nattverd pur souche, avec des compositions assez classiques mais toujours aussi redoutables. Les samples, devenus au fil du temps incontournables à la musique des Norvégiens, sont judicieusement sélectionnés et parfaitement intégrés.
On notera tout de même quelques titres bien sauvages sans aucun temps mort tels que “Med knieven I Oeyet” ou “Udyr”, où un travail conséquent sur les riffs de guitare vient littéralement nettoyer en profondeur les conduits auditifs, et ceux-ci vous détruisent les derniers neurones encore en activité.
Nous avons également deux invités de marque bien connus de la scène norvégiennes qui viennent pousser la chansonnette : tout d’abord Hoest (Taake, Gorgoroth) sur “Iskalde Horn”, “Raatte Og Raatt” et sur la reprise de Dødheimsgard “Naar Vi Dolker Guds Hjerte”, puis Von Hellreich de Slagmaur sur “Doedsfugel”. Ces deux invités s’intègrent parfaitement dans le paysage sonore proposé : toutefois, il faut bien reconnaître qu’ils n’apportent pas grand-chose de plus aux compositions.
Alors, oui, cette œuvre m’a pleinement convaincu : la régularité est une fois de plus au rendez-vous. Elle se révèle à la fois brutale, implacable et mélodique, sans pour autant tomber dans l’excès de démonstration ou d’un trop plein de technique. Avec beaucoup de recul et un maximum d’écoute au compteur, je confirme que ce cinquième album constitue le digne successeur de I helvetes forakt.
À l’heure où nos glorieux anciens marquent le pas, B*rz*m n’existant plus, Mayhem, Emperor et Satyricon vivant sur leurs acquis en concerts uniquement, alors que Darkthrone et Dødheimsgard ne sont plus vraiment intéressés par le metal noir, Nattverd, en digne héritier, pourrait à l’avenir s’imposer comme le nouveau porte-drapeau du célèbre “True Norwegian Black Metal”. En tous cas, Tidloes Naadesloes incarne parfaitement l’essence même de ce Black Metal old school norvégien et contribue activement à la préservation de cette tradition.
Tracklist :
01 – Iskalde Horn
02 – Doedsfugl
03 – For Aa Kunne Bli Doedt
04 – Hvisk Deg Vekk
05 – Raate Og Raatt
06 – De Sviande Ord Vaagar Ikje For Sitt Liv
07 – Udyr
08 – Med Kniven I Oeyet
09 – Naar Vi Har Dolket Guds Hjerte (Dødheimsgard cover)
Genre : Death Metal progressif (et très complet) Label : Season of Mist Sortie : 25 Avril 2025
Note : 95/100 (WvG)
Vengeance… Vendetta… Revanche… Chacun choisira le terme adéquat correspondant à la méthode pour « réparer » un affront, une injustice, un préjudice. Tom « Fountainhead » Geldschläger, guitariste shredder allemand, a significativement choisi le biais musical et n’a probablement pas hasardeusement choisi le nom de son groupe (et ce premier album éponyme) par hasard : Changeling.
Dans le folklore nord-européen (et pour les autres, fans du Witcher auquel vous jetterez un sou, ô fertile vallée, oh oh ohhh), le changelin(g) est un bébé de créature fantastique (fée, troll, elfe, encarté au PS) qui est sournoisement interverti par lesdites créatures avec un bébé humain pour être élevé par cette espèce et lui pourrir la vie (pour le dernier exemple proposé, il devient belliqueux et insoumis). Difficile de ne pas y voir une belle allégorie avec les activités musicales présentes et passées du guitariste. En effet, ça fait pour moi une belle occasion de mettre le pied non dans la gueule, little John, mais dans le plat de la polémique qui tient tout le Petit Peuple Metal en haleine : celle autour d’Obscura.
Car, oui, Tom Geldschläger est un (des nombreux) transfuge(s) d’Obscura, évincé(s) pour des raisons aussi qualifi-factives que celles de l’ex-groupe dans lequel il a composé : obscures. Quitte à rester dans la métaphore filée pédestre, cet album Changeling est un pied de nez à ce précédent groupe : difficile de ne pas le comparer à Akroasis qui est, coïncidence, l’album à la composition duquel il a pris part avant d’en « partir » en laissant ses compositions au leader. Nettement, on sent la patte du monsieur : du Death technique, progressif, avec de la basse fretless… si ça ne vous dit rien niveau organigramme, c’est que vous ne connaissez pas Obscura.
