Genre : Rock progressif Label : Season of Mist Sortie : 23 Août 2024
Note : 85/100 (WvG)
Finesse, nuances et éclectisme sont les maîtres-mots des Romains de KingCrow qui proposent leur huitième album intitulé Hopium.
« Hips don’t lie », certes, mais Jaquette doesn’t lie surtout : aucun doute au vu de l’artwork, on va écouter du Prog. Et même si le single d’ouverture « Kintsugi » nous entraîne vers quelque chose d’assez accessible musicalement (disons « pop-rock » sans être péjoratif), le ton est donné avec l’enchaînement des deux morceaux suivants, « Glitch » et « Parallel Lines » : c’est bien du Prog, un Prog Rock à la croisée de Muse, Dream Theater et Genesis, voire Nothing More occasionnellement.
Et étonnamment (ou pas), j’ai spécifiquement et davantage adhéré aux morceaux les moins « singueulisables » |m’en fous, c’est moi qui écris, j’invente des mots si je veux…], à l’exception de « Night Drive » qui, même si acceptable pour les oreilles ne supportant pas un certain niveau de décibels, contient cette patte progressive dans le grain de production du groupe italien, avec l’alternance de mode majeur-mineur jusqu’au passage en phrygien (coucou les musicologues). Les choix de timbre crunchy à la guitare (Ivan Nastasi) en opposition avec ceux électro planants aux claviers (Diego Cafolla, ou peut-être Cristian Della Polla qui est censé être leur claviériste mais non crédité sur cet album), à l’exception de quelques leads (vintage, pour le coup… typiques de ceux des PSR Yamaha retravaillés), équilibrent l’ensemble de l’album, avec une basse mouvante (Riccardo Nifosì) et une batterie au jeu très sec et groovy (Thundra).
Évidemment, la cerise sur le tiramisu [m’en fous, c’est moi qui écris, j’invente des recettes si je veux…], c’est la variation et la subtilité de la voix (Diego Marchesi) qui va du sotto voce à la bonne grosse gueulante granuleuse en passant par de la pleine voix avec vibrato ; je n’oublie jamais qu’un bon morceau tient avant tout à ses compositeurs… mais avec de bons interprètes, ça prend aussi toute sa saveur. Cette palette de couleurs digne d’un Michelangelo de la corde vocale se ressent notamment sur le long finale (ce qui est presque un pléonasme pour du Prog) éponyme de l’album qui clôt celui-ci sur une partie de piano atonale. J’imagine que c’est un choix en lien avec l’histoire privée du groupe que de finir par une partie instable et de débuter par un titre évoquant l’art japonais qui consiste à réparer quelque chose de cassé pour en faire une nouvelle œuvre d’art mais…
On vient donc de suivre environ cinquante minutes réparties en neuf pistes, plutôt bien équilibrées en temps forts et moments d’apaisement, avec assez peu à redire en négatif si ce n’est, pour moi, le fait de ne pas assez pousser les curseurs, particulièrement dans le choix général du grain de guitare qui aurait mérité probablement plus de distorsion sur certains passages, par exemple le refrain de « White Rabbit’s Hole » qui aurait gagné en puissance et en tranchant, d’autant quand la coda du morceau se veut plus nerveuse |m’en fous, c’est moi qui écris, j’ai le droit d’être subjectif si je veux…]
Si KingCrow ne brûleront pas Rome tel un Néron bien vénère, ils n’en sont pas non plus des Vespasien ; il leur reste assez peu pour atteindre le statut d’empereurs du Prog Rock actuel [m’en fous, c’est moi qui écris, j’invente des comparaisons improbables si je veux…]
Tracklist :
1. Kintsugi (3:53) 2. Glitch (3:56) 3. Parallel Lines (6:46) 4. New Moon Harvest (3:30) 5. Losing Game (5:28) 6. White Rabbit’s Hole (6:55) 7. Night Drive (5:48) 8. Vicious Circle (4:21) 9. Hopium (8:24) 10. Come Through (Bonus Track)(4:21)
Line up : Diego Marchesi – Chant / Diego Cafolla – Guitares, Claviers, Backing Vocals / Ivan Nastasi – Guitares, Backing Vocals / Riccardo Nifosì – Basse, Backing Vocals / Thundra – Batterie, Percussions
L’entrée est là, juste devant. Trou béant de noirceur intense à côté du VTT Center.
Un cap va être franchi.
Nous sommes le 29 Novembre 2003, il est 20h30 et, écouteurs sur les oreilles, moi et une bonne équipe de fanfarons nous préparons à entrer dans un monde que nous n’avions encore jamais exploré.
On sort le lecteur MP3 / clé USB. La playlist ? L’album “Helvete” de Nasum, que j’écoute en boucle depuis des semaines, nourrissant mon cerveau d’adolescent sur le point d’atteindre le stade tant prisé de la majorité.
Et dans le présent, au même moment, sur la playlist de VLC : “Garden of Aeolys” de GRIST…
Plus qu’à appuyer sur play. Que la fête commence !
20h40 – Stigmate
Nous avançons lentement dans le tunnel de la petite ceinture. L’écho de nos voix se réverbère sur toutes les parois. La voie ferrée entrave nos pas.
Un extrait du final de la planète des singes de 1968 se fait entendre. La transposition de mon « moi » de 2024 apprécie d’autant plus cette référence.
Nos éclairages faiblards atteignent à peine l’entrée de l’autre tunnel, un peu plus loin sur le chemin. C’est dans celui-ci que se trouve le fameux « trou ».
20h55 – Get the Job Done
Le trou est là, sur la gauche, dans l’angle formé entre le pied du mur et le sol.
Tout semble bas à l’intérieur. On se demande si on est bien arrivé au bon endroit. Un tourbillon de pensées s’empare de ma tête comme une série de blast-beat hypnotisants. Comme des riffs sortis tout droit d’un esprit qui fonctionne à mille à l’heure.
Telles les produirait un Mieszko Talarczyk déchaîné, les premières notes hurlent et tempêtent dans mon crâne, faisant écho à ce moment, celui où l’on réalise à quel point on plonge dans l’inconnu. Sans plan. Sans préparation.
