Étiquette : 2024

  • Memento Mori

    Memento Mori

    Par WvG – 24/10/24

    Je ne fête pas mes anniversaires… ni ceux des autres d’ailleurs… Non, je ne suis pas témoin de Jéhovah ; simplement, je dois inconsciemment attacher de l’importance au message profond de la locution latine qui sert de patronyme au webzine dans lequel vous pouvez lire ponctuellement mes conneries (et plus régulièrement les choses sérieuses des autres auteurs), Memento Mori, un webzine qui gagne à être plus connu, reconnu voire révéré (n’est-il pas ?) Je trouve ça déplacé voire impoli de (me faire) rappeler que le temps passe et que je suis, tout comme vous, destiné à en finir un jour ou l’autre, de la terre à la terre, de la poussière à la poussière. Aussi aujourd’hui, je vais m’attacher à faire une (brève) présentation du « Memento mori » dans l’Art car, comme dirait mémé (Migou, peut-être aussi) : « nul n’est éternel » ; la postérité ne m’intéressant pas et la conscience de la vacuité de ces monologues écrits étant actée, autant que le temps passé ne soit pas totalement perdu et que je vous apporte quelques connaissances que vous n’auriez pas encore en quelques œuvres qui me sont marquantes.

    *

    « Cueillez vostre jeunesse : comme à ceste fleur la vieillesse fera ternir vostre beautez ». Pourquoi citer Ronsard, qui plus est son « Ode à Cassandre » ? Pour commencer parce que j’ai vu passer une information sur Joachim du Bellay (sa tombe et son corps auraient été retrouvé par des archéologues sous Notre Dame de Paris), considéré comme fondateur de la Pléiade avec Pierre de Ronsard, et que ça m’a motivé et inspiré pour débuter cette page initialement blanche. D’autre part, même si ce poème est considéré comme un chef d’œuvre et une référence de la poésie française, bien que dans le sous-texte et dans le contexte on y lirait plutôt de la psychologie inversée #cé1PN (parce que, oui, la poésie, c’est le plus beau mensonge de la littérature : tu peux y dire toutes les saloperies que tu veux tant que les tournures sont belles… un peu comme la chanson, en somme), on peut mettre en relation ces deux valeurs pas du tout antithétiques : cueillir sa jeunesse (donc profiter de la vie) et « souviens-toi que tu vas mourir » (donc profite de la vie). Vous allez me dire que, oui, je « fais des raccourcis, c’était (parait-il, je n’y étais pas) une locution latine glissée à l’oreille des généraux romains lorsque qu’on les adoubait » (ce qui pouvait à la fois être un moyen de les redescendre illico de leur piédestal de vanité, tout comme une menace implicite sur leur proche assassinat). C’est exact ! Mais avouez qu’il est délicat de ne pas faire un parallèle tant on en revient à la même notion : celle du temps, court, qui passe, qui a un début mais surtout une fin, car tout a une fin (sauf la banane qui en a deux). Et c’est le temps qui court, court, qui nous rend sérieux ; la vie nous a rendus plus orgueilleux. On avait un relationnel très différent avec la mort autrefois : la conscience que du jour au lendemain, finie par accident, meurtre, maladie, épidémie (la peste noire n’avait jamais vraiment disparu, le taux de mortalité infantile était XXL, c’est pas pour rien qu’on faisait des gosses à la louche, loin des 1.8 enfant par famille !) Et hop, 21 grammes de moins…

    les amours de cassandre,les amours de marie,...

    *

    Tiens, la vanité, on en parlait ci-dessus ! C’est un peu une marotte de la peinture ; on y considère que la nature morte sous toutes ses formes – que l’on dénomme comme des « vanités » dans l’art pictural – est une vision du Memento mori : des choses autrefois vivantes, objets animés et destinés à se faner (comme la rose de Ronsard) parce que c’est le chemin naturel des choses, l’histoire de la vie, le cycle éternel… On considère tout autant la « Corbeille de fruits » du Caravage de la fin du XVIème siècle ou la célèbre « Vanité » de Philippe de Champaigne (illustration plus bas) de la première moitié du XVIIème siècle comme des représentants de cette locution. Si la vanité, le mot, se traduirait par la frivolité voire la futilité et l’intérêt qu’on accorde à celle-ci (en gros les broutilles à vue égocentrique, ce que je définirais comme cet objet « inutile, donc essentiel » qu’il nous faut posséder à tout prix), le fait de vouloir échapper à la fatalité et la finalité est aussi une vanité, littéralement une chose vaine que d’essayer de lutter ou passer outre cette fin annoncée par le début et dès le début. C’est intéressant – et ironique – qu’une période comme celle de la Renaissance [j’ai dit « période », pas « parti »] se soit tant intéressée à ces notions de mortalité, d’éphémère et donc de vanité. Certes, comme je l’évoquais au-dessus, la rencontre avec la Faucheuse était plus facile que d’obtenir un conseiller clientèle quand la Box internet est en rade (et à l’époque, tu pouvais toujours essayer de débrancher et rebrancher, ça ne marchait pas davantage) mais c’est intriguant quand on voit que les deux siècles précédents ont vu naître des grivoiseries rabelaisiennes ainsi qu’une pléthore de chansons paillardes qui parlent d’aller fourrer des nez dans des entrejambes (voire autre chose que des nez) en se foutant royalement de Metoo. Allez savoir… un jour prochain, je vous proposerai peut-être un article sur le lien ténu entre les comptines de votre enfance au sous-texte très sale et le glam Metal et ses sous-entendus… Hé, hé, hé…

    Vanité (de Champaigne) — Wikipédia

    *

    Je vous parlais plus haut de poésie et faisais un parallèle entre le fait que la vie soit courte et celui de « cueill[ir] dès aujourd’hui les roses de la vie » (encore Ronsard mais cette fois pour draguer Hélène [et non Sophie] de Fonsèque, fille d’un baron, après avoir fait de même avec Cassandre Salviati, fille d’un banquier italien…) Je pourrais donc vous citer directement une autre locution latine, Carpe diem, des « Odes » d’Horace, poète romain antique et aller sur le terrain du cinéma en m’attelant au « Cercle des Poètes disparus » de Peter Weir (avec les jeunes Ethan Hawke et Robert Sean Leonard, mais aussi Robin Williams dans un de ses meilleurs rôles, inspirant ou polémique selon le point de vue, surtout celui des pédagogues qui débattent encore maintenant, s’en inspirant ou le conspuant à souhait, de son opportunité), voire, pour revenir sur le cycle éternel du « Roi Lion », vous inviter à chanter « Hakuna matata », ce qui n’est pas évident quand on n’a pas une mangouste et un phacochère à proximité. Eh bien, non, que nenni : je vais vous parler de « Memento », le film qui a révélé Christopher Nolan. Qu’il en ait conscience ou pas, Nolan est très inspiré par l’Antiquité et particulièrement la tragédie et le péplum ; vous pouvez chercher, pas de comédie à son actif mais toujours des structures de tragédies grecques dans ses films, voire la mythification du héros/gladiateur dans l’arène (regardez la trilogie Batman) ancrée dans le contemporain et dans l’air (comme l’ère) de son temps. Le carré Sator qui sert de base à son « Tenet » est aussi éloquent, une référence à Pompéi. Mais puisque c’est « Memento » qui nous intéresse présentement, faisons un petit décryptage rapide ; en effet, le lien est direct avec la traduction de la locution puisqu’on connaît la fin dès le début. La spécificité de ce film, c’est son montage, à rebours : on connaît la fin et l’intrigue repose sur l’origine et les questions trouvent leur réponse avec non la fin du film (puisqu’on la connaît déjà, je ne spoile même pas) mais le début ; les « Qui ? Quoi ? Comment ? Pourquoi ? » ne seront résolus qu’au début… enfin à la fin… Bref, vous avez compris, je pense. L’intérêt ici est de faire une allégorie avec les pertes de mémoire du protagoniste (Guy Pearce, très bon aussi dans ce film) obligé de se tatouer des reminders, aussi appelés memento (pour se souvenir) et la proximité permanente et incohérente dans sa situation initiale avec la mort. Je pourrais tout à fait reporter cette analyse sur son « Interstellar » qui traite aussi, en seconde lecture du Memento mori, avec son protagoniste (interprété par Matthew McConaughey) qui cherche à comprendre le début et la fin tout en sachant qu’il va/doit mourir, avec cette perpétuelle notion du temps qui passe, chronométré jusqu’à la BO de Hans Zimmer mais restons dans le sujet initial.

    Memento en Blu Ray : Memento - AlloCiné

    *

    Vu qu’on est dans le domaine des arts visuels, parlons de photographie. Quand j’étais gamin, la photo ci-dessous m’avait pas mal fait cogiter : elle ornait l’intérieur de la porte des toilettes chez mon père ; les chiottes, ce lieu propice à la réflexion sur l’être et le néant, la nausée puis les mains sales, clairement le spot pour philosopher dans la posture du « Penseur » de Rodin. Quand on est gosse, on réfléchit souvent à la mort (dixit les psys, c’est l’âge qui veut ça, la fameuse question enfantine du « toi aussi tu vas mourir ? » et « c’est quoi mourir ? »). Cette photo a ceci d’intéressant que, même si j’y voyais un brûlot politique (très clairement anti guerre du Vietnam), je pense que c’était surtout le « memento mori » paternel qui s’y cachait car par-delà la question, ce « pourquoi ? », il y a surtout l’idée que cette anonyme photo, comme toute photo d’ailleurs, arrête net le temps : ce soldat EST mort, on le sait, sa chute est annoncée, c’est déjà une nature morte avant de toucher le sol… C’est aussi « le choc des photos », ce temps figé qui est à lui seul un « memento mori ». C’est aussi ce qui est important et nécessaire dans le témoignage des reporters de guerre qui, eux aussi, vivent perpétuellement leur Memento mori (c’est le contrat tacite avec leur profession) : quelque biaisé et subjectif soient-ils, on tombe inéluctablement sur du factuel dans l’image. Tel une miss France, je suis contre la guerre mais, vu que c’est la nature humaine de vouloir aller déféquer sur le terrain du voisin avant de chercher à agrandir le sien, autant que les Arts s’en mêlent au préalable.

    WHY ? VIETNAMAffiches anciennes par ANONYME ANONYM

    *

    Comme je tarde sciemment à le faire, je vous vois déjà venir, grommelant et arguant que « Memento mori, c’est un webzine musical et metal d’abord ! Qu’est-ce qu’il nous prend la tête avec ses trucs de ieuv qui parlent pas de notre musique ?! » On se calme ! Oui, toi aussi, là-bas au fond : j’y viens… Je vous gardais le « meilleur » pour la fin : la Musique… Alooooors… Depeche Mode et son album de 2023 ? Nooooon… Le morceau de Lamb of God ? Le groupe de Metalcore suédois Memento Mori ? Hmmmm… Pourquoi pas… Mais non, tiens : parlons de « Memento Mori » de Architects. Quand un Freddy Mercury agonisant chante la chanson la plus noire du répertoire de Queen, « The Show must go on », personne, auditeurice, ne lit le sous-texte de son SIDA en phase très avancée voire fatale… Ce morceau de Architects, c’est le “show must go on” de Tom Searle, guitariste du groupe, atteint d’un cancer en phase terminale… Un ton général qui passe du déni à la colère au marchandage à la dépression pour finir sur l’acceptation, des paroles qui fleurent bon l’espoir, le tout étendu sur huit minutes. Un chant du cygne (pour citer littéralement les paroles) à l’instar de celui de Freddy Mercury. Ironique ? Hmmmm ? Bref, enjoy en cliquant sur le lien ci-dessous :

    *

    Voilà, un petit article en cinq visions artistiques différentes comme les cinq étapes du deuil. Mon message est le suivant : profitez que vous êtes encore vivant pour lire de la Poésie, aller à des expos photos, des galeries, mater des films, des photos, écouter de la musique… « Aimons nous vivants, n’attendons pas que la mort nous trouve du talent » … parce que vous ne savez pas si le soleil va se lever ou même si vous aurez l’occasion de le voir. Je vous souhaite donc une bonne soirée en vous rappelant que l’essentiel sera que demain soit un nouveau jour.

