Catégorie : Chronique

  • VOODUS – Emanating Sparks

    VOODUS – Emanating Sparks

    Genre : Black Metal
    Label : Shadow Records
    Date : 28 février 2025

    Note : 85/100 (LB D)

    Voodus est un quatuor suédois établi à Kungälv, au nord de Göteborg. Il s’est formé sur les cendres de Jormundgand, qui a eu juste le temps de publier deux démos ainsi qu’un album en 2014 avant de changer de nom en 2015.

    C’est le label suédois Shadows Records, véritable expert dans la préservation de l’esprit underground, qui a été le premier à reconnaître le potentiel de Voodus en les signant dès 2015. Après la publication de deux EPs consécutifs, c’est surtout son premier et très bon album, Into the Wild, en 2018, qui marquera les esprits et positionnera les Suédois parmi les grands espoirs de la scène underground. Mais voilà, au lieu d’enfoncer le clou, ils vont lever le pied et, d’une certaine manière, se reposer sur leurs lauriers en ne publiant qu’un modeste EP de deux titres en 2020 ainsi qu’un split contenant deux autres morceaux en 2021.

    Il aura donc fallu patienter sept ans pour voir émerger un deuxième opus ; c’est long, je trouve, pour un groupe aussi jeune. Alors, est-ce préjudiciable ou pas ? Personnellement, étant totalement accaparé par le flux incessant de publications au cours de ces dernières années, je dois bien avouer que j’avais quelque peu oublié l’existence de ce groupe. 

    C’est pour ça qu’une petite piqûre de rappel s’impose. En résumé, le premier album de Voodus se caractérisait par une approche du Black Metal profondément ancrée dans les années 90. Il était largement influencé par des groupes tels que Watain et Dissection pour ne citer qu’eux. Les moments forts étaient surtout quand ils alternaient les passages brutaux et les passages plus calmes, avec parfois de petites touches épiques qui les rendaient accessibles et addictives. Bien que l’originalité n’était pas vraiment au rendez-vous, cet album était quand même de bonne facture et demeurait très plaisant à l’écoute.

    Alors, ça donne quoi ce nouvel album ?

    Une première analyse s’impose : « On ne change pas une équipe qui gagne », on reprend les mêmes ingrédients qui avaient contribué au succès du premier album. L’influence de Watain et de Dissection est toujours perceptible, en particulier les morceaux “The Call of the Abysmal Deep” et “The Scorned” pour le premier groupe mentionné, en revanche, le titre éponyme et “Below And Beyond” s’apparentent davantage au second.

     Après plusieurs écoutes, on remarque tout de même que sur ce deuxième album, Voodus ne s’est pas contenté de faire un vulgaire copier-coller de Into The Wild. Les Suédois ont choisi d’enrichir leur musique avec de nombreuses parties dramatiques et mélancoliques afin d’éviter une influence trop prononcée des deux groupes mentionnés plus haut, souvent source de pièges. En témoignent, le court instrumental plutôt sinistre en introduction de l’album, les breaks bien sentis dans “Emanating Sparks” ou “The Scorned”, ainsi que la partie acoustique qui débute “Below and Beyond”. Cependant, l’exemple parfait reste le titre “Hieros Gamos”, où l’on peut percevoir des mélodies à la fois tristes et sombres avant de se plonger dans un Black Metal intensif, caractérisé par des riffs glaciaux et des blast beats frénétiques.

    Autre titre qui se démarque de cette influence : « Where the Whispering Wind Blows ». S’étendant sur plus de douze minutes, il s’apparente davantage à un Black metal atmosphérique et mélodique. Les accords de guitare acoustique, empreints de mélancolie, sont accompagnés d’un vent glacial, ouvrant la voie à une séquence de Black metal féroce aux riffs incisifs et dévastateurs. Puis, de manière soudaine, le tempo ralentit : les guitares prennent une tournure dépressive, le vent glacial

    réapparaît, le chant devient plus malsain et un piano lugubre, accompagné d’une voix féminine, nous guide jusqu’à la conclusion de l’album. Ce morceau se rapproche davantage de la scène allemande avec des groupes tels que Imperium Dekadenz, plutôt que celle de la Suède. Bien que cela ne soit que mon opinion personnelle, je pense sincèrement que ce titre est le plus abouti et le plus original de leur jeune carrière.

    Avant de conclure, j’émettrai un petit bémol sur cet album : je trouve qu’il lui manque un petit quelque chose pour être vraiment excellent ; à la limite, il est presque trop propre et peut-être pas assez “evil”. Bon, allez, je chipote un peu, ils ont quand même réussi à préserver par moments l’agressivité et la ferveur qui caractérisent si bien la scène scandinave. Mis à part ce petit reproche, il est évident que Voodus a su faire évoluer son Black Metal vers des dimensions plus mélodiques et mélancoliques, tout en s’intégrant harmonieusement dans le paysage musical de leur pays.

    Le dernier titre illustre parfaitement cette démarche et pourrait servir de référence pour leurs futures compositions, leur permettant ainsi de se démarquer de leurs prestigieux prédécesseurs et de façonner encore davantage leur propre identité musicale. Bon, ceci étant dit, on n’attend pas encore sept ans pour un troisième album, okay ?!  

    Tracklist : 

    01 – Harbinger of Death

    02 –  Emanating Sparks

    03 –  The Call of the Abysmal Deep

    04 – The Scorned 

    05 – Below and Beyond 

    06 – Hieros Gamos 

    07 – Where the Whispering Wind Blows

    Line-up :

    Tfw – Guitares, Chant

    Ek – Guitares

    Desekrator – Basse

    Mf – batterie

    Liens : 

    https://www.facebook.com/voodus666#

    https://regainrecords.bandcamp.com/album/emanating-sparks

    https://www.instagram.com/voodus666

  • Orbital Decay MMXXIV –  Anthropos Anathema

    Orbital Decay MMXXIV –  Anthropos Anathema

    Genre : Black Metal/ parfois atmosphérique, parfois indus, parfois Black’N Roll
    Label : L’Ordalie Noire 
    Sortie : 28 Mars 2025

    Note : 80/100 (Mémé Migou)


    Il est des rencontres qui semblent couler de source.

    Ainsi, Le Corbusier aura rencontré l’après-guerre, alors que le monde était en train de pourrir sur les cendres chaudes d’un temps qu’on espère ne plus revoir. Hélas…

    Ainsi, le béton a rencontré le fer et le verre dans un maelström de plans et de concepts philosophico-architecturaux. Le Brutalisme aura à la fois brutalisé de nombreux locataires, quand d’autres s’en réjouissent et spéculent.

    Ainsi, il en est de J et K, alias Jonathan et Karine, qui unissent leurs capacités respectives – J à la composition et à la réalisation musicale, K à l’écriture poétique des lyrics – pour créer une œuvre qui leur ressemble : Orbital Decay MMXXIV.

    Né de cette rencontre, Orbital Decay MMXXIV porte sa date de naissance comme un chronogramme sur le fronton de sa demeure. MMXXIV… et pourtant, le premier single remonte à 2023… Mais ne chipotons pas… De cette jeune union une ambition palpable se fait tangible, car dès ce vendredi 28 mars 2025, le premier album verra le jour. Anthropos Anathema

    Souvenez-vous de Chandigarh, cette utopie brutaliste où toute une ville est pensée et régie par le rationalisme et le minimalisme des matériaux bruts. Elle est décrite comme « la cité idéale ». Tout est pensé par secteurs (il y en a 61), organisés autour de quatre fonctions (l’habitation, le travail, les loisirs et la circulation). C’est comme un immeuble de Le Corbusier, élaboré avec des unités d’habitations.

    Pourquoi Mémé vous parle de cela ? Parce que ça continue la comparaison avec Anthropos Anathema, à deux niveaux.

    Le premier, le plus easy, ou visible, est celui de cette Humanité qui est excommuniée de la cité idéale. Anthropos Anathema, excommuniée, virée, bannie… Il faut dire, comme un conglomérat de blattes ou autres nuisibles, les Humains détruisent tout sur leur passage, laissant pourrir ce qui doit revenir aux générations futures. Pas étonnant de les voir se faire signifier un bel avis d’expulsion !

    Le second niveau est plus pernicieux… Rappel : j’ai parlé plus haut des unités modulables d’habitations. C’est un peu la prolongation de chaque titre de l’opus global, qui fera office d’immeuble complet (saviez-vous qu’à Hangzhou, en Chine, le Regent International peut accueillir jusqu’à 30 000 habitants?!).

    Qu’entends-je par là ? Eh bien que chaque titre porte en lui non seulement une ambiance bien spécifique, mais aussi des vocalistes différents. Car oui, K ne chante pas, elle écrit. J ne chante pas plus, il joue de tous les instruments, compose et produit… Qui donc va chanter ? Eh bien plusieurs candidats, dont la plupart ne nous sont pas inconnus. Ainsi, nous aurons Misein (FT17 entre autres… d’ailleurs, pensez à aller voir l’interview que nous avons faite de FT17 avec Tom) sur deux titres, dont celui qui ouvre l’opus, « Brutalism » et le second, « Amen ». Normal, ils sont voisins de palier, ces deux titres. Ensuite, nous avons Florian Desormière (ex Grimhowl Grave, ex Dysmorphic, …) vient pousser sa voix sur « Elder Gods » et « Ozymandias », les deux derniers titres de l’album. À noter que nous avons sur cet ultime titre une voix supplémentaire en la présence de Soizig ( mea culpa) offrant alors une coloration toute particulière. 