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On ajoute bien évidemment que, si ultérieurement ce virtuose s’est associé avec d’autres transfuges du groupe de Steffen Kummerer (très accorte au demeurant en interview, de mon souvenir assez lointain, par-delà son attitude musicale), comme Hannes Grossmann ou Christian Münzner, il réunit pour ce projet Changeling un « super groupe » avec Arran McSporran à la basse fretless, Mike Heller à la batterie et Florian Magnus « Morean » Maier à la palette vocale, tout actuels ou ex de groupes renommés et reconnus dans le milieu. Quant à lui, Tom Geldschläger gère toutes les guitares, avec ou sans frettes (ça aide quand on propose aussi de la microtonalité dans son œuvre), les instruments à cordes ethniques, les claviers, la compo, les arrangements, le mastering, le mixage, le café et les petits gâteaux…
Si l’affiche est conséquente, ce casting est casse-string et met des pieds au cul. Et pour ce qui est de prendre son pied – ça y est, je l’ai placée –, chacun peut y trouver son compte tant c’est diversifié, piochant dans l’écriture symphonique de l’alpha (« Introject ») à l’oméga (les dix minutes d’« Anathema ») et autant vous dire la liste de la quarantaine de guests est imposante (voir plus bas), spectrale (l’ouverture de « Abyss »), le post-romantisme proche de l’atonal (l’interlude « Metanoai Interlude » au piano), la world music (présence récurrente du oud, du sitar – m’a-t-il semblé – et de percus de type derbuka), la musique répétitive du style Steve Reich/John Addams (un des gimmicks tellement empruntés par Symphony X, autre groupe de progressif, et qui introduit dans le cas présent « Abdication »), l’écriture chorale (sur « Changeling » particulièrement), etc. le tout sur fond de Death Metal pointu, technique et précis, avec un ressenti assez constant d’être en terrains connus (mais sans Frédéric Lopez) si vous connaissez l’œuvre d’Emperor, principalement Prometheus, ou avez suivi peu ou prou la carrière de Steve Vaï. Pas d’influence asiatique plus prononcée, hélas pour un bon mot : on n’arrivera pas à pied par la Chine.
Pas loin du revenge porn tant c’est sale, on a du revenge metal ici et difficile de ne pas sentir l’aspect autobiographique quand, dès les premiers mots, la métaphore se situe : « took a shit on a seagull and vengeance was mine » (j’ai chié sur une mouette et obtenu vengeance), état d’esprit que l’on retrouve par la suite sur le morceau-titre : « what’s left is spiritual blasphemy » (tout ce qui reste est un blasphème spirituel) ou sur « Abdication » avec les paroles « every psalm’s just a threnody when the world rides on wings of entropy and its ceaseless sabotage » (chaque psaume est un thrène quand le monde survole de son entropie et son incessant sabotage) s’achevant sur « I shall not serve » (je n’obéirai/ne servira pas). Mais aussi, l’aspect santé mentale, qui tient à cœur au compositeur, transparait dans les paroles de « World ? What World ? » mais aussi dans les nombreuses réflexions parsemées au fil de l’album sur la place du « je » et son rôle. Et pour bien construire des paroles et les apposer sur des mesures composites et syncopées, il est indispensable d’avoir les pieds sur terre pour savoir où placer ceux du texte.
Si les émotions quel que soit leur penchant sont vectrices de création, très clairement, le ressentiment est celui qui a véhiculé le projet Changeling. Et franchement, on ne va pas s’en plaindre ; on saute à pieds joints dans l’heure que dure cet album : quel pied ! (et c’est ainsi que je conclue mon pas-pied, ayant perdu le mien au fil de l’écoute).
Genre : Death Metal Label : Testimony Records Date : 4 mars 2025
Note : 93/100 ou Ouf ! par Robin des Néants
Bon faut revenir à l’essence du Metal, avec quelques allumettes.
Ça me paraît nécessaire en temps d’IA et de « on est quali on fait comme (taper nom de groupe influent des années 80-90) »
C’est quoi le Metal ?
Quand je vois qu’il y a des cours de chants saturés…
Qu’il y a des saturations numériques d’instrument plus analogiques dans le son que l’analogique.
Quand je vois sur les réseaux souvent la pose et le fait de se fédérer autour de musiques devenues plus des symboles et marque d’appartenance qu’autre chose.
Quand je vois qu’il y a des marques Metal aujourd’hui : qu’on peut ne même plus supporter des projets artistiques mais des projets vestimentaires et commerciales ou club du « moi je fais partie de ça… »
Putain le Metal c’est quoi avec tout ça ?
Une esthétique vidée…
Une musique de conservateur ?
L’hymne de nos campagnes ?
Une musique de conservatoire ?
On est dans les musées, on est à l’Opéra, on est dans les grandes villes, on est avec les coupes de champagne, on est des ingés sons compétents, on est bien habillés, on est beau, on est sexy, on est chiant, on est pédant, on est bêtes, on est « apolitique », on est jamais en péril, on est pas brave, on est méprisant, on est fermé.
Et on est plus en colère.