  • GRIST / Garden of Aeolys

    GRIST / Garden of Aeolys

    Genre : Grindcore
    Label : Source Atone Records (agence singularité)
    Sortie : 14/06/2024

    Note : 95/100 (Gévaudan)

    “C’est une bien GRIST nouvelle”…

    L’entrée est là, juste devant. Trou béant de noirceur intense à côté du VTT Center.

    Un cap va être franchi.

    Nous sommes le 29 Novembre 2003, il est 20h30 et, écouteurs sur les oreilles, moi et une bonne équipe de fanfarons nous préparons à entrer dans un monde que nous n’avions encore jamais exploré.

    On sort le lecteur MP3 / clé USB. La playlist ? L’album “Helvete” de Nasum, que j’écoute en boucle depuis des semaines, nourrissant mon cerveau d’adolescent sur le point d’atteindre le stade tant prisé de la majorité.

    Et dans le présent, au même moment, sur la playlist de VLC : “Garden of Aeolys” de GRIST

    Plus qu’à appuyer sur play. Que la fête commence !

    20h40 – Stigmate

    Nous avançons lentement dans le tunnel de la petite ceinture. L’écho de nos voix se réverbère sur toutes les parois. La voie ferrée entrave nos pas.

    Un extrait du final de la planète des singes de 1968 se fait entendre. La transposition de mon « moi » de 2024 apprécie d’autant plus cette référence.

    Nos éclairages faiblards atteignent à peine l’entrée de l’autre tunnel, un peu plus loin sur le chemin. C’est dans celui-ci que se trouve le fameux « trou ».

    20h55 – Get the Job Done

    Le trou est là, sur la gauche, dans l’angle formé entre le pied du mur et le sol.

    Tout semble bas à l’intérieur. On se demande si on est bien arrivé au bon endroit. Un tourbillon de pensées s’empare de ma tête comme une série de blast-beat hypnotisants. Comme des riffs sortis tout droit d’un esprit qui fonctionne à mille à l’heure.

    Telles les produirait un Mieszko Talarczyk déchaîné, les premières notes hurlent et tempêtent dans mon crâne, faisant écho à ce moment, celui où l’on réalise à quel point on plonge dans l’inconnu. Sans plan. Sans préparation.

    21h20 – Alone

    C’est comme ça que l’on est à ce moment-là, tout seul, avec ces pensées martelantes. Tout seul. Cinquante-huit secondes paraissent une éternité, quand on y pousse beaucoup de contenu.

    C’est ce qu’il vient de se passer. La perception du temps est fortement remise en question. Que viens-je de vivre ? Une excrétion de négativité à l’état pur ? Possiblement.

    Des lumières apparaissent au loin. Appréhension. 

    21h25 – Piority

    Car tout dans la vie est une question de priorités. Qu’est-ce qui a poussé ces explorateurs aguerris à nous guider dans nos premiers pas ? Leur priorité n’était-elle pas de vivre une aventure à eux deux ?

    Visiblement non. Ils ont préféré le social.

    Les pensées, comme la musique, se calment. Les guitares sont toujours aussi incisives, cependant. Du Grind brut de décoffrage comme on aime l’entendre tout en regardant les autres s’affairer à négocier avec les nouvelles têtes venant d’apparaître. Heureusement qu’ils ont accepté.

    21h30 – Easier

    C’est parti, nous voilà accroupis dans les premières galeries. Cette première exploration va être plus facile que prévu avec les deux guides désormais à nos côtés !

    Les mélodies évoquent un sentiment de grandeur, d’espace clos immense. Pourtant, cette galerie est minuscule. Et inondée.

    L’eau rentre dans mes rangers, mon pantalon imperméable ne sert à rien. L’alternance des moments mélodiques avec des passages d’une effarante brutalité colle d’autant mieux avec ce moment de désillusion.

    21h50 – I’ve Lost

    J’avais pris le pari de finir au propre et au sec, j’ai perdu. J’ai perdu en grandes pompes. En grandes pompes inondées par une eau opaque.

    Ma veste en cuir est désormais pleine de résidus de calcaire.

    La musique est intense. Les riffs sont intenses. Le registre a quelque peu changé. Des parties de bass / batt avec du larsen amplifie la sensation de perdition.

    Combien de virages avions-nous fait ? Quelles directions avions-nous prises ? J’ai arrêté de faire attention.

    “Grist Grist Rage”

    22h00 – Sober

    Ce que nous n’étions pas. Vraiment pas. Avec plusieurs bouteilles et autres joyeusetés à notre actif, il restait néanmoins aisé de tenir la cadence de marche.

    Un corps jeune est tellement pratique pour ça ! Comme pour tenir un blast énervé aussi longtemps…

    Une minute deux secondes de pures crampes si par malheur je m’y essayais, même à dix-sept ans !

    On revient désormais dans un registre plus agressif, plus expéditif. Et nous prenons un tournant inattendu dans une longue galerie…

    21h15 – Facilities

    On aurait pu croire que nous étions dans l’une d’elles. Une de ces usines désaffectées avec des ambiances glauques à souhait et plein de babioles à piquer.

    Mais non, c’était bel et bien l’un des réseaux de galeries les plus grands au monde.

    Encore cinquante-huit secondes de bonheur, toujours trop vite passées avec ce style qui me prenait, me prend et me prendra aux tripes.

    “Un Nasum sous stéroïdes”

    21h20 – Play Dead

    Mes yeux s’ouvrent d’horreur. Une silhouette sous la lumière de ma lampe. Un corps qui sort du mur. Ma bouche laissa échapper une exclamation de pure terreur abjecte.

    Le « passe-muraille », une œuvre d’un artiste inconnu qui représente à la perfection un homme en train de sortir du mur. On ne peut pas plus faire le mort que ça, l’adrénaline m’a remis les idées en place, comme elle semble avoir remis en place les riffs de cette chanson. On a un rythme lent, une mélodie qui se répète plus de deux fois de suite… Atypique !

    21h30 – Test Strip

    Un minuscule escalier en colimaçon. Où peut-il bien mener ?

    Une minute quinze de descente, dans de si petites marches, ça te donne l’impression que tu descends des kilomètres.

    Comme le fait de commencer ta chanson avec du gros blast et la terminer comme la précédente, avec un riff bien catchy précédé d’un joli tapping, le tout encadré d’un soupçon de chaos.

    Voilà que se profile la salle où nous allons faire escale.

    21h45 – Tears in Rain

    Est-ce là Blade Runner… Ou est-ce plutôt South Park ? Depuis la sortie des épisodes estampillés « post-COVID », on peut légitimement se poser la question !

    C’est typiquement ce que je me serais dit si je m’étais trouvé là, aujourd’hui, dans les mêmes circonstances.

    Un début en D-beat pour s’installer correctement sur les bancs. Il y a des panneaux de signalisations, apportés de la surface, qui ornent fièrement les murs de pierre.

    L’ambiance est parfaite. On sort la nourriture et les boissons. Et les cocktails.

    « Just like tears in rain ». Effectivement, les gouttes de cet alcool étrange seront comme des larmes dans la pluie de coca qui s’amène…

    22h00 – My Chapel

    C’est comme ça que j’aurais baptisé cette salle si l’idée de la nommer m’était venue.

    La géométrie des lieux me fait penser à des riffs torturés, des mélodies qui s’épanchent sur des gammes qui hument la corne brûlée sur des cordes oxydées par la sueur. Et un rythme ternaire très soutenu, très rapide. Ou est-ce l’inverse ? 

    Je ne sais plus.

    C’est toujours trop court.

    Un goût de reviens-y.

    On en redemande à chaque fois.

    – « Ouais, c’est ce que l’autre jour ta copine m’a dit ! »

    – « Ta gueule et va t’en couper du bois. »

    22h30 – Wrong Glass

    Les notes se font plus sombres, comme dans du Funeral Doom. Le tempo s’est ajusté en conséquence, voilà qui colle très bien ! On prend “The Final Sleep”, on le glauquifie, on diminue d’une vingtaine de BPM et Paf ! Ça fait “Wrong glass” !

    Il y avait quoi dans ce verre, d’ailleurs ? Je crois que je me suis trompé. Je… Pourquoi mon pote tient un os dans sa bouche qui ressemble à s’y méprendre à un fémur humain ?

    Cela dit, j’avais momentanément oublié pourquoi l’endroit où nous sommes s’appelle « les catacombes ».

    Le temps semble subitement plus long. Quatre minutes quinze ? C’est de la folie ! Pourquoi faire une chose pareille ? Vous voulez ma mort par hémorragie cérébrale, c’est ça ?

    Mon alter ego de 2003 vous maudit, messieurs ! Ça ne se fait pas, de donner dans le mind-blowing de la sorte !

    “Le sang du GRIST”

    23h05 – The Deepest Hole

    Qu’ouïs-je ? Qu’entends-je ? Du Nasum, comme sur le lecteur MP3 ! C’est une sacrée coïnci…

    – « Mec, cette chanson n’est pas sur Helvete… »

    – « J’ai dit COMME SUR LE LECTEUR MP3 !! »

    – « Mais… »

    – « Ta gueule. »

    Donc, je disais que la concordance des flux quantiques serait propice à un véritable retour dans le passé. Cette reprise est assez magnifiquement exécutée pour le permettre. Ce moment précis où nos lecteurs audio se sont synchronisés…

    – « Mais non, je te dis que « The Deepest Hole » n’est pas sur… »

    – « Et moi j’ai dit TA GUEULE, c’est une résonance quantique du continuum espace-temps ! OK ?? »

    – “Grrrmmbl…”

    Veuillez m’excusez. Ce moment précis, disais-je, où nos lecteurs audio se sont synchronisés, marque la possibilité d’un changement, d’un début de timeline alternative. Est-ce que j’obéis scrupuleusement à mes parents et respecte mon couvre-feu de minuit comme je l’ai fait il y a 21 ans ? Ou est-ce que je reste avec mes potes et continue l’exploration avec les deux gaillards croisés à l’entrée… Dilemme.

    06h50 – Bret

    Une outro un peu atypique. Électronique. Avec des voix presque intelligibles qui se font entendre. Il est tard, ou tôt, je ne sais plus. J’attends le train. Ça bouge et ça s’affaire autour de moi. J’entends un tout petit bout de loop de batterie de Kraftwerk, le cercle de références est bouclé. Quelle soirée ça a été ! Je suis dans tous les états possibles en même temps.

    Et je vais me faire déchirer par mes parents, au vu du nombre d’appels manqués.

    Cette nouvelle timeline démarre sur des notes de colère, de ressentiment, et de culpabilité.

    Il faut croire que malgré les années, je suis encore plus un sale gosse que je ne l’ai jamais été, et je kiffe toujours autant le Grindcore. Encore plus les groupes qui marchent dans les pas de mon mentor (qui n’a jamais su qu’il avait un apprenti, d’ailleurs).

    Mieszko, tu peux reposer en paix, la relève est assurée !

    Sur ce, je vous laisse. Mon train arrive, et la nouvelle vie de débauche et de gros son qui s’offre à moi, de facto dénuée des moults écueils que je compte bien contourner, sera bien plus palpitante dans cet espace-temps alternatif où je laisserai le Grind guider mes pas de jeune homme vers de nouvelles aventures musicales autrefois bêtement transformées en actes manqués.

    Car qui sait…

    Dans cet univers alternatif, peut-être deviendrais-je de fil en aiguille un membre de GRIST

    Line-up : Julien Deyres – Vocals / Antoine Perron – Bass / Nicolas Rigal – Guitars

    Liens :

    https://grist-grind.bandcamp.com

    https://www.facebook.com/GristGrind

    https://www.youtube.com/channel/UC-LOAXbVvZg-KSZTTN66c8Q

  • Hellfest 2024 – Dimanche 30 juin 2024

    Hellfest 2024 – Dimanche 30 juin 2024

    Live Report du jour 4
    Hellfest (Clisson)
    Textes de Sébastien Déniel et Bruno Guézennec

    Crédit Vidéos : Bruno Guézennec

    Bruno : J'arrive trop tard pour voir Deficiency, mais ils passeront en octobre à Brest.

    En arrivant sur le parvis de la cathédrale, il y avait un rassemblement. Ultra Vomit tournait un clip pour illustrer leur prochain album. Ils faisaient une espèce de wall of death avec des figurants/spectateurs du Hellfest juste devant les portiques. Ils y avaient installé un cordon de sécurité pour empêcher les gens de passer à cet endroit-là. Il n'y avait pas trop de monde à cette heure, donc ça ne gênait pas l'entrée. 

