Genre : black metal atmosphérique Label : Frozen Records Sortie : 5 juillet 2024
Note : 90 /100 (Seblack)
Limbes est le projet de Guillaume Galaup qui a fondé cette entité en 2021 après avoir mis fin à Blurr Thrower pour lequel il avait composé un EP (Les Avatars du Vide) et un album (Les Voûtes). Plutôt prolifique, notre homme a sorti dès l’été 2021, un split avec Mütterlein dont le seul titre (Vérité) durait pas moins de vingt cinq minutes, il s’en est suivi un premier album en 2023 nommé Ecluse. Un petit peu plus d’un an après, revoilà de nouveau Limbes avec son deuxième opus intitulé “Liernes”. Contrairement aux disques évoqués précédemment, il ne sort pas chez Les Acteurs de l’Ombre mais sur un autre label nantais : Frozen Records. Hasard ou pas, ce titre « Liernes » (mot désignant une pièce d’architecture sur une voûte) peut être perçu comme une référence à l’unique de Blurr Thrower. Il nous renvoie en tout cas à une métaphore sur la dualité fragilité / solidité et le temps qui passe. L’artwork est une nouvelle fois dû à Dehn Sora.
Tous ces éléments factuels présentés, je dois dire que Guillaume Galaup fait partie de ces artistes dont la démarche solitaire (en studio comme sur scène) et la musique me touchent beaucoup. Que l’on parle de Blurr Thrower,de Limbes ou de Rance, on est toujours sur quelque chose de totalement à part et à contre courant, y compris au sein de l’univers des musiques extrêmes pas avare en clichés divers et (a)variés. Le plus troublant dans tout cela est que cela ne semble ni voulu, ni calculé, c’est simplement le reflet de la personnalité de son auteur pour lequel la musique est un exutoire ou une catharsis sans cesse renouvelée.
Il en découle des compositions faites de vagues à l’âme qui vous emmènent le temps de quelques minutes dans des contrées douloureuses et éthérées. C’est d’autant plus vrai ici que « Liernes » est doté d’un son plus dense encore et de titres encore plus hypnotisants . Les lames de guitares n’en sont que plus saisissantes encore, tout comme peut l’être le chant de Guillaume venu du plus profond de son être. Les écoutes se succédant « Liernes » ne cesse de livrer ses richesses avec ses superpositions de couches sonores ou quelques discrets arrangements électroniques. « Buffet Frigide » voit aussi l’apparition de Kariti, artiste d’origine russe, qui amène une touche poétique supplémentaire à un univers qui n’en manque déjà pas comme en attestent les paroles ciselées et mélancoliques des différentes chansons. Évoluant tel un funambule au-dessus du vide, Limbes offre une nouvelle fois une œuvre aspirante ou les sentiments d’ascension et de chute se répondent dans un même mouvement de tension.
Tracklist :
Pied de Pilori (11:19)
Les Côtes à l’Unisson (06:44)
Buffet Frigide (11:54)
Aulnes & Poussières (10:45)
Line-up : Guillaume Galaup – Tous les instruments et le chant.
Genre : Death Metal Symphonique Label : indépendant Sortie : 31 mai 2024
Score : 89/100 (selon la numérologie ;p – WwG )
Comme on dit pal cheu nous : « des fois a malche, des fois a malche pô… et des fois a rat’ », à l’image de ce jeu de mots laid pour introduire la chronique de Secrets of ancient Gods d’Arhat. Contrairement à la classification Groove Metal, obsolète (car valable pour le précédent album, même s’il flirtait déjà avec du plus cru) dans laquelle est étiquetée le groupe, on entre directement dans le vif d’un Death Metal sympho et si le nom du groupe fait davantage référence au Bouddhisme, on va passer les portes de la Douât, Au-delà mythologique égyptien, accueilli non par le grand Ra (contraire à celui, petit, de l’opéra) ou Thot, le sage qui lit beaucoup (oui, il lit, Thot, ce qui n’est pas peu dire), mais par Seth, Anubis et Sekhmet dès l’artwork, esprit moins nirvanique quand même. [NB : cette connerie qu’est la dématérialisation progressive quand les artistes font des jaquettes d’une telle qualité graphique… Bref…] Par Osiris et par Apis, écoute-moi, écoute-moi bien cet album, qui te met dans une ambiance romancée d’Egypte antique, avec les influences modales et les instruments moyen-orientaux de rigueur (oud, sonnailles et ney en priorité) à deux doigts de t’emmener vers une porte des étoiles. Cette ambiance va se retrouver sur la majorité des dix morceaux du quatuor ukrainien qui signe ici son deuxième album après un EP en 2017 intitulé Mantra (on revient sur le Bouddhisme) et le premier, Dead Life, en 2020.
Après la petite intro coutumière des groupes teintés sympho, on taille dans la pierre de la pyramide à coups efficaces de riffs b(o)urrins mais néanmoins mélodiques avec « Abyss of Flame », avec une production équilibrée laissant la place à chaque instrument de premier ou autre plan sonore, avec des arrangements aussi légers qu’une plume sur la balance à la porte d’entrée du croque-mitaine chacal. Ma’at-moi ça comme ça sonne bien ! Pour celleux qui n’auraient pas suivi les références antiques en toc, ma thématique est calculée, et hélas, quelques titres dans la langue de Gogol (quand le reste est en anglais) viennent malgré tout sortir l’album de sa ligne artistique et thématique, ce qui les amène à ressembler à des bouche-trous ; heureusement la présence du ney sur le finale de « Shlyah do prozrinnya » (littéralement « Le chemin vers l’illumination », retour au Bouddhisme) rattrape le coup. On pourrait aussi reprocher aux quarante-cinq minutes de faire un peu court… Détails (de pierre), certes… Arhat, contrairement aux références de son nom, n’a pas encore atteint le dernier degré de la sagesse mais on leur souhaite un samsâra qualitatif pour les albums à venir.
