Genre : Death/Thrash Metal… Mais pas que ! Label : L’Ordalie Noire Sortie : 10/01/2025
Note : 85/100 (Mémé Migou)
Ce sont des enfants stars, vous savez, ces jeunes qui tournent tôt et connaissent quasi de suite le succès. Si on pense à la genèse du groupe comme à leur enfance, alors oui, ce sont des enfants stars qui, dès leur premier EP, November Ends, ont partagé la scène avec de grands noms. Ils ont connu de grandes scènes, le Motocultor, le Hellfest… De qui parles-tu Mémé ? Eh bien, de Malkavian, pour sûr !
Et puis, après 2 Albums…
8 Ans ! Vous vous rendez compte ? 8 Ans sans donner de leurs nouvelles… Bon, ce n’est pas tout à fait vrai… Il y a eu un EP de 4 titres, dont la moitié a été reprise pour ce Delusion. Ainsi que le single « Calling Out the Prophet ».
D’un autre côté, il fallait bien tout ce temps pour entamer la mue du groupe d’un Thrash Groove Metal vers tout autre chose. Les enfants stars grandissent et évoluent pour ne pas s’ankyloser dans ces rôles qui ont fait leurs beaux jours, mais qui ne leur correspondent plus. Alors notre jeune groupe-là, il a fait de même. Il a grandi, il a vieilli et il a bonifié…
Et en début d’année 2025, comme un retour de l’enfant prodigue (autant que prodige), Malkavian nous revient en pleine forme avec un 9 titres, Delusion et son nouveau look.
Nouveau look à deux niveaux, le premier étant sa signature avec un label nantais, assez jeune, mais au roaster bien choisi, L‘Ordalie Noire. Nous ne serons pas étonnés que le second niveau soit celui du genre, comme un fute bien ajusté. Un skinny, une seconde peau.
Et ça s’entend dès le premier titre de ce nouvel opus, « Calling Out the Prophet » qui, même si le premier cri, qui arrive après une fessée de batterie, reste marqué de l’accent Thrash, toute l’intro se fait sur un tempo plus lent que ce qu’on attend d’un Thrash Metal, plus lourd et sur une impression plus grave. Et c’est bien ce qui va tendre tout au long de l’album, on va naviguer sur des eaux troubles, bouillonnantes parfois, des rapides qui restent dans l’attitude Thrash des débuts, mais aussi des eaux plus tumul-tueuses. Car on a un réel virage Death mélodique, parfois même épique, appelant les auditeurs à les suivre dans cette épopée. Et cela ne s’arrête pas là, car on trouvera, dans le courant de l’album, des relents Black Metal, pour une ambiance très sombre. Dans l’interview qu’il nous a accordée avec Romaric, Nicolas, guitariste et cofondateur, nous parle également d’influences cold et gothiques, rajoutant encore à cette impression de noirceur et d’étouffement. Vous voulez un exemple, écoutez donc l’intro de « Life can’t be Undone » ou encore « The Cold Place ». Attention, si vous avez le moral dans les chaussettes, ça ne va pas vous mettre du baume au cœur.
Mais rassurez-vous, Thrashers invétérés, il reste encore des titres ou des passages typés de votre genre fétiche. Romaric, dans ses divers chants, offre encore des morceaux avec sa voix typée Thrash US, comme dans le second titre « Threshold of Death »… Également, avec le jeu de batterie. Néanmoins, Thrasher, il te faudra accepter d’emprunter d’autres chemins, au fil du voyage.
Repartons avec cette 3ème piste, abordée plus haut, « Life Can’t Be Undone », qui nous terrasse de son intro au spleen évocateur. Le chant y est plus écorché. Et ce riff, en arrière-plan vers 1:55… Et cet autre, vers 2:20 qui apporte une touche Black… Et pourtant, vers le milieu du morceau, ni vu ni connu, on se retrouve avec cette impression de Death-Thrash où chacun aura droit de citer. On a le solo de la basse (son typé Darkglass) ou encore la guitare et son envolée vers 3:35. Sans excès. Jamais. Et l’air de rien, on revient sur un tempo plus lent et la mélancolie du début. Parfait !
Romaric et Nicolas, lors de la release party au Cold Crash 15/2/25. Crédit : Mémé Migou
Abordons un peu des riffs… Nous avons de très bons riffs qui seront étirés. Cependant, on ne s’ennuiera jamais puisque, mine de rien, Malkavian a cette intelligence de composition d’apporter de petites altérations qui va faire évoluer le tout. Par exemple dans l’intro du titre « The Cold Place » ou encore « Tormented Souls ». On garde encore, de temps en temps, un peu de groove sur les riffs, parfois même dans les breaks qui sont toujours efficaces. Cette respiration qui permet de se projeter dans la musique. Pour autant, cet aspect sera bien moins prégnant que dans les précédents albums. Les riffs sont bons et les soli de guitare… allez, écoutez donc « Devotion in Pain », vers 2:45, et vous comprendrez. C’est de la dentelle.
Les titres vont s’enchaîner avec des colorations différentes. Entre ce qu’on avait l’habitude d’entendre chez Malkavian, mais avec des passages différents. Et puis d’autres à la coloration plus lourde. Écoutez-moi cette voix de Romaric dans « The Cold Place », vers 2:35. Mais quelle beauté ! Ce côté cold wave lui va comme un gant. On en redemande ! Surtout quand il s’énerve pour offrir des fins de phrases soit growlée soit plus saturée dans l’aigu.
La prod est moderne, touffue, laissant chaque instrument s’exprimer. Quant à l’artwork, il est assez étonnant pour un groupe qui, à la base, est libellé Thrash/Groove.Ça ça met déjà la puce à l’oreille….. Il est signé Newsalem.
C’est un retour gagnant. Gagnant en maturité de groupe. Gagnant car l’album est une réussite. On peut certes survoler l’opus, mais un moment, l’oreille va être tirée façon “hop hop hop, viens écouter ça, toi” ! Et une fois que tu écoutes avec ton cerveau, tu te dis que c’est sacrément bien écrit. Mais le principal, c’est avant tout d’écouter avec ses sensations et de laisser parler ses poils. Delusion, c’est un album qui, au-delà des étiquettes Metal, va surtout être 45 minutes d’émotions variées, passant du pesant, du dissonant (« Devotion in Pain ») à la colère et à la tristesse.
Le dernier titre, « Desperate All Out War », résume à lui seul tout ce qui a pu être dit. On a les poils dressés !
À peine étions-nous remis de la Saint-Valentin, pour laquelle WvG nous avait gratifié d’un dossier thématique de bon aloi, que voilà Mémé repartie sur les routes, avec sa p’tite voiture bleue, en direction de Nantes et sa périphérie.
Un rapide arrêt en cours de route pour embarquer LB D, et ce sont quelques centaines de kilomètres qui seront avalées en un rien de temps… 1 Mois plus tôt, il faut bien avouer que cette même route avait été galère pour cause d’inondations et de bouchons afférents.
Le Cold Crash, on commence à connaître, ainsi que l’hôtel à deux pas. C’est assez pratique, pour venir à pied, surtout que le Cold Crash, ma foi, c’est une salle de concerts attenante à la brasserie Nautile. Autant vous dire que la bière y est excellente !
On y retrouve amis et visages connus. Run to the Pict, Girls’N Nantes, mais aussi Helo et Antoine de la Nuée des Ombres, sans oublier Pascal, Arawn,… avec qui nous aurons grand plaisir à échanger.
Mais nous ne sommes pas là pour vous parler de la route et des copains… Ce samedi 15 février 2025 était une date symbolique pour Malkavian, pour qui ce sera la soirée de release de leur tout nouvel album “Delusion”, sorti chez L’Ordalie Noire. Un grand moment pour eux… Également pour nous. Mais avant cela, place au groupe qui fera l’ouverture : INFERN.
INFERN
C’est au groupe parigo-breton qu’il incombe la lourde tâche de lancer les festivités. Vous avouerez que, dans le genre chauffeurs de salle, y a pas mieux ! Attention… Ne faites pas dire à Mémé ce qu’elle n’a ni dit ni même pensé. Infern, c’est un groupe qui a la capacité à capter toutes les salles dans lesquelles ils passent, qu’ils soient en ouverture ou en fin de soirée. Ils te chopent le public et paf ! Retourné dans tous les sens, le public, malaxé dans tous ses sens, l’ouïe, la vision, le cassage de nuques, tout y passe…
Cela fait quelques concerts où nous sommes présents. Les gars du groupe vont finir par croire qu’on les trace à la culotte. Quelque part, ce n’est pas faux. Mais c’est un tel pur bonheur d’avoir ce Death old School qui t’arrive dans la tronche, que tu ne te poses pas deux fois la question avant de prendre ta place là où passe Infern !