    SORCERER

    Bruno : Du bon HxC, pour se mettre en jambe le dernier jour, c’est pas mal. Un bon moment. À revoir sur une plus petite scène avec Chab77 qui fait des moulinets.

    DESTINITY

    Bruno :Le groupe a fait le job, dimanche matin, avec son Death mélodique et entraînant. Belle performance pour les vétérans de la scène française.

    GEL

    Bruno : Retour en Warzone pour assister au show du quintette américain, dont deux nanas (chant et guitare), c’est assez rare pour être souligné. Bon set.

    PENSÉES NOCTURNES

    Seb :  Pour cette dernière journée, je suis sur le site à midi. Je me place sous la Temple où une bande d’énergumènes dégénérés ne va pas tarder à investir la scène. Les saltimbanques de PENSÉES NOCTURNES sont venus nous présenter leur spectacle décadent où le Black Metal se mêle aux cuivres et à l’accordéon. Le genre de spectacle de clown où il ne vaut mieux pas envoyer ses enfants. Trente minutes, c’est beaucoup trop court. Docteur ! Pensez à doubler la posologie la prochaine fois ! Un des meilleurs moments du week-end !

    DOOL

    Seb : Je me dirige ensuite vers la Valley qui, à cette heure-là, est facilement accessible. C’est sous un soleil qui commence à cogner dur que les Hollandais de DOOL entrent en scène. Pratiquant un Doom / Rock à tendance Dark et lorgnant par moment vers le post rock, la troupe menée par Raven Van Dorst nous transporte vers des contrées où le bonheur n’existe pas. A cela s’ajoute une superbe reprise du « Love Like Blood » de Killing Joke et vous avez un très bon concert qui aurait gagné en impact s’il avait été joué de nuit ou dans une salle. Le soleil gâchant un tout petit peu l’immersion totale.

    BRAND OF SACRIFICE

     Bruno : Beaucoup trop de Metalcore dans leur Death pour moi, j’ai assez vite décroché, pas désagréable pour autant mais sans plus.

    SCOWL

    Seb :  N’ayant rien coché de particulier sur mon running order après ça, je me dirige vers la Warzone pour voir ce qu’il s’y passe. Et j’ai bien fait car sur scène, une chanteuse au cheveux bleus et s’agitant dans tous les sens tel un Zébulon enragé, titille mon intérêt. Cette furie, c’est Kat Moss. Son groupe, c’est SCOWL. N’étant pas un grand amateur de Hardcore, j’aurai pu me lasser au bout de deux ou trois titres et voguer vers d’autres horizons. Mais pas du tout. Ce groupe très accrocheur apporte un vent de fraîcheur à ce style et arrive facilement à se mettre le public dans la poche. Bonne surprise !

    THRON 

    Bruno : Là j’étais dans mon élément, du Black qualitatif, puissant avec juste ce qu’il faut de mélodie. Une belle réussite que ce concert des Allemands.

    KARRAS

    Seb :  Deux jours avant le début du festival, nous apprenions l’annulation de Caliban qui sera remplacé par un invité de luxe : KARRAS. Et ça tombe très bien car je n’avais rien à voir sur ce créneau à la base.

    C’est donc sous une Altar correctement remplie que je vais enfin voir la bande d’Etienne Sarthou (Deliverance et ex-AqME), Yann Heurtaux (Mass Hysteria) et Diego Janson (ex-Sickbag) en live. Très friand de leurs albums studio, j’avais hâte de voir ce que donnerait leur Death/Grind sur scène. Eh bien ça bute ! Ici, on ne fait pas dans la finesse et le public participe avec énergie aux violentes déflagrations du trio. Simple et efficace !

    Bruno : Le trio de Grind français est réellement à l’aise sur scène. Déjà vu à St Brieuc, ça butait bien du chaton, ils ont remis le couvert au Hellfest et ça bute toujours autant. À voir et revoir.

    YOTH IRIA

    Seb :  Quelques pas de côté sur la droite pour atterrir sous la Temple où on va vivre un grand moment. Ce qui s’annonçait comme un concert de Black Metal avec d’anciens membres de Rotting Christ va se transformer en spectacle comique pour le public et en instant gênant pour le groupe. En effet, les Grecs de YOTH IRIA pratiquent  un Black Metal de très bonne qualité avec cette patte hellénique si particulière de la scène grecque. Mais la prestation va être totalement gâchée par son chanteur qui a un peu trop taquiné la bouteille avant d’entrer en scène. Il est rôti comme un cochon et attire tous les regards sur lui, laissant le groupe, qui ne démérite pas, au second plan. Heureusement pour eux, ils avaient un deuxième chanteur (l’ancien chanteur du groupe, il me semble) en dépannage. Même la reprise du « Non Serviam » de Rotting Christ ne suffira pas à les sortir de ce naufrage. Il a dû y avoir des règlements de compte en coulisses après ça.

    Bruno : Un des évènements du Hellfest 2024, mais pas forcément pour les bonnes raisons ! Le groupe débarque sur scène et Orestis, le chanteur live du groupe, commence à faire des mouvements de bras bizarres, à genoux par terre. Bon c’est du Black, on en a vu d’autres.
    Le concert commence et le mec paraît de plus en plus bizarre, oui c’est bien ça : il est complètement torché ! Équilibre précaire, mouvements désordonnés, il descend régulièrement aux barrières voir le public, la sécu commence à péter les plombs (il est toujours à deux doigts de se casser la gueule) et à un mal fou à remonter sur scène ensuite. 
    Il va nous faire la totale : slam dans le public, descente aux barrières et ensuite il se barre à pied dans le public poursuivi par un gars de la sécu, retour sur scène, retour aux barrières pour taper dans les mains des spectateurs des premiers rangs : le mec vit sa meilleure vie, il est heureux comme tout.
    Il sera suppléé par Rustam Shakirzyanov, le nouveau chanteur, qui a enregistré le futur album studio du groupe, en milieu de set, mais c’était prévu, ce n’est pas un dépannage de secours.
    Après un petit somme sur les flycases (j’avais un informateur derrière la scène), pendant que Rustam assurait le boulot, il reviendra toujours aussi bourré pour finir le set et recommencer ses conneries.
    Le pire, c’est que le concert n’était pas si mal que cela, Rustam était brillant et notre héros assurait quand même malgré ses 4 grammes dans la gueule.
    45 minutes vraiment bizarres mais mémorables. Un des évènements du Hellfest 2024, mais pas forcément pour les bonnes raisons !

    THERAPY?

    Seb :  La suite se déroule à la Valley avec les Irlandais de THERAPY?. Malheureusement, il y a un monde fou et on a du mal à se faufiler pour espérer apercevoir le groupe, même de loin. La setlist est très bonne. C’est bien simple, il n’y a que des tubes. THERAPY? en live, c’est une valeur sûre. Mais je suis contraint de quitter les lieux avant la fin du set si je veux me placer sous la Temple pour assister à un autre concert très attendu.

    Bruno : Encore beaucoup de monde et une bonne ambiance pour une de mes rares incursions dans la Valley pour assister à la prestation des irlandais (du Nord). C’est jouissif, énergique, les mecs ressortent les tubes imparables des années 90. Il faut savoir qu’en 1994, date de la sortie de l’album "Troublegum", ils passaient en boucle sur les radios françaises (Europe 1, France Inter…)

    WIEGEDOOD

    Seb : Les Belges WIEGEDOOD investissent la scène de la Temple pour nous subjuguer avec leur black metal atmosphérique de haute qualité. Une musique planante et funeste d’une beauté sombre. Rien à dire de plus. Tout est dans la musique et l’excellente performance du groupe tout en sobriété.

    Bruno : Un des très bons concerts du week-end pour moi. Les Belges ne font pas dans la communication : ils arrivent, prennent leurs instruments et envoient la purée pendant 50 minutes, point barre. C’est puissant, intense, malsain, aucun temps mort ou bla-bla inutiles, ils sont là pour vous défoncer la gueule et ils le font parfaitement.

    THE BLACK DAHLIA MURDER

    Bruno : Amis de la finesse, bonsoir. Les Ricains n’étaient pas là pour enfiler des perles mais pour en découdre, les mecs de la sécu ont d’ailleurs eu du boulot avec les slammeurs qui arrivaient par vagues. Pas le concert de l’année mais une très bonne performance. Heureux hasard, c'est ce qu'on leur demandait.

    BATUSHKA 

    Seb : Petite pause avant de revenir sous la Temple pour assister à une messe particulière. C’est au tour des Polonais de BATUSHKA de nous envouter. Nous avons ici à faire au groupe du guitariste Krzysztof Drabikowski qui, pour de nombreux fans, est le vrai BATUSHKA. Pour moi peu importe, le vrai, le faux, je m’en fiche un peu. Gros fan du premier album de BATUSHKA « Litourgiya » et que j’ai eu la chance de voir sous cette mouture en 2018 au Hellfest, je suis tout autant fan des deux BATUSHKA apparus après cet album suite à la prise de bec entre le guitariste et le chanteur. J’avais déjà vu en live cette incarnation de BATUSHKA (celle de Krzysztof) au Motocultor en 2022 et j’avais été totalement conquis.

    A mon grand désarroi, je ne suis pas du tout rentré dans le set des Polonais cette année. J’ai lâché l’affaire au bout de vingt minutes. Je me suis dit que c’était sûrement dû à la fatigue comme le festival touchait bientôt à sa fin. Mais en ayant revu le concert sur Arte Concert, j’ai compris pourquoi je n’ai pas été conquis : le show décolle vraiment qu’une fois arrivé à la moitié du set. La première partie du concert manque cruellement de jeux de lumières. Et cet élément est très important. Un show de BATUSHKA c’est une combinaison de plusieurs éléments qui provoque cette magie : les costumes, la scénographie, la musique, les éclairages, l’ambiance etc… J’ai abandonné trop tôt car tout était réuni sur la seconde partie du concert. Dommage.

    Bruno : Fascinant, c’est le mot, ce groupe est quand même à part dans l’univers metal. Les chants liturgiques et le black atmosphérique des polonais à une nouvelle fois fait merveille pour peu que l’on "entre"  dans leur délire.
    C’est beau, planant, si l’on ferme les yeux, on est embarqué dans un autre monde. Remarquez, c’est un peu con de fermer les yeux, visuellement, que ce soit les tenues ou les lights, c’est superbe.

    QUEENS OF THE STONE AGE

    Seb :  Un dernier burger et un dernier muscadet. Un petit coup d’œil du côté de la Mainstage 1 où les QUEENS OF THE STONE AGE terminent leur concert avec « No One Knows » et « A Song For the Deaf ». Et je retourne me cacher dans l’endroit que je préfère : la Temple !

    SUFFOCATION

    Bruno : En un concert on comprend pourquoi ces mecs sont dans le top niveau du Death. Que dire ? Rien, on apprécie et on ferme sa gueule. Ça bute, c'est carré et ça défonce.

    TIAMAT

    Seb TIAMAT est le groupe que j’attendais le plus cette année avec WAYFARER. J’avais hâte de les voir enfin en live et je n’ai pas été déçu. J’avoue avoir eu un peu peur que la formation concentre sa prestation sur sa période gothique mais c’est tout le contraire qui s’est passé. Johan Edlund et ses acolytes ont eu l’excellente idée d’axer le concert sur la période Doom/Death du groupe. Ce qui a fait vibrer en moi la corde nostalgique, étant très fan des albums « Clouds » et « Wildhoney », disques avec lesquels j’ai découvert le groupe en 1993 – 1994. Tous les tubes de cette période y passent : « The Sleeping Beauty », « Whatever That Hurts », « Gaia » et le magnifique « Visionaire».

    MADBALL

     Bruno : La Warzone a encore pris cher avec les New Yorkais. Toujours aussi efficaces et un nouveau sacré joyeux bordel devant les crash barrières !