21h20 – Alone
C’est comme ça que l’on est à ce moment-là, tout seul, avec ces pensées martelantes. Tout seul. Cinquante-huit secondes paraissent une éternité, quand on y pousse beaucoup de contenu.
C’est ce qu’il vient de se passer. La perception du temps est fortement remise en question. Que viens-je de vivre ? Une excrétion de négativité à l’état pur ? Possiblement.
Des lumières apparaissent au loin. Appréhension.
21h25 – Piority
Car tout dans la vie est une question de priorités. Qu’est-ce qui a poussé ces explorateurs aguerris à nous guider dans nos premiers pas ? Leur priorité n’était-elle pas de vivre une aventure à eux deux ?
Visiblement non. Ils ont préféré le social.
Les pensées, comme la musique, se calment. Les guitares sont toujours aussi incisives, cependant. Du Grind brut de décoffrage comme on aime l’entendre tout en regardant les autres s’affairer à négocier avec les nouvelles têtes venant d’apparaître. Heureusement qu’ils ont accepté.
21h30 – Easier
C’est parti, nous voilà accroupis dans les premières galeries. Cette première exploration va être plus facile que prévu avec les deux guides désormais à nos côtés !
Les mélodies évoquent un sentiment de grandeur, d’espace clos immense. Pourtant, cette galerie est minuscule. Et inondée.
L’eau rentre dans mes rangers, mon pantalon imperméable ne sert à rien. L’alternance des moments mélodiques avec des passages d’une effarante brutalité colle d’autant mieux avec ce moment de désillusion.
21h50 – I’ve Lost
J’avais pris le pari de finir au propre et au sec, j’ai perdu. J’ai perdu en grandes pompes. En grandes pompes inondées par une eau opaque.
Ma veste en cuir est désormais pleine de résidus de calcaire.
La musique est intense. Les riffs sont intenses. Le registre a quelque peu changé. Des parties de bass / batt avec du larsen amplifie la sensation de perdition.
Combien de virages avions-nous fait ? Quelles directions avions-nous prises ? J’ai arrêté de faire attention.
“Grist Grist Rage”
22h00 – Sober
Ce que nous n’étions pas. Vraiment pas. Avec plusieurs bouteilles et autres joyeusetés à notre actif, il restait néanmoins aisé de tenir la cadence de marche.
Un corps jeune est tellement pratique pour ça ! Comme pour tenir un blast énervé aussi longtemps…
Une minute deux secondes de pures crampes si par malheur je m’y essayais, même à dix-sept ans !
On revient désormais dans un registre plus agressif, plus expéditif. Et nous prenons un tournant inattendu dans une longue galerie…
21h15 – Facilities
On aurait pu croire que nous étions dans l’une d’elles. Une de ces usines désaffectées avec des ambiances glauques à souhait et plein de babioles à piquer.
Mais non, c’était bel et bien l’un des réseaux de galeries les plus grands au monde.
Encore cinquante-huit secondes de bonheur, toujours trop vite passées avec ce style qui me prenait, me prend et me prendra aux tripes.
“Un Nasum sous stéroïdes”
21h20 – Play Dead
Mes yeux s’ouvrent d’horreur. Une silhouette sous la lumière de ma lampe. Un corps qui sort du mur. Ma bouche laissa échapper une exclamation de pure terreur abjecte.
Le « passe-muraille », une œuvre d’un artiste inconnu qui représente à la perfection un homme en train de sortir du mur. On ne peut pas plus faire le mort que ça, l’adrénaline m’a remis les idées en place, comme elle semble avoir remis en place les riffs de cette chanson. On a un rythme lent, une mélodie qui se répète plus de deux fois de suite… Atypique !
21h30 – Test Strip
Un minuscule escalier en colimaçon. Où peut-il bien mener ?
Une minute quinze de descente, dans de si petites marches, ça te donne l’impression que tu descends des kilomètres.
Comme le fait de commencer ta chanson avec du gros blast et la terminer comme la précédente, avec un riff bien catchy précédé d’un joli tapping, le tout encadré d’un soupçon de chaos.
Voilà que se profile la salle où nous allons faire escale.
21h45 – Tears in Rain
Est-ce là Blade Runner… Ou est-ce plutôt South Park ? Depuis la sortie des épisodes estampillés « post-COVID », on peut légitimement se poser la question !
C’est typiquement ce que je me serais dit si je m’étais trouvé là, aujourd’hui, dans les mêmes circonstances.
Un début en D-beat pour s’installer correctement sur les bancs. Il y a des panneaux de signalisations, apportés de la surface, qui ornent fièrement les murs de pierre.
L’ambiance est parfaite. On sort la nourriture et les boissons. Et les cocktails.
« Just like tears in rain ». Effectivement, les gouttes de cet alcool étrange seront comme des larmes dans la pluie de coca qui s’amène…
22h00 – My Chapel
C’est comme ça que j’aurais baptisé cette salle si l’idée de la nommer m’était venue.
La géométrie des lieux me fait penser à des riffs torturés, des mélodies qui s’épanchent sur des gammes qui hument la corne brûlée sur des cordes oxydées par la sueur. Et un rythme ternaire très soutenu, très rapide. Ou est-ce l’inverse ?
Je ne sais plus.
C’est toujours trop court.
Un goût de reviens-y.
On en redemande à chaque fois.
– « Ouais, c’est ce que l’autre jour ta copine m’a dit ! »
– « Ta gueule et va t’en couper du bois. »
22h30 – Wrong Glass
Les notes se font plus sombres, comme dans du Funeral Doom. Le tempo s’est ajusté en conséquence, voilà qui colle très bien ! On prend “The Final Sleep”, on le glauquifie, on diminue d’une vingtaine de BPM et Paf ! Ça fait “Wrong glass” !
Il y avait quoi dans ce verre, d’ailleurs ? Je crois que je me suis trompé. Je… Pourquoi mon pote tient un os dans sa bouche qui ressemble à s’y méprendre à un fémur humain ?
Cela dit, j’avais momentanément oublié pourquoi l’endroit où nous sommes s’appelle « les catacombes ».