Tracklist : 1. Intro (01:44) 2. Abyss of Flame (05:36) 3. Karnak (04:48) 4. Arcana XVI (04:58) 5. Nasha khoda nevpynna (04:18) 6. Symbols (03:31) 7. Path Eternal (05:27) 8. Wheel of Fate (05:12) 9. The Great Unknown (04:40) 10.Shlyah do prozrinnya (03:26)
Line Up : Naton Inov – Basse / Ivan Semenchuk – Batterie / Anton Skrebov – Guitares / Alex Sitkoff – Chants
Genre : Dark Metal Lyrique Label : Indépendant Sortie : 25 Mai 2024
Note : 87/100 (Mémé Migou)
N’avez-vous jamais ressenti comme une forme fantasmagorique de Madame Irma dans votre tête, vous mettant en garde, « non, ce n’est pas encore le bon moment » ?
J’ai, à plusieurs reprises, vu passer un artwork qui n’était pas sans attirer mon attention. De ce rouge extrême avec ces lignes torves comme dans nos pires cauchemars, une image de feu, de guerre, de violence, de vengeance, de destruction, signée de la main de Matthias Macchabée (Macchabée Artworks). J’ai, à plusieurs reprises, vu passer dans mon fil d’actualités l’avatar d’un certain Aarunda, me demandant ce qu’il proposait. Bon, on ne va pas se le cacher, on se dit d’emblée que « tiens… ça doit être du black metal ». Alors, à plusieurs reprises, j’ai eu cette envie de cliquer sur le lien pour en savoir un peu plus. C’est là où Mme Irma a fait résonner son sentencieux « Non, ce n’est pas encore le bon moment ». Ah bon ? Et pourquoi ?
Et pourquoi l’ai-je écoutée, d’ailleurs ! Mais j’ai laissé de côté cette sortie de mai dernier. J’étais encore sur mon petit nuage DALPien et VESPERINiEn, qui m’a portée (OK, avec le taf et les live reports entre deux aussi) vers le Hellfest. Oui, je sais, la grande messe, patati patata… Sauf qu’à cette grande messe, justement, je suis tombée sous le charme de Батюшка , celui de Krzysztof Drabikowski… Au point de m’en faire une cure des semaines durant. Dites-moi, comment sortir d’un album qu’on écoute en boucle des jours, et des jours, et des jours ?
C’est à ce moment précis que la lanterne rouge s’est allumée, clignotant comme un phare dans la nuit embrumée : « vas-y, c’est maintenant ! ». J’ai franchi le Rubicon. Et combien « Doska Og Vintey » est arrivé au bon moment ! Il est des instants précieux où tout semble s’aligner pour apprécier à sa juste mesure une œuvre.
Première écoute sans même jeter un œil sur le presskit qui accompagne le fichier. Et j’avoue que j’ai quelque peu frémi d’appréhension. L’intro, « Kotthrya », commence de façon calme, sereine, instrumentale, aux limites du folk et du pagan. Des accords mélodieux de guitares classiques et électriques, quelques bruits d’une nature qui s’écoule paisible, gazouillant par-ci, jouant par-là. Si tout est de cet acabit, ça risque bien de me chafouiner un peu. Je m’étais mis en tête que j’allais écouter un album de Black Metal, peut-être atmosphérique… Je n’avais qu’à me renseigner. D’un autre côté, je revendique ce droit d’une première écoute à l’aveugle. Le pitch que je me suis fait n’allait pas forcément dans ce sens. « Mme Irma, t’es certaine de toi, là ? »
Bien sûr, qu’elle l’était ! Il suffisait d’atteindre la seconde piste pour que l’horizon s’éclaircisse. Enfin… ma copie sera à revoir plus tard à ce sujet… « Mennokh » arrive et j’ai comme des réminiscences Batuschkiennes. Ces chœurs, cette forme de litanie qui touche de loin au chant grégorien… Voilà, Madame Irma ! Voilà ! C’est ça dont j’avais besoin ! Et résonne ce « Mennokh » qui enfle et désenfle, qui tourne à vous en faire perdre la tête. Les premiers chants sont beaux, fervents… Jusqu’à ce qu’arrive une autre voix, par-dessus toute cette ferveur. Une voix de harangue et de haine, une voix de hyène enrhumée, de prêtre avec dans la gorge la voix des plus sombres divinités que l’enfer peut porter en son sein. Là aussi, on peut faire le parallèle avec le groupe polonais. Tiens… et tant qu’à faire, on va enfoncer le clou une bonne fois pour toutes, afin de pouvoir s’en extraire un peu ensuite. Parce que, Doska a sa propre identité. Donc, un petit tour sur Wikipédia et je peux voir que le mot Doska, en russe, désigne les planches de bois sur lesquelles sont peintes les icônes. Voilà, parenthèse fermée. Je vous laisse faire le lien… ou pas.
Il me faut faire une petite pause à ce stade – Mince, déjà une page et j’ai encore pleiiiiiiin de choses à raconter – et faire un petit tour par les propos du presskit. Car oui, pour avoir écouté pas mal de groupes chantant en français ces derniers temps, je vois bien que ce n’est absolument pas le cas ici. D’ailleurs, c’est quoi, comme langue ? Doka Og Vintey… ça pourrait être du suédois ? Norvégien, Polonais peut-être ? Au petit jeu des devinettes, je suis assez mauvaise… Et je pense que mon Irma interne m’a incitée à aller creuser le sujet. Bingo !