    FOO FIGHTERS

    Seb :   Pour moi, le gros dilemme du festival se déroule à ce moment-là. Qui vais-je aller voir ? J’ai envie de voir les FOO FIGHTERS car je ne les ai jamais vus, mais en même temps, sur la Valley, il va y avoir RIVAL SONS. Je me dis que j’aurai plus de chance de revoir RIVAL SONS que la bande de Dave Grohl. Donc, direction la Mainstage 1. Le groupe est très en forme et ça joue bien. N’étant pas très familier des sorties les plus récentes du groupe, je réagis plus sur les tubes de la période allant de 1995 à 2002. Je passe un très bon moment malgré tout mais je m’éclipse trente minutes avant la fin en espérant pouvoir assister à la fin du concert que DIMMU BORGIR donne sous la Temple. Mais, comme je m’en doutais, une foule compacte dégueule de la tente et il est totalement impossible d’espérer y accéder. Je décide donc de rentrer, heureux d’avoir encore assisté à une excellente édition du Hellfest.

    I AM  MORBID

    Bruno : David Vincent en impose, de par sa présence déjà, et la profondeur de sa voix ensuite. Ce concert avait le meilleur son que j’ai entendu dans l’Altar depuis longtemps. Respect.

    DIMMU BORGIR

     Bruno : Dernier concert du festival. Une setlist vraiment top, visuellement réussi, un concert un peu gâché par les slammeurs qui déboulaient de derrière. Il faut croire que j’étais sur la mauvaise trajectoire. C’est du Black, quoi, ne vous sentez pas obligé de le faire.
    La Temple était blindée, la réputation du groupe les ayant précédés. Il y avait juste derrière moi un père qui portait son gosse sur les épaules et qui m'a remercié quand je l'ai protégé des mecs qui arrivaient en slam, en m’interposant pour les dévier ou empêcher un pied d’arriver au mauvais endroit. J'ai appris par hasard que le mec en question était Aldebert ! Je ne l'avais pas reconnu !

    Seb :  Pour conclure et revenir sur la polémique (qui n’en est pas une au final) : le Hellfest est-il en train de devenir un festival de type Rock en Seine ou Eurockéennes de Belfort ? La réponse est non !

    Le festival s’ouvre à des styles plus Rock et mainstream pour tenter de toucher un nouveau public. Mais les amateurs de Punk, de Hardcore, de Stoner, de Hard Rock ou Metal, sous sa forme la plus extrême ou plus soft, peuvent toujours trouver leur bonheur sans jamais avoir à mettre un pied au niveau des Mainstages. Le festival n’a depuis bien longtemps déjà plus le même visage que par le passé. Il faut s’y faire car ça ne sera plus jamais comme avant.

     Pour les déçus du Hellfest, l’offre de festivals n’a jamais été aussi riche que ce soit en France ou à l’étranger et tout le monde peut trouver chaussure à son pied.

    Bruno : Belle fin de fest en tout cas. That’s all folks !

  • Hellfest 2024 – Vendredi 28 Juin

    Hellfest 2024 – Vendredi 28 Juin

    Live report du Jour 2
    Hellfest 2024 – Clisson
    Par Bruno Guézennec et Sébastien D.


    Crédit vidéos : Bruno Guézennec

    Seb : Arrivée tardive sur le site ce jour pour cause d’apéro offert par les proprios chez qui nous campons. Chose qu’on ne peut décemment pas refuser. Ce qui me fera rater HOULE (pas grave, je les verrai au Metalearth Festival à Brest au mois de novembre), IMPERIAL CRYSTALLINE ENTOMBMENT et SHORES OF NULL.

    HOULE

    Bruno : Arrivé un peu tard sur le site (11h) je rate Karma Zéro, j’aurai sûrement d’autres occasions de les voir.


    Deuxième fois que je vois Houle après le Kreiz Y Fest en mai dernier, l’album est sorti entre temps et leur expérience live ne fait que grandir. Houle c’est le groupe qui monte dans la scène black française et il est vrai qu’ils assurent, même la grande scène du Hellfest ne semble pas les impressionner (à mon avis ils devaient quand même avoir les jambes un peu flageolantes avant de se présenter devant le public !). 

    Très bonne prestation devant une Temple remplie malgré l'heure matinale, une preuve de plus de l'engouement que le groupe suscite.

    ANKOR

    Bruno : Je me demande à quel moment quand j’ai fait mon R.O., je me suis dit que ce serait une bonne idée d’aller voir les espagnols d’Ankor sur la Mainstage. Dès que j’ai vu le guitariste débouler sur scène avec son look et sa magnifique coupe de cheveux, j’ai su que je n’avais absolument rien à foutre à cet endroit !
    Du metalcore sûrement très intéressant pour les amateurs, le problème c’est que je n’aime pas ce style de metalcore !

    IMPERIAL CRYSTALLINE ENTOMBMENT

    Bruno : Lave plus blanc que blanc (ces tenues !). Leur black est intéressant et musicalement j’ai passé un bon moment. Niveau look et présence sur scène par contre, on a vite fait le tour.
    C’est très statique et les masques cachent les visages, marrant au début mais on se lasse vite. C’est quand même secondaire, musicalement ça fait le job et c'est le plus important.


    THE ACACIA STRAIN

    Bruno : Puissant ! Ils ont bien défoncé l’Altar et le public a répondu aux invectives du chanteur. Grosse dépense d’énergie de chaque côté des crash barrières. Le meilleur du metal et du hardcore en un seul groupe.

    SHORES OF NULL

    Bruno : Après la déflagration The Acacia Strain, il fallait calmer un peu le jeu (en fait non, mais la prog étant faite comme cela je n'avais pas le choix).
    Les italiens ont livré un très beau concert, leur doom influence gothique fait des merveilles mêlant des guitares tantôt lourdes tantôt aériennes, avec un chant qui se balade entre la mélodie et le growl. Seul reproche, c’était trop court.

    LOFOFORA

    Seb :  La journée démarre donc à 15h50 avec le concert de LOFOFORA qui se produit sur la Mainstage 2. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu le groupe en live et leur fusion est toujours d’une efficacité redoutable. En 45 minutes, on a le droit à une grosse partie de leurs tubes, une intervention des Femen et un bon gros tacle du chanteur Reuno à Shakaponk.

    TEXTURES


    Bruno : Du metal prog classieux, comme l’était ce concert. Pas grand-chose à dire de plus, une réussite devant un public largement acquis à la cause de la formation néerlandaise, ses superbes mélodies et son backdrop magnifique.


    SPEED

    Bruno : Fuck yeah, 2 fois Speed en une semaine (après le Superbowl Of Hardcore) c’est pas mal, rien que pour avoir le plaisir de voir le chanteur jouer de la flûte traversière pendant un concert de HxC. La Warzone a accueilli le groupe avec ferveur, c’est mérité vu la débauche d'énergie sur scène.

    KLONE

    Bruno : C’est beau, planant, ça chante bien, du Klone quoi, 45 minutes hors du temps. Seul reproche, quand on joue sur une scène comme celle du Hellfest, c’est un peu dommage de ne pas profiter entièrement des lights. Parce que les lumières blanches pendant 70% du concert, c’est un peu gâché la marchandise.

    MORK

    Seb :  La suite se passe sous la Temple où les Norvégiens de MORK nous livrent un concert de black metal dans la plus pure tradition. Corpse-paint de rigueur pour une musique froide et sans joie. Le groupe nous donne une prestation de qualité malgré une certaine linéarité en milieu de set qui sera corrigée par deux titres plus rageurs sur le final. Un concert de qualité par un groupe de qualité.

    Bruno : Retour vers la Temple pour les Norvégiens et leur black metal qui n’a rien inventé (ça tombe bien, on ne leur demandait rien non plus) mais qui a offert au public un savant condensé de puissance et de mélodies.

    Comme une grosse feignasse, je m’accorde ma première pause du week-end (mes pieds me disent encore merci) au lieu d’aller voir Planet Of Zeus dans la Valley. J’ai appris plus tard que leur concert avait été inversé et que c’est Gaupa qui passait à ce moment-là.

    KANONENFIEBER

    Seb :  Petite pause nourriture avant de se rediriger vers la Temple où les Allemands de KANONENFIEBER ne vont pas tarder à démarrer leur concert. Mais en passant devant le Sanctuary (merchandising Hellfest), je vois que les files d’attente sont moins fournies et je me dis que c’est le moment ou jamais de choper mon t-shirt souvenir comme chaque année. J’écoute donc une partie du show du groupe en faisant la queue. Mais je crois que j’ai raté un des sets dont les retours sont dithyrambiques. La vie est faite de choix.

    Bruno : Un autre moment fort du festival. J’attendais les Allemands avec impatience (un des trucs immanquable pour moi) et je n’étais pas le seul au vu de l’affluence dans la Temple. Que dire, le show a tenu toutes ses promesses, cette formation a un avenir radieux qui s’ouvre devant elle.

    NE OBLIVISCARIS

    Seb :  J’avais hâte de revoir NE OBLIVISCARIS, groupe que j’ai découvert et adoré au Motocultor en 2015. C’est une Altar bien garnie qui accueille les Australiens. Ils sont accompagnés pour l’occasion d’un guest de luxe à la batterie en la personne de Kévin PARADIS de Benighted. Malgré ça, je ne suis pas du tout rentré dans le set à cause d’un son abominable,ne rendant pas justice à la finesse et la richesse de leur musique (peut-être est-ce dû à l’endroit où je me trouvais). Autre déception, ce n’est pas le charismatique chanteur Xenoyr qui est sur scène aujourd’hui, absent de la tournée pour des raisons personnelles, mais James Dorton du groupe The Faceless. Le rendu n’est clairement pas le même. Grosse déception. 

    Bruno : Un autre immanquable de mon R.O., le death progressif des australiens est sublime sur album, il l’était tout autant live et l’apport du violon est un atout indéniable. Un énorme moment de classe et d’émotion.
    Dernier titre, le chef-d’œuvre …And Plague Flowers the Kaleidoscope. Comment restituer un tel morceau live ? J’avais peur d’être déçu. Résultat, je crois bien que c’était encore mieux que sur l’album, impensable ! J’ai même lâché ma petite larme au milieu du titre.
    Et pour couronner le tout, un slam des deux chanteurs à la fin de la chanson. Énorme ovation du public. Monumental !

    CLAWFINGER

    Seb : La déception sera de courte durée car le concert suivant va très vite me rebooster. Les enceintes crachent le titre « Que je t’aime » de notre Johnny Hallyday national. Ce n’est pas habituel d’entendre ce style de musique au Hellfest. Encore moins à la Warzone ! C’est sur cette intro que les Suédois de CLAWFINGER prennent possession de la scène pour une heure de Rap Metal, comme ces pionniers en ont le secret depuis le début des années 90. Leur énergie et leur bonne humeur communicative n’auront aucun mal à conquérir le public présent. Le set passe à une vitesse folle dans une ambiance festive. Un des meilleurs concerts du week-end !

    Bruno : 1993, c’est cette année-là que j’ai acheté « Deaf Dumb Blind » le premier album des Suédois qui a mis une énorme mandale dans la gueule de tout le monde. 31 ans après, le rapcore influence indus du groupe fait toujours la même impression live. Ils ont retourné la Warzone, qui portait bien son nom. On sentait le plaisir du groupe à être présent au Hellfest.

    AMORPHIS

    Seb :   Je traverse le site sans traîner car je veux me placer au mieux pour le concert d’AMORPHIS qui ne va pas tarder à démarrer sous la Altar. C’est la troisième fois que je vois le groupe en live et ce qu’il va se passer est difficilement descriptible. Un moment de grâce que j’ai trouvé parfait en tout point. Une excellente setlist, un son au top, des lights magnifiques et une interprétation impeccable. Ajoutons à cela une communion parfaite avec le public qui reprenait tous les refrains en cœur et vous avez la recette du meilleur concert du week-end. J’ai vécu un moment magique.

    Bruno : Visuellement c’est beau, musicalement aussi. Le death très mélodique des finlandais s’écoute toujours avec le même plaisir.

    MACHINE HEAD

    Seb :  Je sors de la Altar sur un petit nuage et je me rapproche doucement des Mainstages car c’est bientôt le tour de la tête d’affiche du jour : MACHINE HEAD. Il y a une vingtaine de minutes de battement entre les deux groupes, ce qui me permet de voir la fin du set de SHAKAPONK. Le gros débat depuis que le Hellfest a dévoilé son affiche était : Shakaponk a-t-il sa place dans un festival Metal ? Pour avoir vu le groupe à trois reprises, je n’ai pas trop de doute sur leur capacité à chauffer à blanc le pit. Et au vu de la réaction de la fosse et de l’émotion visible du groupe à la fin du set, je crois qu’ils ont relevé haut la main leur pari.