    Il n’est pas étonnant que le label estampille le projet « ffo Dimmu Borgir (mais pas que !) », entre les chœurs et les nombreuses nappes de synthé, électro ou indus. Mais ce n’est pas tout, nous avons Nicolas Foucault (Vosegus, Trollheart, FT17 et bien d’autres) sur «Drowned » et Romain Nobileau (Toter Fisch) sur le titre éponyme de l’album. Bon, tout ce petit monde se retrouve en guest sur un projet nantais, signé par un label nantais, chacun ayant des liens avec le milieu nantais (non, ce n’est pas une mafia). C’est un album de voisins, qu’on trouve ici. Mais des voisins de qualité. Le monde est petit, surtout quand on le compare à un seul immeuble brutaliste.

    Les unités de l’album, en d’autres termes les différents titres, vont également proposer des ambiances changeantes, non seulement d’un titre à l’autre, mais de façon intrinsèque également. Plusieurs titres sont longs et offrent plusieurs breaks qui, pour ma part, ne sont pas toujours amenés de la meilleure des manières qui soient (par exemple  sur « Brutalism »). Bon, et tant qu’à faire, autant lâcher mon petit point noir de l’album, qui justement peut être en lien avec cette comparaison de l’immeuble brutaliste : j’ai parfois cette impression de juxtapositions de plans et d’ambiances. Il me manque un soupçon de mastic ou de ciment entre les blocs de béton, autrement dit un brin de cohérence.

    Bon, ça c’est dit, passons aux aspects positifs. D’emblée, que ce soit la description du groupe ou celle du label, on n’est pas pris au dépourvu. On nous parle d’influences Mglà, Blut aus Nord avec de la dissonance, Dimmu et NIN. Ce qui va être intéressant c’est que – oui, je vais légèrement me contredire – on commence avec l’aspect grandiloquent du Black’N Roll à la Mglà. Dès le premier titre, cela s’entend, avec des riffs marqués et des incursions indus pour aller vers des choses plus « atmosphériques » et symphoniques. Et si… je vous parlais de Satyricon, avec leur titre « Angrstridden », de l’album Volcano qui laisse pas mal d’influences ici. Le chant, les plans… Vous êtes d’accord ?

    « Brutalism » vous fera passer par de nombreuses atmosphères, avec autant de Black atmosphérique, de nappes de claviers, de l’indus, des ralentissements…

    « Amen » sera plus typé Black Metal. Le propos suit. Ce ne sont pas de simples paroles, ce sont des poèmes mis en musique. Nous avons un riff qui va tourner sur un temps assez long, offrant une mélopée qui restera en tête. Elles sont par ailleurs très classieuses, ces mélodies. Sur ce titre, à plusieurs reprises, nous aurons des nappes (ou des interventions) de cuivre qu’un François Kärlek n’aurait pas reniées. La seconde partie du morceau prendra déjà la route du Black Atmosphérique, avec entre autres, cette envolée de clavier, vers 3:30.

    Plus on avancera sur l’album, plus on ira vers des atmosphères moins sautillantes que celles du Black’N Roll. Le troisième titre, « Drowned », est de la trempe des titres angoissants. On sent planer sur nous les ailes noires du grand corbeau annonciateur de séisme. Là encore, les structures, derrière, donneront de la dissonance, pour rajouter au malaise ambiant. La fin, après un passage à la fois de piano et de synthé, ne laissera pas sans étonner par le chant clair qui sort sans crier gare.

    « Anima Mundi » est le seul morceau instrumental, comme un enterrement en plein milieu d’une tempête. De la tristesse et du froid…


    Certaines voix offrent des incursions dans le Death, accompagnées, par ailleurs de riffs de bon aloi. Je pense à « Anthropos Anathema ». On navigue entre Black et Death. Là, la rythmique y est volontairement bancale. C’est un fait, le travail de la batterie est intelligent. La fin du titre est enveloppée d’une orchestration qu’un Septicflesh aurait appréciée.


    Pénultième titre, « Elder Gods », vous cueillera à divers niveaux : ses passages au piano, l’orchestration touffue, et vers 3:00 ce chant clair à la voix façon Johan Edlung ou encore du groupe Embraced (sur le titre « The Beautiful Flow of an Autumn Passion »… sur l’album Amorous Anathema… tiens donc…)

    Et pour terminer en apothéose, « Ozymandias » qui, à l’instar du titre d’ouverture, vous offrira un florilège pour que vous puissiez garder en bouche et en oreilles l’album et tout le travail que Orbital Decay MMXXIV vous propose. Une forme de prière qui s’élève comme une volute d’encens, du papier d’Arménie qui nettoie les habitations des mauvaises ondes. Et tout à la fois, flotte un peu de Dimmu et de Morgul, avec ce petit côté piano Honky Tonk désaccordé.

    Alors oui, on a parfois des riffs et des plans qui peuvent nous sembler avoir déjà été entendus. Mais le tout est terriblement bien foutu. Et puis, merde, on passe un excellent moment à écouter cet opus qui, pour un jeune groupe – rappelons, création en 2023 ! -, est déjà bien réfléchi. Dans la cité idéale de la musique extrême, on sent les influences des ancêtres. Il reste juste à les digérer un peu pour prendre son envol. Car nul doute que Orbital Decay MMXXIV est un architecte à suivre au plus près.

    Tracklist :

    1. Brutalism
    2. Amen
    3. Drowned
    4. Anima Mundi
    5. Anthropos Anathema
    6. Elder Gods
    7. Ozymandias

    Line up :


    J – Composition, Musique, création design

    K – Écriture paroles.


    Guests :


    Misein – chant sur Brutalism et Amen

    Florian Desormière – chant sur Elder Gods et Ozymandias

    Nicolas Foucault – chant sur Drowned

    Romain Nobileau – chant sur Anthropos Anathema

    Soazig – Chœur sur Ozymandias

    Liens :

    https://orbitaldecayuniverse.bandcamp.com

    https://www.facebook.com/profile.php?id=61556767846604

    https://www.instagram.com/orbitaldecayuniverse

    https://www.youtube.com/@orbitaldecayuniverse

    https://www.lordalienoire.fr/orbitaldecaymmxxiv

  • ARKAIST – Aube Noire 

    ARKAIST – Aube Noire 

    Genre : Black Metal
       Label  : Antiq Records
         Sortie : 27 Février 2025

      Note  : 94/100 (LB D)

    Arkaist est un “petit nouveau” sur la scène underground hexagonale. Petit nouveau oui, mais que par son nom alors, car il a été fondé suite au déménagement à Rennes en 2023 des deux protagonistes bien connus de la scène Black Metal française. 

    D’une part, Maeror, au chant et à la guitare, est surtout connu pour son investissement dans le groupe Azgarath. D’autre part, Beobachten, qui officie également à la guitare, à la basse et aux synthés. Lui, on le retrouve en tant que musicien live chez les groupes Créatures ou Hanternoz. Actuellement, il accompagne Sans Visage pour les premiers concerts de Prieuré. Tous deux évoluent au sein de l’univers d’Antiq Records, il n’est donc guère étonnant qu’Arkaist ait choisi de signer avec le label de Hyver Mor pour la publication de son premier album.

    Afin de compléter leur formation et de pouvoir enregistrer leur premier album, les deux comparses ont fait appel à deux de leurs connaissances. Ainsi, on rejoint la troupe, Gwenc’hlann An Teñval en tant que bassiste, principal compositeur et chanteur au sein du groupe breton Formoraich et Cryptic à la batterie, également batteur dans la formation corrézienne Azgarath. Tous deux collaborent avec Maeror dans les groupes susmentionnés tout en apportant également leur petite touche personnelle aux compositions du premier album.

    C’est un peu par hasard que j’ai découvert l’existence de Arkaist. À vrai dire, je ne sais même plus comment ces vidéos de répétitions sont arrivées sur mon fil d’actualité d’un réseau social bien connu. Tout cela m’avait bien mis l’eau à la bouche, et les deux premiers titres diffusés en avant-première n’ont fait que renforcer l’estime que je commençais à porter à ce groupe.

                                                       *

    C’est le titre éponyme de l’album qui ouvre le bal. Les premiers riffs sont saccadés, alliant lourdeur et brutalité ; le chant, quant à lui, est rauque, haineux et dénué de toute variation émotionnelle. Parfois aidé par Gwenc’hlann An Teñval, Maeror vocifère toute sa haine de l’humanité avec un esprit très old school. La production réalisée avec soin par Sven Vinat, autre personne gravitant autour du label Antiq, est parfaitement adaptée à ce style. Il a su établir un équilibre judicieux entre un son brut, épuré et un son moderne, sans toutefois tomber dans l’excès de la surproduction. On ne peut pas se tromper sur la marchandise, cela sent bon le Black Metal des années 90.

    Et ce n’est pas l’apparition des synthés qui me fera changer d’avis. Ils sont essentiellement utilisés en fond sonore, apportant beaucoup de mélodies et de profondeur aux compositions ; ils savent aussi se faire plus présents, notamment sur “Prophète de sang”, engendrant un côté beaucoup plus atmosphérique.