On est vaincu par des logiques et des forces qui ont terrassé les forces magiques et surnaturelles.
Et en plus on est passéiste !
On est vieux.
On incarne plus rien, on est les décharnés des images désormais conformes, sur les pochettes.
On est des algorithmes. On est dominé.
On achète des vinyles et c’est une ineptie. On est des vaches à lait, des fétichistes obsessifs.
On est dans des circuits, on pensait être au-dessus… Au-dessus des ordinateurs, des logiques binaires, au-dessus des conflits, des enjeux, de la politique, on pensait le Metal absolument loin de tout cela, on se drapait de misanthropie pour cacher un trou béant dans la tête et la poitrine. On se pensait créatif.
Notre imaginaire a été volé.
Aucune résistance ne s’est organisée. Que du protectionnisme et de la revendication stérile, dans la forêt pour certains, dans les attestations d’intégrité sur les réseaux pour les autres, une compilation des deux encore !
On a un travail, on a une vie, on a des gosses même, on est bien, on est calme, quand on l’est pas et qu’on est dangereux on l’est bêtement… Donc on reste inoffensif. Doux agneaux… Ils aiment les chats il paraît.
On a une identité, non on a une attitude.
Sacs à memes
On a plus de regard.
On est plus aussi créatif, tout devient prévisible, la moindre audace est suspecte de trahison, ou n’est plus là que pour se démarquer pour une reconnaissance illusoire.
On est les décadents sans la superbe couronne de sang.
Des T-shirts de merde, des plastics case de merde, des pochettes de merde désormais, des posters de merde, des musiques stériles, des pensées de merde, des opinions de merde, des croyances de merde, des styles de vie de merde, des hiérarchies d’estime de merde, des chroniques de merde, des coups de sang de merde.
Et de l’urine partout avec l’alcool renversé.
Après tout, paraît que c’est Metal.
Et ces coups de sang inutiles. Quand tu réalises que c’est quand tu fais une erreur sur le label que t’as plus de commentaires que lorsque t’en as peaufiné ton texte à en avoir des nuits blanches…
On a le syndrome du complexé, de l’imposteur, du mégalo, alors on revendique la bêtise et la régression comme une valeur réparatrice, restauratrice, révolutionnaire. Prout rigolo. Ça nous paraît moins vulgaire qu’un « wesh » dans une phrase.
Et on viole comme les autres ! On est sexiste comme les autres ! On pornographie tout comme les autres, on marchandise des corps comme les autres ! On rabaisse comme les autres ! On parle à la place des autres, comme les autres ! L’étrangeté nous fait peur, comme les autres, L’altérité aussi, comme les autres ! On confond valeurs, dogmes ! On a aucune grandeur, décence, Aucune intelligence de l’insolence ! On est communs. Des médiocres.
On est conforme.
Tu te la joues aristo mais t’as rien à part l’ennui, t’es dévoré de lui, t’es baisé par lui… regarde bien au-dessus de toi : tu y verras tout le monde riard en casquette et survet Kalenji. Et tes tatouages de nazis, de satanistes, ou de fans de ou d’intellectuels qui s’écrit du Shakespeare ou d’adolescents bovins déjà anciennement polyaddicts, n’y changeront rien.
Mais quitter les réseaux pour faire quoi ?
C’est fini le 20eme siècle, toute réaction passéiste porte son propre échec, est un aveu même de vacuité.
L’impasse.
Passion de merde. Consuméristes. Méprisants. Stupides.
Si on ne parle jamais que de soi je suis bien dans la merde et la bière !
Je suis bien mal oui !
Hey ! Attends ! Elle est superbe cette mélodie, cet enchaînement il est incroyable… La pochette a du cachet…
Je disais quoi ?
Ah oui ben Scalpture a fait un excellent album de death plus mélodique qu’enragé mais… toujours extrême.
J’ai pas de réponse à ce qu’est le Metal, s’il est toujours puissant, toujours magique… mais… Aaaaah… Landkrieg… Cette thématique de guerre, de sang, ce regard d’historien, cette puissance émotionnelle qui le situe tant dans le voyeurisme, que dans le regard distant ; tant dans une dénonciation de l’horreur, que dans une transcendance de celle-ci.
L’ambiguïté qui nous permet de nous saisir pleinement de tout cela, de nous choisir pleinement et de créer son éthique. Sois salaud, sois pacifiste, sois morbide, sois ce que tu veux être. Avec Scalpture tu es libre de ta place dans le monde. Et les beautés du tourment écloront en toi.
#serenite
#connexionretrouvee.