     A la fin du show des Français, une grosse partie du public remonte tandis que mes potes et moi fonçons dans l’autre sens pour nous placer au plus près de la Mainstage 1. Ça va être la guerre !

    MACHINE HEAD n’était pas venu au Hellfest depuis 2012. Aujourd’hui il revient en tant que tête d’affiche. Et il n’a pas volé son statut de headliner car ils nous ont délivré un show en mode rouleau compresseur avec une setlist en forme de gros best-of. Tout ça desservi par un son phénoménal pour un thrash metal de haute volée qui a fait de ce groupe la meilleure tête d’affiche du week-end. Les sourires affichés sur leurs visages à la fin du concert ne laissaient que peu de place au doute sur la joie ressentie par le groupe. Il suffit de lire leur post Facebook à ce sujet pour s’en rendre compte.

    BODY COUNT

     Seb : Après cette grosse claque, je n’avais pas arrêté mon choix sur le dernier groupe à voir ce vendredi soir. Ayant déjà vu les trois formations qui jouaient en clôture, je me suis laissé entraîner du côté de la Warzone pour aller voir BODY COUNT. Le dernier passage d’Ice-T et sa bande en terre clissonnaise en 2018 ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. J’avoue même que je m’étais ennuyé sévèrement car il avait passé plus de temps à parler qu’à enchaîner les titres. Je décide donc de laisser une nouvelle chance au groupe. Et j’ai bien fait car c’est un BODY COUNT en très grande forme qui nous a délivré un concert d’une efficacité redoutable. La furie thrash se mêlant avec efficacité au flow d’Ice-T. Un « Born Dead » repris par un public conquis mettra fin à cette deuxième journée.


    BIOHAZARD

    Bruno : La Warzone a pris cher encore une fois, Les Ricains connaissent le boulot, c’est très très efficace.

    PAIN OF SALVATION

    Bruno : Un petit peu mou pour moi, malgré des passages plus puissants, mais j’aurais aimé en entendre davantage. Des beaux moments malgré tout et une première de la formation qui enfile des masques de clébard sur un titre en précisant qu’ils ne savent pas du tout comment cela va se passer. Peut-être un one shot, car le chanteur offert son masque au public à la fin du morceau (à mon avis, ils devaient crever de chaud là-dessous !).
    Visuellement, par contre, c’était une réussite.

    ANAAL NATHRAKH

    Bruno : Je n’attendais rien de spécial de ce concert et j’ai pris une grosse claque dans la tronche avec les Anglais. 

    Ils ont bien enflammé la Temple avec leur black/grind/indus et ont eu le droit, en retour, à moults pogos, circle pits et un wall of death, enfin deux mais le premier n'ayant, à juste titre, pas satisfait le chanteur il a demandé à le recommencer (comme d'habitude il y a toujours des mecs qui ne comprennent pas comment ça fonctionne et qui partent trop tôt !). 

    Parfait pour finir cette deuxième journée en beauté !
  • Hellfest 2024 – Jeudi 27 Juin

    Hellfest 2024 – Jeudi 27 Juin

    Live report du Jour 1
    Hellfest 2024 – Clisson
    Par Bruno Guézennec et Sébastien D.

    Crédit vidéos : Bruno Guézennec et Once Upon A Live

    N’ayant pas sollicité d’accréditations, c’est en qualité de festivaliers que nos deux comparses, Bruno et Sébastien ont arpenté les scènes du Hellfest, fournée 2024. Ils vous livrent leurs impressions.

    Mercredi 26 juin 2024

    Seb :  Rendez-vous à 10h à Landerneau avec une partie de l’équipe d’amis qui m’accompagnent chaque année au Hellfest (l’autre partie nous rejoindra le lendemain). Décollage à 10h30 et c’est parti pour 3h30 de route destination Clisson. Enfin, Gétigné plus précisément, l’endroit où on campe chez l’habitant

    Treizième édition pour moi (quatorze si on compte la double édition de 2022 pour deux).

    Arrivés sur place, apéro avec les proprios, montage du campement et direction le Hellcity Square pour se faire poser les bracelets et faire quelques achats au Metal Market.

    Jeudi 27 juin 2024

     Seb : Ce qu’il y a de bien avec le Hellfest, c’est que l’orga prend chaque année en compte les critiques afin d’améliorer un peu plus le confort et l’expérience des festivaliers. L’année dernière, les portes de la cathédrale n’avaient ouvert qu’à partir de 15h pour un début des concerts à 16h30. Ce qui avait, 1er jour oblige, engendré un énorme bouchon à l’entrée et nous avait fait rater les deux premiers concerts de cette journée. Cette fois-ci, l’ouverture des portes se faisait une heure plus tôt, nous permettant ainsi d’être sur site avant que le premier riff de cette édition se fasse entendre dans les enceintes. 

      Lorsqu’on arrive sur le site, le petit jeu est de savoir quelles nouveautés le Hellfest nous a préparé. Cette année, il n’y en avait qu’une seule mais elle était de taille : il s’agit de la Gardienne des Ténèbres. Une monumentale chimère de dix mètres de haut construite par la Compagnie La Machine à Nantes. Celle-ci s’anime quelques heures par jour durant tout le week-end, crachant de l’eau, de la fumée et des flammes pour un effet somptueux, surtout de nuit.

    Crédit vidéo : Once Upon A Live

    ASINHELL  

    Je me dirige directement vers la Mainstage 1 pour assister au concert de ASINHELL, groupe de death metal où l’on retrouve Michael Poulsen (le leader de Volbeat)  à la guitare et Marc Grewe (ancien chanteur de Morgoth) au chant. Nous avons à faire à un death metal classique mais très bien exécuté par un groupe qui ne cache pas sa joie d’être à Clisson aujourd’hui. Une très bonne entrée en matière qui permettra de se faire les oreilles pour le week-end.

    WORMROT

    Bruno : je ne suis pas vraiment entré dans le concert, bien qu’amateur de grind et de leur album. J’ai trouvé sympa mais sans plus, le tour d’échauffement quoi (le groupe a splitté quelques jours après le Hellfest !)

    Crédit : Bruno Guezennec

    MORNE

    Seb :  La suite se passe sous La Temple pour voir le concert des Américains de MORNE. Un moment fort agréable où la lourdeur de leur doom non dénué de mélodie nous transporte vers un univers où la joie n’a pas sa place.

    Bruno : Lent, lourd, efficace, prenant, un très bon moment, ils confirment les qualités de leurs LP. Cela marque aussi le début de la double grosse caisse beaucoup trop forte sous la Temple. Ce sera récurrent pratiquement tout au long du week-end.

     

    IMMOLATION

    Seb : Quelques pas de côté sur la gauche pour se retrouver sous la Altar où les Américains d’IMMOLATION nous donnent une leçon de death metal old school et au passage me donnent la première claque de la journée. Quel plaisir de voir sur scène une telle légende qui a participé à donner toutes ses lettres de noblesse au style. Un excellent concert doté d’un très bon son.

    Bruno : Du bon gros death qui fait le job, un peu étonné de les voir aussi tôt sur l’affiche.

    Crédit : Bruno Guezennec

    DOLCH

    Bruno : un peu mitigé, cela m’a donné l’impression que la chanteuse se faisait chier sur scène. Ce n’est évidemment pas le cas mais c’est mon ressenti. Un peu mou pour moi.

    Crédit : Bruno Guezennec

    BRUJERIA

    Bruno :  une des bonnes surprises du festival, je connaissais bien sûr, mais jamais vu live. Super concert, très bonnes interactions avec le public malgré, évidemment, les speechs entièrement en espagnol. Grosse présence sur scène des trois chanteurs. 

    On a malheureusement appris le décès du chanteur Ciriaco "Pinche Peach" Quezada le 19 juillet. Il avait une présence extraordinaire sur scène avec son visage inquiétant. Le seul à ne pas porter de masque/bandana sur le visage.

    Crédit : Bruno Guezennec

    KERRY KING

    Seb :  Pour le concert suivant, c’est la curiosité qui m’attire vers la Mainstage 1. En effet, à 19h30, KERRY KING (guitariste de Slayer) nous présente son projet solo avec un line-up quatre étoiles. Verdict : un concert sympathique où le fantôme de son groupe d’origine plane durant toute la durée du set. Il faut dire que les compos du premier album de King sont très proches de ce que faisait son groupe d’origine. Comment pourrait-il en être autrement en sachant qu’il était l’un des compositeurs principaux de la légende du thrash ? Même Mark Osegueda (chanteur de Death Angel) reproduit quasiment à l’identique la signature vocale de Tom Araya. Troublant. A cela, on ajoute deux ou trois reprises de Slayer dont l’inévitable « Raining blood » et on a un concert de Slayer sans Slayer. Concert sympathique mais à choisir, je préfère voir le vrai plutôt que la copie.

      SYLVAINE

    Seb : Je retourne ensuite sous la Temple revoir la belle Kathrine Shepard et son groupe SYLVAINE qui m’avait totalement conquis lors de la dernière édition du Motocultor. Elle n’a eu aucun mal à m’embarquer à nouveau dans son univers avec son blackgaze où la mélodie est reine sans oublier les moments de fureur typique du black metal. La jolie blonde nous hypnotise autant avec sa musique que lorsqu’elle agite avec grâce et élégance sa longue crinière. Elle finira le set par l’interprétation d’un titre à capella (« Eg er Framand »). Frissons garantis. Il est rare de voir un ange se produire sous la Temple.

    Bruno : Planant dans l’ensemble mais avec des passages où ils sortaient les guitares (pas assez souvent à mon goût). Un joli moment, surtout le titre a capella en toute fin de concert, un peu gâché par le son qui remontait de la Mainstage et de la balance dans l'Altar.

    Crédit : Bruno Guezennec

    DARK TRANQUILITY

    Bruno : un des moments forts de mon festival et pas que du mien à en croire l’incroyable ovation qu’a reçu le groupe tout au long de leur prestation.
    Un autre moment très fort, la fameuse slameuse en fauteuil roulant bien connu des habitués du festival, qui encore une fois a slamé pendant un concert de Dark Tranquillity, mais cette fois çi, le mec le plus cool du Metal, Mikael Stanne, a demandé à la sécu de la faire monter sur scène (avec son fauteuil bien sûr), l’a accueilli et lui a proposé d’assister à la fin du show sur le côté gauche de la scène. C’était déjà classe, mais en plus, à la fin du concert, il est carrément allé la chercher pour qu’elle pose avec eux sur la photo de fin de concert. Un très grand moment d'émotion pour elle.

    Crédit : Bruno Guezennec

    SHINNING

    Bruno :  Toujours bien déjanté avec son black/jazz et ses parties de saxo, encore faut-il supporter la musique du groupe. C’est mon cas et celui du public qui a bien répondu présent à ce qui constitue tout de même un des OVNI musical de cette édition 2024.

    Crédit : Bruno Guezennec

    SODOM


    Seb :  Je zappe DARK TRANQUILLITY pour aller manger un morceau. Une fois l’estomac bien calé, je vais faire un petit tour à la Warzone pour voir THURSDAY, groupe qui m’avait plu à la fin des années 90 / début des années 2000. Il faut croire que c’était mieux dans mon souvenir car là je n’ai pas accroché du tout. J’ai tenu trois titres avant de lâcher l’affaire.

      Après ça, je me dirige à nouveau vers ma grotte (Temple / Altar) pour me prendre une bonne grosse dose de Teutonic Thrash dans la tronche. Sous la Altar se produisent les Allemands de SODOM. On sait très bien qu’on passera un bon moment à chaque fois tellement le groupe est une machine de guerre en live. C’est carré, efficace, et c’est exactement ce dont j’avais besoin après la déception du groupe Thursday. Le set passe à vitesse grand V et les classiques sont là (« Agent Orange »). Le son est peut-être un chouia trop fort mais qu’importe, ça fait du bien. Je m’éclipse avant la fin car je veux bien me placer pour le dernier groupe de la journée.

    Bruno : Son un peu brouillon, mais c’est du thrash, on ne va pas faire la fine bouche. En tout cas, il y avait de l’énergie à revendre. Sodom fait du Sodom et c’est très bien comme ça si l'on en juge par les circle pit et pogos en tout genre qui ont émaillé le pit.