Et cerise sur le gâteau, chaque concert apporte au groupe plus d’assurance et d’aisance. Julien est comme Julien Truchan : méconnaissable sur scène, tant il se donne à fond.
Ça c’est la cerise… Mais le gâteau,hein ? Ben le gâteau, il revient à Pierre Loup, guitariste, qui fêtait son anniversaire sur scène. Me demandez pas son âge, je n’en sais strictement rien… Mais joyeux anniversaire, jeune homme !
Retrouvez l’interview accordée par Infern à Robin et Séb D. :
Galerie Photos du set de Infern :
MALKAVIAN
Arrive la pièce maîtresse de la soirée…
Ben oui… Comme dit en entame, ce 15 février, c’est la release party de Delusion, le nouvel album de Malkavian.
Auparavant plutôt connue comme une formation de Groove Thrash, Delusion va nous prendre à revers. On l’avait déjà senti sur la scène du Muscadeath, en septembre dernier, où j’avais pu être surprise de leur prestation de qualité bien que sur un jeu plus musclé. De fait, ils y avaient déjà joué une partie de l’album en avant-première. Et, comme vous pourrez le (re)lire sur le live report que Mémé en avait fait, on entendait le public s’étonner de ce virage plus Death, plus grave.
Mais revenons à ce samedi de février… Mémé allait-elle encore être étonnée ? Eh bien oui ! Si au Muscadeath, elle avait pu voir cette route plus Death, ce soir au Cold Crash, l’ambiance était encore plus lourde, angoissante, étouffante. Il flottait dans l’air un parfum de Black Metal…
Bien entendu, on reste sur une base de Death et de Thrash… Mais le Metal qu’ils proposent, même si les rythmes et les riffs gardent un certain groove, n’est justement plus du genre groove Metal. Cette facette est effacée. Le groupe a évolué pour nous montrer son côté sombre. Et ça leur va terriblement bien.
Sur la toute première partie du set, en accord avec cette ambiance qu’ils voulaient pesante, il n’y aura pas de discours entre les titres. Le public est attentif, complètement pris dans les faisceaux des morceaux. C’est sur la fin que Romaric va, non pas parler pour expliquer les titres, mais plutôt nous enjoindre à communier lors de ce baptême de Delusion.
Le succès est au rendez-vous et nombreux seront ceux qui feront un tour au merch.
Hey ! D’ailleurs, vous avais-je mentionné que la date, organisée par Malkavian, était sold out ?
En complément de ce report, retrouvez l’interview que Nicolas et Romaric ont accordée à Robin et Mémé Migou :
Galerie du set de Malkavian :
RÜYYN
C’est la formation Black Metal du roaster LADLO, Rüyyn, qui clôturera la soirée.
Projet solo, Romain sait s’entourer de musiciens live pour assurer les shows. C’est un Black Metal efficace, sombre, bien ancré dans les années 90 qui déboule sur scène. Efficace et qui connaît ses gammes. Ce soir, les titres joués sont essentiellement tirés de leur premier véritable album Chapter II: the Flames, the Fallen, the Fury, dont les chansons ont la particularité d’être divisées en six parties bien distinctes.
C’est la 3ème, ou plutôt la 4ème fois, que je le.s vois sur scène et dans diverses configurations : outdoor comme indoor en grand festival, indoor en festival de moyenne ampleur, et ici en concert dans ce Cold Crash, plus petite salle, certes, mais qui offre un son qualitatif. Niveau lights, ça reste compliqué pour les photographes. Mais sommes-nous les plus importants ? Bien sûr que non, c’est le public qui prime. Et le public en aura pour son argent.
Donc, ayant déjà vu plusieurs fois le set et profitant des visages connus pour échanger, discuter, palabrer, il me faut avouer ne pas avoir été assidue sur le set…
Petite anecdote… LB D étant fan, il a bien entendu acheté le vinyle. Mais après nos papotages et les quelques bières qui ont suivi la fin des concerts, il a réussi à repartir… sans le vinyle. Ce sera Helo qui le lui ramènera la semaine suivante au Cernunnos. Elle est pas belle, la vie ?
Galerie Photos du set de RÜYYN :
La soirée s’achèvera avec la traditionnelle pizza à l’hôtel… Tout en refaisant les comptes de la soirée : Oui ! C’était une excellente release party. Dans le public, nous avions des fans de chacune des trois formations. Tout le monde était présent dès le début et est resté jusqu’à la fin. Et meeeeerde j’ai oublié mon vinyle….
Au départ, j’avais trouvé l’affiche assez étonnante et plutôt dépareillée. Mais force m’est d’admettre qu’au contraire, elle était au poil ! Nous sommes passés du Death old school au Blackened Death (- Thrash) pour terminer sur du Black Metal. Tout un cheminement où le public des uns a pu s’y retrouver avec les formations des autres.
Interviewés : Romaric et Nicolas – Malkavian Interviewers : Robin et Mémé Migou
Crédit musical : Malkavian Crédit Photos : Mémé Migou, photos de Malkavian lors de leur release party au Cold Crash (44) le 15/2/25.
Premier élément d’un triptyque autour du groupe nantais Malkavian, comprenant l’interview, le live report de la release party au Cold Crash (Rezé, 44) de leur album Delusion, sorti le 10 janvier dernier chez L’Ordalie Noire et la chronique dudit album, Nicolas – guitariste – et Romaric – chanteur –ont passé un peu de temps à discuter avec Memento Mori Webzine. Tous deux fondateurs du groupe Malkavian, ils nous parlent de ce retour, du changement apporté avec cet album et de la vie du groupe.
Et voilà, c’est r’parti ! Il va sérieusement nous faire chier avec un sujet sérieusement chiant en nous demandant sérieusement de réfléchir… Est-ce bien sérieux ?!
Eh non, tas de naïfs ! Aujourd’hui, on fait dans l’insoutenable légèreté de l’être – ou sa lourdeur selon votre point de vue – puisqu’on va papoter dérision voire autodérision dans le Metal, tout en gardant un fond sérieux et explicatif malgré tout, faut pas déconner non plus… Confère un précédent article sur le premier degré [cherchez et vous trouverez… sinon relisez les précédents papiers pour retrouver… ou même les autres posts sur cette page], il est indispensable de jouer de la dérision, d’autant quand on est un grand méchant bre-som métalleux…
Humoristique veut-il dire « beauf » ? Non… pas besoin de montrer son cul ou faire des blagues pipi-caca ou de mecs bourrés pour que ça soit drôle (coucou Ultra Vomit et Alestorm). Aussi paradoxal que ça puisse paraître, l’humour, c’est sérieux, ça se travaille, ce n’est pas du talent mais des années d’études, d’observation, d’entraînement, etc. Autant on devrait pouvoir rire de tout avec tout le monde, autant on ne rit pas avec l’humour… ou alors on en rit, n’importe quel autre sentiment, ressenti, ou ressentiment. Et le Metal, comme n’importe quel micro ou macrocosme se doit d’avoir le recul nécessaire pour ne pas sombrer totalement dans ses propres clichés tout en les assumant, quelle que soit la finesse dudit humour ou même comment faire sourire. Et parfois, ça prête à rire, ou ça cherche à le vendre. Je ne vais donc aborder, et pas m’attaquer puisque les unTRVE ne m’intéressent pas, pas davantage que faire leur promotion, le prisme de ce qui fait sourire parce que… parce que c’est drôle en étant sérieusement fait.
On va commencer par se mettre en joie avec ceux qui misent sur l’humour et la dérision comme blason.
Évidemment et en premier lieu, j’aurais pu partir sur Ultra Vomit, référence franchouillarde imparable dans ce domaine. Et donc, non, je ne le ferai pas… Il y a encore quelques années, oui, je l’aurais fait, parce que leurs compositions étaient fouillées, référencées voire ultra référencées, donc réfléchies et travaillées (comme je vous disais plus haut, l’humour, c’est sérieux)… par exemple un « Kammthar » qui cherche à parodier Rammstein, en ayant réfléchi ses codes musicaux et esthétiques, poussant jusqu’à travailler l’accent allemand et le texte pour cadrer, là, je dis oui… Objectif : thunes et Panzer Surprise sont deux pépites dans ce domaine, même si le second commençait à virer vers ce que je craignais… Mais ce groupe a fait le choix, que je trouve donc hypocrite, d’une forme de populisme et de lourdeur dans leur humour, qui ne fait plus mouche mais se fait moucher par beaucoup (moi inclus, par conséquent), un choix de facilité navrant que ce soit dans les approches, dans les blagues, ou même dans la structure de leurs compositions. Donc, stop…
Cependant, dans l’idée de la parodie très réfléchie, je vous propose Nanowar (of Steel). Rien que le nom référencé prête à sourire. Ça fait quand même quelques années que ces italiens sont dans le game, du temps où Jamendo, site sur lequel je les ai découverts, existait encore (c’est dire si ça date…) Et ils continuent leur petit bonhomme de chemin avec professionnalisme dans le sujet. Et leur renommée va suffisamment loin pour que des sommités dans le milieu musical leur apporte soutien et participation dans la dérision et l’autodérision (Fabio Lione pour une parodie du groupe dans lequel il a pris part et exercé de nombreuses années, Rhapsody ; idem pour Joakim Brodén dans une parodie de Sabaton sous forme d’un commentaire de match de foot).