Ce que le sieur Aarunda nous propose, c’est tout un concept basé essentiellement sur les émotions. Il y a une histoire qui s’impose, des images, un arc narratif qui se dessine. Et à chaque étape, la musique est là pour soutenir le propos, traduire dans un canal sensitif qui nous est cher cette épopée de fantasy. Cela en devient une fresque auditive. Et les mots… ah ! les mots…. Ils sont inventés. Aarunda a créé la langue Mennokh (« une langue inventée selon un procédé utilisant la pleine conscience, c.-à-d. l’expression spontanée d’émotions à travers des mots inventés », dixit le principal intéressé). Là, j’avoue que je suis scotchée. Je me demande si cette langue inventée est mouvante, au gré des émotions, façon Jonathan Davis ( Korn), ou si elle a ses propres codes, comme Tolkien a pu le faire dans son « Seigneur des Anneaux ». Quoi qu’il en soit, le fait de savoir que ce n’est pas une langue connue, que je ne pourrai pas m’appuyer sur les lyrics, ça me frustre un peu.
Mais il y a tout un livret, accompagné du triptyque de Macchabée Artworks, décrivant la vallée de Kotthrya : dans des tons verts-bleus emplis de paix, d’espoir, d’insouciance et de luxuriance pour commencer. Vient ensuite l’artwork de l’album, tirant sur les rouge-orangés. Un mélange de feu, de fureur et de mauvaises heures à subir les affres venus du ciel. Tiens, ce n’est pas sans rappeler les pluies de feu sur Sodome et Gomorrhe… Et pour finir, une touche cendrée sur la vallée dévastée. La mine grise, le désespoir, la calamité. Et ce triptyque décrit les 3 parties de l’arc narratif de l’histoire que nous narre Doska. Un coup d’œil sur les 9 titres (tiens… 3 parties x 3 titres… symbolique à donf) :
« Kotthrya », on y place le décor. La vallée de Kotthrya est verdoyante. Le peuple qui y vit est heureux, simplement heureux. Il jouit de la nature. Pas besoin de paroles, les émotions sont leur langage. Là, Aarunda va se servir d’un gimmick très « Prokofiev »… il n’ira pas jusqu’à donner à chaque instrument un rôle, mais il nous dira dans le presskit que le peuple de la vallée de Kotthrya sera forcément un instrumental. Voilà, si on retourne écouter cette première piste, on comprend d’emblée le concept… Et ce qui m’avait chafouiné en début de chronique prend une nouvelle dimension. Bien, j’aime cette idée d’être ouvert aux émotions, de parler avec ses sens, finalement. Les amoureux ne parlent-ils pas par le regard, ou une simple pression de la main dans celle de l’autre ? Oui mais… ma déformation professionnelle vient me titiller : on sait que quand on n’a pas les mots pour dire ce qu’on ressent, on finit par l’exprimer par la colère et la violence. C’est tout l’inverse du postulat de l’histoire. Mais voyons, Mémé, laisse-toi guider un peu. Débranche et laisse parler tes émotions. Car si Doska/Aarunda souhaite faire monter des images dans l’esprit des auditeurs, ce n’est pas forcément celles qu’il a imaginées au départ. À chacun son histoire, finalement.
« Mennokh » – les adeptes. Voilà donc le pourquoi du comment de ces chants liturgiques. Et au milieu des adeptes, représentés par des chœurs et des litanies, il y a le grand prêtre, à la voix typée black metal. Mennokh ont une vie faite de grimoires, à la recherche de pouvoir. Vous imaginez donc bien la suite… Ce peuple, harangué par un grand prêtre à la domination galopante, va lui prêter voix forte pour solliciter leur divinité malfaisante, l’incarnation du pouvoir absolu, « Detth’rya ».
Voilà, le premier triptyque est clos. On est passé, musicalement, d’un premier titre calme, folk, à un black metal qui s’intensifie petit à petit. On sent la colère monter, le Black metal se fait vénère, plus incisif. Il enfle comme l’aspiration au pouvoir de nos dirigeants (oups, c’est un autre débat).
Seconde partie : « Doska Ogvintey » ou la Destruction, « Sverk » ou la gloire et « Zornna », la tourmente. Nous sommes au cœur de l’action. Après l’exposition, les « péripéties » qui vont petit à petit nous mener vers le climax. Si la quatrième piste commence sur l’instrumental de départ, on sent bien que l’atmosphère se sature d’inquiétude. C’est plus lourd. Plus lent, bien que vers 1:30, le tempo s’enflamme. On accélère pour éclater sur une guitare saturée. La destruction est là et bien là. S’ensuit donc la gloire, qui te met le nez dans la merde de tout ce que tu as perdu. C’est evil à souhait. Et on clôture sur la sixième piste qui est on ne peut plus bastonante. Ah, ça ! Y a pas à dire, on est loin du Black bucolique de départ. C’est méchant, tranchant comme un vieux couteau rouillé sur une peau de bébé.
Vous comprenez, désormais, pourquoi Aarunda ne veut pas catégoriser Doska avec la simple étiquette de Black Metal, fût-il pagan, atmosphérique, folk ou autre. C’est Dark, c’est lyrique, c’est aussi bien pesant aux frontières du doom, que evil et acéré comme la première vague BM. Les images forgent la musique. Elle est au service de celle-ci. Et les influences multiples de Aarunda viennent apporter cette touche de syncrétisme. Il y a du Déhà chez Doska, et même du Tattva…
Dernière partie : On atteint le climax, comment cela va-t-il se terminer ? « Laddel » – l’affliction, qui sera un instrumental. Vous comprenez donc qu’il s’agit ici du peuple Kotthryen. La résolution du problème trouvera sa réponse ici, dans la pénultième piste, « Hammodh » – l’ambition – qui nous parle de celle du grand prêtre qui en veut toujours plus, jusqu’à se retourner contre ses propres disciples. Mais le pouvoir absolu, incarné par Detth’rya, finira par étendre son manteau de destruction sur lui, sur eux, sur tous. Ce qui amènera l’instrumental final, « Dahrra », qui nous parlera d’espoir, celui des Kotthryens survivants. L’histoire est close, tout en laissant une porte ouverte à une suite possible.