    Tout au long de cette œuvre, le tempo reste relativement soutenu. Mais heureusement, Arkaist sait le ralentir à certains moments, “Anachorète” en est le parfait exemple. Ce titre est explosif, dans lequel l’influence de Tsjuder, Behexen ou les vieux Marduk sont indéniables : on se prend une tornade en pleine tête à coup de riffs tranchants et de blast beast intensif. Le ralentissement au sein du morceau est particulièrement bienvenu, cela permet de souffler un peu avant de se reprendre une nouvelle bourrasque dans la tronche. Ce titre est sans concession, mais quelque part, tellement jouissif.  

     Arkaist ne se limite pas à un Black Metal fortement inspiré par la scène scandinave. Maeror et Beobachten ont su intégrer une “french touch” dans leurs créations. Cela se traduit, tout d’abord par l’utilisation du français dans les sept titres que composent Aube Noire. Mais c’est plus précisément les interventions en chant clair qui se révèlent être en parfaite osmose avec cette fameuse touche française. Pour preuve cette voix sur “Ode à la Haine” qui nous rappelle aisément celle de Hreidmarr à travers ses divers projets.

    Sur “Anachorète” et “Puer Aeternus”, on ressent plutôt l’influence du groupe Au Champs Des Morts. Cependant, c’est sur “Linceul d’Éther” que l’on découvre le plus clairement la signature de Stéphane Bayle : le passage sombre et mélancolique évoque, de manière troublante, un poème profondément baudelairien. On peut également aller plus loin si l’on veut, en évoquant l’esprit du groupe culte Forbidden Sites. On retrouve également beaucoup de similitudes avec les groupes signés chez Antiq Records ; ce n’est peut-être pas un hasard non plus si l’on retrouve Arkaist au côté des groupes comme Pâlefroid, Morte France ou autre Véhémence.

    Le titre le plus emblématique de cet album demeure, à mes yeux, “Terre Ancestrale”. Véritable hymne qui rend hommage à la terre de nos ancêtres, un appel puissant à l’aimer et à la défendre. Ce brûlot démarre par un chant qu’on pourrait qualifier de “militaire” dont les paroles inspirent fierté et courage et inciteraient n’importe quel soldat de la Légion étrangère à partir au combat. À souligner que ce morceau se termine sur une atmosphère assez sombre et tragique, où l’imagerie cinématographique est saisissante, comparable à celle d’un excellent film de guerre. Illustrant la désolation et la détresse des civils face à leur ville réduite à un champ de ruines. Ou alors, tout simplement, ne représente-t-elle pas l’image du thème central de cet opus : la décadence, la perte de repères et l’isolement croissant dans une société en déclin?

    Pour conclure cette chronique, je dirais que cet album est bestial, rageux et sans concession au possible, il vous prend aux tripes pour ne plus vous lâcher, exécuté avec brio par des musiciens intègres et sincères dans leur vision du Black Metal. J’en ai été convaincu dès les premières écoutes, je ne me lasse pas de l’écouter. Il faut dire aussi que je suis assez friand de ce style musical, et finalement, il est assez proche de ma conception de ce metal noir que j’apprécie tout particulièrement. 

    Alors, si vous aussi, vous appréciez ce type d’art noir traditionnel avec cette petite touche de modernité, je ne peux que vous le recommander. Allez, foncez-y, vous n’allez pas le regretter.

    Tracks : 

    01 – Aube Noire

    02 – Ode à la Haine 

    03 – Prophète du Sang 

    04 – Terre Ancestrale

    05 – Anachorète 

    06 – Linceul d’Éther 

    07 –  Puer Aeternus 

    Line up : 

    Beobachten – Guitare Lead, Basse, Synthé, Chœurs/ Arrangements + Composition

    Maeror – Guitare rythmique, Voix principale / Composition

    Gwenc’hlann An Teñval – Basse, Voix secondaire, Chœurs

    Cryptic – Batterie

    Liens : 

    https://www.facebook.com/profile.php?id=61556108906004

    https://arkaist.bandcamp.com/album/aube-noire

    https://www.instagram.com/arkaist.bm

    https://antiqrecords.com/?s=Arkaist&post_type=product

  • Malkavian – Delusion

    Malkavian – Delusion


    Genre
    : Death/Thrash Metal… Mais pas que !
    Label : L’Ordalie Noire
    Sortie : 10/01/2025

    Note : 85/100 (Mémé Migou)

    Ce sont des enfants stars, vous savez, ces jeunes qui tournent tôt et connaissent quasi de suite le succès. Si on pense à la genèse du groupe comme à leur enfance, alors oui, ce sont des enfants stars qui, dès leur premier EP, November Ends, ont partagé la scène avec de grands noms. Ils ont connu de grandes scènes, le Motocultor, le Hellfest… De qui parles-tu Mémé ? Eh bien, de Malkavian, pour sûr !


    Et puis, après 2 Albums…

    8 Ans ! Vous vous rendez compte ? 8 Ans sans donner de leurs nouvelles… Bon, ce n’est pas tout à fait vrai… Il y a eu un EP de 4 titres, dont la moitié a été reprise pour ce Delusion. Ainsi que le single « Calling Out the Prophet ».

    D’un autre côté, il fallait bien tout ce temps pour entamer la mue du groupe d’un Thrash Groove Metal vers tout autre chose. Les enfants stars grandissent et évoluent pour ne pas s’ankyloser dans ces rôles qui ont fait leurs beaux jours, mais qui ne leur correspondent plus. Alors notre jeune groupe-là, il a fait de même. Il a grandi, il a vieilli et il a bonifié…

    Et en début d’année 2025, comme un retour de l’enfant prodigue (autant que prodige), Malkavian nous revient en pleine forme avec un 9 titres, Delusion et son nouveau look.


    Nouveau look à deux niveaux, le premier étant sa signature avec un label nantais, assez jeune, mais au roaster bien choisi, L‘Ordalie Noire. Nous ne serons pas étonnés que le second niveau soit celui du genre, comme un fute bien ajusté. Un skinny, une seconde peau.

    Et ça s’entend dès le premier titre de ce nouvel opus, « Calling Out the Prophet » qui, même si le premier cri, qui arrive après une fessée de batterie, reste marqué de l’accent Thrash, toute l’intro se fait sur un tempo plus lent que ce qu’on attend d’un Thrash Metal, plus lourd et sur une impression plus grave. Et c’est bien ce qui va tendre tout au long de l’album, on va naviguer sur des eaux troubles, bouillonnantes parfois, des rapides qui restent dans l’attitude Thrash des débuts, mais aussi des eaux plus tumul-tueuses. Car on a un réel virage Death mélodique, parfois même épique, appelant les auditeurs à les suivre dans cette épopée. Et cela ne s’arrête pas là, car on trouvera, dans le courant de l’album, des relents Black Metal, pour une ambiance très sombre. Dans l’interview qu’il nous a accordée avec Romaric, Nicolas, guitariste et cofondateur, nous parle également d’influences cold et gothiques, rajoutant encore à cette impression de noirceur et d’étouffement. Vous voulez un exemple, écoutez donc l’intro de « Life can’t be Undone »  ou encore « The Cold Place ». Attention, si vous avez le moral dans les chaussettes, ça ne va pas vous mettre du baume au cœur.


    Mais rassurez-vous, Thrashers invétérés, il reste encore des titres ou des passages typés de votre genre fétiche. Romaric, dans ses divers chants, offre encore des morceaux avec sa voix typée Thrash US, comme dans le second titre « Threshold of Death »… Également, avec le jeu de batterie. Néanmoins, Thrasher, il te faudra accepter d’emprunter d’autres chemins, au fil du voyage.

    Repartons avec cette 3ème piste, abordée plus haut, « Life Can’t Be Undone », qui nous terrasse de son intro au spleen évocateur. Le chant y est plus écorché. Et ce riff, en arrière-plan vers 1:55… Et cet autre, vers 2:20 qui apporte une touche Black… Et pourtant, vers le milieu du morceau, ni vu ni connu, on se retrouve avec cette impression de Death-Thrash où chacun aura droit de citer. On a le solo de la basse (son typé Darkglass) ou encore la guitare et son envolée vers 3:35. Sans excès. Jamais. Et l’air de rien, on revient sur un tempo plus lent et la mélancolie du début. Parfait !

    Romaric et Nicolas, lors de la release party au Cold Crash 15/2/25. Crédit : Mémé Migou

    Abordons un peu des riffs… Nous avons de très bons riffs qui seront étirés. Cependant, on ne s’ennuiera jamais puisque, mine de rien, Malkavian a cette intelligence de composition d’apporter de petites altérations qui va faire évoluer le tout. Par exemple dans l’intro du titre « The Cold Place » ou encore « Tormented Souls ». On garde encore, de temps en temps, un peu de groove sur les riffs, parfois même dans les breaks qui sont toujours efficaces. Cette respiration qui permet de se projeter dans la musique. Pour autant, cet aspect sera bien moins prégnant que dans les précédents albums. Les riffs sont bons et les soli de guitare… allez, écoutez donc « Devotion in Pain », vers 2:45, et vous comprendrez. C’est de la dentelle.

    Les titres vont s’enchaîner avec des colorations différentes. Entre ce qu’on avait l’habitude d’entendre chez Malkavian, mais avec des passages différents. Et puis d’autres à la coloration plus lourde. Écoutez-moi cette voix de Romaric dans « The Cold Place », vers 2:35. Mais quelle beauté ! Ce côté cold wave lui va comme un gant. On en redemande ! Surtout quand il s’énerve pour offrir des fins de phrases soit growlée soit plus saturée dans l’aigu. 