    Crédit : Bruno Guezennec

    CRADLE OF FILTH

    Seb :  En effet, sous la Temple, CRADLE OF FILTH clôture cette journée. Fan du groupe depuis la sortie de leur  premier album « The Principle of Evil Made Flesh » en 1994, et malgré des hauts et des bas dans leur discographie, je reste très attaché à la troupe de Dani Filth. Ce soir, le groupe est très en forme et bénéficie d’un excellent son. La setlist est très bien équilibrée entre classiques et morceaux plus récents mais il n’atteint pas le niveau du concert donné au même endroit en 2019 qui était grandiose. Très bon moment tout de même.

    Bruno : La dernière fois que je les avais vus, c’était au Hellfest 2019, juste après le concert de Dark Tranquillity ou je m’étais fait piquer mon téléphone dans la poche ! Autant vous dire que je n’étais pas dans un état optimum pour apprécier leur prestation.
    Hasard de la programmation, cette année j’ai revu Cradle peu de temps après le concert de Dark Tranquillity. Mais comme en témoignent les vidéos que j’ai filmées, j’avais toujours mon tél.
    Plus vraiment un grand fan du groupe, j’ai un peu lâché depuis quelques années. Concert sympa mais qui ne m’a pas transcendé. De très bons passages quand même grâce à une setlist solide.
    Il faut que Dani arrête de faire des mouvements de boxeur, avec son 1m65 et ses 65 kilos, il est moyennement crédible.

    Crédit : Bruno Guezennec

  • LE COVEN DU CARROIR – Tenebrae Fabulae

    LE COVEN DU CARROIR – Tenebrae Fabulae

    Genre : Black Metal 
    Label : France Black Death Grind
    Sortie : 13 Septembre 2024

           Note : 85/100 (LB D)

                      On connaît le Berry surtout pour ses spécialités culinaires, la galette de pommes de terre, les œufs à la couille d’âne (si,si !) et autre pâté Berrichon. Les footeux vous diront qu’ils connaissent cette région pour la Berrichonne de Châteauroux, club connu pour ses petits exploits en coupe de France ou ses quelques montées éphémères dans l’élite du football français. Mais, connaissez-vous le Berry pour ses mythes, ses légendes ou ses croyances ésotériques? Non ? Et bien moi non plus, du moins jusqu’à ce que j’apprenne l’existence du groupe Le Coven du Carroir.

           Avant tout, une petite présentation s’impose. Tout d’abord, il y a cet étrange nom en 2 mots, le Coven du Carroir. Le coven, en anglais, se définit par une réunion de personnes qui pratiquent la sorcellerie, et le carroir, en Berrichon, c’est le nom donné au carrefour ou croisement des routes. A l’origine de cette formation se trouve un guitariste chanteur se prénommant le Sorcier du Berry. S’en suivent deux autres musiciens, Bleiz et Marin Semellé, respectivement à la guitare et à la basse. En formant ce groupe en 2022, à Bourges, le trio avait pour but de mettre en valeur les histoires et traditions de leur terroir. Quasiment inconnues du grand public, elles seront célébrées comme il se doit sur leur premier album, intitulé “Tenabrae Fabulae” qu’on pourrait traduire en français par “Légende Sombre”, et ce n’est vraiment pas un hasard non plus.

           Quatre titres sur sept sont consacrés à ces légendes du Berry, et c’est ainsi que nous découvrons l’existence, et ce dès l’ouverture de l’album, de la femelle noire de Romorantin, vieille dame considérée comme une sorcière que tout le monde fuyait comme la peste. Du pont de Beaugency, dont la légende dit qu’il fut construit en une nuit par le diable en échange d’une âme, les habitants lui offrirent un chat. C’est d’ailleurs, ce thème qui sera choisi et qui ornera cette magnifique pochette. Troisième Récit mentionné, les lavandières de nuit, qui nettoyaient le linge des futurs défunts dans un cours d’eau ou un lavoir la veille de leur mort. Et enfin, les meneurs de loups, conte évoquant des anciens loups-garous, qui, après avoir conclu un pacte avec le diable, ne se métamorphosent plus et prennent la direction et la protection des meutes de loups. Les trois derniers titres se concentreront davantage, et plus globalement, sur la sorcellerie et le paganisme, tout en dénonçant la religion catholique dans son ensemble.

      

           Mais toutes ces anecdotes ne seraient rien si elles n’avaient pas été agrémentées de musiques. Nos trois compères nous ont composé quelques hymnes bien Black Metal autant mystique qu’horrifique, parfois saupoudré de riffs heavy (“Torning The Veil”) ou voir carrément thrash sur “Black Female”. Dans l’esprit, toutes ces inspirations ne sont pas sans rappeler le Black Metal si atypique des Norvégiens de Satyricon.  Les parties symphoniques, les chœurs et autres diverses orchestrations sentent bon le Black Sympho des années 90 (on pensera bien sûr à Cradle Of Filth). La scène grecque est clairement perceptible dans les atmosphères ésotériques et la théâtralité des titres, on peut citer sans vergogne Rotting Christ ou Macabre Omen, particulièrement flagrant sur “Wolf Leader”. Mais toutes ces influences ne sont pas de vulgaires plagiats, ici tout est digéré, maîtrisé et bien ficelé. Le chant criard est varié et totalement possédé, apportant lui aussi sa petite pierre à l’édifice en accentuant le côté malsain et terrifiant de la chose. Pour autant, le titre le plus surprenant est sans aucun doute “Bean Nigghe” avec son intro très techno indus, la batterie programmée si souvent décriée dans notre musique est ici mise en valeur. Du fait de la non-présence d’un batteur, je pense qu’elle pourrait susciter de nouvelles perspectives pour nos compositeurs à l’avenir.

         Alors, pour résumer la situation, je dirais que Le Coven du Carroir nous a concocté un premier album de très bonne facture, et déjà l’impatience me guette pour les prochains enregistrements. Tout comme pour Anakreb que j’ai chroniqué dernièrement, je le range sans problème dans les catégories “groupe à surveiller” et “grand espoir du Black Metal Français“. Un conseil, si vous ne le connaissez pas, penchez vous très vite sur cet album, il en vaut vraiment le détour.

    Tracklist : 

      01 – Black Female 

      02 – Devil’s Bridge

      03 – Bean Nigghe

      04 – A New Age Has Come

      05 – Torning The Veil

      06 – Gods of Old

      07 – Wolf Leader

    Line-up : 

    Le Sorcier Du Berry – Chant, Guitare / Bleiz – Guitare / Marin Semelé – Basse.

    Liens : 

    https://lecovenducarroir.bandcamp.com/album/tenebrae-fabulae

    https://www.facebook.com/LeCovenduCarroir

    https://www.instagram.com/covenducarroir

  • Arkona –  Stella Pandora  (2024)

    Arkona –  Stella Pandora  (2024)

    Genre : black metal  / Label : Debemur Morti Productions  / Sortie : 27 septembre 2024

    Note :  90 /100 (Seblack)

    Les Polonais de Arkona font partie de ces groupes que je suis de près et depuis longtemps. Au moment d’aborder un de leur disque, l’objectivité n’est donc pas forcément de mise (pour peu que cette chimère existe vraiment d’ailleurs). C’est ainsi depuis 2001 et la sortie de « Zeta Reticuli » et cet intérêt ne s’est jamais démenti depuis. 

    En plus d’une vingtaine d’années, la musique de Arkona a eu le temps d’évoluer. Mais à chacune de ces évolutions Korzon et ses sbires ont toujours su proposer des compositions où l’ADN du groupe restait bien prégnant. Arkona c’est une sorte d’idéal tout à la fois épique, puissant et traversé par des claviers conférant à ce black metal une forme souvent accomplie.

    Sans surprise donc, « Stella Pandora » ne fera pas exception à mes yeux et oreilles. On pourra ne pas être d’accord avec cela bien sûr,  mais dans l’ensemble je resterai sourd à ces arguments. Je l’avais dit, je ne serai pas objectif. 

    Passons… pour ce huitième album du groupe,  il aura fallu patienter presque cinq longues années pour que le groupe assure la succession de “Age of Capricorn”. Honnêtement j’ai bien cru qu’on était reparti pour un long silence discographique comme celui de 2003-2013…mais non ouf !  Côté label, la stabilité est de mise puisqu’il s’agit de la troisième sortie du groupe chez Debemur Morti Productions. En se penchant sur les titres de ses six compositions, on remarquera cette fois une nette inclinaison pour la mythologie grecque et la mort. Cela n’en fait pas pour autant un « concept album » mais ce fil est bien présent et va placer la musique sous le sceau du grandiose qui en impose.

    Car oui, beaucoup de choses en imposent dans cet album. Le son tout d’abord qui est énorme (presque un peu trop) et donne la pleine mesure de la puissance des guitares, de la basse, de la batterie et du chant.  La qualité des compositions ensuite : les chansons sont accrocheuses sans  pour autant tomber dans la facilité ou une quelconque forme de systématisme. On notera au passage quelques enchaînements et transitions  entre certaines pistes qui donnent cet agréable sentiment que chaque compo est le prolongement de la précédente. Aux différentes écoutes (et il y en a eu quelques-unes…)  je n’ai pas vu passer les quarante sept minutes de cet album et ça c’est toujours un très bon signe. 

     Alors pas un bémol ? Même pas un petit regret ? Si un… Voire deux…j’ai déjà un peu suggéré que le son était un petit peu trop massif à mon goût, mais ce qui me chagrine le plus ici ce sont les claviers. Les orchestrations ont beaucoup contribué à l’intérêt que je porte au groupe. Or ici, je les trouve vraiment sous-utilisées. Bon c’était déjà un peu le cas sur « Age of Capricorn » voire sur d’autres…. L’affaire est d’autant plus frustrante que quand ces sonorités sont de sortie (ou davantage mises en valeur), la musique devient véritablement grandiose et irrésistible. Écoutez les titres « Altaria »… ou « Aurora » qui referme l’album, vous m’en direz des nouvelles…

    Reste que, « Stella Pandora » démontre donc , si besoin était, que Arkona reste Arkona : une référence solide, parfois sous-estimée, mais hautement recommandable voire franchement indispensable.

    Tracklist :

    1. Pandora (08:51)  

    2. Altaria (07:48)  

    3. Necropolis (07:44)

    4. Elysium (07:02)  

    5. Prometeus (06:56)  

    6. Aurora (09:06)

    Line-up :

    Khorzon – Guitare, Orchestrations.

    Zaala – Batterie.

    Drac – Chant, basse

    Kaamos – Guitare.

    Liens :

    https://arkona.bandcamp.com/music

    https://www.facebook.com/arkonahorde

    https://www.instagram.com/arkona_pl

  • Diablation – Irrévérence (2024).

    Diablation – Irrévérence (2024).

    ____________________________________________________

    Genre : Black metal symphonique
    Label : Osmose Production
    Sortie : 27 Septembre 2024

    Note : 85/100 (Ymir)

    Diablation, ce quatuor bien connu de ces dernières années avec Maximilien B. à la basse (qui officie également chez Ba’a et Gravenoire), IX aux fûts (Joue chez Radical Insane groupe de death metal marseillais), V. Orias A. qui maîtrise les guitares et les claviers (joue chez Ad Inferna et Sollertia), et au chant le Vicomte Vampyr Arkames (qui officie également chez Ad Inferna et Gravenoire). Une fois ce petit tour d’horizon fait, mettons en avant le fait que c’est le troisième opus proposé par le quatuor des ténèbres en seulement trois ans, c’est que les bougres sont vachement productifs !

    Ici, pas question de négliger la qualité. Une intro avec des chœurs renforçant ce côté saint qui sera très probablement profané, voilà les premières notes de l’auditeur. Puis vient un hurlement accompagné de gros riff et l’assaut des ténèbres est lancé. Un déferlement de haine à l’état pur, pour votre plus grand plaisir, bah oui vous écoutez pas du black pour avoir des vibes positives ! 

    Le chant est en Français et le groupe nous démontre une nouvelle fois leurs capacités d’adaptation, en faisant ce qu’ils font de mieux mais sans laisser une quelconque routine s’y installer. Il n’y a donc pas de barrière de la langue, dans ce chant tortueux vociféré par notre Vicomte, notamment avec des titres aussi  évocateurs que “Purification”, “Par la Haine”, ou encore “Chrysanthèmes au Nouveau monde”.