Track List :
01 – The Fall …
02 – Into Catastrophe
03 – Til Jeret Undergang
04 – Landsknecht
05 – Wallenstein
06 – Den Mörka Nattens Lejon
07 – Of Siege and Besieged
08 – Schwedentrunk
09 – Hell’s Choirs Chant
10 – Bellum Se Ipsum Alet
Membres :
Moritz N. – Batterie
Felix Marbach – Guitare
Thorsten Pieper – Chant
Tobias Aselmann – Guitare
Niklas Neuwöhner – Basse
Recorded, produced and mixed by Marco Brinkmann at Hellforge
Studio. Mastered by Lawrence Mackrory at Rorysound Studios.
Genre : Black Metal Indus Label : Les Acteurs de l’Ombre Productions Sortie : 14 mars 2025
Note : 80/100 (Seb D)
Ah ! La Suisse ! Ses montagnes, son fromage… et son Black Metal. Ce pays a enfanté de nombreux représentants du genre qui ont tous eu une importance sur l’échiquier des musiques noires tant par leur talent que par leur originalité. De Hellhammer évoluant plus tard vers un Celtic Frost, en passant par Samael ou Darkspace, tous ont su apporter une dimension nouvelle et une approche différente au Black Metal “classique” pour l’amener à un stade supérieur.
Il n’est donc pas étonnant qu’un compositeur comme Bornyhake en fasse de même et sorte des sentiers battus avec Borgne.
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Environ quatre ans d’absence plus tard, l’entité, miroir de l’âme de son auteur, revient aux affaires avec Renaître de ses fanges, titre non choisi au hasard tant l’œuvre agit comme une catharsis. En effet, des événements peu agréables ont émaillé sa vie ces dernières années et Bornyhake se sert de l’album pour sortir de cette période trouble.
Le disque ne respire pas la joie de vivre et le Black Metal glacial, hypnotique et négatif de la formation, accentue cette sensation.
Après une introduction – “Introspection du néant” – digne des meilleurs films d’horreur, le premier titre, “Comme une tempête en moi”, lent et lourd, nous emporte vers un univers froid où la dépression et le mal-être sont rois.
Par ses cris, Bornyhake fait passer énormément d’émotions où la souffrance domine. Le chant en français durant tout l’album permet de comprendre la douleur qu’a pu ressentir l’artiste ces derniers temps. Les claviers de Lady Kaos occupent une bonne place dans le mix et ses nappes lancinantes accentuent cette sensation de marasme ambiant.
La batterie programmée se fond à merveille dans l’ensemble à tel point qu’une batterie acoustique aurait tout aussi bien pu faire le job sans dénaturer l’ambiance pesante.
Deux titres sortent du lot, “Ils me rongent de l’intérieur” et “Dans un tourbillon de douleur”, par leur approche plus habituelle des standards Black Metal. Les claviers se mettent en retrait sur ces deux morceaux, sans disparaître pour autant, laissant plus d’espace au trémolo picking et à une double grosse caisse rapide.
Lien vidéo “Ils me rongent de l’intérieur” :
L’album s’étire sur une durée de une heure et cinq minutes et peut s’avérer un peu long lors d’une première écoute, surtout lorsqu’on arrive au dernier titre “Royaume de poussière et de cendres”. Celui-ci ralentit encore le tempo pour se faire plus lourd et désespéré.
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Malgré une ambiance pesante et asphyxiante, ce disque a un goût de reviens-y. Et ce sentiment de dernier titre en trop s’estompe au fur et à mesure des écoutes.
Pas le meilleur album de Borgne (le groupe ayant l’habitude de flirter avec l’excellence) mais certainement le plus cohérent et digeste à ce jour. Il a tous les atouts pour séduire les plus réfractaires au style.
Genre : Death Metal Label : L’Ordalie Noire Sortie : 13/09/2024
Note : 80/100 (Antirouille)
Repurgator débarque sur la scène Death Metal française avec un premier album, sans passer par la case démo, split ou EP. S’ils dérogent un peu à cette règle, ils ne vont pas s’éloigner d’un iota de celles établies par le registre joué ici, à savoir un Death Metal vieille école à chercher du côté de Cannibal Corpse pour les grandes lignes, Deicide dans certaines approches vocales ou encore Obituary pour le Groove.
Avec tout ça, ne cherche pas la modernité, des entames hypers chiadées ou des samples diverses et variés, non, tu auras du Death Metal pur et dur, primitif, comme on le jouait dans les années 90. Tu auras tout au plus une intro dont la durée aurait pu être diminuée de moitié et qui aurait tout simplement pu être dispensée pour coller parfaitement au thème.
Ça envoie du gras et du gros son bien dégueu, certes déjà entendu, sans grande surprise mais sans aucune monotonie. Les 31 minutes passent crème, excepté peut-être cette intro ( je t’ai déjà dit qu’elle était dispensable ?) et tu vas te surprendre à en redemander. Addictif Fovea Inferno ? Oui, et ce ne sont pas des titres très « Cannibouliens » comme «Blood & Gore » ou encore «Homicide or Suicide » qui feront mentir.