    La prod est moderne, touffue, laissant chaque instrument s’exprimer. Quant à l’artwork, il est assez étonnant pour un groupe qui, à la base, est libellé Thrash/Groove.Ça ça met déjà la puce à l’oreille….. Il est signé Newsalem.


    C’est un retour gagnant. Gagnant en maturité de groupe. Gagnant car l’album est une réussite. On peut certes survoler l’opus, mais un moment, l’oreille va être tirée façon “hop hop hop, viens écouter ça, toi” ! Et une fois que tu écoutes avec ton cerveau, tu te dis que c’est sacrément bien écrit. Mais le principal, c’est avant tout d’écouter avec ses sensations et de laisser parler ses poils. Delusion, c’est un album qui, au-delà des étiquettes Metal, va surtout être 45 minutes d’émotions variées, passant du pesant, du dissonant (« Devotion in Pain ») à la colère et à la tristesse.


    Le dernier titre, « Desperate All Out War », résume à lui seul tout ce qui a pu être dit. On a les poils dressés !

    Tracklist :

    1. Calling Out the Prophet
    2. Threshold of Death
    3. Life Can’t Be Undone
    4. Splattering the Wall
    5. The Cold Place
    6. Church of Violence
    7. Tormented Souls
    8. Devotion in Pain
    9. Desperate All Out War


    Line up :

    Nicolas Bel – Guitare

    Romaric Lamare – Chant

    Florian Pesset – Basse

    Martin Allas – Batterie

    Alexandre Arnout – Guitare


    Liens :

    http://malkavian.bandcamp.com/

    http://www.facebook.com/Malkavianmetalfr

    https://www.instagram.com/malkavian.band

    https://www.youtube.com/channel/UCA_6p0MJ2XTKKEovwj8tqjQ

    Retrouvez l’interview ici :

    Retrouvez le live report de la release party au Cold Crash ici :

  • Admire the Grim – Resist

    Admire the Grim – Resist

    Genre : Death mélodique
    Label : Inverse Records
    Sortie : 31 Janvier 2025

    Note : 66/100 (WvG)

    Je vous ai déjà parlé de mon excursion en Finlande ? Non ? Normal, je n’y ai pas mis les pieds… mais pourquoi pas un petit tour du côté du lac Bodom, avec les enfants… J’imagine que je ne dois pas être le seul à y avoir pensé puisque le groupe Admire the Grim, lui-même natif de ce pays, est très inspiré par le groupe de feu Alexi Laiho. Plein feu sur le lac avec cet album intitulé sobrement Resist.

    Pas de grande surprise donc si je vous dis qu’il s’agit de Melodeath dans le style, limite à quelques encablures, je vous aurais dit « Sweddeath » mais bon… Pourquoi donc ? Parce que les teintes vocales ne sont sans évoquer celles d’une certaine Angela Gossow, ex-front woman de Arch Enemy. Factuellement, avec deux sources d’inspirations aussi marquantes et marquées dans le genre, on part sur de bonnes bases et le groupe propose un premier album efficace et nerveux, après avoir fait paraitre de multiples singles et un EP depuis 2022. Difficile de s’étonner aussi du fanboy qu’est le guitariste-compositeur envers son mentor musical quand il en est limite un clone, jusqu’au modèle de guitare ESP.

    Malheureusement, avoir de grandes références ne veut pas dire en faire une copie quasi conforme mais aussi trouver son identité, quitte à s’approprier des influences. Si la qualité tant sonore que dans les compositions est présente, on n’a que trop l’impression d’un copié-collé des multiples époques et morceaux des deux groupes inspirateurs, disons…

    Autant vous dire que ceux qui mettent le pied dans le genre s’en prendront un au cul, légitimement, mais les briscards habitués tant au Death mélo que les fans d’Arch Enemy ou CoB (vaguement In Flames) auront du mal à ne pas se dire « Hé ! Mais je connais ce riff !!! » tout au long de la trentaine de minutes répartie en « singles » au format radio edit, tantôt dans Khaos Legion du premier, tantôt dans BloodDrunk du second. Ironiquement, le morceau que j’ai trouvé le plus original, c’est la ballade acoustique centrale « Acoustic Melodies from the Past and the Present » (et encore, ça sent limite le pompage d’un autre groupe local, Sonata Arctica).

    Je sais que c’est compliqué de renouveler un genre qui atteint petit à petit, si ce n’est pas encore totalement le cas, ses limites, mais un petit effort d’authenticité, de recherche et donc… d’effort serait le bienvenu, quand il est difficile de ne pas supposer une stratégie commerciale de par la conception même du parcours de carrière avec des parutions régulières plutôt qu’une réflexion aboutie, quand bien même cet album serait le fruit de deux années de travail (dixit le groupe).

    C’est bien le principal reproche qu’on peut faire à un groupe de cette trempe et ces qualités, individuellement comme en ensemble, du point de vue exécution et production : être de simples copycats plutôt que des compositeurs originaux. Mais bon, le combo finlandais est encore jeune, peut-être que le temps et la maturité leur viendront en aide pour trouver leur patte personnelle.

    Bref, Resist, prouve que tu existes autrement qu’en fac simile.

    [NB : par contre, celui qui crée leurs artworks, eux aussi « inspirés » de CoB, les premiers, et de Khaos Legion (encore) pour le single, gère pas mal.]

    Tracklist :

    01 – Crescent Moon

    02 – Resist

    03 – Revolutions

    04 – Rivers to Surge

    05 – Acoustic Melodies From The Past And Present

    06 – Choke On Your Words

    07 – .Hypocrite

    08 – Mad Queen Of The Second Sun

    09 – No Limits

    Line up

    Katri Snellman – Chant

    Jani Loikkanen – Guitare

    Sirja Ojaniemi – Guitare

    Petri Hänninen – Basse

    Tommi Vante – Batterie

    Guest :

    Antti Hyyrynen – Chant additionnel sur « Resist » 

    Liens

    https://www.facebook.com/admirethegrim

    https://www.instagram.com/admirethegrim

    https://www.youtube.com/channel/UChaWXJ8S_pUzrKH0fywCI1Q

  • Retromorphosis – Psalmus Mortis

    Retromorphosis – Psalmus Mortis

    Genre : Brutal Death Technique
    (mais pas que)
    Label : Season of Mist
    Sortie : 21 février 2025

    Note : 95/100 ou “mais oui évidemment que c’est bien t’as vu le CV des mecs ! Évidemment qu’ils arrivent à faire l’album de l’année, ils soûlent aussi ces mecs à savoir autant maîtriser la technique que l’art de la composition et les nuances et la brutalité… et puis alors ce son évidemment parfait… PUTAIN !”  Robin qu’hallucine

    Le grand retour

    Mais oui, voilà !

    Donc c’est simple…

    Voilà !

    Y a deux groupes incroyables !

    C’est des groupes, mon copain, z’ont niqué le game du Death tech à leur époque !

    Alors y a eu eux, les ricains drogués, Decrepit Birth : du Death sous acide, t’as qu’à voir leur pochette… Bref, tu prends leur truc là, Diminishing Between Two Worlds, pfiou ça t’envoie dans un délire petit, tes tripailles, elles se font secouer jusqu’à ce qu’elles te remontent aux yeux. Mais t’en redemandes !

    Puis Spawn of Possession alors eux avec leur second album, Noctambulant, aussi y t’ont fait du bien en faisant du mal… Ah c’est beau et en même temps ça te casse en deux. Eh ouais, c’est au-dessus de toi et tu t’en rends compte à chaque instant. Entre du Bach et du Disgorge forcément ça casse ton corps et ton cerveau. 

    Puis les mecs qui aiment bien foutre des ambiances qu’ont rien à faire là, qui veulent être bourrins tout en étant… mélodiques, subtils, et élégants. Bref ! Des européens !

    C’est eux d’ailleurs qui gèrent le truc.

    Alors, moi, y m’énervent ces zoziaux là parce que, tu vois, ils s’appellent avec un nom barbare très nul. Mais leur album-là, il est parfait !

    Je veux dire, c’est un premier album mais pas vraiment un premier album.

    Et ils savent faire court, ils savent faire long, ils savent se faire franchement plus lyriques, puis franchement plus brutaux, puis savamment doser les deux. Ils savent faire en sorte que tous les instruments aient leur rôle !

    Et toutes les compos, elles sont superbes.

    C’est jamais linéaire !

    C’est jamais éreintant !

    C’est jamais trop !

    C’est jamais assez !

    C’est jamais facile !

    C’est jamais imbitable !

    C’est l’album des jamais !

    Il m’éneeeeeeeeerrvvve, cet album, il est parfait ! 

    Scrogneugneu !

    Un putain de bijou !

    Une putain perfection !

    Circulez, y’ a rien à voir !

    C’est un putain de chef d’œuvre voilà le problème !!!

    Au revoir !

    (Et les textes ? Ahhhh ! Eux sont assez nuls pour le coup ! Hé t’as trouvé un défaut !)