Il était important de prendre un peu de temps pour décrypter l’histoire et le monde que nous propose Doska. Car maintenant, vous allez pouvoir la remonter et y voir vos propres symboliques, en faire votre propre lecture. En ce qui me concerne, la relation aux diverses situations que nous pouvons vivre dans nos sociétés, résonne en écho. Et cela peut aller sur plusieurs pistes, de la soif de pouvoir de nos dirigeants, en passant par le conflit ukrainien. Mais bien entendu, ce qui vient surtout en premier lieu, ce sont tous ces fanatiques (qu’ils soient religieux ou autres) qui veulent nous imposer une pensée unique, une façon de vivre ou de voir le monde tel qu’ils le désirent. Nous sommes ces Kotthryens… Et même si le monde n’est pas aussi manichéen, laissez donc la musique de Doska vous imprégner. Non pour vous dicter ce que vous devez ressentir, mais parce que « Doska Og Vintey » battra à l’unisson de vos propres émotions.
Une œuvre, au son et mastering soigné, qui se distille dans nos sens comme un bon vin qui mâture et développe ses arômes à chaque gorgée. “Tchin !”, me susurre mon Irma intérieure…
Genre : black metal atmosphérique Label : Indépendant Sortie : 5 juillet 2024
Note : 90/100 (Seblack)
Connaissez-vous Arx Atrata, ce one man band anglais porté depuis 2010 par B.S ? Bon il faut dire que c’est un projet discret qui a sorti tous ses disques de manière indépendante. En plus, cela faisait un petit moment qu’il ne s’était pas manifesté, puisqu’il faut remonter à 2021 pour un split et même à 2019 pour le dernier album.
Toujours est-il que depuis que l’on m’a fait découvrir cet artiste avec l’album « Spiritus in Terra » (2016), je dois avouer que j’ai toujours eu un petit faible pour la musique et l’univers de Arx Atrata. Oui, on a tous ses petites faiblesses. Les trémolos de guitares, les riffs cascadians, les sonorités mélancoliques de claviers…toutes ces ambiances font vibrer en moi cette petite corde sensible. Et bien Arx Atrata c’est un peu tout cela à la fois. On est tout à la fois dans le sillage de groupes comme Wolves in the Throne Room, Fen, Agalloch, Winterfylleth, Saor…une musique qui s’éloigne volontiers de l’agitation du monde et préfère embrasser les chemins solitaires de la nature, de l’histoire.
Ce quatrième album intitulé « A Reckoning » ne fera une nouvelle fois pas exception et dès «To Sunder the World», c’est le grand saut dans univers mélodique, parfois épique, et nimbé de touches de claviers plus glaciales encore qu’à l’accoutumée.
Les mauvaises langues diront que Arx Atrata ne propose rien de particulièrement nouveau dans le style. Sur la forme peut-être, mais dans le fond, je ne suis pas de ceux là et pense, au contraire, que B.S propose quelque chose d’assez unique avec cette inspiration sincère et personnelle qui manque parfois à tant de groupes plus prompts à regarder ce que fait le voisin que ce qu’ils ont au fond d’eux.
Alors cette nouvelle œuvre de Arx Atrata n’a peut-être pas le plus bel artwork de l’année, la production la plus chiadée ou le concept qui va attirer le péquin mais il me parle et me transporte. A mes yeux c’est bien plus important que tout le reste.
Tracklist :
1. To Sunder the World (03:20)
2. I Was a Witness to His Passing (06:51)
3. A Reckoning (06:12)
4. Mercy Unearned (09:27)
5. The Ruin of My Past (07:53)
6. The Witch (08:52)
7. Our Dark Shadow (10:53 )
Line-up : Ben Sizer – Tous les instruments et le chant.
Genre : black metal Label : Terratur Possessions Sortie : 31 mai 2024
Note : 80 /100 (Seblack)
Originaires de Trondheim, les Norvégiens de Whoredom Rife proposent avec “Den Vrede Makt” leur quatrième album. Comme depuis leurs débuts, cette sortie est assurée par le qualitatif label Terratur Possessions et, comme pour les opus précédents, on constate un soin particulier apporté aussi bien au fond qu’à la forme.
Fidèle à ce black metal occulte teinté de paganisme, cette nouvelle offrande s’inscrit donc dans la droite lignée de ce que le duo a pu proposer par le passé. Il n’y a donc pas de mauvaise surprise au travers de ces six compositions.
Pour autant “Den Vrede Makt” constitue t-il une bonne surprise ? Oui et non serais-je tenté de dire dans un premier temps… Comme à son habitude le duo s’est montré rigoureux dans tous les aspects qui ont prévalu à la réalisation de cet album : les compositions sont au cordeau, l’interprétation est convaincante, le son est à l’avenant et le visuel s’avère chiadé et dans la lignée des œuvres précédentes.