Le temps semble subitement plus long. Quatre minutes quinze ? C’est de la folie ! Pourquoi faire une chose pareille ? Vous voulez ma mort par hémorragie cérébrale, c’est ça ?
Mon alter ego de 2003 vous maudit, messieurs ! Ça ne se fait pas, de donner dans le mind-blowing de la sorte !
“Le sang du GRIST”
23h05 – The Deepest Hole
Qu’ouïs-je ? Qu’entends-je ? Du Nasum, comme sur le lecteur MP3 ! C’est une sacrée coïnci…
– « Mec, cette chanson n’est pas sur Helvete… »
– « J’ai dit COMME SUR LE LECTEUR MP3 !! »
– « Mais… »
– « Ta gueule. »
Donc, je disais que la concordance des flux quantiques serait propice à un véritable retour dans le passé. Cette reprise est assez magnifiquement exécutée pour le permettre. Ce moment précis où nos lecteurs audio se sont synchronisés…
– « Mais non, je te dis que « The Deepest Hole » n’est pas sur… »
– « Et moi j’ai dit TA GUEULE, c’est une résonance quantique du continuum espace-temps ! OK ?? »
– “Grrrmmbl…”
Veuillez m’excusez. Ce moment précis, disais-je, où nos lecteurs audio se sont synchronisés, marque la possibilité d’un changement, d’un début de timeline alternative. Est-ce que j’obéis scrupuleusement à mes parents et respecte mon couvre-feu de minuit comme je l’ai fait il y a 21 ans ? Ou est-ce que je reste avec mes potes et continue l’exploration avec les deux gaillards croisés à l’entrée… Dilemme.
06h50 – Bret
Une outro un peu atypique. Électronique. Avec des voix presque intelligibles qui se font entendre. Il est tard, ou tôt, je ne sais plus. J’attends le train. Ça bouge et ça s’affaire autour de moi. J’entends un tout petit bout de loop de batterie de Kraftwerk, le cercle de références est bouclé. Quelle soirée ça a été ! Je suis dans tous les états possibles en même temps.
Et je vais me faire déchirer par mes parents, au vu du nombre d’appels manqués.
Cette nouvelle timeline démarre sur des notes de colère, de ressentiment, et de culpabilité.
Il faut croire que malgré les années, je suis encore plus un sale gosse que je ne l’ai jamais été, et je kiffe toujours autant le Grindcore. Encore plus les groupes qui marchent dans les pas de mon mentor (qui n’a jamais su qu’il avait un apprenti, d’ailleurs).
Mieszko, tu peux reposer en paix, la relève est assurée !
Sur ce, je vous laisse. Mon train arrive, et la nouvelle vie de débauche et de gros son qui s’offre à moi, de facto dénuée des moults écueils que je compte bien contourner, sera bien plus palpitante dans cet espace-temps alternatif où je laisserai le Grind guider mes pas de jeune homme vers de nouvelles aventures musicales autrefois bêtement transformées en actes manqués.
Car qui sait…
Dans cet univers alternatif, peut-être deviendrais-je de fil en aiguille un membre de GRIST ?
Line-up : Julien Deyres – Vocals / Antoine Perron – Bass / Nicolas Rigal – Guitars
Genre : Black Metal Label : France Black Death Grind Sortie : 13 Septembre 2024
Note : 85/100 (LB D)
On connaît le Berry surtout pour ses spécialités culinaires, la galette de pommes de terre, les œufs à la couille d’âne (si,si !) et autre pâté Berrichon. Les footeux vous diront qu’ils connaissent cette région pour la Berrichonne de Châteauroux, club connu pour ses petits exploits en coupe de France ou ses quelques montées éphémères dans l’élite du football français. Mais, connaissez-vous le Berry pour ses mythes, ses légendes ou ses croyances ésotériques? Non ? Et bien moi non plus, du moins jusqu’à ce que j’apprenne l’existence du groupe Le Coven du Carroir.
Avant tout, une petite présentation s’impose. Tout d’abord, il y a cet étrange nom en 2 mots, le Coven du Carroir. Le coven, en anglais, se définit par une réunion de personnes qui pratiquent la sorcellerie, et le carroir, en Berrichon, c’est le nom donné au carrefour ou croisement des routes. A l’origine de cette formation se trouve un guitariste chanteur se prénommant le Sorcier du Berry. S’en suivent deux autres musiciens, Bleiz et Marin Semellé, respectivement à la guitare et à la basse. En formant ce groupe en 2022, à Bourges, le trio avait pour but de mettre en valeur les histoires et traditions de leur terroir. Quasiment inconnues du grand public, elles seront célébrées comme il se doit sur leur premier album, intitulé “Tenabrae Fabulae” qu’on pourrait traduire en français par “Légende Sombre”, et ce n’est vraiment pas un hasard non plus.
Quatre titres sur sept sont consacrés à ces légendes du Berry, et c’est ainsi que nous découvrons l’existence, et ce dès l’ouverture de l’album, de la femelle noire de Romorantin, vieille dame considérée comme une sorcière que tout le monde fuyait comme la peste. Du pont de Beaugency, dont la légende dit qu’il fut construit en une nuit par le diable en échange d’une âme, les habitants lui offrirent un chat. C’est d’ailleurs, ce thème qui sera choisi et qui ornera cette magnifique pochette. Troisième Récit mentionné, les lavandières de nuit, qui nettoyaient le linge des futurs défunts dans un cours d’eau ou un lavoir la veille de leur mort. Et enfin, les meneurs de loups, conte évoquant des anciens loups-garous, qui, après avoir conclu un pacte avec le diable, ne se métamorphosent plus et prennent la direction et la protection des meutes de loups. Les trois derniers titres se concentreront davantage, et plus globalement, sur la sorcellerie et le paganisme, tout en dénonçant la religion catholique dans son ensemble.