Le travail du groupe est sérieux et réfléchi et, par exemple dans le cas de « Norwegian Reggaeton », réussit à faire marrer en mélangeant des codes et genres musicaux qui semblent aux antipodes.
Le tout en restant bien en tête… En temps que fervents pratiquants, je vous recommande également « Valhallelujah »
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Le mélange des genres semble incongru… Ce qui est totalement paradoxal quand on décortique la constellation de sous-genres du Metal qui mise en partie sur les métissages musicaux… Oui, oui… même les plus « sérieux » sont inspirés de musiques on-ne-peut plus sérieuse, dite « savante », sous les approches spectrale, microtonale, dodécaphonique, etc. À part si ledit groupe que vous affectionnez à repompé sans réfléchir le style de son mentor, le mentor a probablement pris le recul nécessaire sur sa composition musicale, son mode et ses sources d’inspiration pour être/avoir été novateur.
À une époque où le métissage Metal-opéra semblait porter à sourire voire rire (ce qui est encore le cas pour les plus teubés… pardon, « ouverts » de nos cons-génères), il y a eu un très célèbre fake, qui persiste encore – malgré la révélation de la vérité – tellement il était crédible, car bien foutu, bien mixé, bien réfléchi… Celui d’un featuring de Luciano Pavarotti sur « Roots, bloody Roots » de Sepultura. Je ne vous cache pas, comme Fox Mulder, j’ai voulu y croire… Bon, par la suite, le sous-genre Metal symphonique a déployé ses ailes, et tant mieux, puisque celui-ci s’est élargi à plein de dérivés Dark, Death, Black, etc. (Septicflesh, Fleshgod Apocalypse, Dimmu Borgir, etc.)
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C’est justement ce qui est intéressant avec le Metal : des codes tellement ancrés dans la mémoire collective qu’on peut facilement jouer avec et les détourner. C’est aussi un genre qui évolue avec son temps et sa technologie ; qui aurait cru il y a vingt ans qu’on pourrait aujourd’hui avoir du CyberMetal et qu’on utiliserait des IA pour corriger des fausses notes voire écrire un morceau sans son provenant d’un instrument joué avec ses propres mimines ou cordes vocales ?
On va donc remonter dans le temps, il y a quarante ans… avec un album de Metallica… mais réfléchi comme il y a soixante-dix ans !
[NB : si vous préférez le disco, il y a aussi le Black Album dans ce style, ou si vous souhaitez opter pour la synth-wave, allez écouter « Du hast » de Rammstein dans cet esprit.]
Évidemment, ce n’est pas le premier cas d’arrangement de Metal dans un style musical différent. Pour expliquer rapidement, le principe de l’arrangement est de reprendre un morceau avec des instruments, des grilles d’accords voire un style musical différents des originaux (pour l’orchestration dont on ne parlera pas dans cet article, la réponse est dans la question : faire jouer par un orchestre). C’est justement le fond de commerce de Richard Cheese, qui en a fait son fonds de commerce avec des reprises swing jazz (à l’image de Paul Anka pour certains titres mais ce n’est pas sa spécialité).
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L’évolution de la technologie permet désormais à tout un chacun de trafiquer des morceaux sur la base des enregistrements préexistants, avec un minimum de connaissances techniques.
Ce qui permet la création du mashup !
Il va de soi qu’une oreille musicale ne sera pas de trop pour mélanger des morceaux distincts et les accommoder. Nombre sont des échecs parce que leur auteur ne l’a pas et sait juste appuyer sur des boutons, comme David Guetta ou le fameux « DeeJay » automatique de WinAmp il y a quelques années de ça, faisant fi de l’harmonie, la mélodie ou le tempo, en gros les bases de la musique.
Je vous propose donc un des – selon moi – plus réussis dans le domaine :
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L’oreille, c’est aussi traître. Vous aussi vous laissez de plus en plus abuser par la déformation des sons au point de ne plus savoir si c’est un solo de guitare électrique ou de clavier (ça a été mon cas sur l’intro de « Octavarium » de Dream Theater en son temps).
Mais c’est moins perturbant quand vous avez l’impression d’entendre des grosses conneries. Je ne vous ferai pas l’affront de vous poster ci-dessous celle du « Durch den Monsun » de Tokio Hotel mais restons chez les métalleux avec une de Six Feet Under.
Comme quoi, le growl, on pourrait faire sa liste de courses que personne n’y verrait rien… Si vraiment vous avez du temps à perdr… occuper, ou que vous considérez que « ce soir, j’ai les pieds qui puent », je vous invite à aller farfouiller cette chaîne :
L’image bre-som… L’image tout court en fait… Difficile de faire original avec des codes aussi établis… dans l’image du groupe autant que celle de ses clips… Entre les blackeux qui se sentent obligés de se perdre en forêt sans GPS ni électricité (mais des guitares) et les coreux qui cherchent des usines désaffectées pour faire tournoyer une caméra en traveling montage cut serré à vous foutre la gerbe, il y a des codes… Mais si on s’amusait à détourner les clips ?!
Allez, je suis sympa, je vous propose deux exemples rigolos car bien foutus ci-dessous.
[Oui, je sais… qui utilise encore Dailymotion… mais impossible autrement.]
Malheureusement, je n’ai pas retrouvé celui des Guns n’Roses qui chantaient la « Merguez Party » mais… sachez que ça a existé…
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Puisque l’image est importante, pour cette dernière partie, regardons des images… et les sons qui sont censés être visibles à l’image, pas le « off ».
Alors évidemment, il y a les pas-gentils-qui-se-moquent en pourrissant radicalement – mais tout en restant synchro – la bande son sur la bande image. Le principe même du « shred » (donc rien à voir avec la pure technique guitaristique).
Et quitte à se foutre de la gueule des clichés évoqués ci-dessus, voici un groupe qui est son propre cliché :
D’ailleurs et pour faire le lien avec le paragraphe suivant :
Parfois (et ça marche dans de nombreux autres genres musicaux), l’image seule est suffisamment absurde pour faire marrer, même sans être détournée. On entre forcément davantage dans la logique de réalisation filmique (long ou court métrage) mais cherchez les incohérences entre ce que vous voyez et entendez… En voici un exemple, soit le même morceau que juste avant :
L’idée du « musicless » en tant que descendant « sérieux » du shred, c’est ça : les images et ce qu’on est censé entendre réellement en synchro avec le « in », ce qu’on voit à l’écran. Idem, si vous avez du temps et de l’ouverture, allez essayer des « Gangnam Style » ou « Chandelier » en musicless, ça devrait vous décrisper les zygomatiques.
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Comme je l’énonçais en préambule, l’humour (et en faire), c’est sérieux… Il faut un concept qui tienne la route et ne jamais tomber dans la facilité ou la flemme, au risque d’en perdre en qualité (ou de racoler un « public qu’on mérite »).
S’il y a bien un auteur qui réfléchit ses parodies, c’est celui-ci, qui va se frotter avec intelligence à des références musicales dans tous les coins du Metal :
L’idée dans ce cas est aussi de réinterpréter les originaux, simulant le riffing voire le grain d’origine et adaptant les paroles à la thématique. Oui, c’est du boulot, en effet.
Arrivé à cette (douloureuse) conclusion, il va de soi que je n’ai que survolé le sujet, tant la notion même d’humour est infiniment subjective et difficilement définissable… car subjective… Et votre subjectivité vous poussera peut-être à vous exclamer : « Mon Diable, quel blasphémateur ! Il a osé moquer publiquement notre religion !!! Brûlons l’hérétique !!! Burn the witch !!! »
Pour citer Philippe Caverivière, lors de l’anniversaire des dix ans du massacre à Charlie Hebdo *troulouloouuu trouloulouuuu et autres bruits de langue-de-belle-mère et de cotillons explosifs bulletproof* : « L’humour, c’est comme le fist fucking : si t’es pas mort, c’est que t’es pas allé trop loin… » En cas de réclamation, je vous prierai, par décence et par avance, d’apporter la vaseline.