Donc sur le papier on a grosso modo tous les ingrédients pour tenir là une des sorties de l’année, et pour certains ou certaines ce sera peut-être le cas. Cet enthousiasme s’avérera peut-être un peu plus tempéré me concernant car avec Whoredom Rife j’ai toujours éprouvé ce curieux sentiment sentiment d’un verre au trois quart plein et donc vide pour l’autre quart…
La faute à quoi ? Pas à la qualité intrinsèque des compositions et de l’album en général en tout cas. Dans « Den Vrede Makt » je retrouve ce black metal massif, techniquement irréprochable, mais auquel il semble parfois manquer cette petite ou ces petites choses qui le feraient passer de très bon album à excellent. Une appréciation toute personnelle et totalement subjective qui ne saurait rien enlever au talent du groupe.
Car çà et là, on sent qu’on n’est vraiment pas bien loin de toucher au saint graal des arts noirs. Tel est le cas dans ces mélodies et ces voix endiablées qui animent « Fiender » ou même le superbe titre final « The Beautiful End of All » qui dénote de l’ensemble par sa longueur et son atmosphère pesante et atmosphérique.
Pour le reste, il y a encore beaucoup de bonnes choses en termes de puissance avec un caractère norvégien bien trempé mais cela peut s’avérer parfois un brin répétitif ou avoir un vague air de déjà entendu quelque part.
Reste que si l’on veut être un minimum objectif, on ne peut contester que ce « Den Vrede Makt » et Whoredom Rife constituent des valeurs de plus en plus sûres, tout à fait recommandables aux amateurs de black metal occulte massif et moderne.
Tracklist :
1. Den vrede makt (07:23)
2. Fiender (08:33)
3. Hevnens rett (07:03)
4. Phantom Sword (07:14)
5. Ravenous (08:41)
6. The Beautiful End of All (11:30)
Line-up : V – Tous les instruments – écriture / K.R – Chant.
Genre : black metal Label : Season of Mist Sortie : 14 juillet 2024
Note : 90 /100 (Seblack)
« La France des Maudits ». Tel est le titre de ce septième album de Seth qui a la lourde charge, il faut bien le dire, de succéder à « La morsure du Christ ». Parvenu à une stabilité dans son line up, le groupe français joue la carte de la continuité, que ce soit dans la voie artistique ou dans les aspects techniques avec de nouveau un enregistrement aux studios Sainte Marthe et un mixage confié de à Francis Caste.
Souvenez vous « La morsure du Christ » se clôturait sur « Le Triomphe de Lucifer », inspiré du poème de Charles Baudelaire « Les litanies de Satan » ; le premier titre de « La France des Maudits » va débuter par un hommage à ce même écrivain avec « Paris des maléfices ». La transition est donc toute trouvée et ce nouvel opus s’inscrit donc clairement dans la continuité de « La Morsure du Christ », tout en s’en différenciant aussi.
Là où précédemment les idoles disparaissaient dans un gigantesque brasier, « La France des Maudits » donne cette impression que les cendres peu à peu retombent et laissent entrevoir de nouvelles figures prêtes à prendre leur revanche sur l’ancien monde ; telle cette femme qui pactise avec le malin dans « Et que vive le diable ! » et se libère du joug du prêtre dont la tête tranchée devient un symbole de l’ancien monde déchu.
Prenant pour cadre métaphorique la Révolution Française, « La France des Maudits» met en avant des figures opprimées qui sortent de l’ombre pour inverser l’ordre du monde. L’heure est venue de piétiner le sacré et le divin. C’est ce à quoi appelle « La Destruction des Reliques ». C’est ce que fait cette « femme vêtue de pourpre et d’écarlate » qui s’enivre du sang des saints et dont les derniers alexandrins sont pour le moins évocateurs:
« Cette gloire passée, ce soir jonchant le sol ;
Statues vandalisées, couvrant haillons d’étoles.
Les visages brisés, de nos mortes idoles
Voient la croix inversée ! Notre ultime symbole ».
S’épanouissant dans cet univers historique apocalyptique, la musique proposée par Seth, dans ce septième opus, se couvre aussi d’un voile de noirceur beaucoup plus épais encore. Pas de révolution stylistique pour autant, mais tout en plaçant ses pas dans ceux de « La morsure de la Christ », Seth ne reste pas bloqué sur celui-ci et parvient autant à garder le fil qu’à créer des compositions s’en singularisant et ouvrant la porte sur un nouvel univers.
Ainsi des titres comme « Et que vive le diable » ou « L’insurrection » feront le bonheur de ceux et celles qui aiment chez Seth cette capacité à proposer des morceaux à la fois riches et accrocheurs (sans aucune arrière pensée péjorative derrière ce dernier terme). A plusieurs reprises, également, l’utilisation de la viole de gambe et certaines orchestrations de Pierre le Pape sonneront comme des petits rappels subtils à l’œuvre précédente.
Pour autant, cet opus est tout sauf une redite : comme évoqué un peu plus haut, sa tonalité globale me paraît aussi beaucoup plus sombre et, de ce fait, peut-être moins évidente de prime abord. Là où « La Morsure du Christ » était frappée du sceau de l’incandescence, avec une majorité de morceaux très nerveux, « La France des Maudit » joue la carte d’une subtilité plus affirmée, avec de nombreuses incursions dans des ambiances plus ténébreuses. La meilleure illustration en est sûrement le morceau « Dans le cœur un poignard » qui évolue dans un registre mid tempo qui pourrait s’apparenter à une lente valse noire avec la mort. Un morceau qui étonnera certains, peut-être, mais qui renoue pleinement avec ces ambiances baroques voire gothiques de l’album fondateur « Les blessures de l’âme ». Toujours dans ce ton plus ambiant, notons aussi l’instrumental « Marianne » dont le nom est autant une référence à la période révolutionnaire qu’un sobre hommage à Marianne Séjourné, trop tôt disparue il y a un peu plus d’une dizaine d’années et qui avait officié comme bassiste au sein de Antaeus ou Hell Militia entre autres.