Mais toutes ces anecdotes ne seraient rien si elles n’avaient pas été agrémentées de musiques. Nos trois compères nous ont composé quelques hymnes bien Black Metal autant mystique qu’horrifique, parfois saupoudré de riffs heavy (“Torning The Veil”) ou voir carrément thrash sur “Black Female”. Dans l’esprit, toutes ces inspirations ne sont pas sans rappeler le Black Metal si atypique des Norvégiens de Satyricon. Les parties symphoniques, les chœurs et autres diverses orchestrations sentent bon le Black Sympho des années 90 (on pensera bien sûr à Cradle Of Filth). La scène grecque est clairement perceptible dans les atmosphères ésotériques et la théâtralité des titres, on peut citer sans vergogne Rotting Christ ou Macabre Omen, particulièrement flagrant sur “Wolf Leader”. Mais toutes ces influences ne sont pas de vulgaires plagiats, ici tout est digéré, maîtrisé et bien ficelé. Le chant criard est varié et totalement possédé, apportant lui aussi sa petite pierre à l’édifice en accentuant le côté malsain et terrifiant de la chose. Pour autant, le titre le plus surprenant est sans aucun doute “Bean Nigghe” avec son intro très techno indus, la batterie programmée si souvent décriée dans notre musique est ici mise en valeur. Du fait de la non-présence d’un batteur, je pense qu’elle pourrait susciter de nouvelles perspectives pour nos compositeurs à l’avenir.
Alors, pour résumer la situation, je dirais que Le Coven du Carroir nous a concocté un premier album de très bonne facture, et déjà l’impatience me guette pour les prochains enregistrements. Tout comme pour Anakreb que j’ai chroniqué dernièrement, je le range sans problème dans les catégories “groupe à surveiller” et “grand espoir du Black Metal Français“. Un conseil, si vous ne le connaissez pas, penchez vous très vite sur cet album, il en vaut vraiment le détour.
Tracklist :
01 – Black Female
02 – Devil’s Bridge
03 – Bean Nigghe
04 – A New Age Has Come
05 – Torning The Veil
06 – Gods of Old
07 – Wolf Leader
Line-up :
Le Sorcier Du Berry – Chant, Guitare / Bleiz – Guitare / Marin Semelé – Basse.
Genre : Death Metal old School Sortie : 4 Octobre 2024 Label : Dolorem Records
Note : 9/10 (Mémé Migou)
Le 1er mercredi du mois, retentit la sirène du port de Brest. Et les sirènes du passé, je les entends chanter à mes vieilles oreilles. Vous aussi ? Tendez bien l’oreille, elles susurrent une douce mélopée venue tout droit des années 90… Attention, vous pourriez vous y noyer, si vous n’y prenez garde !
Se noyer, Mémé ? Oui oui oui… dans la nostalgie du passé. On pourrait presque voir des mirages se lever du brouillard fait des vapeurs méphitiques du Death Old School. Ce sont les fantômes de Dave Ingram, Benediction, Bolt Thrower et autres Gorefest qui viennent vers vous, les bras tendus, pour vous attirer non vers les bas-fonds mais les sommets du genre.
Mais vous savez, les les sirènes, qu’elles soient du présent ou du passé, ça reste dangereux. Et le foyer de Mémé en a fait les frais. Je ne vous raconte pas les discussions véhémentes inhérentes aux écoutes des premiers titres lâchés sur le web. Dans la catégorie examen de philo, vous avez deux heures pour plancher sur la frontière entre le « tribute » et la filiation. Mémé, elle, a tranché : c’est clairement de la filiation. Doublée, qui plus est, d’un hommage rendu aux grands noms qui ont forgé l’histoire du Death Metal. Et vous savez pourquoi ? Parce que nos sirènes en question, les 5 membres du groupe INFERN, l’annoncent d’emblée !
Infern – groupe breton presque pur beurre (parce qu’il y a un francilien dans le lot, mais avec des liens bretons quand même ! Bzh atao !) – se crée autour d’un vinyle trouvé par deux membres du groupe lors d’une partie de pêche. Je ne sais pas pour vous, mais quand Mémé va à la pêche, elle ne ramène pas grand-chose, sinon un tas d’algues et parfois un bar venu s’échouer sur son hameçon. Y en a qui ont de la chance, tout de même ! Un coup de l’Ankou (la mort bretonne), ça ! Ce qui serait raccord avec le nom Infern qui, vous vous en doutez, fait référence à l’enfer en brezhoneg. Et dans ce vinyle, les dieux du Death à qui ils offrent leur existence en ex voto.
A commencer par Bolt Thrower. Bah oui ! On ne pourra faire autrement que de citer à quasi chaque morceau ce groupe monumental, tant tout s’y réfère. Certains pourront même, avec un tantinet de perfidie, lancer que, lorsqu’on maîtrise la langue Bolt Throwerienne, tout l’alphabet s’y trouve : du riff autoroute au mix, en passant par le placement du chant. Même le timbre vous fera penser à Dave Ingram, qui a fait un passage dans l’album Honor Valor and Pride. Une grosse voix au timbre un peu mat et au chant saccadé. Et c’est bien ce qui va ressortir en premier, cette putain de voix énorme que nous offre Julien. On en reste scotché sur sa chaise, impossible de se relever, tant il va prendre sa voix comme un gourdin et vous marteler le crâne à en être enterré jusqu’à la taille. Vous avez l’image, là ?
Mais ce n’est pas tout. Ce serait trop facile, vous imaginez bien ! Vous voilà donc à moitié enseveli, mais avec une envie irrépressible de bouger votre corps. Ça, c’est l’effet groove ! Vous avez besoin d’un exemple ? Attendez voir…. poussez donc jusqu’au début de la piste 7, « State Puppet Theater » et ces petits coups de cymbales qui apportent un groove façon Obituary. Ou encore la suivante, « March of the Grotesque », où le groove façon Illdisposed s’entend par l’alternance de lourdeur après un des passages qui tabassent par leur accélération.
On continue ? Allez… Enseveli, avec une envie de groover et là-dessus, la mélopée des riffs ou des soli vient vous happer comme une harpie vous tirant tant vers le haut que vous vous retrouverez écartelé. Le son des guitares est clair et tranchant. La prod est vraiment adaptée au projet. Certains riffs amènent une bonne dose de mélodique à l’ensemble assez saccadé et lourd. Des accélérations, des envolées… Prenez en exemple le 6ème titre, « Gaining Ground », avec le riff d’introduction ou celui, « arabisant », vers 2:10 suivi d’une envolée et d’une accélération du tempo. Un beau morceau de bravoure. Mais ce n’est pas le seul de l’album, qui vous offre 10 pistes en tout.