    Tracklist:

    1. Obscure Exordium

    2. Vanished

    3. Aunt Christie’s Will

    4. Never to Awake

    5. The Tree

    6. Retromorphosis

    7. Machine

    8. Exalted Splendour

    Line up:

    Erlend Caspersen – Basse

    KC Howard – Batterie

    Jonas Bryssling Guitare

    Christian Münzner – Guitare

    Dennis Röndum – Voix

    Arif Septian : Artwork

    Magnus Sedenberg : Producer, Mixing, Mastering, Engineering

    Zack Ohren : Engineering (drums)

    Liens : 

    https://retromorphosisofficial.bandcamp.com/album/psalmus-mortis

    https://www.facebook.com/retromorphosis.swe

     https://www.instagram.com/retromorphosis_official/

    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/0fBVXSuBO4MlVPMmugfW7L

  • Berlial –  Nourishing the Disaster to Come

    Berlial –  Nourishing the Disaster to Come

    Genre : Black Metal
    Label : My Kingdom Music / Source Atone Records 
    Sortie : 7 Février 2025

    Note : 87/100 (Mémé Migou)

    Le syndrome de Diogène est un trouble du comportement qui conduit à une vie négligée et souvent insalubre, caractérisée par une accumulation compulsive d’objets ou syllogomanie. Le nom, choisi en 1975, fait référence au philosophe grec Diogène de Sinope, connu pour son rejet des conventions sociales et son style de vie austère. Néanmoins, le syndrome diffère largement de l’idéologie de Diogène qui n’accumulait pas d’objets. Les individus atteints de ce syndrome présentent plusieurs caractéristiques, notamment une négligence extrême de l’hygiène personnelle et domestique, un isolement social, et un refus d’accepter de l’aide. Ce syndrome apparaît surtout chez les personnes âgées, chez les hommes comme chez les femmes. – Glossaire médical, Elsan.

    Vous avez tous connu cette maison, là-haut sur la colline, entourée de grilles à la ferronnerie aussi alambiquée que rouillée. Les haies ne sont plus que broussailles et ce qu’on pouvait imaginer être un talus n’est jamais qu’un monticule de déchets.

    La maison était celle de votre enfance, là où vous passiez vos vacances, ces moments de détente où affleurent les réminiscences en même temps que les odeurs des tartes de Mémé et du bois fraîchement coupé par Pépé…

    Que de souvenirs, une partie de votre âme y est restée cramponnée à ces murs, s’accrochant aux branches des quelques arbres devenus rachitiques par manque de soins.


    On vous avait prévenus, il ne faut jamais revenir sur les lieux de notre enfance, une fois adulte on les voit différemment et les souvenirs se teintent de spleen. Mais là, vous n’avez pas d’autre choix. C’est votre patrimoine. Vous en héritez. Et vous voyez l’étendue des dégâts.


    Cette maison, c’est le monde que vos aînés vous laissent. La société qui déraille, les guerres, les obscurantismes de tous bords, les excès déviants de gens trop riches…

    « Leurs queues dans le cul des fillettes mal nées… »*

    Cette maison, c’est aussi le mausolée de tous les membres de la famille Black Metal… Pépé et sa vision des premiers temps, papy est ses avancées de seconde génération, papa, tonton et les cousins, chacun apportant sa personnalité, enrichissant la galerie de portraits de famille de leurs sourires en porte-manteau. On a tout eu, et tout est resté s’accumulant dans la baraque qui a fini par crouler sous le poids de ses excès. Ah… ce trouble de thésaurisation. 

    Le problème est qu’au sein d’une même famille, d’une même fratrie, ça se dispute et se déchire. On se fait la gueule et la maison reste parfois vide… On la remplit de contrefaçons, pour la maintenir, mais rien n’y fait… Elle se délabre petit à petit et nombreux sont les oisillons qui vont voleter hors des frontières pour retrouver le dynamisme d’un Death Metal, de l’Indus ou autre….

    Va falloir relever vos manches, pour retaper la bâtisse branlante… Car vous n’avez pas envie de l’éradiquer. Non… Elle est trop importante. C’est la pierre angulaire de votre famille.


    « I hate you, I hate the world. From mankind I am so bored… »*


    De temps en temps, je vois quelques aînés revenir… Ils nettoient halliers et taillis, et rendent au perron son lustre d’antan. Malheureusement, d’autres viennent y jeter leurs boîtes de consommables sans saveur. Diogène, au secours !


    Alors quand la dernière génération se pointe, on se dit qu’un bon coup de balai va redonner sa magnificence à la bâtisse. Cette fois, ils sont deux. C’est pas beaucoup, deux personnes pour un si grand chantier. Mais les duos/trios se relaient, on voit bien qu’une nouvelle ère arrive, synthétisant le tout.

    « L’humain se deal, s’échange, se noie dans le Nouveau Monde et ses reflux »*

    Dans la branche Black Metal moderne, on trouve les gars de Berlial. A mi -chemin entre Beria, le bras droit de Staline et chef de la police secrète russe, et Belial, personnification du mal et du mensonge, le ton est donné. Mais on peut aussi voir d’autres accumulations, notamment les nappes de claviers et les quelques samples, conférant une touche indus à cette base Black Metal familial que leurs pères ont développée. Vous allez me dire que l’indus n’est pas complètement nouveau. Pensons aux pères Samaël, par exemple. Cependant nous avons ici, dans cet album « Nourishing the Disaster to Come », sorti en février 2025 chez  My Kingdom Music/ Source Atone Records, un son et une rythmique plus modernes, qu’on commence à entendre dans ces jeunes générations. Oui, je fais référence aux cousins du Coven du Carroir. D’ailleurs, ces derniers, comme le duo Berlial, ont une formation atypique, qui se trouve entre le band classique (guitare.s, basse, batterie) et le one-man band (tout est fait par une même personne, l’obligeant à programmer et pré-enregistrer). 

    On est loin du Raw et je vois les vieux de la vieille marmonner dans leurs longues barbes blanchies par les lustres.


    La rythmique… Avec Berlial, on aura de ces moments martelés, la double, tout ce qui a fait les beaux jours du Black Metal (Comme sur « The Last Dance » ou le titre éponyme « Nourishing the Disaster to Come »). Et ces moments vont flirter avec d’autres moins attendus, des passages plutôt rock/ Black’N Roll (vers 5:00 dans « Ivresse de la Finitude ») voire limite électro avec les sonorités qui vont bien avec (vers 2:00 sur « Nouveau Monde »). 

    Les techniques de voix (pour ne pas forcément utiliser le mot chant) sont variées. Là encore on passe d’une voix d’apôtre du mal à une voix grave, passant par le chant parlé, façon slam et la voix criée qui te fout les poils. Holalaaaaa, on en a des tontons qui viennent titiller nos neurones. De nos souvenirs affleurent des noms comme Quantum (chanteur de Kosmos), avec cette voix grave articulée qui rend la compréhension du texte aisée (sur le titre « Ivresse de la Finitude »). Également Hélios dans l’excellent « Devenir le soleil » ( sur le titre « Nouveau Monde »). Et je pourrais rajouter, dès le titre d’ouverture de l’album, « The Last Dance », avec cette voix qui grince comme une porte aux gonds rouillés, le chant étrange et pénétrant comme un mauvais rêve de Sakrifiss de Transylvanie (dans Enterré Vivant). 

    Il est notable que les morceaux en anglais semblent plus dans la mouvance d’un Black Metal de bonne famille, quand les morceaux en français prennent un envol vers d’autres horizons.

    « Parjures enivrés et passivité font loi dans notre cité … »*

    Ne nous arrêtons pas en si bon chemin… Dans le gros coup de balai qu’ils mettent à cette accumulation, ils récupèrent au passage quelques bons trucs, comme l’utilisation de samples. Plusieurs morceaux sont littéralement construits autour de ceux-ci, des passages emblématiques de films qui le sont tout autant… Et qui servent le propos de l’album, Nourishing the Disaster to Come, qui met le doigt sur l’accumulation de toutes nos déviances, dérives et autres tares sociétales dont nous pouvons faire preuve. Car cette maison, c’est non seulement la métaphore de notre Humanité, puis en seconde strate de notre Black Metal, mais aussi celui de cet album qui dénonce en troisième strate la première. En tendant l’oreille on reconnaît aisément le discours de Tyler Durden (Brad Pitt dans Fight Club) qui se retrouve dans le « Le Néant pour éternité » ou le controversé « Salo ou les 120 journées de Sodome » de Pasolini (dans « We Deserve To Fall Again »). Il m’en reste un que je n’ai pu découvrir… « I’ll Kill You » déclaré sur un coup de fil réfrigérant (sur « Ivresse de la Finitude »). Je n’ai pas assez de connaissances en la matière.

    «My nightmares My memories Behind the light I hear the music»*

    Ici, il me faut enfoncer le clou, si on n’avait pas encore compris : j’adore voir ces jeunes venir rénover la baraque sans pour autant la détruire. Ils syncrétisent en une proposition finale qui leur est propre et fait avancer le genre. De toutes les influences, on y sent aussi les connaissances plus classiques, du piano, du saxo (vers 12:00 sur « We Deserve to Fall Again »… oui, 12 minutes ! Si ça ne touche pas au prog ou au Shoegaze, ça…), des choeurs (« Ivresse de la Finitude »), de l’orgue (« Nouveau Monde »). 