En somme, les compositions de ce nouvel album sont donc plutôt variées tout en donnant à « La France des maudits » une cohérence et une homogénéité qui résonne comme pourrait le faire une bande originale.
Moins direct que ne l’était « La morsure du Christ », ce septième album vogue, de mon point de vue, dans des eaux à la fois plus sombres et plus profondes. Que ce soit par la richesse et la finesse de son instrumentation, la foisonnance et la finesse de ses arrangements ou les paroles composées en alexandrins, « La France des maudits » est un album dense qui ne se révèle pas toujours immédiatement mais se savourera autant sur l’instant que sur la durée.
Tracklist :
1. Paris des maléfices (05:09)
2. Et que vive le diable ! (05:35)
3. La destruction des reliques (05:51)
4. Dans le cœur un poignard (05:30)
5. Marianne (02:59)
6. Ivre du sang des saints (05:37)
7. Insurrection (07:33)
8. Le vin du condamné (08:06)
Line-up : Saint Vincent – Chant / Heimoth – Guitare / Drakhian – Guitare / Esx Vnr – Basse / Pierre Le Pape – Claviers / Alsvid – Batterie.
Genre : Death Metal… mais pas que ! Label : Indépendant – Muzikö-Eye Sortie : 15/10/23 – 15/03/24 (pour le format CD)
Note : 70/100 (Mémé Migou)
“E Samaïn Fest e oan bet
E Samaïn Fest e oan bet
Ur Strollad yaouank am eus kavet !
Na na na na ne ho
na na na na ne ho
Na na na ho…”
(sur l’air de “Pardon Spezet”)
N’eo ket bemp deizh e c’helan skrivañ ur chronique/pennad-skrid e brezhoneg war un strollad sonnerezh brezhoneg a gann e brezhoneg !
Non, ce n’est vraiment pas tous les jours qu’on peut écrire en breton sur un groupe breton qui chante en breton ! Il y a comme un bout de fierté, de défense de la culture Bzh. Et bien entendu, quand on sait que le duo Tanork, 17 ans – mazette ! – à l’époque de la création du groupe en 2020, a pris ses racines dans l’enseignement Diwan (full breton pour ceux qui ne connaissent pas), on n’en est pas très étonné. Et ce n’est pas la maman d’une élève en bilingue Div Yezh que je suis, qui dira le contraire. Quand on est dans cette démarche, c’est sans conteste l’envie de défendre non seulement une langue qui était sur le point d’être perdue (merci les autorités qui avaient interdit l’usage du breton…. tiens, ça me fait un peu penser au français chez les flamands…) mais aussi une véritable culture forte.
Vous comprendrez donc que le fait de chanter plusieurs titres en langue bretonne n’est pas juste histoire de trouver le petit truc qui va les mettre en avant, les différencier. N’eo ket ! C’est une vraie philosophie. Bon, peut-être que je m’avance un tantinet…
Être breton.ne, c’est pas rien. Fierté d’un peuple qui va jusqu’à démultiplier son drapeau sur tous les événements de par le monde entier. C’est vrai, quoi… que serait un fest, un match, un concert, une fête sans un Gwenn ha Du traînant dans le coin de votre vision périphérique ?!
Bon, après ce préambule qui me semblait des plus importants pour mettre les points sur les I et démarrer tous ensemble (tous ensemble ouais ! ouais !) du bon pied, entrons dans le vif du sujet. Tanork, composé de Melaine Gautier à la basse, aux backing vocals et à la programmation et Eflam Castrec à la guitare et au chant, est arrivé en 2021 avec un EP entièrement instrumental, “Enhanced Surveillance”. De cet EP, on va retrouver pas moins de trois titres sur l’album “Destined to die…”, deux ans plus tard. Mais ces morceaux seront pimpés.
Pour commencer, l’arrivée du chant ! Et donc de paroles… Sur les huit titres que compte l’album, la moitié sera écrite et chantée en Breton. Bien souvent, le chant sera growlé, grave. Il n’y a que sur le troisième titre, un peu avant le milieu, que la voix va monter vers une voix plus saturée.
Ensuite, la production est beaucoup plus claire sur l’album que sur l’EP. Quelques secondes d’écoute d’un album à l’autre sont suffisantes pour entendre la différence. Mais la plus importante réside dans un côté thrash bien plus assumé. Les riffs sont pourtant les mêmes, mais le fait d’avoir accéléré le tempo, ôté le côté lourd de l’EP, apporte un réelle touche thrashisante à ce death. Dès lors on navigue entre plusieurs genres… Regardons de plus près :
L’intro est lourde à souhait. Pour ceux qui ne connaissent pas le groupe, on se voit partir dans un doom un peu fantastique. Petit regret d’une wah wah sur une basse en distorsion, qui casse un peu l’ambiance. La seconde partie de l’intro, avec la batterie programmée et la mise en place un peu alambiquée, offre un petit quelque chose de moderne.
“Enhanced Surveillance”, la seconde piste, arrive et avec elle le chant au milieu du morceau. Un chant typiquement death sur des riffs thrash. On est clairement sur du mid tempo (chose qu’on retrouvera sur tous les morceaux, par ailleurs). Bon, on ne peut nier la filiation avec “Product of Society” d’Infernal Torment, dans le riff thématique. Le jeu technique de la guitare est assez excellent, la basse n’est pas en reste. On sent que leurs débuts étaient uniquement instrumentaux.