Pour continuer le tour des hommages rendus, citons le riff façon Anata, dans « Burning Fields » ou encore le premier Amorphis dans le petit break riffé de « Archetype of Brutal Aggressor », vers 3:20.
Il me reste encore à parler de la basse, qu’on entend par ailleurs fort bien au début de « Burning Fields », qui apporte la lourdeur nécessaire au déclenchement du headbanging. Surtout après ces moments chantés en chœur, prompts à vous faire hurler avec le groupe.
Vous l’aurez compris, ici, tous les éléments sont assemblés pour vous faire repartir vers les années 90, façon Back to the Future. Si « Turn of the Tide » n’apporte pas forcément de grandes nouveautés au genre, il le ressuscite de manière efficace et intelligente. D’ailleurs, après quelques titres offerts, on voit les langues aller bon train : « c’est bon, ça ! ». Ouais, on sent comme une petite hype se former autour de Infern. Et je vais vous avouer une chose, j’en suis heureuse pour Pierre-Loup, Sylvain, Jean-Marie, Simon et Julien. Bien qu’on pourrait me taxer d’avoir une vision tronquée, puisque j’ai déjà pu les voir plusieurs fois en concert, discuter avec eux, voire même participer au clip du fédérateur « Tormented Paranoid » – J’en profite pour faire une parenthèse : comme vous les voyez dans le clip, ainsi sont-ils sur scène. Ils ne s’épargnent en rien. Charisme et présence au rendez-vous -, écoutez donc l’album et laissez vous prendre par cette vague venue du passé… Vous verrez que vous ne pourrez vous empêcher de taper du pied et hocher la tête. Mais putain, c’que c’est bon, quoi !
Un groupe sur lequel on va devoir compter dès à présent ! Rendez-vous sur les grandes scènes, les gars !
Line Up : Julien Tanguy – Chants / Pierre-Loup Corvez – Guitare, Chant / Sylvain Collas – Basse / Jean-Marie Grövel – Guitare / Simon Beux – Batterie
Tracklist : 1. Undertow 2. Phineas Case 3. Tormented Paranoid 4. Burning Fields 5. Archetype of Brutal Aggressor 6. Gaining Ground 7. State Puppet Theater 8. March of the Grotesque 9. To the Extreme 10. Buried Alive
Genre : black metal / Label : Debemur Morti Productions / Sortie : 27 septembre 2024
Note : 90 /100 (Seblack)
Les Polonais de Arkona font partie de ces groupes que je suis de près et depuis longtemps. Au moment d’aborder un de leur disque, l’objectivité n’est donc pas forcément de mise (pour peu que cette chimère existe vraiment d’ailleurs). C’est ainsi depuis 2001 et la sortie de « Zeta Reticuli » et cet intérêt ne s’est jamais démenti depuis.
En plus d’une vingtaine d’années, la musique de Arkona a eu le temps d’évoluer. Mais à chacune de ces évolutions Korzon et ses sbires ont toujours su proposer des compositions où l’ADN du groupe restait bien prégnant. Arkona c’est une sorte d’idéal tout à la fois épique, puissant et traversé par des claviers conférant à ce black metal une forme souvent accomplie.
Sans surprise donc, « Stella Pandora » ne fera pas exception à mes yeux et oreilles. On pourra ne pas être d’accord avec cela bien sûr, mais dans l’ensemble je resterai sourd à ces arguments. Je l’avais dit, je ne serai pas objectif.
Passons… pour ce huitième album du groupe, il aura fallu patienter presque cinq longues années pour que le groupe assure la succession de “Age of Capricorn”. Honnêtement j’ai bien cru qu’on était reparti pour un long silence discographique comme celui de 2003-2013…mais non ouf ! Côté label, la stabilité est de mise puisqu’il s’agit de la troisième sortie du groupe chez Debemur Morti Productions. En se penchant sur les titres de ses six compositions, on remarquera cette fois une nette inclinaison pour la mythologie grecque et la mort. Cela n’en fait pas pour autant un « concept album » mais ce fil est bien présent et va placer la musique sous le sceau du grandiose qui en impose.
Car oui, beaucoup de choses en imposent dans cet album. Le son tout d’abord qui est énorme (presque un peu trop) et donne la pleine mesure de la puissance des guitares, de la basse, de la batterie et du chant. La qualité des compositions ensuite : les chansons sont accrocheuses sans pour autant tomber dans la facilité ou une quelconque forme de systématisme. On notera au passage quelques enchaînements et transitions entre certaines pistes qui donnent cet agréable sentiment que chaque compo est le prolongement de la précédente. Aux différentes écoutes (et il y en a eu quelques-unes…) je n’ai pas vu passer les quarante sept minutes de cet album et ça c’est toujours un très bon signe.
Alors pas un bémol ? Même pas un petit regret ? Si un… Voire deux…j’ai déjà un peu suggéré que le son était un petit peu trop massif à mon goût, mais ce qui me chagrine le plus ici ce sont les claviers. Les orchestrations ont beaucoup contribué à l’intérêt que je porte au groupe. Or ici, je les trouve vraiment sous-utilisées. Bon c’était déjà un peu le cas sur « Age of Capricorn » voire sur d’autres…. L’affaire est d’autant plus frustrante que quand ces sonorités sont de sortie (ou davantage mises en valeur), la musique devient véritablement grandiose et irrésistible. Écoutez les titres « Altaria »… ou « Aurora » qui referme l’album, vous m’en direz des nouvelles…
Reste que, « Stella Pandora » démontre donc , si besoin était, que Arkona reste Arkona : une référence solide, parfois sous-estimée, mais hautement recommandable voire franchement indispensable.
Genre : Black metal symphonique Label : Osmose Production Sortie : 27 Septembre 2024
Note : 85/100 (Ymir)
Diablation, ce quatuor bien connu de ces dernières années avec Maximilien B. à la basse (qui officie également chez Ba’a et Gravenoire), IX aux fûts (Joue chez Radical Insane groupe de death metal marseillais), V. Orias A. qui maîtrise les guitares et les claviers (joue chez Ad Inferna et Sollertia), et au chant le Vicomte Vampyr Arkames (qui officie également chez Ad Inferna et Gravenoire). Une fois ce petit tour d’horizon fait, mettons en avant le fait que c’est le troisième opus proposé par le quatuor des ténèbres en seulement trois ans, c’est que les bougres sont vachement productifs !