    “Par la Haine “ apporte un côté plus raw et rural qui n’est pas sans rappeler Peste Noire ou Sale Freux, un terreau français, qui fait écho aussi aux Légion noires. Le chant craché tel un venin au visage de l’auditeur exprime toute la haine du monde. Un ultime effort pour l’emmener là où la lumière se fait de plus en plus ténue et où l’espoir y est rare. L’auditeur s’y plaira et contemplera l’immense puissance de ce chant. 

    Cet univers est magnifiquement désastreux, mais c’est aussi ce qui fait son charme, l’espoir n’est plus qu’un filet mince au cœur d’une obscurité compacte et sans fond. Une haine viscérale qui nous unit au récit, pour une durée de 42 minutes.

    Cet opus, a n’en pas douter, s’inscrira dans la digne lignée de ses deux prédécesseurs que sont “Par le feu” et “Allégeance”.

    Ces riffs lancinants resteront longtemps dans votre tête après votre écoute…Il fera sûrement partie des albums qui resteront à mon chevet le long de l’année… 


    Tracklist :

    1. 144000 (01:23)  

    2.  Eternel (06:38)  

    3. Purification (08:46) 

    4. Par la haine (05:24) 

    5. Chrysanthèmes au nouveau monde (07:43)  

    6. Ad Universum (05:49)  

    7. Le dernier roi (06:26)

    Line up : 

    Maximilien B. – Basse / IX – Batterie / V. Orias A. – Guitares Claviers / Vicomte Vampyr Arkames – Basse 


    Liens :

    https://osmoseproductions-label.com/diablation-irreverence-cd-lp-digital

    https://www.facebook.com/Diablation

    https://diablation.bandcamp.com

    https://instagram.com/diablation

  • Winterfylleth – The Imperious Horizon (2024)

    Winterfylleth – The Imperious Horizon (2024)

    ________________________________________________

    Genre : black metal épique et mélodique

    Label : Candlelight Records

    Sortie : 13 septembre 2024

    Note : 100 /100 (Seblack)

    __________________________________________________

    Voici un album que j’attendais avec une certaine impatience. Quatre ans c’est long… même quand on a déjà sept albums de Winterfylleth à se passer et à se repasser.

    Mais enfin il est là, avec cette pochette montagneuse et hivernale. Les beaux paysages c’est un leitmotiv chez Winterfylleth mais on ne les avait jamais vus sous ces teintes glacées (à l’exception peut-être du split avec Drudkh mais c’était une peinture et non une photographie). D’emblée le quintet britannique se place sous le prisme de la continuité et du changement, ce qui est finalement un assez bon résumé de « The Imperious Horizon » qui pourrait bien devenir un album clef dans la discographie de Winterfylleth.

    Cet équilibre entre continuité et changement c’est toujours un exercice un peu compliqué… surtout vis à vis d’un public qui finit par avoir ses habitudes et n’aime pas toujours être trop bousculé. Souvent c’est moins difficile pour les groupes qui (sauf exception) éprouvent de manière naturelle, et pas forcément calculée, le besoin de faire évoluer leur musique….

    Alors par exemple, que peut bien attendre un fan de Winterfylleth ? Du black épique bien sur ! Des mélodies  aussi ! Des ambiances majestueuses chargées d’histoire et illuminées de paysages grandioses. Et bien, sans se poser toutes ces questions, «The Imperious Horizons » offre tout cela et ne devrait donc pas défriser donc pas les inconditionnels du groupe dont je suis (quand bien même cette mutation capillaire serait chez moi techniquement impossible).

    Ces marqueurs, qui font une bonne partie de son identité, Winterfylleth est parvenu, non seulement à les préserver, mais surtout à les sublimer et à les affiner plus encore. C’est particulièrement le cas des mélodies de guitares qui ont encore gagné en magnificence et tutoient les sommets. Un travail bien mis en valeur par la production où, là aussi, le groupe a apporté un soin particulier aux arrangement, au mixage et à toutes ces petites choses techniques. Cela est notable pour les guitares mais l’est tout autant sur d’autres aspects. Prenons les claviers par exemple : ils n’ont jamais été aussi présents ou mis en valeur que dans cet album. Cela ne signifie pas que Winterfylleth sombre pas dans le tartinage de synthé. Non, au contraire les Anglais les intègre si parfaitement à l’ensemble qu’ils soulignent encore plus la profondeur et la beauté des atmosphères développées. En témoignent la chanson éponyme ou encore « In Silent Grace » dans laquelle Alan Averill de Primordial vient prêter sa voix.

    Magnificence, grandeur, beauté…tout cela est donc prégnant dans « The Imperious Horizons »…mais n’allez pas croire pour autant que Winterfylleth a remisé au placard sa colère et sa rage. Car derrière la plus belle face d’une montagne, il y aussi celle qui est cachée des rayons du soleil et reste tapie dans l’ombre et le froid. Cette dimension plus sombre donne ici corps à des titres beaucoup plus agressifs comme le sont « To the Edge of Tyranny » ou la reprise de « The Majesty of the Nightsky » de Emperor.

    En somme, voilà donc un album varié et cohérent qui, non seulement, m’a comblé mais a aussi dépassé toutes mes attentes. « The Imperious Horizons » offre à la fois la quintessence de ce qu’on attend de Winterfylleth tout en ouvrant de nouveaux horizons. En cette année 2024, pas mal de groupes se sont approchés de ce concept subjectif et personnel de l’album « parfait », pour l’instant seul Winterfylleth y est totalement parvenu. Le sentiment de plénitude étant maximal, la note attribuée l’est aussi.

    Tracklist :

    1. First Light (01:58)

    2. Like Brimming Fire (07:00)

    3. Dishonour Enthroned (07:14)

    4. Upon This Shore (07:46)

    5. The Imperious Horizon (08:40)

    6. In Silent Grace (10:59)

    7. To the Edge of Tyranny (03:52)

    8. Earthen Sorrows (02:43)

    9. The Insurrection (08:01)

    10. The Majesty of the Nightsky (Emperor cover) (04:50)

    11. In Silent Grace (A.A. Nemtheanga Solo Version) (12:01)

    Line-up :

    Simon Lucas – Batterie, percussion, Voix (parlée).

    Chris Naughton – Chant, guitares.

    Nick Wallwork -Basse, guitare, backing vocaux.

    Mark Deeks- Claviers, backing vocaux.

    Russell Dobson – Guitare, backing vocaux

    Invité :

    Alan Averill (Primordial) – chant (In Silent Grace)

    Liens :

    https://winterfylleth.bandcamp.com

    https://www.facebook.com/Winterfylleth

    https://www.instagram.com/winterfyllethband

  • Chef d’œuvre?

    Chef d’œuvre?

    Qu’est-ce qui fait qu’une œuvre est ou devient un chef-d’œuvre ? Vous avez quatre heures ! Nah, je déconne, vous avez bien plus de temps… C’est une nouvelle énième réflexion que je me suis faite en réécoutant un album « oublié » depuis un moment sur une étagère de ma discothèque (pas de boule à facettes, tu peux rentrer même si t’as des baskets…)

    Pourquoi cette question, me direz vous (et je vous remercie d’avoir posé la question) ? Parce que ce CD, cet album redécouvert EST un chef d’œuvre ! Pardi ! Mais surtout parce que personne n’est à l’abri de tomber sur un chef d’œuvre, de ressentir ce petit truc en plus que n’ont pas d’autres œuvres. Pour éviter de me disperser, je ne vais traiter présentement que de cet aspect dans le domaine métallistique, puisque cette notion pourrait s’étendre à toute autre forme artistique, selon les affinités bien sûr. Tout comme moi, j’imagine que vous ne vous bornez pas à n’écouter que du metal ou qu’un seul genre voire sous-genre de metal. Inéluctablement, cette (petite) dissertation, pas du tout au format thèse-antithèse-synthèse pour les lauréats de Khâgne qui pourraient se perdre dans cette logorrhée hasardeusement, sera éminemment subjective, vous vous en doutez, puisque l’Art en lui-même EST subjectif, le Beau EST subjectif ; quant à l’objectif, à défaut d’objectivité, de ce laïus, à part occuper votre temps de cerveau disponible, user votre forfait internet et avoir des anecdotes à raconter aux copains, c’est aussi de vous aider, peut-être et en toute mesure et humilité à trouver VOTRE chef-d’œuvre, si ce n’est pas encore le cas… parce qu’on n’est jamais à l’abri.

    Déjà, je vais de suite annihiler cette notion temporelle des « quatre heures ». Pourquoi ? Parce que malgré l’intemporalité relative du chef-d’œuvre stricto sensu, vous avez le temps d’en voir venir, voire d’en découvrir dont vous ignoriez l’existence, au hasard d’une playlist random sur votre plate-forme d’écoute préférée ou parce qu’une connaissance vous l’a suggéré « et on sait jamais… » Et puisque la vie « c’est comme une boîte de chocolats », je vous souhaite une bonne crise de foie, et plus d’une fois !

    *

    On va commencer par le chef-d’œuvre « parce que c’est un chef-d’œuvre ! », vous savez celui que tout le monde aime et qu’il faut absolument que vous aimiez en ponctuant de « on a-dore ! ». Ou « on va-lide ! » selon votre entourage et son empreinte carbonée dans le monde des fashionistas. Est-ce vraiment un chef-d’œuvre auquel vous êtes exposé ? Probablement, mais le fait qu’on vous l’impose comme tel n’aide pas forcément à l’interpréter comme tel parce qu’il dépend surtout de votre place et rôle au sein du groupe et n’amène pas à faire jouer votre libre arbitre. Le nombre de fois où j’ai entendu « tu ne peux pas ne pas aimer » ou « ça va forcément te plaire, c’est tout toi ! », bah… en fait, si : ça ne me parle pas et, finalement, peut-être que tu ne me connais pas autant que tu penserais (un peu comme les cadeaux qu’on fait à Noël en se faisant ce même genre de réflexion biaisée par le fait que si ça nous plait, on pense que ça va plaire à l’autre, influencé(e) par notre propre affect… et qui finissent direct sur BackMarket, Vinted ou pour les boomers, Ebay, dans la catégorie « canards »). C’est d’autant plus ballot quand tu ne cherches qu’à faire plaisir, mais finalement à qui : à toi parce que ça a fait/aurait dû faire plaisir, ou à celui à qui était destiné ledit cadeau ? Bref, possibilité d’échec certaine du forcing, comme toutes les fois où chacun d’entre nous s’est efforcé pour faire plaisir quand c’est contre sa propre nature, pour appartenir au groupe, à la tribu, au couple pourquoi pas – je vous invite à (re)lire Bourdieu et réfléchir Sociologie au cas où, ça remet des choses en place quand on voit et pense à ce qu’on fait pour appartenir à un groupe, ce qui dans notre cas métalleux peut aller d’un extrême à l’autre depuis payer son cul devant les caméras de Quotidien jusqu’à sacrifier des vierges sur un autel parce que Satan l’a exigé poliment, dans le respect de la personne humaine (bon, on n’en est peut-être pas à ce niveau-là mais la team Mayhem a des anecdotes croquignolesques de trucs bien cringe à son actif, si vous avez la flemme de vous taper leur bio officielle, regardez celle pas mal romancée dans Lords of Chaos).Par-delà l’influence de la tribu, il y a aussi et surtout celui qu’on vous conseille sans vous forcer la main et qui s’avère devenir « votre » chef-d’œuvre malgré tout. Chez Memento Mori (et d’autres ‘zines aussi, hein, pas de sectarisme), on vous propose des chroniques subjectives, sans vous forcer à écouter (putain, j’ai l’impression d’être un VRP qui fait sa com’) et, sait-on jamais, vous offrir la possibilité de découvrir ce chef-d’œuvre… Ça m’est arrivé plus fréquemment de découvrir des pépites par ce biais… le hasard… le « on sait jamais » … Pour ma part, je vais revenir sur une découverte marquante, le groupe de Death Mélo Mors Principium Est, découvert parce qu’un gratteux avec qui je devais – et ça n’a pas pu se faire – bosser l’avait lui-même découvert par hasard et avait oublié un CD gravé dans mon bureau (acte manqué ? je ne saurai jamais et OSEB), celui de l’album Inhumanity… Une tarte ! Boudiou, c’te tarte ! J’écoutais pas mal de choses diverses et variées, avais déjà quelques chefs-d’œuvre dans ma besace d’auditeur mais mon conduit auriculaire est passé en état de turgescence… donc naturellement envie d’en découvrir davantage, achat du VRAI CD (parce que c’est sympa d’aider les petits artisans en les finançant), puis de son prédécesseur, Pure, lui-même excellent… et on arrive à ce que je considère comme leur chef-d’œuvre, Liberation = Termination. Autant j’ai du mal avec le concept de perfection, autant je le trouve parfait : une teinte particulière, une carritude exemplaire, un juste équilibre de brutalité et de mélodie, de saturation et de clarté… une sorte de Caravage metal dans sa claire-obscurité. D’autres groupes possèdent également ces caractéristiques (je pense à Fleshgod Apocalypse, qui a été également une bonne baffe d’une main italienne gantée de velours et d’acier dans ma tronche, particulièrement Agony et Labyrinth, voire King puis ça s’est affadi) mais pour moi, cet album reste inépuisable malgré le fait que je l’ai sur-écouté. Et même si son successeur, And Death Said Live (dont je parlerai plus bas), est d’une qualité également excellente, il n’arrive pas à un tel niveau de grandeur selon mes normes.