Comme convenu, les guitares envoient du son saturé, des mélodies rampantes, certaines répétées à l’infini et des solos hauts en couleurs comme sur «Blood Frenzy ». Bon, ne t’attends pas non plus à du Eddie Van Halen, faut pas pousser, c’est du Death Metal ! La batterie joue le plus souvent un mid tempo comme l’aime le registre, mais elle est capable de belles envolées et dézingue tout en mode Kalashnikov. La basse aime plomber un titre, le stopper net dans sa course et l’enliser dans un groove étouffant, parfois proche du Doom, comme sur la fin de «Years of Torments ». Les voix de notre growleur sont maîtrisées, il passe volontiers d’un grunt classique à des growls profonds en passant par des effets de voix growlées/criées qui font leur petit effet. Nos franciliens dominent le sujet et ils nous le démontrent ici.
Si Fovea Inferno était sorti dans les âges d’or du registre, il aurait pu se faire une place entre Tomb of the Mutilated, Legion, The End Complete, Spiritual Healing ou encore Breeding the Spawn, mais voilà, on est dans les années 2020… S’il ne surprendra pas les vieux hardos biberonnés aux albums cités ci-dessus dans leur adolescence, au moins arrivera-t-il à leur faire lever le nez de la bouillie actuelle en leur rappelant de bons souvenirs. Quant aux jeunes metalleux qui font leurs premiers pas dans le Metal et avides de découvertes, c’est une bonne entrée en matière pour appréhender le Death Metal, le old school, celui du vieil Antirouille.
Genre : Death Metal Mélodique Label : Crimson Productions Sortie : 11 Avril 2025
Note : 90/100 (WvG)
Destinity est de retour ! Hallelujah, bordel ! Quatre ans après In Continuum, au nom pertinent puisqu’il signait le retour dans la continuité du groupe laissé en plan en 2013 et donc sa résurrection, le nouvel album dans les starting-blocks est intitulé quant à lui Ascension.
Cet album fait un pont avec le précédent (dommage qu’il ne sorte pas le 29 Mai) : toujours dans la veine Death Mélo (qui n’était pas l’identité sonore initiale de la première mouture du groupe mais l’est devenue de manière caractérisée avec le XI Reasons to see de 2012), il relie les influences notables exploitées par les Lyonnais. On y reconnaîtrait évidemment la scène Sweddeath à plein nez mais si In Continuum ressemblait beaucoup à du In…Somnium, ce nouvel opus se rapproche davantage d’un autre In, …Flames en l’occurrence, dans l’inspiration, particulièrement dans la structure et le riffing, voire la prod ; j’en prends comme exemple « Dying Light » qui pourrait avoir sa place, sur le plan instrumental, sur un Come Clarity ou Soundtrack to your Escape des Suédois. Par conséquent, Ascension est plus nerveux et moins planant que son prédécesseur. Ce n’est ni sans me déplaire ni sans me choquer plus que ça, c’est la continuité d’une logique esthétique.
Alors attention, je ne parle pas de copié-collé ou de plagiat, loin de là, mais d’inspiration marquée, surtout sur l’aspect qualitatif sciemment voulu par le groupe tant sur le plan esthétique que technique – parce qu’il faut le tenir, un tel niveau de maîtrise de la part de tous les intervenants, pour poser ses… riffs sur la table de mixage. Tiens, pour aller dans ce sens, le choix de celui qui est assis à la table (toujours de mixage) n’est pas hasardeux pour avoir quelque chose de similaire à ses mentors, puisque Destinity s’est adressé à Jens Bogren, pas un inconnu dans ce « microcosme » qu’est le Metal puisqu’il a bossé sur des albums de genres diversifiés mais surtout dans le domaine du Death Mélo (Amon Amarth, Soilwork, Dark Tranquillity, Arch Enemy, At the Gates et j’en passe…)
Cependant, les différences sont nombreuses avec les sources d’inspiration, à commencer par le grain des guitares, plus tranchant à l’attaque que les autres exemples ci-dessus, celui de Mick Caesare au growl, ainsi que la présence d’un claviériste permanent dans l’équipe, Florent Barboni, précédemment batteur du groupe, qui trouve sa place au sein des compositions (de manière un peu trop rare à mon goût, à part sur « Everdark » où il est plus présent, mais c’est un choix compositionnel et je m’y soumets) – je ne cite que ces particularités mais aucun des autres disciples du groupe ne démérite tant c’est carré et acéré.
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Parlons maintenant du contenu, c’est un peu l’essentiel.