Ici, pas question de négliger la qualité. Une intro avec des chœurs renforçant ce côté saint qui sera très probablement profané, voilà les premières notes de l’auditeur. Puis vient un hurlement accompagné de gros riff et l’assaut des ténèbres est lancé. Un déferlement de haine à l’état pur, pour votre plus grand plaisir, bah oui vous écoutez pas du black pour avoir des vibes positives !
Le chant est en Français et le groupe nous démontre une nouvelle fois leurs capacités d’adaptation, en faisant ce qu’ils font de mieux mais sans laisser une quelconque routine s’y installer. Il n’y a donc pas de barrière de la langue, dans ce chant tortueux vociféré par notre Vicomte, notamment avec des titres aussi évocateurs que “Purification”, “Par la Haine”, ou encore “Chrysanthèmes au Nouveau monde”.
“Par la Haine “ apporte un côté plus raw et rural qui n’est pas sans rappeler Peste Noire ou Sale Freux, un terreau français, qui fait écho aussi aux Légion noires. Le chant craché tel un venin au visage de l’auditeur exprime toute la haine du monde. Un ultime effort pour l’emmener là où la lumière se fait de plus en plus ténue et où l’espoir y est rare. L’auditeur s’y plaira et contemplera l’immense puissance de ce chant.
Cet univers est magnifiquement désastreux, mais c’est aussi ce qui fait son charme, l’espoir n’est plus qu’un filet mince au cœur d’une obscurité compacte et sans fond. Une haine viscérale qui nous unit au récit, pour une durée de 42 minutes.
Cet opus, a n’en pas douter, s’inscrira dans la digne lignée de ses deux prédécesseurs que sont “Par le feu” et “Allégeance”.
Ces riffs lancinants resteront longtemps dans votre tête après votre écoute…Il fera sûrement partie des albums qui resteront à mon chevet le long de l’année…
Tracklist :
144000 (01:23)
2. Eternel (06:38)
3. Purification (08:46)
4. Par la haine (05:24)
5. Chrysanthèmes au nouveau monde (07:43)
6. Ad Universum (05:49)
7. Le dernier roi (06:26)
Line up :
Maximilien B. – Basse / IX – Batterie / V. Orias A. – Guitares Claviers / Vicomte Vampyr Arkames – Basse
Voici un album que j’attendais avec une certaine impatience. Quatre ans c’est long… même quand on a déjà sept albums de Winterfylleth à se passer et à se repasser.
Mais enfin il est là, avec cette pochette montagneuse et hivernale. Les beaux paysages c’est un leitmotiv chez Winterfylleth mais on ne les avait jamais vus sous ces teintes glacées (à l’exception peut-être du split avec Drudkh mais c’était une peinture et non une photographie). D’emblée le quintet britannique se place sous le prisme de la continuité et du changement, ce qui est finalement un assez bon résumé de « The Imperious Horizon » qui pourrait bien devenir un album clef dans la discographie de Winterfylleth.
Cet équilibre entre continuité et changement c’est toujours un exercice un peu compliqué… surtout vis à vis d’un public qui finit par avoir ses habitudes et n’aime pas toujours être trop bousculé. Souvent c’est moins difficile pour les groupes qui (sauf exception) éprouvent de manière naturelle, et pas forcément calculée, le besoin de faire évoluer leur musique….
Alors par exemple, que peut bien attendre un fan de Winterfylleth ? Du black épique bien sur ! Des mélodies aussi ! Des ambiances majestueuses chargées d’histoire et illuminées de paysages grandioses. Et bien, sans se poser toutes ces questions, «The Imperious Horizons » offre tout cela et ne devrait donc pas défriser donc pas les inconditionnels du groupe dont je suis (quand bien même cette mutation capillaire serait chez moi techniquement impossible).
Ces marqueurs, qui font une bonne partie de son identité, Winterfylleth est parvenu, non seulement à les préserver, mais surtout à les sublimer et à les affiner plus encore. C’est particulièrement le cas des mélodies de guitares qui ont encore gagné en magnificence et tutoient les sommets. Un travail bien mis en valeur par la production où, là aussi, le groupe a apporté un soin particulier aux arrangement, au mixage et à toutes ces petites choses techniques. Cela est notable pour les guitares mais l’est tout autant sur d’autres aspects. Prenons les claviers par exemple : ils n’ont jamais été aussi présents ou mis en valeur que dans cet album. Cela ne signifie pas que Winterfylleth sombre pas dans le tartinage de synthé. Non, au contraire les Anglais les intègre si parfaitement à l’ensemble qu’ils soulignent encore plus la profondeur et la beauté des atmosphères développées. En témoignent la chanson éponyme ou encore « In Silent Grace » dans laquelle Alan Averill de Primordial vient prêter sa voix.
Magnificence, grandeur, beauté…tout cela est donc prégnant dans « The Imperious Horizons »…mais n’allez pas croire pour autant que Winterfylleth a remisé au placard sa colère et sa rage. Car derrière la plus belle face d’une montagne, il y aussi celle qui est cachée des rayons du soleil et reste tapie dans l’ombre et le froid. Cette dimension plus sombre donne ici corps à des titres beaucoup plus agressifs comme le sont « To the Edge of Tyranny » ou la reprise de « The Majesty of the Nightsky » de Emperor.
En somme, voilà donc un album varié et cohérent qui, non seulement, m’a comblé mais a aussi dépassé toutes mes attentes. « The Imperious Horizons » offre à la fois la quintessence de ce qu’on attend de Winterfylleth tout en ouvrant de nouveaux horizons. En cette année 2024, pas mal de groupes se sont approchés de ce concept subjectif et personnel de l’album « parfait », pour l’instant seul Winterfylleth y est totalement parvenu. Le sentiment de plénitude étant maximal, la note attribuée l’est aussi.