Genre : Death mélodique Label : Inverse Records Sortie : 31 Janvier 2025
Note : 66/100 (WvG)
Je vous ai déjà parlé de mon excursion en Finlande ? Non ? Normal, je n’y ai pas mis les pieds… mais pourquoi pas un petit tour du côté du lac Bodom, avec les enfants… J’imagine que je ne dois pas être le seul à y avoir pensé puisque le groupe Admire the Grim, lui-même natif de ce pays, est très inspiré par le groupe de feu Alexi Laiho. Plein feu sur le lac avec cet album intitulé sobrement Resist.
Pas de grande surprise donc si je vous dis qu’il s’agit de Melodeath dans le style, limite à quelques encablures, je vous aurais dit « Sweddeath » mais bon… Pourquoi donc ? Parce que les teintes vocales ne sont sans évoquer celles d’une certaine Angela Gossow, ex-front woman de Arch Enemy. Factuellement, avec deux sources d’inspirations aussi marquantes et marquées dans le genre, on part sur de bonnes bases et le groupe propose un premier album efficace et nerveux, après avoir fait paraitre de multiples singles et un EP depuis 2022. Difficile de s’étonner aussi du fanboy qu’est le guitariste-compositeur envers son mentor musical quand il en est limite un clone, jusqu’au modèle de guitare ESP.
Malheureusement, avoir de grandes références ne veut pas dire en faire une copie quasi conforme mais aussi trouver son identité, quitte à s’approprier des influences. Si la qualité tant sonore que dans les compositions est présente, on n’a que trop l’impression d’un copié-collé des multiples époques et morceaux des deux groupes inspirateurs, disons…
Autant vous dire que ceux qui mettent le pied dans le genre s’en prendront un au cul, légitimement, mais les briscards habitués tant au Death mélo que les fans d’Arch Enemy ou CoB (vaguement In Flames) auront du mal à ne pas se dire « Hé ! Mais je connais ce riff !!! » tout au long de la trentaine de minutes répartie en « singles » au format radio edit, tantôt dans Khaos Legion du premier, tantôt dans BloodDrunk du second. Ironiquement, le morceau que j’ai trouvé le plus original, c’est la ballade acoustique centrale « Acoustic Melodies from the Past and the Present » (et encore, ça sent limite le pompage d’un autre groupe local, Sonata Arctica).
Je sais que c’est compliqué de renouveler un genre qui atteint petit à petit, si ce n’est pas encore totalement le cas, ses limites, mais un petit effort d’authenticité, de recherche et donc… d’effort serait le bienvenu, quand il est difficile de ne pas supposer une stratégie commerciale de par la conception même du parcours de carrière avec des parutions régulières plutôt qu’une réflexion aboutie, quand bien même cet album serait le fruit de deux années de travail (dixit le groupe).
C’est bien le principal reproche qu’on peut faire à un groupe de cette trempe et ces qualités, individuellement comme en ensemble, du point de vue exécution et production : être de simples copycats plutôt que des compositeurs originaux. Mais bon, le combo finlandais est encore jeune, peut-être que le temps et la maturité leur viendront en aide pour trouver leur patte personnelle.
Bref, Resist, prouve que tu existes autrement qu’en fac simile.
[NB : par contre, celui qui crée leurs artworks, eux aussi « inspirés » de CoB, les premiers, et de Khaos Legion (encore) pour le single, gère pas mal.]
Genre : Brutal Death Technique (mais pas que) Label : Season of Mist Sortie : 21 février 2025
Note : 95/100 ou “mais oui évidemment que c’est bien t’as vu le CV des mecs ! Évidemment qu’ils arrivent à faire l’album de l’année, ils soûlent aussi ces mecs à savoir autant maîtriser la technique que l’art de la composition et les nuances et la brutalité… et puis alors ce son évidemment parfait… PUTAIN !” Robin qu’hallucine
Le grand retour
Mais oui, voilà !
Donc c’est simple…
Voilà !
Y a deux groupes incroyables !
C’est des groupes, mon copain, z’ont niqué le game du Death tech à leur époque !
Alors y a eu eux, les ricains drogués, Decrepit Birth : du Death sous acide, t’as qu’à voir leur pochette… Bref, tu prends leur truc là, Diminishing Between Two Worlds, pfiou ça t’envoie dans un délire petit, tes tripailles, elles se font secouer jusqu’à ce qu’elles te remontent aux yeux. Mais t’en redemandes !
Puis Spawn of Possession alors eux avec leur second album, Noctambulant, aussi y t’ont fait du bien en faisant du mal… Ah c’est beau et en même temps ça te casse en deux. Eh ouais, c’est au-dessus de toi et tu t’en rends compte à chaque instant. Entre du Bach et du Disgorge forcément ça casse ton corps et ton cerveau.
Puis les mecs qui aiment bien foutre des ambiances qu’ont rien à faire là, qui veulent être bourrins tout en étant… mélodiques, subtils, et élégants. Bref ! Des européens !
C’est eux d’ailleurs qui gèrent le truc.
Alors, moi, y m’énervent ces zoziaux là parce que, tu vois, ils s’appellent avec un nom barbare très nul. Mais leur album-là, il est parfait !
Je veux dire, c’est un premier album mais pas vraiment un premier album.
Et ils savent faire court, ils savent faire long, ils savent se faire franchement plus lyriques, puis franchement plus brutaux, puis savamment doser les deux. Ils savent faire en sorte que tous les instruments aient leur rôle !
Et toutes les compos, elles sont superbes.
C’est jamais linéaire !
C’est jamais éreintant !
C’est jamais trop !
C’est jamais assez !
C’est jamais facile !
C’est jamais imbitable !
C’est l’album des jamais !
Il m’éneeeeeeeeerrvvve, cet album, il est parfait !
Scrogneugneu !
Un putain de bijou !
Une putain perfection !
Circulez, y’ a rien à voir !
C’est un putain de chef d’œuvre voilà le problème !!!
Au revoir !
(Et les textes ? Ahhhh ! Eux sont assez nuls pour le coup ! Hé t’as trouvé un défaut !)
Tracklist:
1. Obscure Exordium
2. Vanished
3. Aunt Christie’s Will
4. Never to Awake
5. The Tree
6. Retromorphosis
7. Machine
8. Exalted Splendour
Line up:
Erlend Caspersen – Basse
KC Howard – Batterie
Jonas Bryssling – Guitare
Christian Münzner – Guitare
Dennis Röndum – Voix
Arif Septian : Artwork
Magnus Sedenberg : Producer, Mixing, Mastering, Engineering
WESTCOAST ZUMBA CLUB : Hard Mind / Endless Agony / Frontstab Pit Dog (Lorient – 56) samedi 18 janvier 2025
Texte / Photos / Vidéos : Bruno Guézennec
Programme chargé en ce samedi 18 janvier car remise en forme et dry january obligent, après les libations de fin et début d’année, j’avais décidé de participer à une prometteuse soirée à Lorient, le Wescoast Zumba Club.
Direction le sud Bretagne avec Anthony (mon neveu) et arrêt du côté de Carhaix pour embarquer Gwen, compagnon de longue date de concerts punk/hardcore, pour arriver 1h45 plus tard à bon port… de Lorient (c’est de l’humour de début d’année, pas encore au top).
Première surprise, le Zumba Club est un hangar, situé dans une sorte de Zone Industrielle. Deuxième surprise, au-dessus de la porte, il est écrit Pit Dog… un ancien chenil peut-être ? Une fois à l’intérieur, la salle est grande et peut accueillir pas loin de deux cents personnes. Un bar immédiatement sur la droite, deux emplacements qui vendent des t-shirts sur la gauche et, au fond à droite, une scène plutôt spacieuse avec des instruments de musique. En général, les cours de Zumba se font avec des CD ou des MP3 ; là c’est un groupe, le grand luxe. Par contre la salle n’est pas chauffée, comme il fait 1° à l’extérieur, il ne fait pas beaucoup plus à l’intérieur ! Mais on s’en fiche, on va danser, ça réchauffe.
On patiente avant le début, et Gwen me propose de boire une bière ! Ah, ah, c’est mal connaître ma volonté : quand c’est dry january, je fais ça à fond. C’est à ce moment-là que je me suis souvenu que j’avais pris une gorgée de bière le 1ᵉʳ janvier à 00h00mn et 18 secondes… Bon, foutu pour foutu, ça ne sert à rien de continuer mon « pas dry january du tout ». J’accepte donc une pinte de Guinness. Oui, ils ont de la Guinness en cannette au Pit Dog, ils savent recevoir.