Comme je l’ai déjà précisé, la qualité est au rendez-vous. C’est brutalement efficace et mélodique, particulièrement sur « Silver Shades » qui combine ces deux paramètres à merveille sur une rythmique ternaire dynamique. Chaque morceau individuellement apporte sa touche d’intérêt à l’album, chacun a son identité et sa particularité, donc sa place. On arrive donc sur un constat très positif.
Pourtant, si l’on oublie l’idée de l’album dans sa globalité, il y a des points à revoir.
D’une part l’homogénéité du grain : une fois passé le premier effet d’attaque des guitares, notable sur « Light up your Sky », celui-ci disparaît sur les pistes suivantes. Par ailleurs sur ce même morceau, le solo apparaît comme une brute avec un grande différence dans les équilibres du spectre ; c’est un peu dommage que le premier morceau (outre l’intro) soit celui sur lequel j’ai le plus à redire.
D’autre part, l’organisation interne des morceaux : l’apparition en cinquième piste de « Children of the Sun », très Pop Metal – si je puis dire, surtout en comparaison stylistique avec le reste de l’album, parce que le fill harmonique en ostinato et la rythmique le font tourner vers cet aspect – tranche nettement et la présence de Steva, chanteuse du groupe italien Deathless Legacy, apparaît comme un cheveu sur la soupe. Si ses qualités vocales sont indéniables et son grain vocal puissant, je trouve sa ligne mélodique et ses possibilités moins bien exploitées que dans son groupe d’origine. Ce morceau, pour moi, aurait eu sa place bien plus tard dans l’album.
Enfin, l’élément prédominant dans mon ressenti, que je trouve redoutable, est la conclusion des morceaux, quasi identique dans sa méthode sur chaque piste (à l’exception de « In Thorns » mais c’est le morceau qui conclut logiquement l’album) et c’est certainement le point à revoir pour les évangiles… pardon, albums à venir.
Ceci étant posé, dans l’ensemble, on se prend quand même quarante-et-une minutes de mandales sur onze rounds, ça multiplie quand même pas mal de pains que le groupe distribue au porte-apôtre.
En vérité, je vous le dis, aucun album n’est réellement parfait, j’en conviens, même avec le recul de la subjectivité, mais Ascension est très bon dans son domaine, assurément, et ce n’est pas l’œuvre d’un groupe en pleine ascension mais d’une troupe aguerrie et rodée, en pleine croisade, qui maîtrise son sujet in extenso et in excelsis deo.
[Agnus dei qui tollis peccata mundi, prends pitié de ces allusions foireuses que j’ai placées à outrance… mais quand on annonce la couleur avec un lion (évangile selon Saint Marc) et un agneau (pascal… peu ou Praud) dès l’artwork… avouez que la tentation de pécher par excès est mise en exergue.]
Genre : Death Metal Mélodique Label : Inverse Records Sortie : 28 Février 2025
Note : 75/100 (WvG)
Le système, c’est trop Babylone… C’est la mort de la société… T’en penses quoi, dis, man ?
Dimman ? Mais pas de souci, si tu veux, on peut en parler ; ça tombe bien, ils viennent de sortir, leur deuxième album, Consciousness… La prise de conscience, ça devrait te parler, frère !
Fi de rasta blanc en quête d’identité, passons des cheveux sales aux cheveux propres mais qui font du sale avec leur Death Mélo tout du Nord de l’Europe puisque le groupe nous provient de… Finlande, oui, encore, c’est un Quatre à la suite, vous gagnez un dictionnaire des meilleures maladies vénériennes à attraper en essayant de vous réchauffer mutuellement dans un sauna !
De question d’identité – et non de genres – il va être question pour cet album car c’est bien le point important : si on remplit le cahier des charges pour étiqueter « Death Mélo » leur musique, le groupe a du mal à s’attribuer une identité claire, entrant dans les poncifs sur la majorité de Consciousness. Je ne sais pas si le nom du groupe est à traduire du Suédois mais si c’est le cas, en effet, ils semblent dans le « brouillard » sur ce point.