Tracklist :
1. First Light (01:58)
2. Like Brimming Fire (07:00)
3. Dishonour Enthroned (07:14)
4. Upon This Shore (07:46)
5. The Imperious Horizon (08:40)
6. In Silent Grace (10:59)
7. To the Edge of Tyranny (03:52)
8. Earthen Sorrows (02:43)
9. The Insurrection (08:01)
10. The Majesty of the Nightsky (Emperor cover) (04:50)
11. In Silent Grace (A.A. Nemtheanga Solo Version) (12:01)
Line-up :
Simon Lucas – Batterie, percussion, Voix (parlée).
Chris Naughton – Chant, guitares.
Nick Wallwork -Basse, guitare, backing vocaux.
Mark Deeks- Claviers, backing vocaux.
Russell Dobson – Guitare, backing vocaux
Invité :
Alan Averill (Primordial) – chant (In Silent Grace)
Avant de chroniquer cet album, je vais vous parler de légendes Scandinaves et plus particulièrement de la rune Berkana, et vous allez comprendre très vite pourquoi. Selon Wikipédia, Berkana c’est le nom donné à la dix-huitième rune du Futhark (alphabet runique), et qui signifie “Déesse du bouleau”. Le bouleau est le premier arbre à se réveiller au printemps, c’est pourquoi la rune Berkana évoque le cycle sans fin de la naissance, de la mort et enfin la renaissance. Selon la mythologie viking, vous stoppez cette renaissance en inversant le mot Berkana en Anakreb. C’est bon maintenant, vous voyez où je veux en venir?
Anakreb, c’est donc le nom qu’a donné un certain Vikko Forest à son one man band en 2019 dans la bonne vieille ville de Brest. Le Ty Zef (surnom donné aux habitants de Brest) sortira son premier EP en 2021, petit EP qui, mine de rien, avait eu à sa sortie un petit écho positif dans le milieu underground français.
Le premier album complet intitulé “Fuir les hommes” est sorti en juin 2024. Après des avis très favorables sur la bonne teneur de cet album de la part de mon entourage métallique, il était impensable pour moi de ne pas m’y intéresser. Faute de temps, c’est seulement à la fin de l’été que j’ai pu l’écouter, et c’est après l’achat du CD que j’ai pris la décision de le chroniquer.
Beaucoup de changements ont été opérés par rapport à l’EP, tout d’abord, le changement le plus important à mes yeux c’est l’apport d’un vrai batteur, fini la programmation et Vikko Forest a fait appel à Rodion Belshevits, batteur de session letton qu’on peut retrouver aussi chez les Suédois de Askog. Certes, on perd peut-être un peu en spontanéité et en froideur, mais avec ce son de batterie plus massif et moins synthétique, les compos prennent une autre dimension. Elles ont du corps, sont bien charpentées et plus goutues aurait dit un œnologue professionnel.
Autre changement notoire, c’est une mise en avant plus prononcée du chant dépressif, déjà palpable sur l’EP, ici, il apparaît quasiment sur tous les titres. Certains hurlements me feront penser aux Australiens de Austère au début de leur carrière. C’est particulièrement flagrant sur le deuxième titre “De Sombre Crépuscule dans lequel j’ai chuté”. Le chant dépressif, tout en côtoyant le raw, apporte une bonne dose de mélancolie et de noirceur, le tout est posé sur des riffs lancinants et répétitifs qui vous martèlent la tête et vous glacent le sang.
Mais rassurez vous, Anakreb n’est pas devenu subitement un groupe de DSBM, Vikko forest n’a pas oublié son amour pour le raw black metal, Avec “L’être qui ronge” et “Le berceau de ma haine”, le Breton lâche les chevaux et garantit la petite touche black norvégo/finlandaise des années 90 de l’album, c’est froid, féroce et sans fioriture. On se prend dans la tronche une bonne ration de haine à l’état pur.
On change de salle et d’ambiance avec le dernier titre “fuir les hommes”. Long de ces dix huit minutes, Vikko Forest nous surprend totalement avec ce registre black atmosphérique qu’on ne lui connaissait pas, ça démarre sur un mid-tempo avec une mélodie entêtante écourtée au milieu par un break acoustique de toute beauté, ou l’on peux entendre un vent glaciale que n’aurait pas renié Wintherr de Paysage d’hiver. Des accélérations brutales agrémentées de vent et de pluie en fond sonore déboulent en fin de morceau et finiront par achever l’auditeur. Ce titre, qui termine brillamment ce disque, est une pure merveille de black atmosphérique et restera mon préféré de l’album.
Pour résumer, Vikko Forest nous a concocté un bien bel album, très complet, riche et varié, cette grande maîtrise dans les compositions nous captive jusqu’au bout et il n’y a pas un seul moment où on ne s’ennuie. Les progrès réalisés par rapport au premier EP sont indéniables et pour moi, ce ”Fuir les hommes” est l’une des plus belles surprises de l’année 2024. En plus de cela, et ça fait vraiment plaisir de retrouver un bon groupe de black metal à Brest, de mémoire, nous n’en avons pas eu un depuis peut-être l’avènement des légendaires Vlad Tepes et ses fameuses légions noires, toutes proportions gardées bien entendu, mais cela fait quand même plus de trente ans, purée, déjà trente ans.