A ce niveau, on récapitule : une intro un peu doomy, puis un premier morceau qui démarre comme du vieux thrash mais tout est remis en cause avec l’arrivée du chant typiquement death. Vous la voyez, la porosité des genres ?
“Ar Bed Edan ar Mor”, premier titre en Breton et troisième piste. On commence toujours par des riffs thrash façon années 80 Nord US. Ça groove pas mal ! D’ailleurs, vers 2:00 on a ce petit passage moins martial, plus lié et rond. 2:50, gros changement de riff après une fraction de seconde de break silencieux. Le morceau se termine sur un fade out qui accélère pourtant rythmiquement.
Ces breaks silencieux qui permettent de changer de riffs, on va en manger souvent, nous donnant une petite impression de collages de riffs. Et c’est peut-être là qu’il y a une marge de manœuvre pour évoluer : il y a comme un manque d’homogénéité et une envie de montrer tout son savoir-faire et sa culture musicale (très bonne par ailleurs). On va saluer toutes les mises en places un peu osées, les soli techniques ou les riffs qui vont emprunter aux grands noms (par exemple le riff de “Caught in a Mosh” d’Anthrax pour l’intro de la septième piste “Enebourion ar Peoc’h”). On salue, on applaudit, on respecte. Mais attention à ne pas en faire trop de démonstration. Car oui, les mises en place sont intéressantes, les riffs travaillés, on retrouve des techniques à la Morbid angel… Mais, peut-être qu’un chouïa de simplification amènerait un peu plus d’efficacité…
Malgré un aspect de formule répétée sur un mid tempo identique sur tout l’album, Tanork offre une pièce qui navigue entre plusieurs eaux, apportant une touche de fraîcheur dans des riffs classiques et monumentaux. Ecumant plusieurs scènes et désormais invité par des festivals, il nous faudra compter sur Tanork dans les prochaines années… si tant est qu’ils arrivent à s’extirper de l’empreinte de leurs aînés.
Genre : Rock Metal Label : Ellie Promotion Sortie : 14 Avril 2024
Note : 90 /100 (WvG)
Ça faisait un moment que je n’avais pas mis les pieds dans le milieu (et « les pieds, je les mets où je veux, Little John… »), un moment que mon encre noire ne s’ancrait plus sur la page blanche, un moment que ma verve s’était ramollie, que ma plume ne s’était pas redressée, sans que la muse m’habite… Bref, je ne suivais plus trop les actualités musicales metal and friends. La faute au temps, à l’envie et à une impression de redondance, de déjà-vu/entendu… Faut dire que, plutôt porté sur le Metal sympho ou Power, ça commence soit à tourner en rond (coucou les derniers albums de Rhapsody of Fire et Hammerfall) soit à s’auto-parodier pour continuer d’exister (Freedom Call… voire des groupes qui affichent clairement leur bannière parodique, type Nanowar ou Ultra Vomit – cf. leur album à venir).
Par conséquent, difficile de me donner envie de me bouger pour aller en concert, et encore moins en fest. Or il se trouve que Gisors accueille désormais deux festivals en plein essor et pérennes : le Gisors Metal Fest (plutôt typé HxC) et le Kave Fest (même si encore trop teinté Metalcore, avec une diversité plus marquée). C’est donc via l’affiche de ce dernier (Septicflesh en TA pour un prix modique, on ne va pas cracher dessus) que j’y ai remis le pied pour reprendre le mien, du moins essayer, et je n’avais donc pas du tout écouté les autres groupes dans le running order. Grand bien m’en a pris puisque ça m’a permis de découvrir Storm Orchestra, groupe dont je vais présentement vous exposer les raisons de ma satisfaction (et pourquoi j’écris de nouveau à votre encontre, lecteurs potentiels).
Orage ? Oh, des espoirs, jeunes espoirs sur la scène française de facto que cet orchestre, du moins ce trio parisien labellisé « alt-rock ». Pour faire assez synthétique, les puristes de greuh greuh et « y a pas de blastbeat donc c’est de la merde » peuvent passer leur chemin tout de suite, puisqu’ici, on se retrouve face à une symbiose entre Muse, Placebo, Breaking Benjamin et Nothing more pour un rock groovy et teinté metal. Leur concert au Kave fest ayant été carré et punchy m’a incité à faire un pit stop au merch’ et me procurer leur premier album intitulé « What a Time to be Alive » (après un EP paru en 2021) dont une bonne partie du set contenait les morceaux.
En fait, je devrais plutôt dire « tubes » parce que c’est redoutablement efficace ; on sent que le groupe fondé en 2013 a pris le temps de maîtriser son sujet avant de passer par la case studio et pondre un album aussi carré que l’a été leur set : onze titres et rien à jeter, tantôt balançant, tantôt mélodique, du premier riff de guitare à la dernière note de piano. Le trio constitué de Maxime Goudard (chant/guitare), Adrien Richard (basse/backing) et le dernier arrivé Loïc Fouquet (batterie) a mûri cet album (et probablement celui à venir dont je n’ai écouté qu’un single, « Bright Soul », à l’heure actuelle) de manière à faire ressortir la quintessence de leur musique et tout le potentiel qu’elle a en live, poussé à un niveau professionnel. De l’efficacité pendant une quarantaine de minutes.
Autre point (qui est peut-être un détail pour vous mais qui pour moi veut dire beaucoup), qu’on aime ou pas le timbre et les inflexions de la voix du chanteur, il y a UNE qualité indéniable : la qualité de l’accent ! Pas des français qui écrivent des chansons en anglais « parce que… » [ajouter la mention inutile] et baragouinent en yaourt mais un groupe qui veut fournir une réelle qualité auditive, ce que je respecte profondément.