*
20h30, le premier orchestre de Zumba monte sur scène et je me rends compte qu’il y a pas mal de trucs qui clochent : personne n’est en legging, il n’y a pas de tapis par terre, les gens portent des sweat-shirts et t-shirts étranges sur lesquels on peut à peine lire les noms à cause de polices de caractères pour le moins confuses et les musiciens ont des looks bizarres, comme les deux guitaristes avec leur masque de Jason du film Vendredi 13, ce qui est un peu con, on était samedi 18 (humour de janvier, je vous avais prévenu !)
Et la musique ! Parlons-en, de la musique ! Il n’y a rien qui allait ! J’ai bien essayé de faire quelques mouvements de Zumba, mais ce n’était pas ça, les gens dansaient n’importe comment, le seul truc qui correspondait est qu’ils faisaient bien des moulins avec les bras, mais beaucoup trop vite et beaucoup trop fort ! Après renseignement, je me suis aperçu que c’était en fait une soirée de Hardcore/Metal ! Ah !?
Bon… tant qu’à avoir fait le déplacement, autant en profiter, nous n’allions pas rentrer avant la fin.
C’est à Frontstab que revenait la tâche de chauffer la salle (au propre comme au figuré) car, avec la température qui régnait au Pit Dog, tout le monde était bien content de pouvoir s’agiter un peu devant la scène.
Le jeune groupe nantais nous a offert une belle prestation, avec un début de set axé sur les trois titres de leur Démo 2024 parue en mars, histoire de bien lancer la machine, leur beatdown HxC effectuant son travail de sape. Sept titres extraits de leur répertoire plus une cover de Bulldoze avec le bien-nommé « Nothing but a Beatdown ».
Au bout d’environ trente-cinq minutes de set, je n’ai pas regardé ma montre (ce qui tombe bien, je n’en ai pas), les quatre musiciens quittent le public sur une dernière cover : « Six Feet deep » des anglais de 6 Ft. Ditch.
Belle entrée en matière devant un public déjà nombreux en ce début de soirée et qui n’a pas boudé son plaisir.
Après la pause habituelle de changement de matos, discussions avec quelques têtes que je retrouve régulièrement dans les concerts bretons et papotage avec les sympathiques musiciens de Frontstab, ce sont les guérandais d’Endless Agony qui investissent la scène relativement spacieuse du Pit Dog.
En moins de cinq ans d’existence, ils ont deux EP à leur actif, dont le très bon Besieged sorti en octobre dernier.
Si le public s’est montré un peu timide au début, le style de la formation n’étant pas purement HxC mais un crossover HxC/Thrash, la force de frappe du quintette de Loire-Atlantique et leur énergie sur les planches ont eu vite fait de mettre tout le monde d’accord, notamment la libellule ou la mouche (en tout cas il avait des ailes sur le dos) qui s’en est donné à cœur joie dans le pit, comme il l’avait fait devant le premier groupe.
En quarante-cinq minutes, l’affaire était pliée, le public ravi et les corps s’étaient bien échauffés en prévision de la tête d’affiche.
Endless Agony, comme Frontstab d’ailleurs, méritent que l’on se déplace pour assister à leurs prestations. S’ils passent près de chez vous, vous savez ce qu’il vous reste à faire.
Un reproche quand même pour Endless Agony : les gars, c’est cool de vendre du merch lors de vos concerts, mais la prochaine fois pensez à apporter vos EP’s avec vous, surtout le dernier, Besieged, comme ça je ne me retrouverai pas comme un con à repartir les mains vides. 🙂
Ou alors c’est une tactique pour m’obliger à retourner les voir. Ce n’était pas la peine, j’étais déjà convaincu.
Les rennais de Hard Mind se sont créé une notoriété plus que solide au cours de leurs dix années d’expérience sur les scènes internationales et nationales comme au Superbowl Of Hardcore 2015, 2019, 2023, dans la Warzone du Hellfest 2023 ou leurs neuf dates en novembre 2024 avec Get The Shot.
La tension est montée d’un cran quand ils se sont emparés de leurs instruments, ceux les ayant déjà vus sachant à quoi s’attendre, les autres se doutant que la réputation scénique de la formation ne devait pas être usurpée.
En moins de quarante minutes, le quintette a mis tout le monde d’accord avec une prestation explosive : en témoigne une fosse remplie de furieux avec circle pit, wall of death et autres joyeusetés qui émaillent habituellement les pits des concerts de HxC.
La formation a pioché allègrement dans sa discographie avec deux titres de Justice by myself (2015), un de Trust no one (2016), trois de leur album Corrupted Souls (2019) et a laissé la part belle (six titres) au dernier EP Endless Fall (2023).
Une bonne grosse tarte dans la tronche de la part d’un Hard Mind au sommet de sa forme, d’une bande de musiciens qui sait comment retourner une salle en sa faveur et d’un Lois qui se transforme en bête de scène dès qu’on lui met un micro entre les mains.
Une belle soirée organisée par l’asso bretonne Westcoast Zumba Club dans un endroit qui mérite vraiment que l’on s’y attarde. https://westcoastzumbaclub.com.
Né du désir de Gurvan Morel et d’une équipe de personnes motivées de créer un lieu convivial, dédié au Rock et Musiques Extrêmes, dans une région un peu sinistrée niveau concerts, depuis la fermeture du Galion en 2021.
Le Pit Dog organise des soirées pratiquement chaque week-end et si je n’habitais pas si loin, je pense que je m’y installerais à l’année. 🙂
Genre : Black Metal Label : My Kingdom Music / Source Atone Records Sortie : 7 Février 2025
Note : 87/100 (Mémé Migou)
Le syndrome de Diogène est un trouble du comportement qui conduit à une vie négligée et souvent insalubre, caractérisée par une accumulation compulsive d’objets ou syllogomanie. Le nom, choisi en 1975, fait référence au philosophe grec Diogène de Sinope, connu pour son rejet des conventions sociales et son style de vie austère. Néanmoins, le syndrome diffère largement de l’idéologie de Diogène qui n’accumulait pas d’objets. Les individus atteints de ce syndrome présentent plusieurs caractéristiques, notamment une négligence extrême de l’hygiène personnelle et domestique, un isolement social, et un refus d’accepter de l’aide. Ce syndrome apparaît surtout chez les personnes âgées, chez les hommes comme chez les femmes. – Glossaire médical, Elsan.
Vous avez tous connu cette maison, là-haut sur la colline, entourée de grilles à la ferronnerie aussi alambiquée que rouillée. Les haies ne sont plus que broussailles et ce qu’on pouvait imaginer être un talus n’est jamais qu’un monticule de déchets.
La maison était celle de votre enfance, là où vous passiez vos vacances, ces moments de détente où affleurent les réminiscences en même temps que les odeurs des tartes de Mémé et du bois fraîchement coupé par Pépé…
Que de souvenirs, une partie de votre âme y est restée cramponnée à ces murs, s’accrochant aux branches des quelques arbres devenus rachitiques par manque de soins.
On vous avait prévenus, il ne faut jamais revenir sur les lieux de notre enfance, une fois adulte on les voit différemment et les souvenirs se teintent de spleen. Mais là, vous n’avez pas d’autre choix. C’est votre patrimoine. Vous en héritez. Et vous voyez l’étendue des dégâts.
Cette maison, c’est le monde que vos aînés vous laissent. La société qui déraille, les guerres, les obscurantismes de tous bords, les excès déviants de gens trop riches…
« Leurs queues dans le cul des fillettes mal nées… »*
Cette maison, c’est aussi le mausolée de tous les membres de la famille Black Metal… Pépé et sa vision des premiers temps, papy est ses avancées de seconde génération, papa, tonton et les cousins, chacun apportant sa personnalité, enrichissant la galerie de portraits de famille de leurs sourires en porte-manteau. On a tout eu, et tout est resté s’accumulant dans la baraque qui a fini par crouler sous le poids de ses excès. Ah… ce trouble de thésaurisation.
Le problème est qu’au sein d’une même famille, d’une même fratrie, ça se dispute et se déchire. On se fait la gueule et la maison reste parfois vide… On la remplit de contrefaçons, pour la maintenir, mais rien n’y fait… Elle se délabre petit à petit et nombreux sont les oisillons qui vont voleter hors des frontières pour retrouver le dynamisme d’un Death Metal, de l’Indus ou autre….
Va falloir relever vos manches, pour retaper la bâtisse branlante… Car vous n’avez pas envie de l’éradiquer. Non… Elle est trop importante. C’est la pierre angulaire de votre famille.
« I hate you, I hate the world. From mankind I am so bored… »*
De temps en temps, je vois quelques aînés revenir… Ils nettoient halliers et taillis, et rendent au perron son lustre d’antan. Malheureusement, d’autres viennent y jeter leurs boîtes de consommables sans saveur. Diogène, au secours !