    D’ailleurs ! Il y a aussi le chef-d’œuvre qu’on (re)découvre perpétuellement, avec des petits détails insignifiants et qui pourtant se dévoilent encore à votre oreille malgré le fait que vous ayez poncé l’album de long en large… et pourtant… Ça tombe tellement « sous le sens » que certains albums sont des chefs-d’œuvre, des albums qu’on a usé jusqu’à la corde au point que le saphir de la platine saigne encore des croches-deux-doubles (je dis ça parce que je pense à The Number of the Beast et le « tagada » maidenien, on pourra en reparler plus tard parce que ça cumule les qualités, même pour les aficionados de la mauvaise foi et leur « c’est surcoté ») et malgré tout, en réécoutant, on trouve une nouvelle subtilité, même au bout de l’ixième écoute, une harmonie, une respiration qui ajoute une émotion, que sais-je… Je vais prendre l’exemple tout récent (pas plus tard qu’il y a une heure) du Operation : Mindcrime de Queensrÿche. Encodage oblige parce que plus de lecteur CD dans les voitures actuelles, je me le suis mis dans ma looooongue liste de « tiens, je vais mettre ça sur ma clé USB pour la route ». Et alors, redécouverte ! Il va de soi que malgré l’affect « chef-d’œuvre » qu’il avait déjà pour moi et malgré la kyrielle d’écoutes plus ou moins successives, j’ai noté de nouveaux petits détails insoupçonnés alors que, pourtant, je pensais l’avoir épuisé au fin fond de mon conduit auriculaire. Un soupir de Geoff Tate, une ghost note dans un fill de batterie qui change un élan, un phrasé mélodique initié par un bend et… ça me confirme ce que j’en pensais préalablement : chef-d’œuvre.

    Est-ce que, finalement, le chef d’œuvre ne serait pas celui dont on ne se dit ou ne se dira jamais « j’aurais pas fait comme ça ! » ? Dans lequel on considère qu’il n’y a rien à jeter ? Ça fonctionne notamment pour les concept albums, comme le Crimson Idol de WASP, ou le Symphony of enchanted Lands part II de Rhapsody. Au risque de faire une généralité voire une banalité, il vaut mieux qu’un concept album soit bien chiadé, même s’il y a des instants moins intenses que d’autres, des respirations dans le rythme ou l’avancée de l’histoire… Ça doit s’équilibrer, évidemment et nécessairement, mais c’est un réel effort de composition et de réflexion de sa propre œuvre comme un tout. [NB : je défends et défendrai toujours le CD ou Vinyle parce que le mode de consommation au format single actuel fait qu’un album devient un enchaînement et plus une entité propre, avec ses transitions piste à piste, tout se perd, que voulez-vous…] Dans ces deux exemples, on se trouve face au travail de composition qui semble le plus abouti car réfléchi, à la manière d’un compositeur de l’époque Romantique, avec des leitmotivs et des thèmes récurrents, des plages ambiantes, des récitatifs et des narrations comme auraient pu le faire des Wagner, Verdi ou Prokofiev. Même si beaucoup d’albums fonctionnent sur un « simple » enchaînement de morceaux [je mets ce terme entre guillemets parce que l’équilibre d’un album est toujours précaire, surtout s’il n’est pas réfléchi comme un tout], l’atout de création artistique que suppose le concept album, c’est son entièreté. Mon contre-exemple serait (et malgré toute l’affection voire l’adoration que je lui porte, entre autres pour la nostalgie de réentendre la voix de feu Andre Matos) le Avantasia premier du nom de Tobias Sammett, excellent album/opéra metal mais auquel il manque cette conception totale, cette vision d’ensemble qui aiderait à appréhender l’œuvre comme un tout indissociable et pas une piste excellente, puis une autre un peu moins, puis une autre, puis une autre (ad lib).

    « Des fois, on croit que c’est les bons gens… et en fait, c’est pas les bons gens… » (Kyan Khjandi) Il en va de même pour le chef-d’œuvre : des fois on croit que c’est un chef d’œuvre mais en fait non, mais quand même, et on le défend parce qu’on l’aime bien quand même aussi, avec une dose plus ou moins assumée de mauvaise foi ou de démonstration scientifique, voire de circonstances atténuantes. Tout comme on peut trouver d’une laideur incroyable un Guernica de Picasso mais comprendre le pourquoi du comment en contextualisant et se rendant compte que la force de l’œuvre est sa laideur pour traiter de la situation (dé)peinte, on peut se faire défenseur d’un œuvre, voire d’un chef-d’œuvre, qui nous parle très personnellement parce que… sons sens… sa signification… l’échec à exprimer du Beau mais la réussite à le faire dans l’erreur ou l’imperfection. Je parlais plus haut de And Death said live de Mors Principium Est ; cet album est loin d’être mauvais, pire il est même très bon et sa hargne et sa haine et sa solidité tiennent au fait que le groupe a partiellement splitté après Liberation… ce qui est peu ou prou relaté dans le morceau d’ouverture « Departure », avec sa dose de fiel nécessaire. Si on vous a fait croire que seuls les sentiments positifs peuvent faire accoucher d’une œuvre voire d’un chef-d’œuvre, remettez en question cet axiome : Les Fleurs du Mal ne sentent pas la rose mais la Charogne, et cet album sent la rancœur et la rancune, ce qui en fait une œuvre avec un ton très différent, pas loin du chef-d’œuvre mais avec ce petit manque lié à l’impulsivité qui anéantit la capacité de recul. Peut-être que les membres du groupe, auteurs de cet album, se diraient eux-mêmes que ce « j’aurais pas fait comme ça, avec le recul » était de bon aloi. Malgré ceci, je continuerai de défendre aussi cet album parce que cet état d’esprit en fait un album à part dans leur discographie et, à défaut d’égaler le précédent, vaut quand même son poids en excellence et en satisfaction. Dans la continuité de cette approche « je prends la défense », on va parler d’un groupe qui me parait pas mal bipolaire (du moins son leader assurément) : Machine Head. Et je vais faire le focus particulièrement sur Catharsis, le mal aimé, à tort ou à raison en tout cas je vais vous expliquer pourquoi je le soutiens, sans mauvaise foi et pourquoi, sans être un chef-d’œuvre pour moi à proprement parler, il tient une place spéciale. Car en effet, il y a des raisons de ne pas aimer cet album décousu, qui passe du phoque à l’âne, qui semble ne pas avoir de ligne directrice, d’une direction artistique bancale voire d’une production inégale… Bah oui mais se trouver face (ou pas) à un chef-d’œuvre, c’est aussi se demander pourquoi. Pourquoi on arrive à ce résultat, pourquoi l’auteur en a fait ce démiurge, cette créature difforme quand il avait l’habitude de quelque chose de plus cohérent, comme si Monnet était passé de son Impressionnisme usuel (et avec sa myopie et sa future cataracte… escroc !) à du Réalisme des plus pointilleux et tatillons sur le sens du détail (merci Zeiss pour sa correction optique). J’ai fit parti du peu de personnes qui ont défendu Catharsis parce que ça m’a semblé bizarre… inhabituel… incohérent… et pourtant, si on regarde le contexte, et même le titre de l’album, on comprend ou finit par comprendre où voulait aller Rob Flynn ; c’est sa propre catharsis, sa séance de psychanalyse qu’il a partagé, et tout l’album prend une couleur différente et même prend sens, de l’alpha à l’oméga, comme une sorte de Requiem avec son Introit, son Dies Irae, son Lacrymosa et pour finir, son Libera me…

    *

    Ça va vous paraitre d’autant plus étrange que je défende Catharsis juste au-dessus quand je vais parler d’un autre album, de Machine Head itou, qui fait partie des chefs-d’œuvre que je qualifierais de « tardifs », AKA « l’album de la maturité ». Techniquement, c’est censé être le troisième album, running gag d’intervieweurs… J’imagine que, de toute façon, on ne peut vraiment faire le point que quand arrive ledit point, celui final, celui qui signe la terminaison, l’achèvement d’une vie, le « the end » d’une carrière… Que nenni ici puisque c’est, pour moi, Unto the Locust, septième (!) album, qui tient cette place dans mon petit cœur (de) fragile fait d’alliage (celui de métal, hein, pas le boys band) It ain’t ironic ? Oui, en effet, c’est d’ailleurs ce qui est intéressant ; je reviens sur The Number of the Beast évoqué plus haut, troisième album donc de Iron Maiden et qui tient lieu de chef-d’œuvre, ordre que je pourrais reporter à moults groupes de Metal (Metallica et son Master of Puppets, Slayer et son Reign in Blood, Guns n Roses avec les Use your Illusion, Megadeth avec… ah non, merde, ça marche pas : Rust in Peace, c’est le quatrième…) A l’instar de NumberLocust contient tout : un équilibre, une patte, un son, une qualité, une réflexion d’ensemble, un savoir-faire, du talent… de la maturation voire de la maturité. Si l’âge n’attend pas le nombre des années (ou celui de la Bête… lol), il fluctue inévitablement en fonction des décisions ou choix avec un impact variable sur l’avenir voire la longévité d’un groupe… et probablement qu’on est passé à côté d’une multitude de chefs-d’œuvre à cause de ces choix approximatifs… et Machine Head en a faits… et a réussi à pondre CE chef-d’œuvre, probablement le plus abouti de leur carrière – même si Bloodstones and Diamonds est une pépite, je le place un peu en dessous du piédestal.

    Il va de soi que je n’aurai pas abordé le sujet en profondeur, limite seulement effleuré ou survolé, en me servant d’exemple personnels (et subjectifs, en toute logique) mais, bon… votre temps de libre est une chose, en perdre quand on a suffisamment de clés pour continuer son intime réflexion est fort inutile. Aussi, et pour finir – et pour contrer aussi ce raisonnement dont je vous abreuve depuis plusieurs lignes voire pages… et aussi parce que la contradiction avec soi-même apporte du sel à sa propre réflexion –, je vais donc aborder une ultime question, que chacun peut se poser vis-à-vis de sa propre consommation [qu’est-ce que j’exècre ce terme !] de musique, metal en l’occurrence : le « chef-d’œuvre » qui s’use à force de trop l’écouter, dont on a fait le tour, est-il vraiment un chef-d’œuvre ? Je vous invite à consulter un autre de mes très (trop ?) longs baratins sur la notion de péremption d’un groupe et/ou sa musique, son œuvre. Est-ce qu’on ne continue pas à aimer et porter aux nues une œuvre dont on s’est convaincu de sa qualité inaliénable de « chef-d’œuvre », avec son préfixe bien marqué et affirmé, comme on continuerait d’aimer la personne avec qui on est depuis des années parce que « c’est plus de la passion mais de l’affection, les relations changent » ou cela amène-t-il à revoir sa façon de considérer l’amour, l’adulation, l’affection et les remettre à leur niveau hiérarchique sans pour autant les dénigrer, dans la perfection de leur imperfection (coucou Painkiller, album parfaitement imparfait de Judas Priest), avec ces petits défauts qui font leur personnalité – voire forgent leur statut de chef-d’œuvre – tout comme la femme de Robin Williams dans Will Hunting et ses pets, le détail le moins intéressant mais le plus mémorable d’une vie, et qui fait qu’on glorifie un album comme un enfant qu’on aurait soi-même fièrement porté ?