Tracklist :
01 – Le Corbeau L’a Percé (06:11)
02 – Ce Sombre Crépuscule dans lequel j’ai chuté (10:27)
Genre : Black Metal symphonique et atmosphérique Label : indépendant Sortie : 6 Septembre 2024
Note : 70/100 (WvG)
C’étaaaait il y a fort longtemps… Nooootre histoiiiire débute avant l’ère des hooommes en Terre du Milieu… Je ne parle bien sûr pas de la Creuse mais de celle de Tolkien puisque c’est la trame qui sert de support à l’album « Kingdom in Fire » de Bloody Valkyria. La voix de grand-père, Castor ou Fourras, rendant plutôt mal à l’écrit, je vais vous narrer l’idée générale du one-man-band de Jere Kervinen sur un ton plus modéré de ménestrel elfique, la langue en moins. L’auteur, compositeur et interprète finlandais se base sur le Silmarillion, œuvre posthume de J.R. Tolkien parue en 1977, pour mettre en musique certains passages du pavé de fantasy dans un style Black sympho et atmo, quoi de plus cohérent – à part du folk-pagan-je-ne-sais-quoi, peut-être – pour dépeindre des plages narratives (dont certains moments posent le texte cité littéralement dans le texte de l’œuvre littéraire). Ce choix thématique fantasy semble annoncé par l’artwork peint avec dragons, château et chevaliers ; j’ai d’abord pensé à une référence à Glaurung, puisque Niniel est évoquée dans le titre de la seconde piste, à l’image de Melian en titre de la quatrième. Mais, avec le recul, seul l’aspect fantasy parle davantage que la référence directe au dernier écrit, publié post-mortem, de Tolkien. C’est donc un peu dommage de proposer d’entrée une pochette impersonnelle ou pas assez référencée. Après, je peux comprendre que chacun a son interprétation d’une œuvre littéraire et le peintre s’est peut-être davantage focalisé sur l’Akallabêth que la Quenta Silmarillion. Mes connaissances étant également des temps anciens et imparfaites, quoiqu’il en soit je reste incertain.
On va se retrouver musicalement, pour situer, entre Caladan Broad pour les passages les plus folk atmo et Dimmu Borgir période « Enthrone Darkness Triumphant » pour le grain général et l’orchestration, avec des plages inspirées qui sonnent parfois comme la musique traditionnelle scandinave, tout au long de six morceaux : trois longues parties suivant l’axe du titre de l’album, allant de douze à quatorze minutes, les autres semblant servir davantage de transitions. C’est légitime quand on compose un concept album narratif mais, naturellement et imparablement, on échappe difficilement au sentiment de redite et de redondances, particulièrement dans ces les longues plages, notamment quand l’approche folk, misant beaucoup sur la répétition, entre en jeu, ce qui provoque ponctuellement de la lassitude et on finit par décrocher. Cependant, on ne sent pas perdu dans une cacophonie informe, la mélodie restant prépondérante sur l’ensemble de l’œuvre, sans pour autant négliger un équilibre avec l’aspect brut metal. Loin d’être désagréable à écouter, le projet semble cependant inabouti ou pas assez approfondi (ou réfléchi dans sa balance), ce qui est le principal défaut de cet album ; Jere Kervinen n’aura pas créé un nouvel Eä mais, néanmoins, à l’image des Silmarils, on lui souhaite que cet opus ne soit que le premier de trois joyaux et que les prochains soient plus brillants.
Tracklist :
Flames Upon a Bridge (Kingdom in Fire pt.1) 12:17
Tears of Niniel 3:34
Thousand Caves in Blood (Kingdom in Fire pt.2) 12:47
Genre : black metal Label : Remparts Productions Sortie : 13 septembre 2024
Note : 80 /100 (Seblack)
One man band français, Larve a été créé en 2018 par Mathias Nagy ( Havor, feu Hyrgal). Animé par la volonté de renouer avec les racines du black metal occulte, le groupe a sorti un premier album en 2021 intitulé « Ancient Stones Old Memories ». Après un split sorti cet été avec Nuit Macabre sur le label Acid Vicious, Larve propose donc avec « Occultus Tenebrae» son nouvel opus, cette fois chez Remparts Productions. Il est porté par la volonté, toujours plus farouche, de plonger ses mains dans le terreau de l’occulte évoquant aussi bien le satanisme (sous un angle médiéval et religieux dixit la présentation Bandcamp de l’album), la possession que la nécromancie. Pour le réaliser Mathias Nagy a reçu le coup de main de Nicolas « Ranko » Muller à la batterie. Outre le dernier Acod, le batteur a sévi dans bien d’autres groupes et albums comme « Wolves Among the Ashes » de Svart Crown ou « Fin de Règne » de Hyrgal. « Occultus Tenebrae » a été enregistré, mixé et masterisé au studio de la Crypte par Clément Flandrois (leader de feu Hyrgal). Quand on ajoute que c’est Alexis Chiambretto qui a réalisé l’artwork et que lui aussi était membre de Hyrgal ,en tant que bassiste, on peut se dire que le fantôme du défunt groupe rode d’une manière ou l’autre autour cet album de Larve. On ne va pas s’en effaroucher bien au contraire. La fin de Hyrgal a laissé un grand vide, je trouve, et voir une partie de ses membres épauler Mathias Nagy dans son projet et bien… cela fait plaisir tout simplement.
Mais laissons là cette longue présentation et l’évocation de Hyrgal car, mis à part sa rugosité et quelques motifs mélodiques qui peuvent parfois y faire penser, Larve a sa personnalité propre et a déjà bien des arguments à faire valoir. L’occulte on y plonge doucement avec une introduction de quelques notes et de chants monastiques lointains. L’occulte on y bascule plus vite encore avec un premier titre frénétique en diable traversé également par les même ambiances du début ce qui lui confère ce côté médiéval évoqué plus tôt. Le titre éponyme poursuit dans cette veine à la fois débridée et mystérieuse. Tout cela sent le cachot sombre et humide dans lequel se débattrait quelque créature possédée. D’entrée de jeu Larve démontre donc de belles dispositions pour proposer une musique rugueuse, véloce avec ce qu’il faut de mélodie et de mystère. Pour «Old Sorcery», on commence dans des ambiances plus lourdes avec une montée en puissance qui culmine sur le milieu du morceau avant de redescendre doucement dans les contrées plus pesantes et mystiques. Cette teinte sombre va dominer le titre suivant « Panic God ». Une atmosphère occulte omniprésente que l’on retrouvera plus encore sur « Those Who Never Sleep ». Pour clore cet album baigné de noirceur « Nocturnal Possession » opte pour un mid tempo lugubre et lancinant conclu par un emballement qui vient enfoncer le dernier clou dans le cercueil.
Assumant autant que revendiquant son ancrage dans le black occulte du début des années 2000, ce deuxième album de Larve remplit totalement sa mission en proposant une musique âpre qui sait aussi tisser des toiles mélodiques prenantes. Les huit compositions proposées ici s’écoulent sans longueur et font de « Occultus Tenebrae » un disque appréciable et fortement apprécié pour ce qui me concerne.