Alors quand la dernière génération se pointe, on se dit qu’un bon coup de balai va redonner sa magnificence à la bâtisse. Cette fois, ils sont deux. C’est pas beaucoup, deux personnes pour un si grand chantier. Mais les duos/trios se relaient, on voit bien qu’une nouvelle ère arrive, synthétisant le tout.
« L’humain se deal, s’échange, se noie dans le Nouveau Monde et ses reflux »*
Dans la branche Black Metal moderne, on trouve les gars de Berlial. A mi -chemin entre Beria, le bras droit de Staline et chef de la police secrète russe, et Belial, personnification du mal et du mensonge, le ton est donné. Mais on peut aussi voir d’autres accumulations, notamment les nappes de claviers et les quelques samples, conférant une touche indus à cette base Black Metal familial que leurs pères ont développée. Vous allez me dire que l’indus n’est pas complètement nouveau. Pensons aux pères Samaël, par exemple. Cependant nous avons ici, dans cet album « Nourishing the Disaster to Come », sorti en février 2025 chez My Kingdom Music/ Source Atone Records, un son et une rythmique plus modernes, qu’on commence à entendre dans ces jeunes générations. Oui, je fais référence aux cousins du Coven du Carroir. D’ailleurs, ces derniers, comme le duo Berlial, ont une formation atypique, qui se trouve entre le band classique (guitare.s, basse, batterie) et le one-man band (tout est fait par une même personne, l’obligeant à programmer et pré-enregistrer).
On est loin du Raw et je vois les vieux de la vieille marmonner dans leurs longues barbes blanchies par les lustres.
La rythmique… Avec Berlial, on aura de ces moments martelés, la double, tout ce qui a fait les beaux jours du Black Metal (Comme sur « The Last Dance » ou le titre éponyme « Nourishing the Disaster to Come »). Et ces moments vont flirter avec d’autres moins attendus, des passages plutôt rock/ Black’N Roll (vers 5:00 dans « Ivresse de la Finitude ») voire limite électro avec les sonorités qui vont bien avec (vers 2:00 sur « Nouveau Monde »).
Les techniques de voix (pour ne pas forcément utiliser le mot chant) sont variées. Là encore on passe d’une voix d’apôtre du mal à une voix grave, passant par le chant parlé, façon slam et la voix criée qui te fout les poils. Holalaaaaa, on en a des tontons qui viennent titiller nos neurones. De nos souvenirs affleurent des noms comme Quantum (chanteur de Kosmos), avec cette voix grave articulée qui rend la compréhension du texte aisée (sur le titre « Ivresse de la Finitude »). Également Hélios dans l’excellent « Devenir le soleil » ( sur le titre « Nouveau Monde »). Et je pourrais rajouter, dès le titre d’ouverture de l’album, « The Last Dance », avec cette voix qui grince comme une porte aux gonds rouillés, le chant étrange et pénétrant comme un mauvais rêve de Sakrifiss de Transylvanie (dans Enterré Vivant).
Il est notable que les morceaux en anglais semblent plus dans la mouvance d’un Black Metal de bonne famille, quand les morceaux en français prennent un envol vers d’autres horizons.
« Parjures enivrés et passivité font loi dans notre cité … »*
Ne nous arrêtons pas en si bon chemin… Dans le gros coup de balai qu’ils mettent à cette accumulation, ils récupèrent au passage quelques bons trucs, comme l’utilisation de samples. Plusieurs morceaux sont littéralement construits autour de ceux-ci, des passages emblématiques de films qui le sont tout autant… Et qui servent le propos de l’album, Nourishing the Disaster to Come, qui met le doigt sur l’accumulation de toutes nos déviances, dérives et autres tares sociétales dont nous pouvons faire preuve. Car cette maison, c’est non seulement la métaphore de notre Humanité, puis en seconde strate de notre Black Metal, mais aussi celui de cet album qui dénonce en troisième strate la première. En tendant l’oreille on reconnaît aisément le discours de Tyler Durden (Brad Pitt dans Fight Club) qui se retrouve dans le « Le Néant pour éternité » ou le controversé « Salo ou les 120 journées de Sodome » de Pasolini (dans « We Deserve To Fall Again »). Il m’en reste un que je n’ai pu découvrir… « I’ll Kill You » déclaré sur un coup de fil réfrigérant (sur « Ivresse de la Finitude »). Je n’ai pas assez de connaissances en la matière.
«My nightmares My memories Behind the light I hear the music»*
Ici, il me faut enfoncer le clou, si on n’avait pas encore compris : j’adore voir ces jeunes venir rénover la baraque sans pour autant la détruire. Ils syncrétisent en une proposition finale qui leur est propre et fait avancer le genre. De toutes les influences, on y sent aussi les connaissances plus classiques, du piano, du saxo (vers 12:00 sur « We Deserve to Fall Again »… oui, 12 minutes ! Si ça ne touche pas au prog ou au Shoegaze, ça…), des choeurs (« Ivresse de la Finitude »), de l’orgue (« Nouveau Monde »).
Les sonorités ne sont jamais trop aisées… Parfois ça dissonne pour mon plus grand bonheur. Et il faut avouer que ce n’est pas toujours évident d’accompagner des samples où se crie à foison « Le caca ! Le caca ! Le caca ! … »
On aborde désormais une autre facette qui m’a particulièrement touchée, celle de la culture dont font preuve ces deux qui forment Berlial. La culture et notamment la maîtrise de l’écriture. Ce sont ces textes qui m’ont cueillie. Alors oui, il y a des mots crus. Crus… mais pas vulgaires. J’entends par là que ces mots ne sont pas faits pour faire joli ou pour de la provoc à deux balles. De la provoc, oui, mais fort justement placée. Et cette “cruauté” dont les lyrics peuvent faire preuve rajoute à la force poétique du propos et de la forme. Le seul petit bémol serait une erreur de liaison dans le 3ème titre, qui à l’oral, ne passe pas vraiment. Trop inaccessible et non trop « z »inaccessible…. ( Oui, on ne va pas refaire Mémé à son grand âge !)
« Tu sens comme des draps par déjà trop souillés et maculés »*
Cette force poétique, je l’apprécie d’autant plus que je comprends ce qu’ils disent, par un chant accessible, à la diction parfaite… Sauf que, un titre sur deux est en anglais, l’autre en français… Mais pourquoi ? Hein ? Pourquoi ? C’est frustrant à souhait…
« Je suis à genoux, supplie le pire, ma dignité si infamante »*
Après leur premier EP « Enfants de Putains », Hellsod et CzH confirment leur talent et leur volonté de synthétiser les influences Black Metal et au-delà pour emmener le genre vers d’autres horizons lointains, qui font échos à cette nouvelle génération de groupes français, le tout sur une intelligence de composition tant musicale que littéraire et picturale. Car il est un dernier élément que je n’ai pas abordé, celui de l’artwork, signé Jeff Grimal, collant à la perfection au concept de l’album. On y voit Charon se faufiler dans un Styx d’immondices. Tout, de la musique, des textes, de l’artwork, est truffé de symbolisme. A vous d’en trouver les clés…
Parlant de clés, on peut désormais ouvrir à nouveau la porte cochère de la masure. Et avouons-le, ça fait du bien de voir la maison familiale rutiler…
« Le grand médiateur a sifflé la fin de la partie »*
*Toutes lyrics de Berlial, in “Nourishing the Disaster to Come”
Reprenons un peu ce tour du monde métallique, puisque je vous ai déjà parlé de la Chine, la Slovaquie, etc. Aujourd’hui, de retour d’un périple italien, je vais vous brosser à la gomina un live report sans musique de Venise… Enfin, sans musique, il va de soi que c’est un peu l’objectif d’un article de cette trempe sur ce média et ce webzine qu’est Memento Mori mais vous allez comprendre pourquoi ma remarque au fil de mes pérégrinations lagunaires.
Venise est une ville à part, une sorte de microcosme. Coup de bol, mon agoraphobie n’a pas trop morflé : les nuages étaient plus nombreux que les âmes sur ces cent-dix-huit îles reliées par quatre cents ponts, les véhicules, exceptés les gondoles et les navettes sur le Grand Canal, y sont inexistants, les « rues » (puisque les vénitiens n’ont pas de rues mais des « calle » ni de places mais des « campo » ou « campiella » à l’exception de LA place Saint Marc) aussi étroites qu’une paire de fesses face à son premier toucher rectal. Bref, hors saison de carnaval ou d’été, c’est plutôt vide – c’est bien le point positif que je vais relever.