    Les sonorités ne sont jamais trop aisées… Parfois ça dissonne pour mon plus grand bonheur. Et il faut avouer que ce n’est pas toujours évident d’accompagner des samples où se crie à foison « Le caca ! Le caca ! Le caca ! … » 

    On aborde désormais une autre facette qui m’a particulièrement touchée, celle de la culture dont font preuve ces deux qui forment Berlial. La culture et notamment la maîtrise de l’écriture. Ce sont ces textes qui m’ont cueillie. Alors oui, il y a des mots crus. Crus… mais pas vulgaires. J’entends par là que ces mots ne sont pas faits pour faire joli ou pour de la provoc à deux balles. De la provoc, oui, mais fort justement placée. Et cette “cruauté” dont les lyrics peuvent faire preuve rajoute à la force poétique du propos et de la forme. Le seul petit bémol serait une erreur de liaison dans le 3ème titre, qui à l’oral, ne passe pas vraiment. Trop inaccessible et non trop « z »inaccessible…. ( Oui, on ne va pas refaire Mémé à son grand âge !)


    « Tu sens comme des draps par déjà trop souillés et maculés »*


    Cette force poétique, je l’apprécie d’autant plus que je comprends ce qu’ils disent, par un chant accessible, à la diction parfaite… Sauf que, un titre sur deux est en anglais, l’autre en français… Mais pourquoi ? Hein ? Pourquoi ? C’est frustrant à souhait…


    « Je suis à genoux, supplie le pire, ma dignité si infamante »*

    Après leur premier EP « Enfants de Putains », Hellsod et CzH confirment leur talent et leur volonté de synthétiser les influences Black Metal et au-delà pour emmener le genre vers d’autres horizons lointains, qui font échos à cette nouvelle génération de groupes français, le tout sur une intelligence de composition tant musicale que littéraire et picturale. Car il est un dernier élément que je n’ai pas abordé, celui de l’artwork, signé Jeff Grimal, collant à la perfection au concept de l’album. On y voit Charon se faufiler dans un Styx d’immondices. Tout, de la musique, des textes, de l’artwork, est truffé de symbolisme. A vous d’en trouver les clés…


    Parlant de clés, on peut désormais ouvrir à nouveau la porte cochère de la masure. Et avouons-le, ça fait du bien de voir la maison familiale rutiler…


    « Le grand médiateur a sifflé la fin de la partie »*

    *Toutes lyrics de Berlial, in “Nourishing the Disaster to Come”


    Tracklist :

    1. The Last Dance
    2. Nouveau Monde
    3. We Deserve to Fall Again
    4. Ivresse de la Finitude
    5. Nourishing The Disaster To Come
    6. Le Néant pour Éternité

    Line up :

    HellSod – Guitares, Basse, Chant, Programmation

    CzH – Chant lead, Claviers, Paroles


    Liens :

    Facebook : https://www.facebook.com/Berlial666
    Youtube : https://www.youtube.com/@berlial7444
    Bandcamp : https://berlial666.bandcamp.com/album/e-d-p

  • MERCYLESS – Those Who Reign Below

    MERCYLESS – Those Who Reign Below

    Genre : Death Metal
    Label : Osmose Productions
    Sortie : 25 Octobre 2024

    Note : 80/100 ou Ah oui ça fait plaisir mais… Bon, oui, ça fait vraiment plaisir, mais… Non mais oui, c’est excellent, d’accord ! Mais…  (Robin le gardien des anomalies)

    Hors des sentiers battus

    Quelquefois, lorsque je vois l’engouement incroyable pour certaines œuvres, je reste perplexe face à tous les superlatifs que je lis et entends… Un excellent album de Death « old school » dit-on désormais quand le groupe fait dans le classicisme, tant dans l’esthétique que dans la musique : ça ne me satisfait plus ! Et j’en ai marre que ce terme soit utilisé comme synonyme de qualité ou preuve d’intégrité.

    Mercyless est si important pour moi que je ne peux pas encenser le groupe sans vous parler de ce qui a pu me faire vibrer chez lui : L’audace !!! Bordel de merde, oui, l’audace ! L’envie d’essayer des trucs nouveaux frais, de s’essayer et de se frotter à des choses qui font décoller le nez du genre ! Souvenez-vous de Agressor avec Rebirth, souvenez-vous de Loudblast avec Sublime Dementia ! De Supuration avec The Cube ! Ce sont des albums qui ont voulu pousser le genre défini, vers d’autres frontières à franchir…

    Mercyless fut un de ceux-là…

    Vers un chemin tortueux

    Vous savez ce qu’il a fait Mercyless ? Il a signé un des meilleurs albums de Death Metal que j’aie jamais écouté, rien que ça ! Je veux bien sûr parler de Coloured Funerals

    Pochette hideuse mais une œuvre définitivement importante pour moi !

    Parce que j’ai fait sa rencontre après avoir vu Mercyless à la Nuit de l’Enfer le 21 avril 2018 et que le retour a été une sacrée péripétie… Une nuit de ténèbres dans les phares, l’album dans la voiture m’a servi de bande son. Par la suite, je l’ai écouté en continu pour me familiariser avec ses mélodies si envoûtantes, si hors du commun du genre (malgré le fait qu’il restait un album de Death Metal).  Les chaînes brisées, le groupe s’est alors affranchi des thématiques propres au genre, il s’est également émancipé musicalement de son envie de brutalité, il a laissé poindre sa sensibilité, son lyrisme, son romantisme quelque part, mais pas ampoulé ou élitiste à la Misanthrope, une sensibilité qui, subtilement, mais indéniablement a tordu le genre et les compositions du groupe pour révéler une part plus écorchée, et osons l’écrire : Belle ! 

    La musique de Mercyless a été belle et audacieuse !

    Aujourd’hui elle est intense, inspirée… et convenue.

    Et après un tel chef-d’œuvre, l’histoire estime que le groupe s’est perdu… Or je serai toujours un défenseur des albums suivants parce que le groupe, à défaut de réaliser un chef-d’œuvre, s’affranchit d’un genre et décide de ne pas tourner en rond. Il ne négocie pas toujours bien les virages et la voix à la Rob Flynn, des fois, agace… Mais Max Otero s’essaye à d’autres choses et garde sa force d’interprétation ! 

    Les musiciens ne sont pas en reste, s’essayant à un Groove Metal qui s’injecte de manière maladroite d’autres genres musicaux dans son sang de lave de Death Metal. Oui, les albums suivant ce chef-d’œuvre qu’est Coloured Funerals ne sont pas une immense réussite mais l’audace est là et les moments de grâce moins fréquents surviennent sur certaines compositions.

    Tout de même : entre C.O.L.D. et Sure to Be Pure il y a une différence qualitative évidente. Si C.O.L.D.  lorgnait vers un Groove Metal un peu putassier, il contenait toujours d’étonnantes surprises, Sure to be Pure est lui beaucoup plus convenu, courant avec détermination vers un Death indus, certes bourrin mais peu inspiré, à l’image de la direction artistique visuelle.

     Cependant, sur cet album aussi, nous retrouvons des éléments épars d’une envie d’innovation, de rafraîchissement. Hélas, la sauce prend bien moins et la linéarité frappe l’ensemble des compositions : riffs peu inspirés, peu de moments dont on se souvient, l’album, rêche, s’avère finalement stérile… Il me fait d’ailleurs penser à Cause for Conflict de Kreator : bourrin, production sèche, une orientation assumée, mais rien d’inspiré ou de marquant.

    Puis vient le silence…

    Close to a World below…

    Impossible d’écouter cet album sans avoir en tête l’histoire musicale du groupe car, s’il convient de le cerner dans ce qui peut être appelé la seconde partie de l’histoire du groupe, il me rappelle toujours par sa volonté de coller au plus près aux codes du genre son histoire complète. 

    Le dernier album de Mercyless fait suite à Mother of all Plagues sorti en 2022. Et autant dire qu’il a été encensé ! Je dois dire que cet album m’a amplement plus convaincu que celui de 2022. 

    Plus inspiré, une ligne rouge, ou une idée de structure qui définit bien chaque compo, des mélodies torturées et infernales, des solos de toute beauté exécutés pour la plupart par des invités de renom. Je trouve que le groupe fait là, preuve d’ingéniosité et j’ai toujours adoré les œuvres collectives, l’apport des « guests » est non négligeable et je salue vraiment le groupe d’avoir collaboré avec ces guitaristes car, grâce à eux et au riffing inspiré de Max Otero, j’ai retrouvé l’ambiance et le caractère mélodique prenant de Pathetic Divinity (qui avait également des invités de marque pour certains solos).

    Vous l’avez compris : je partage l’engouement général pour cet album. Mais malgré cette véritable réussite, je n’oublierai jamais l’audace dont a pu faire preuve Mercyless. Comme… une anomalie dans une discographie qui, aujourd’hui depuis quatre albums, semble avoir trouvé sa pleine cohérence malgré des changements de line up discrets, Mercyless je m’en souviens, a été aussi un autre groupe. 

    J’ai des souvenirs d’un temps que je n’ai pas connu. Mais j’entends toujours ces audaces, que des fois je me récite comme des psalmodies. Même ceux qui règnent en Maître dans les flammes indécentes des Enfers, ont dans un Délire cosmique, ouvert un portail dans un monde. Un monde par-delà le bien et le mal, par-delà le Metal Extrême.

    Je rêve d’aberrations, c’est ce qu’ils disent tous.