Quand le morceau d’ouverture « Piece of you » donne le ton et la puissance, « Demons » calme le jeu et les glissandi sur « Criminal » (qui pourrait limite être une power ballad si le gros son n’était pas un argument de taille) apaisent et donnent de la tendresse dans la rudesse du grain cumulée à la lourdeur des frappes et la basse qui galope quand elle ne se fait pas pesante.
Je pourrais passer des heures à vous convaincre en vain, je vous invite davantage à jeter (puis récupérer) votre oreille et prendre votre pied, avec votre petit cœur – avec les doigts – de « fragile » qui préférera dire « gneu gneu, c’est pas metol », en allant écouter deux titres ci-dessous :
Si vous êtes amateurs de leurs influences, vous ne pouvez pas passer à côté de ce groupe en devenir (et pour une fois « à la française », sans être péjoratif).
Tracklist :
1- Piece of you
2- Suspect
3- Wait a Minute
4- Criminal
5- Now or never
6- Come undone
7- Tones of the Thunder
8- Queen
9- Break the Rules
10- DIE DIE DIE
11- Demons
Line up : Maxime Goudard – chant, guitare / Adrien Richard – basse, backing / Loïc Fouquet – batterie
Genre : black metal Label : Debemur Morti Productions Sortie : 5 juillet 2024
Note : 75 /100 (Seblack)
« House of the Black Geminus », quatrième album de Akhlys, est probablement un disque attendu par beaucoup cette année. Il faut dire que son prédécesseur, « Melinöe » avait fait, à juste raison, forte impression parvenant presque à mettre d’accord les anciens et les modernes. Un peu moins de quatre années après, le trio américain est donc de retour avec six nouvelles compositions qui s’étendent sur pas loin d’une heure de musique. Copieux donc mais grosso modo dans les standards du groupe. Comme depuis le deuxième album, cette nouvelle offrande sort sous le haut patronage du label français Debemur Morti Productions avec à la clef de très belles versions physiques. Bon assez clairement, l’auditeur devra se préparer à une écoute qui pourra s’avérer quelque peu éprouvante tant les compositions s’étirent impitoyablement dans des sonorités glaçantes autant qu’hypnotiques.
Plus encore que son prédécesseur, « House of the Black Geminus » dégage une froideur mécanique implacable qui se traduit par des textures synthétiques encore plus flagrantes. Renouant de manière plus franche avec les éléments dark ambient de ses débuts, l’album se voit aussi traversé par une piste instrumentale qui brouille encore un peu plus les quelques repères que l’on pouvait encore avoir après trois salves d’un chaos savamment orchestré.
Il n’y a guère de groupes capables de suggérer de manière aussi appuyée ces sentiments d’effroi et d’oppression. Avec ce quatrième album Akhlys semble repousser encore un peu plus loin les curseurs de la froideur et de la terreur. Tel un long cauchemar labyrinthique, la musique de « House of the Black Geminus » s’insinue partout où subsisterait la moindre étincelle de vie ou de lumière. Le souffle glacial des guitares et du chant balaient toute velléité de rester debout face à ce blizzard musical. Les dissonances et autres motifs “mélodiques” se chargeront d’achever minutieusement ce travail de destruction. Vous l’aurez compris, le trio américain ne fait ni dans la dentelle ni dans la facilité quitte parfois à en devenir aride ou un brin austère. Sans aucun doute l’exercice de style que propose Akhlys ici est poussé à un paroxysme peu commun et rarement le black metal n’aura sonné avec autant de modernité que d’inhumanité. Pour le reste chacun se fera son avis.
Tracklist :
The Mask of Night-Speaking (11:52)
Maze of Phobetor (07:35)
Through the Abyssal Door (09:12)
Black Geminus (05:55)
Sister Silence, Brother Sleep (09:56)
Eye of the Daemon – Daemon I (08:29)
Line-up :
Naas Alcameth – Chant, guitares, claviers, paroles et compositions. Nox Corvus – Guitares. Eoghan – Batterie et basse.
Genre : black metal Label : Piles of Head Sortie : 12 juin 2024
Note : 90 /100 (Seblack)
Gulguhk est un des multiples projets de Finian Patraic, plus connu pour son travail dans Ifernach (entre autres). Originaire de Gaspésie au Québec et issu des peuples natifs de cette région, il livre avec «Pillé, vendu et trahi» le deuxième album de Gulguhk.
En toute honnêteté, je ne connaissais pas ce projet et c’est de manière fortuite que je suis tombé dessus sur le Bandcamp du label Piles of Head. Le hasard a donc bien fait les choses car sans forcément connaître l’ensemble des tenants et les aboutissants de cet opus, il m’a totalement subjugué par son esprit belliqueux et un black metal comme on aimerait en entendre plus souvent.
Amateurs de la scène québécoise, d’un black raw, mélodique et teinté d’atmosphère acres, « Pillé, vendu et trahi » est fait pour vous. Agressif à souhait tout en n’étant pas qu’un condensé de haine aveugle, les six compositions se succèdent avec nervosité et sans le moindre temps faible. Pas de place ici pour la mollesse, les tergiversations ou même le consensus. Gulgukh est radical, intransigeant et entier. Les paroles en Français sont tout aussi tranchantes et semblent laisser leur place à l’histoire et aux racines des premiers habitants de la Gaspésie tout en piochant volontiers également dans la littérature avec “le mythe de la roche percée” inspiré de l’écrivain Yvan Goll et “l’enfer aux jaloux”.
Porté de bout en bout par une énergie vigoureuse et contagieuse, Gulghks délivre avec « Pillé, vendu et trahi » un album court, magistral et sans compromis. L’illustration même que le feu sacré du black metal brûle toujours.