La bouffe y est bonne, même s’il faut aimer les fruits de mer, hérétique parfois (sérieux, on critique la pizzananas mais on peut y manger de la pizza… aux frites ou au kebab ! Putain !), gustative souvent (les pana cotta aux coulis variants selon le restau). Petite reco pour le ristorante Al Pozzo Reverso (patron accueillant, bonne bouffe, un peu paumé dans le labyrinthe de ruelles à l’attribut aussi éloquent que celui de « dei assassinati », mais prix modiques par rapport au reste de la ville). Quitte à être dans une ville où le spritz et le café coûtent moins cher que la flotte, autant se rincer et, tant qu’à faire, dans un des plus vieux café du monde (1790), le Florian, et s’envoyer un cappuccino – même si culturellement, j’ai blasphémé : passé midi, on ne boit plus que du café ; le capu, c’est le petit déj’.
[Ne vous laissez pas abuser, c’est juste un « prima plata » et l’assiette est creuse…]
Venise est une ville du paraître et surtout du visuel… On aime se regarder, se montrer… L’apparence avant tout… C’est d’ailleurs mon premier point noir… Tout est misé sur cet aspect. Et c’est une sorte de philosophie, allant de l’image que la ville a voulu se donner à celle qui est ancrée dans les esprits au point de ne venir QUE pour se montrer. On vous vend de la peinture, de l’architecture, de l’histoire de la République… de la marque de luxe, à tout niveau, des ors qui ornent les masques ou autres accessoires carnavalesques aux fresques et peintures, jusqu’aux vendeurs de cosmétiques et de fringues. Certes les rues sont étroites, mais suffisamment larges pour laisser une « avenue des Champs Élysées » où l’on trouve des Longchamp, Vuitton, Chanel pour les frenchies mais aussi des Versace, D&G, Gucci pour les transalpins… Et surtout une multitude de stronzi et cagne qui ne sont en ville et ne bouchent ces artères étroites que pour faire des photos devant les échoppes ou la piazza San Marco sans même faire l’effort d’échanger un mot en langue locale, au point que cette ville ultra touristique ne fait plus l’effort de t’accueillir dans sa langue natale, et semble étonnée quand a contrario toi, touriste lambda, fait cet effort linguistique. Et niveau accueil, c’est tout ou rien : soit tu es accueilli comme un prince, soit on te fait clairement comprendre que tu fais chier. Autant dire, pour ma part et face à un vénitien polyglotte, je suis un ricain (personne même francophone n’a commencé à me parler en VF) et junkie (si on se fie à la nouvelle occasion de contrôle à la douane – y a qu’en Italie que ce genre de conneries m’arrive).
Donc… arrivé à ce point, on parle tout de suite nerf de la guerre (commerciale) parce que ville touristique. Le luxe et l’image de luxe, ça se paye. Et, putanna, comme on traduirait mal, ça douille : imaginez des tarifs parisiens doublés ; si vous avez un rein ou un PEL qui ne vous servirait pas trop, c’est l’occasion, spécifiquement si vous aimez Véronèse et le verre de Murano.
*
Voir Venise… Et mourir…
Oui, je sais, normalement on dit « Naples » mais j’en profite pour placer le diptyque de Jean Van Ham. Mais c’est surtout parce que, oui, visuellement et historiquement, c’est intéressant et sous le signe du soin porté à la qualité, si tant est que vous sortiez des spots touristiques sur lesquels on vous engraine (je résume : gondoles, Pont du Rialto, Place Saint Marc) pour vous vendre du masque en plastique made in China et du magnet Venezzia.
Dans ce cas, si vous êtes à l’ancienne avec des cartes Michelin et un bon sens de l’orientation, respect ; sinon, merci GoggleMaps (malgré son imprécision) parce que c’est un dédale. On s’y fait au bout de quelques heures/jours mais aller du point A à B en ligne droite est quasi impossible. Concrètement, c’est petit, mais dans les faits et la marche, c’est grand.
[Venezzia Vice City]
Cependant, en farfouillant, on tombe sur des pépites, particulièrement dans le quartier de l’Académie : des fabricants de masques originaux et créatifs (comme à La Ricerca) allant du plus classique au steampunk, du papier vénitien, des artisans locaux verriers (enfin, locaux de l’île d’à côté puisque Murano et son verre blanc et ses facteurs sont isolés de Venise intramuros pour des raisons politiques et économiques sur décision d’un doge).
Sur Venise même, beaucoup à voir dans le domaine pictural mais il vaut mieux aller sur les îles voisines pour avoir la quintessence de l’Histoire et la manufacture. Murano et ses verriers, une qualité et une précision imparable (des maîtres verriers capables – et obligés vu le matériau – de vous pondre un vase ou un cheval en une minute au chrono), propose une diversité de styles et de techniques par des experts ayant nécessité une formation de plus de quinze années et seuls les meilleurs sortent du lot : comme disait une des démonstratrices, soit tu es maître, soit tu restes assistant ; se distinguer est donc essentiel. Burano, petit village de pêcheurs avec deux mille trois-cents résidents, reste assez éloigné, en autarcie, et se distingue même de loin par la kyrielle de couleurs de ses habitations (au passage, plein de maisons à vendre si ça vous dit). Z’est choooli. Torcello, île-ville à l’origine de la Venise actuelle puisque c’est ici que se sont amassés vingt mille personnes et sur laquelle subsistent… dix personnes, présente une architecture préchrétienne avec une basilique… mais surtout un stand à boisson, ce qui a paru nettement plus intéressant aux badauds – je vous ai dit que j’étais misanthrope ? Non ? Bon, voilà pourquoi…
Dans Venise, il y a les classiques Basilique Saint Marc, Palais des Doges, Pont du Rialto, Pont des Soupirs… et les petits à-côtés (certainement) plus intéressants comme le « Ponte delle Tette » ou Pont des Seins, là où les prostiputes affichaient leurs boobs pour attirer le chaud chaland ou le musée Da Vinci, puisqu’il a séjourné dans le cité des Doges le temps de sortir ses meilleures inventions militaires (dont le futur char d’assaut), le plus intéressant de l’exposition étant surtout la fabrication de ses inventions, restées à l’état de schémas.
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E la musica ?
Autant être très clair d’entrée de jeu dans cette partie, niveau musique, Thomas Mann a résumé ma pensée : c’est Mort à Venise. Le sujet qui devait le plus m’intéresser en est le plus absent ! Damned ! Gabrieli, Monteverdi (le « père » de l’opéra), Cavalli, Vivaldi (le « père » du concerto ») … QUE DALLE !
Vous entendrez vaguement – et pour le touriste qui lâche sa thune – un gondolier chantonner, éventuellement accompagné par un guitariste (même pas une mandoline), une répétition duetto con organo hasardeuse à la basilique Sainte Lucie, un fond du « In Paradisum » du Requiem de Fauré en mettant le pied dans une petite église, quelques notes d’une cantatrice émanant du conservatoire proche, du Eros Ramazotti au petit déj’ à l’hôtel… Et sinon ? En ville, niente !
Pire, la Fenice, opéra mythique à plus d’un titre ironique, il numero due après la Scala de Milan, est à peine indiqué sur les panneaux (qui préfèrent te donner la direction des spots à touristes) ; le seul que j’aie vu se trouvait sur un mur face à l’hôtel où j’ai séjourné, à deux pas de l’édifice si sélect que pour une place (déjà toutes vendues) pour Rigoletto, il faut allonger deux-cent-cinquante euro. Et pourtant, niveau « ze plèce tou bi », on est pas mal : création des principaux opéras de Verdi, lieu de résidence de Maria Callas (au point d’avoir une aile et un pont à son nom) …
[Plus d’un millier de places assises dans la version étendue de la salle]
Un petit musée en hommage à Vivaldi dans une église désacralisée pour lieu de reconnaissance, et ne contenant que des instruments de la collection privée d’un maestro…
[Des modèles de contrebasses ayant été utilisées dans l’orchestre de Vivaldi père puis fils, donc LE Antonio]
Partant de ce précepte, je vous simplifie la lecture : à Venise, niveau Metal, tu dead ça, baby.
*
Le marchand (de disques) de Venise
Faut dire que rien n’est particulièrement mis en branle (double) pour les musiciens : deux-trois luthiers, deux enclaves où trouver une guitare, à l’intérieur desquelles les vendeurs semblent tellement étonnés de t’y voir mettre les pieds qu’ils sont sur le qui-vive… La vendeuse de Mille e una nota désespérait de voir un client passer la porte, semble-t-il.
Quant à la musique enregistrée, c’est simple, il y a deux disquaires sur place, dont un généraliste. Le second, Living in the Past, porte bien son nom, du contenu de l’échoppe à son singulier tenancier, Sergio (pas trop fan d’interviews), bloqué dans le Rock jusqu’au Metal des années 70 à 90, avec principalement des raretés en vinyle et CD.