    Tracks :

    1. Extreme Unction  

    2. I Am Hell  

    3. Evil Shall Come Upon You  

    4. Phantoms of Caïn  

    5. Thy Resplendent Inferno

    6. Crown of Blasphemy  

    7. Prelude to Eternal Darkness  

    8. Chaos Requiem  

    9. Absurd Theatre 

    10. Sanctus Deus Mortis  

    11. Zechariah 3:1  

    Line up :

    Yann Tligui – Basse

    Max Otero – Voix, Guitare

    Gautier Merklen – Guitare

    Johann Voirin – Batterie

    Guests :

    Münch Thomas – Guitare (lead) (track 9)

    Groupe principal associé – Manzer

    Bonvin Patrick – Guitare (lead) (tracks 2, 4)

    Groupe principal associé : Construct of Lethe, Near Death Condition

    Stephan Baillot : Guitare (lead) (track 7)

    Groupe principal associé : Misgivings, Ritualization

    Artwork :

    Néstor Ávalos

    Liens :

    https://mercyless.bandcamp.com

    https://www.facebook.com/mercylesscult

    https://open.spotify.com/intl-fr/artist/4mFRXUxwlZpEDGrAzN2LqW

    https://www.instagram.com/mercylessofficial

  • HAVUKRUUNU – Tavastland

    HAVUKRUUNU – Tavastland

    Genre :  Pagan Black Metal
    Label :  Svart Records
    Sortie : 28 Février 2025

    Note    :  80/100 (LB D)

     Après la sortie de quatre démos, trois EP et trois albums complets en cinq ans, il a donc fallu patienter un quinquennat supplémentaire avant que Havukruunu, dont le nom se traduit par « couronne de fer », ne dévoile son nouvel opus. 

    Jusqu’à ce jour, les Finlandais nous ont offert sur un plateau trois albums de grande qualité. Au fil des années, ils ont su rester fidèles à leur vision musicale initiale du Pagan Black Metal, avec cette particularité d’intégrer dans leurs compositions des riffs et des solos de guitares inspirés par le Heavy Metal des années 80. 

    Certes, ils ne sont pas les premiers à avoir eu cette idée, puisque les Suédois de Dissection ou les Norvégiens de Immortal, entre autres, l’avaient déjà réalisée par le passé. 

    Autre particularité, c’est l’incorporation systématique des chœurs vikings ou païens, selon vos préférences, au sein de leur musique. Cela confère à leur œuvre une identité unique et aisément reconnaissable, permettant ainsi à Havukruunu de se forger une véritable personnalité au cours de ces dernières années.   

    Pour commencer, parlons un peu de cette étrange petite intro qui me rappelle l’atmosphère d’un documentaire diffusé sur une chaîne de télévision finlandaise. Je suppose qu’elle fait allusion à la région du Tavastland, cette province historique située au sud-ouest de la Finlande et actuellement connue sous le nom de Häme. J’avoue, c’est un peu facile, mais étant donné ma méconnaissance totale du finnois, j’ai décidé d’y voir un lien direct avec le titre du nouvel album de Havukruunu, intitulé Tavastland

    Alors qu’en est-il de cette nouvelle offrande ? 

    La première écoute, et je dois bien l’admettre, m’avait laissé un peu dubitatif et j’éprouvais à ce moment-là l’envie de déclarer : « À l’ouest, rien de nouveau ». Ce n’est qu’après quelques jours de réflexion et plusieurs écoutes supplémentaires que mon premier jugement a commencé à évoluer. Peut-être que cela ne se remarque pas immédiatement, car on retrouve assurément dans ce premier titre, “Kuolematon laulunhenki”, tous les ingrédients qui ont contribué à la renommée des Finlandais. Les riffs saccadés et galopants, les chœurs masculins épiques à souhait et surtout des soli de guitares toujours très heavy. Une bonne rentrée en la matière quand même, somme toute assez classique, pour ceux et celles qui connaissent et apprécient les précédents albums ainsi que le son typiquement Havukruunien. 

    C’est très certainement sur ce “Yönsynty” que la différence se fait le plus sentir, l’atmosphère y est inhabituelle. Le titre est joué sur un mid tempo, relativement rare par le passé, et l’influence de Bathory se fait bigrement sentir, notamment celle de la trilogie Blood Fire Death, Hammerheart et Twilight of the gods. On notera également que les chœurs guerriers sont particulièrement marqués ici et se rapprochent de plus en plus de ceux de leurs compatriotes de Moonsorrow, ce qui constitue sans doute l’une des plus grandes surprises de l’album. 

    “Havukruunu ja talvenvarjo” démarre tambour battant grâce aux riffs tranchants et mélodiques de Henkka et Stefan. Les cavalcades guitaristiques de ce morceau témoignent de l’influence majeure que Iron Maiden a exercée sur toute une génération de musiciens. Il ne fait aucun doute que c’est le titre le plus mélodieux de l’album, mais en gardant toujours à l’esprit cette vision si particulière du Pagan Black Metal. À l’image des groupes comme les Allemands de Finsterforst, ils incorporent également des mélodies folkloriques tout en mettant principalement à profit des instruments aux sonorités métalliques.

     C’est un cri de chouette qui inaugure “Tavastland”, cette chanson nous parle de l’imposition du christianisme dans cette région au XIIe siècle. Mais les Tavastiens qui, étant l’une des plus anciennes tribus de Finlande, et selon la légende, se sont rebellés en poussant les papes nus dans le froid glacial jusqu’à leur mort. Un titre captivant et audacieux, associé à des chœurs mémorables dont les mélodies nous inciteraient même à les chanter sous la douche.

     “Kuoleman oma” se présente à nous avec une intro acoustique qui nous fait penser immédiatement au Néo Folk de Wardruna. Stefan, lui, se distingue par l’alternance de son chant, oscillant entre le rocailleux habituel et un chant plus ou moins clair. Cela est suivi de chants lyriques traditionnels qui annoncent une montée musicale à la fois puissante et intense, très largement soutenue par un déluge de notes digne de nos plus grands et glorieux guitaristes.

    Havukruunu n’oublie pas de nous botter les fesses à nouveau en ce début de “Unissakävijä”, accentué par une batterie explosive de Kostiainen suscitant en nous l’envie d’affûter nos épées et nos haches avant de partir au combat. Ce titre pourrait être considéré comme le plus compatible avec l’esprit de Bathory, notamment grâce à l’introduction d’un synthé aux sonorités épiques. Ce morceau se termine une fois de plus, ce qui devient une habitude, par une chevauchée fantastique, où les parties heavy se sont intensifiées pour clore ce chapitre.    

    Pas grand chose à dire sur les deux derniers titres, à part qu’ils sont dans la parfaite lignée de ce que le groupe a produit jusqu’à ce jour. On notera tout de même que le titre de clôture représente la composition la plus longue jamais réalisée par les Finlandais depuis le début de leur carrière en 2007. La partie centrale de ces 10:52 min ne fait que confirmer mes premières observations. Havukruunu ressemble de plus en plus à Moonsorrow. 

    À l’instar des Russes de Grima, les Finlandais ont également quitté le cocon familial que représentait le label Naturmacht Productions pour intégrer une structure beaucoup plus grande : Svart Records. Nous aurions pu craindre le pire, étant donné que ce label n’est pas particulièrement reconnu dans le domaine du Black Metal. Évitons cependant de voir le mal partout, n’est-ce pas ? Les Finlandais n’apportent pas de changements majeurs dans leur musique, ils conservent une ligne directrice qui leur est propre. Cet album demeure cohérent et constant jusqu’à son terme,  sans toutefois atteindre la qualité d’un « Kelle surut soi », que je considère comme le summum de leur discographie.

    Havukruunu est resté fidèle à lui-même et poursuit sereinement son chemin, néanmoins, j’ai le sentiment qu’à un moment donné, il sera nécessaire de réfléchir à un renouvellement du style afin d’éviter la stagnation et de ne pas lasser le public.

    Tracklist : 

    01 – Kuolematon Laulunhenki 

    02 – Yönsynty

    03 –  Havukruunu ja Talvenvarjo

    04 – Tavastland

    05 – Kuoleman Oma

    06 – Unissakävijä

    07 – Kun veri sekoittuu lumeen

    08 – De Miseriis Fennorum

    Line-up : 

    • Humö – Basse
    • Stefan – Chant, guitare
    • Kostajainen – Batterie
    • Henkka – Guitare

    Liens

    https://www.facebook.com/havukruunu/#

    https://www.instagram.com/havukruunuband

    https://havukruunu.bandcamp.com

    https://www.svartrecords.com/en/artist/havukruunu/13003

  • Misanthrope – Death Ascent

    Misanthrope – Death Ascent

    Genre : Avant-Garde Metal
    Label : Holy Records
    Sortie : 28 Février 2025

    Note : 80/100 (WvG)

    Misanthrope… Que j’aime à faire entendre ce nom utile aux sages, et pi c’est tout… Ce groupe français dans la sphère métallique depuis plus de trois décennies, bientôt quatre, est inclassable (ou alors dans les bacs de chez Virgin/FNAC dans la catégorie « Dark/Doom/Death » tant même les vendeurs de galettes ne savaient où mettre leurs opus), si ce n’est en tant qu’« avant-garde ».

    Leur point d’ancrage initial, la référence au Misanthrope de Molière a évolué entre temps, faisant des bisous tout doux et léchouilles saphiques à l’œuvre de Baudelaire dans IrréméDiable, des à-côtés avec le side project Argile (également mené par le duo Philippe « SAS de l’Argilière » Courtois et Jean-Jacques Moréac mais dans un registre musical différent bien que proche), deux récents albums de reprises et remakes de précédents morceaux (Bâtisseur de cathédrales : Les fissures de l’édifice, EP assez détonant et étonnant, puis Les Déclinistes), un live Immortal Wars in Eden (officiel cette fois-ci, pas le bootleg du coffret Recueil d’écueils).