Loin d’être mal foutu, plutôt bien exécuté et avec une qualité sonore remarquable, ça « ressemble » très souvent « à ». J’imagine que le groupe a eu le temps de prendre le temps pour réfléchir au sujet – c’est le moment où je vous laisse vous remémorer les nombreux plans séquences extatiques du cinéma scandinave sur un arbre dont tombe quelques flocons de neige avec une allégorie sur le temps qui passe… C’est con que je ne touche pas de droits d’auteurs pour mon baratin, je viendrais de m’en mettre plein les fouilles pour engraisser Babylone, justement – car le quatuor finlandais a été créé en 2011 et est en activité enregistrée depuis… 2014 ! Oui ! Encore une bonne réponse, nous vous offrons un dictionnaire finlandais des meilleures recettes de Kouign Amann en finnois ! Ceci dit, c’est aussi ce ressenti de longueur qui m’a fait appréhender la simple trentaine de minutes que dure l’album comme une longue phase de réflexions personnelles, comme « est-ce que le Père Noël est un lapon crétin et qu’il fréquente le renne des neiges après l’avoir libéré, délivré ? »
Bon, revenons à cet album car je diverge (et des fois, je dis des mots plus grossiers) : seulement deuxième album, c’est tétonnant – bon, ça, c’est surement dû au froid nordique. Mais surtout, je ne vous ai pas encore parlé de la seconde partie de celui-ci, nettement plus intéressante – et fouillis, au moins autant que mon laïus – car diversifiée : l’album prend un tournant tantôt progressif sur le finale éponyme, tantôt avec des relents -core (et encore) sur « Amass them » et tombe aussi dans la banalité parfois avec un des morceaux qui sert pourtant de tête de gondole au groupe, « Infinitum » – comme quoi, mon impression de longueur, hein…
Dans l’ensemble, on est assez loin des préceptes de Christophe André niveau pleine conscience et surtout méditation : ça secoue et c’est une garantie ; malgré la traduction de son nom en finnois, Dimman n’est pas « faible ». Qui plus est, l’album est réussi sur le plan technique, sans impair à l’image de ses pairs de Suède (shoes). Par conséquent, le morceau que j’ai trouvé le plus réussi et intéressant sur ces aspects est « Life bereaved him », avec une affection toute particulière et sans regret pour « Regretful » et sa lourdeur thrashisante.
Vous aurez donc assez aisément saisi que je n’ai pas eu l’effet waouh escompté… Nonobstant, cet album est appréciable de tout babylonien qui claquerait son argent en futilités (artistiques, donc, hein…) au lieu de sauver le monde de l’esclavage du système qui nous matrixe. Mais « c’est en forgeant qu’on devient forgeron » et Dimman a justement besoin de se forger sa propre identité afin de pouvoir percuter sur le marteau et l’enclume de nos conduits auriculaires et les marquer de manière indélébile, et pour moi de conclure ce quiproquo débile d’introduction.
Genre : Prog Rock/Metal Label : Inverse Records Sortie : 14 Février 2025
Note : 80/100 (WvG)
La Finlande… Ses aurores boréales, son « peuple le plus heureux », sa linguistique dérivée du Norrois, sa proximité rassurante avec la Russie, ses castors lapons peut-être hermaphrodites… Et Mastord, qui propose son troisième album intitulé Lemmon Lintu.
Si je devais résumer l’album tout en finnois et en finesse de ce quatuor finlandais, je vous le décrirais comme un « Dream Theater qui n’ose pas ».
Bien évidemment, vous aurez compris avec ma comparaison qu’on va se situer dans du Prog et je dirais même plus, tel un Dupont, dans du Prog Rock plus que Metal. Dans le cas présent on peut réellement parler de « progressif » puisque l’album et son évolution au fil des onze morceaux l’est également, démarrant gentiment par une piste plutôt planante aux claviers avec le cliquetis d’une montre pour soutien pour arriver à la dixième piste bien plus musclée tant dans le grain général que la structure syncopée, et ce bien que cette piste ne soit pas le point d’orgue de l’album. Celui-ci serait davantage le milieu de l’album, morceau intitulé « Hautani », qui se rapprocherait d’un Dream Theater de l’époque Images and Words, de ses prémices donc. On peut décemment imaginer une inspiration de ce groupe quand le premier album est intitulé Trail of Consequence qui mélange des titres de morceaux des papes du Prog, mais il s’agit là de mon interprétation.
Pourquoi un « Dream Theater qui n’ose pas » ? Eh bien parce que si le quintette newyorkais est allé assez loin dans les rythmiques alambiquées et les mélodies tordues sur fond de changement d’harmonies et de tonalités, Mastord commence mais ne se lance pas : une rythmique un peu fouillée ? Oui… mais expérience non poursuivie. Une mélodie qui annonce un sorte de lyrisme dans le phrasé ? Oui… mais expérience non poursuivie… En clair, ça lance des idées mais sans vraiment les aboutir, sans aller au fond des choses, sans l’extravagance qu’on pourrait espérer tant au niveau vocal qu’instrumental que sonore. En ce sens, « Hiilenmusta » m’a un peu déçu car presque trop sobre sur tous ces aspects quand on pouvait espérer qu’à ce point de l’album ça pète enfin.
Est-ce que ça en fait un mauvais album pour autant ? Non, loin de là. Mais dites-vous que ce n’est pas celui qui va vous faire un effet Redbull, même si le coté planant général vous donnera peut-être des ailes. En effet, on passe un bon moment, une quarantaine de minutes, sur un album bien joué et bien réfléchi, bien écrit donc, mais qui musicalement reste sagement dans des normes du genre sans réellement se démarquer.