…
Comme j’en ai déjà parlé, mes étapes dans un pays étranger sont la télé (habitude de la langue et sa prosodie), la bouffe (les spécialités culinaires, forcément, ça forge un estomac si tant est que la tourista ne s’en mêle pas) et… la musique/les arts (donc la musique pour ma part). « Alors quid du Metal ? » me direz-vous à raison, puisque c’est à ces fins que vous lisez un article sur Memento, pas pour me soutenir vous déblatérer mes odyssées.
L’Italie est pourtant pourvue d’une quantité assez incommensurable de groupes dans des sous-genres tout autant diversifiés. Et la Vénétie… aussi ! Dans ce cas, on se prépare une playlist avant de partir.
Donc ! Je vais évidemment vous proposer un petit florilège de produits locaux, en essayant de sortir un peu des sentiers battus par les majors de l’industrie mais, la scène étant foisonnante (en particulier Vérone et Vicence), je vais devoir limiter les propositions qu’à la Venise territoriale et aux groupes encore actifs. Je sais que vous l’attendiez avec une impatience palpable même au travers des bits qui nous séparent…
On va essayer de trier un peu par sous-genre (j’ai essayé de penser un peu a tutti) :
Pour le BM, voici Arcano Pensiero (tout en italien), Dodehender, Rovi (projet solo).
Pour sa version symphonique, voici Fourth Monarchy, Yass-Waddah et Obscura Qalma (en italien également).
Toujours dans le BM, expérimental, voici Eneth. Puis Chaos Luciferi (en italien) pour l’atmo. Enfin L’ordre du temple pour sa variante Folk.
Tournons-nous vers le Death en faisant un pont – un de plus pour Venise – avec le BM et Askesis.
Pour le Death en lui-même, voici Membrance, puis sa version Technical avec Miscreance (probablement déjà connu des puristes) et Necrosy, et pour sa mouture Mélo, voici Hobos, From the Shores (aux teintes Metalcore) et Sein (ou « tette » en italien si vous avez suivi).
Doucement, allons vers le Thrash en transitant par Cattivator of Death (en italien aussi), puis dans le vif du sujet avec Merciless Attack et Scyther. Et parce que rien que le nom est fendard, un petit Crossover avec Danny Trejo.
On calme un peu le jeu avec du Doom et ses variantes. Funeral Ground (nom adapté, n’est-il pas ?), Maya Mountains, Kröwnn, Holyphant et Muon.
Du Grindcore ? Mais bien sûr ! Y en a aussi (oui, oui, je vous disais : y a de tout !) : Stench of Profit.
Retour aux sources, l’Italie est une offre prolifique de Heavy, surtout mélodique. Quelques exemples avec Hextar, Phoenix Rage, Order of Minerva et (Thierry) Ardityon.
Pour finir, les quelques perdus dans la masse, avec du Shred guitar hero 80’s, Alex Masi, du Folk avec Vallorch (que vous connaissez sûrement d’une édition quelconque du Cernunnos), du Prog avec The Moor (que vous connaissez peut-être déjà) et on se perd avec Lachaise et son Sympho Goth.
…
Mais… dites-moi, Micheline ! Il n’a pas parlé du tout de Sympho et de Power ?! Eh oui, désolé mais il n’y en a pas sur Venise… Je comprends votre déception…
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Mais il y en a sur la région !!!
Et voici donc, pour le Sympho (dans le pays de l’Opéra, imparablement, ce serait le comble de ne pas en trouver), je passerai sur Rhapsody mais je vous propose le side project de Fabio Leone, son ex-chanteur, Eternal Idol, et Afterlife Symphony, mais aussi du Power avec White Skull (dont je vous ai certainement déjà entretenus) et ses variantes Folk avec Arcana Opera et Forod Lad. Pour finir, la variante Prog avec Hollow Haze et Twintera.
Et voilà, bambine, je m’en retourne à mon sofa tel un pochetrone, en espérant avoir été un artigiano di qualità avec ce petit tour métallique local. Mais pour faire le bilan, je vous recommande la Toscane dans son ensemble et la Vénétie en tant que région pour ce qui est de la culture musicale qui vous tient aux tripes : si Capri, c’est fini, Venise, c’est pareil sur ce pan.
3 groupes venus des contrées les plus froides d’Europe débarquent à Rennes en ce mercredi pluvieux. Ce “Nordic Descent Tour 2024” met à l’honneur les Islandais de Sólstafir venus défendre leur tout nouvel album Hin Helga Kvöl fraîchement sorti au début de ce même mois. Pour l’occasion, ils sont accompagnés d’Oranssi Pazuzu et de Helga.
C’est à cette dernière entité que revient la lourde tâche d’ouvrir la soirée devant une salle qui se remplit timidement. La formation suédoise, dont le nom n’est autre que le prénom de sa leadeuse et chanteuse, officie dans un style difficilement définissable. Le socle est définitivement Folk mais les musiciens n’hésitent pas à y incorporer des éléments plus Dark, Doom voire de Metal plus agressif afin de donner du relief à l’ensemble. Helga Gabriel attire tous les regards tant elle vit sa musique. Elle occupe totalement l’espace, se lançant dans des danses faisant penser par moment à un état de transe hypnotique. La diversité des langues et autres onomatopées renforce cette impression d’assister à une cérémonie chamanique. Dans un sens, heureusement qu’elle est là car le reste du groupe, bien qu’exécutant bien sa partition, reste très (trop) statique. Un concert agréable, pour une mise en bouche, qui reçoit un accueil poli.
Lien vidéo HELGA :
J’ai eu une pensée pour les personnes venues voir exclusivement la tête d’affiche lorsqu’ils se sont littéralement fait violer les oreilles par la musique des Finlandais d’Oranssi Pazuzu. Si on n’est pas préparé, ça a de quoi surprendre et décontenancer. Ici, on oublie tous les codes d’un schéma de chanson classique. Ça part dans tous les sens, il n’y a aucune barrière. Estampillé groupe de Black Metal, le nombre de claviers sur scène a de quoi éveiller la curiosité. Ceux-ci sont la base de la musique de la troupe et vont arroser à grosses louches le Metal Extrême des Finlandais. J’avais tenté l’expérience avec les 2 derniers albums studio mais sans trouver de plaisir ou de point d’accroche pour véritablement rentrer dans leur univers. C’est véritablement quand on les voit en live que ça paraît plus clair et que tout prend son sens. Il faut voir à quel point le groupe se donne sur scène pour tomber en admiration face à cette expérience sonore. Surtout le guitariste Ikon qui maltraite sa guitare et triture ses claviers pour en sortir toutes sortes de sons aussi étranges les uns que les autres. La musique du groupe est jouissive dans ce contexte et vous transporte ailleurs. Un moment magique et un groupe à revoir absolument lorsqu’il repassera dans le coin.
Lien vidéo ORANSSI PAZUZU :
Après une telle déflagration, Sólstafir va devoir sortir le grand jeu s’il ne veut pas que sa prestation paraisse fade. Lorsque le groupe entre en scène, c’est sous une ovation qui montre à quel point il est attendu.
Une intro instrumentale interminable et Adalbjorn « Addi » Tryggvason (chanteur / guitariste) commence enfin à nous gratifier de sa voix toute en émotion. Mais bizarrement, j’ai du mal à entrer dans le concert. La faute à un problème qui sera récurrent tout le long du show, la guitare du leader est beaucoup trop forte. À tel point qu’elle écrase totalement le jeu de ses 2 compères guitariste et bassiste et arrive parfois même à éclipser la batterie. De plus, j’ai le sentiment qu’il surjoue de sa voix plaintive et ça en devient agaçant sur la longueur. Les titres tels que le tube “Fjara” ou la chanson d’ouverture du nouvel album Hún Andar sont des petits sursauts plaisants mais n’arrivent pas à éclipser cette sensation de concert en demi-teinte. Le chanteur fait l’effort de lâcher sa guitare le temps d’un titre et d’un bain de foule micro à la main (merci pour nos oreilles !) ce qui permet d’apprécier enfin le talent des 3 autres musiciens. Le concert se clôture sur “Ótta”, excellent titre dans sa version studio mais ici étiré à l’infini jusqu’à l’écœurement. Il est minuit passé, on se dit que le concert est terminé mais, quand il n’y a plus, il y en a encore ! Le groupe est généreux ce soir et nous sert un “Goddess of the Ages” en guise de rappel que je trouve sans fin car mon esprit n’est déjà plus là depuis un bon moment. C’est à 00h30 que nous quittons cette superbe salle de l’Antipode avec un sentiment de déception face au show que nous ont délivré les Islandais.
Les ayant déjà vus à plusieurs reprises, je sais qu’ils sont capables de bien mieux. Ce sentiment est certainement aussi une conséquence de l’énorme claque que nous a infligée Oranssi Pazuzu.