    Il va de soi que je ne ferai pas l’analyse et la chronique des dix précédents albums studio de Misanthrope – allant de l’assez bon à excellent, et je reste subjectif – parce que ce n’est pas le sujet du jour : aujourd’hui, en 2025, on approche Death Ascent, le nouvel album du quatuor français et surtout francophone, qui a sa patte et joue de cette identité dans le paysage métallique français et international.

    Il se faisait attendre, du moins JE l’attendais, ce nouvel album de compositions nouvelles !

    Et…

    Et merde…

    Pas un nouvel album de nouvelles compos mais un nouvel EP de reprises ou remakes…

    Mais POURQUOI ?!

    Déjà, pourquoi mon « merde » : parce que ça fait depuis Alpha X Omega (2017, donc, le « assez bon » évoqué plus haut) que j’attends de nouvelles œuvres voire chefs-d’œuvre (Libertine Humiliations, Misanthrope immortel, IrréméDiable, mes « excellents » ci-dessus) de la part du groupe qui m’a mis le pied à l’étrier de l’étalon « élitiste » du Metal extrême (avec le morceau « 1666… Theatre bizarre » sur une compilation, Hate over Blood, trouvée hasardeusement et à prix très modique pour l’époque dans les bacs de l’Audito – c’est dire si ça remonte, même le nom de l’enseigne qui voulait concurrencer la FNAC n’existe plus depuis belle lurette –, les fameux « Dark/Doom/Death »). Oui, je redonde dans cette chronique, mais c’est pas moi qu’ai commencé, hein !

    Bien ! Passé ce moment coup de gueule, on retire la casquette et le t-shirt de fanboy et on redevient pragmatique pour entrer davantage dans le sujet.

    *

    Couronné d’un artwork classieux, une peinture de Jean Delville datée de 1903 intitulée L’homme Dieu, cet « album » est, pour commencer et mettre à plat, un EP de huit pistes pour quarante-deux minutes, réalisé par des professionnels aguerris. C’est indéniable, que ça soit de l’exécution parfaite et carrée au mixage/mastering fait aux Morrisound Studios à Tampa, ceux derrière les albums de Death – le titre de l’EP était un indice pas subliminal, la reprise en titre d’ouverture de « Lack of Comprehension » du Human de ce même groupe en étant la confirmation – avec aux potards LE Jim Morris qui donne son nom aux studios idoines. Je ne cache pas que ma préférence dans les albums de Death va à Symbolic mais chacun ses goûts quant au choix du morceau à reprendre et, après tout, ce morceau est annonciateur de ce qu’allait être Symbolic.

    Comme amuse-gueule, il y a pire : cette reprise de Death est parfaite. Trop… Calquée, même, avec la différence d’énergie liée au fait que le grain de Misanthrope, même approchant et respecté, n’est pas celui de Death. Je comprends l’idée de faire un hommage mais dans ce cas, pourquoi faire le même ou quasi sans rien apporter (quand une reprise de Mylène Farmer, aussi improbable soit-elle, amène quelque chose de différent) ? Un cahier des charges ? La « patte blanche » montrée au tenancier des lieux ?

    *

    Je le subodorais à la lecture des titres des morceaux (celui de l’album ne définit rien vraiment), tous en anglais : Misanthrope a mis de côté son identité francophone quand c’est ce qui faisait sa particularité, qu’on adhère ou pas d’ailleurs. Cependant, dépoussiérer, c’est parfois pertinent. Eu égard au « Hater of Mankind » qui s’ensuit, toujours aussi nerveux et acéré que l’original de 1991 mais franchement moins crado niveau son et nettement plus intelligible, particulièrement sur la partie de batterie ici jouée par Gaël Féret.

    Pour avoir poncé Misanthrope immortel et en connaître quasi chaque note, je réagis directement aux premières de « Emperors of the Void », ou « Les empereurs du néant » en VF… quasi identique, hélas, morceau toujours parfaitement exécuté mais, sorti de la VENG et de l’ajout de quelques changements de patches (de claviers) et d’ajout de fills de guitare par Anthony Scemama, ainsi que de cordes incisives en arrière-plan, rien de bien changeant.

    Le constat est un peu similaire aux précédents sur la version 2025 de « 1666… Theatre bizarre », avec un son plus léché et donc plus intelligible, particulièrement sur les lignes de basse de Jean-Jacques Moréac, toujours aussi technique et pointu dans son jeu. Là, c’est vraiment par nostalgie que je vais dire que je préfère la VO, parce que celle-ci est tout à fait convenable, avec des choix assumés de jouer plus sur le légato que le staccato aux guitares. Les quelques petits changements sur l’outro sont intéressants (supprimer la seconde guitare pour mettre en relief la lead accompagnée de nappes, la variation harmonique) mais – je ne sais plus avec qui on parlait de ça récemment – le fade out de fin m’a manqué, et on n’en fait plus assez, je trouve.

    S’enchaine une reprise de Atheist, « Piece of Time » ; à l’image du « Lack of Comprehension », c’est une reprise quasi identique et parfaite à l’original, avec le son de Misanthrope.

    Ensuite, « Legacy of Leprosy », une version du « Deus puerilis », un titre datant initialement de la période Deus Puerilis*. Enfin, une fois encore la version 2025 est nettement plus audible, même si je trouve le son vintage plus intéressant. Chacun discutera du choix de supprimer les psalmodies grégoriennes d’intro mais de mettre en filigrane des chœurs masculins en backing sur le milieu de cette version : c’est le vrai choix de cette mouture.

    S’il y a des morceaux « madeleine de Proust » sur lesquels je suis tatillon, que j’adore, qui font partie de mes « hep, hep, hep, pas touche ! », c’est bien celui-là : « L’envol ». Ici, intitulé « Omega Flight », chantée en VENG, la version proposée est une fois encore tout à fait correcte et intéressante sous différents aspects (les sons synthétiques modernisés), mais je la trouve surchargée sur les couplets par rapport à l’originale.

    L’EP s’achève sur « Diabolical Lamentations », donc « Les lamentations du Diable » en VO. Pour le coup, si on omet la VENG – je préfère la VF, sans nul doute –, le choix de mettre en avant la partie orchestrale dans l’arrangement est nettement plus judicieux dans ce cas et c’est un bon choix de morceau pour clore cet opus.

    Cet EP est probablement un petit plaisir que se (nous ?) fait Misanthrope, axé sur son amour pour le Death Metal tant dans le choix des reprises que des versions restaurées et l’empreinte du genre dans ces morceaux. Je ne cracherai évidemment pas sur le travail fait en amont et, j’imagine, la sensation d’accomplissement que de se dire qu’on a enregistré à Tampa, le berceau d’un sous-genre qui nous a suivi pendant tant d’années. 

    Le non-initié y trouvera son compte pour la découverte du groupe, certes : sur le papier, cet enregistrement est d’une carritude exemplaire et efficace (et pour cause, c’est une des nombreuses qualités de Misanthrope depuis des décennies, probablement ce qui fait sa longévité) et le son est chiadé, eu égard à la qualité fournie pour que toutes les conditions soient les meilleures dans le (sous-)genre. Les morceaux sont forcément intéressants, puisque représentatifs de ce que propose Misanthrope, avec sa patte compositionnelle unique. Pourtant je ne peux que regretter que cet EP ne soit pas un CD bonus de coffret édition spéciale… d’un vrai album tout beau tout neuf, avec plein de nouvelles idées Misanthrope-proof mises en musique. Et, si les titres des productions du groupe laissent des indices comme supposé plus haut, on enquille « oméga », « fissures », « déclin » et « mort », ça ne sent pas bon… J’espère que l’avenir me donnera tort. Et je ne veux pas « préparer mon âme au pire des cauchemars » donc, Misanthrope, « Créateur du Mal, je t’en prie, redonne vie au néant ».

    [NdlA : cette chronique a été réalisée avant l’interview du groupe, certains éléments prennent leur explication dans celle-ci. Par honnêteté et mise en condition d’auditeur sans ces informations, le choix a été fait de ne pas transformer la chronique initiale, ce qui ne changerait pas grand chose à l’appréciation positive quoi qu’il en soit – lien vers l’interview, ici : Interview – Misanthrope – Memento Mori Webzine]

    * »Pour être exact, il s’agit du premier titre composé juste après les 5 titres du split CD Hater of Mankind et juste avant les 4 titres de Deus Puerilis » – Dixit S.A.S de l’Argilière

    Tracklist :

    1 – Lack of Comprehension (Tribute to Death) (3:41)

    2 – Hater of Mankind 2025 (6:02)

    3 – Emperors of the Void (5:40)

    4 – 1666…Theatre Bizarre 2025 (5:46)

    5 – Piece of Time (Tribute to Atheist) (4:21)

    6 – Legacy of Leprosy (6:03)

    7 – Omega Flight (5:35)

    8 – Diabolical Lamentations (4:55)

    Line up

    • Jean-Jacques Moréac – Basse
    • Anthony Scemama – Guitares
    • Gaël Féret – Batterie
    • Philippe Courtois de l’Argilière – Voix

    Liens

    https://www.facebook.com/misanthrope.official

    http://www.misanthrope-metal.com/

    https://www.youtube.com/channel/UCiNGH54h4xDp_dFsRicrg0Q