Par contre, ce qui aide à identifier le groupe, c’est ce choix du finnois plus que de l’anglais dans les paroles (et titres), choix assumé après deux précédents dans la langue de Shakespeare (et de Churchill… et de Wilde… et de Mercury… enfin bref, pourquoi résumer une langue à une référence culturelle ?) À ceci s’ajoute l’ultime piste, « Pyhä » – oui, j’avais bien dit ONZE morceaux –, qui évoque davantage la musique traditionnelle avec une « fanfare » et des cordes en glissando, précédées et achevées d’une écriture chorale. À ceci peut s’ajouter la thématique de l’album autour du corbeau, animal référence dans les cultures anciennes et la mythologie locale.
Lemmon Lintu est finalement un album sympathique mais pas transcendant. Peut-être est-ce la philosophie du groupe de n’être que bons et pas davantage mais je trouve dommage de gâcher un tel potentiel. N’ayant pas écouté les précédents albums, je ne peux me faire qu’un avis factuel face à celui-ci sans comparer ni juger d’une évolution mais, à un moment, il va falloir se lâcher pour marquer les esprits.
Genre : Punk Black Zouk Love Label : 25 C€ntim€t€rs Records Sortie : 1er Avril 2025
Note : 100/100 (WvG)
Quand certains se contentent de ne pas aller au fond des choses, avec Black Metal Romance, on tient du lourd, du puissant et pour autant, de l’engagé, avec leur nouvel album intitulé Pute Réfaction.
N’en déplaise, le mélange et la mixité, en bref la partouze sonore, c’est l’avenir de la (re)production. Et le groupe, du moins le seul membre qui s’agite sur ce projet écrit à une main, l’autre étant sûrement occupée, ne fait pas les choses à moitié puisqu’on ressent des influences diverses allant de la poésie punk au Zouk Love, ce qui lui donne un aspect à la fois coupé (en deux grandes parties, pour cet album) et décalé car dansant, ne laissant pas de temps de latence entre chaque piste, collées serrées l’une à l’autre.
En effet, Riton le Sauvageon (il semble que l’auteur compositeur souhaite rester sous couvert d’anonymat mais a bien choisi son pseudo eu égard à la violence musicale qu’il nous inflige) ne fait pas dans la demie mesure puisque, loin de nous proposer l’EP foireux de début de carrière fait dans la longueur, la langueur et le sale. Conscient que « plus c’est long, plus c’est bon », il étend sa verve pendant une quarantaine de minutes sur dix titres d’une durée oscillant entre dix secondes (sur « Prépuce précoce ») et vingt minutes (sur « Faut qu’on parle… »).
[copyright Mémé Migou, live at the Pita Madre]
J’avoue que ma préférence est venue sur « La chatte à Tsamère », vibrant hommage qu’il rend à l’absurdité de la société de façon assez jouissive en réinterprétant de sa voix de gorge profonde qui pénètre dans le son les textes du facétieux humoriste. Car oui, son âme seule n’est pas sale mais son cœur aussi, ce qui l’amènera sur « Quart en barres » à dénoncer les excès (de vitesse, cf. « Prépuce précoce ») sur fond d’humour noir, tels que les mensonges autour de l’existence des dinosaures sur la face cachée de la lune ou encore le placement des I et des Y dans « ornithorynque » et « dithyrambique » dans une société dislexyque.
Mais cet album est avant tout autobiographique : la version radio edit de « Saulitude » nous parle de ses travers de dendrophile au travers de références à Jean-Jacques Rousseau et au mime Marceau, le premier vrai black metalleux qui a initié le corpse paint que le courant s’est indûment approprié tout en se foutant ouvertement de la gueule de KISS.
Ah Putain, c’est génial, c’est que d’l’amour ! Cet album est un must have pour tout amateur qui se couche quand d’autres se lèvent, et savent contrepéter. Je crie au génie : ce chef-d’œuvre ne pourra pas vous laisser de glace !
Tracklist :
Azy, (Riton) c’est bon (2:01)
Prépuce précoce (0:09)
Faut qu’on parle… (20:18)
Trop de blegh blegh (3:01)
Demie molle, c’est notre histoire, ensemble pour un braquemart (3:22)
La chatte à Tsamère (6:66)
Il était un foie (8:6)
Saulitude (3:59)
Laisse tomber les zobs (16:64)
Quart en barres (3:45)
Line up :
Riton le Sauvageon – presque tout, y compris la bombarde et le kazoo
Guests :
Jacqueline la Coquine – Voix additionnelle sur piste 1 (« Bonjour »),2 (« Maman m’avait prévenue (…) ») et 4 (« Cindy, tu sais, celle qui bosse à la compta, et bah son mec (…) »)